657 descriptions de paysage sonore trouvées dans la littérature.
Mythologie mésopotamienne
Mythe d'Atrahasis - Traduction de Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer
cité dans : Bruit et émotion dans la littérature akkadienne de Anne-Caroline Rendu Loisel
1600 av. J.-C.
"Il ne s’était pas encore écoulé 1200 ans, que le pays augmenta, et le peuple devint trop nombreux. Comme un boeuf, le pays mugissait. Par leur vacarme, le dieu fut troublé. Enlil, ayant entendu leur tapage, déclara aux grands dieux : « le tapage de l’humanité est devenu trop pesant pour moi. Par leur vacarme, je suis privé de sommeil... qu’il y ait une peste. » "
"On ne se voyait plus l’un l’autre, on ne se reconnaissait plus dans la destruction. Le déluge mugissait comme un taureau, le vent braillait comme une mule sauvage. Les ténèbres étaient denses. Il n’y avait plus de soleil !"
Mythe d'Atrahasis - Traduction de Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer
cité dans : Bruit et émotion dans la littérature akkadienne de Anne-Caroline Rendu Loisel
1600 av. J.-C.
"Il ne s’était pas encore écoulé 1200 ans, que le pays augmenta, et le peuple devint trop nombreux. Comme un boeuf, le pays mugissait. Par leur vacarme, le dieu fut troublé. Enlil, ayant entendu leur tapage, déclara aux grands dieux : « le tapage de l’humanité est devenu trop pesant pour moi. Par leur vacarme, je suis privé de sommeil... qu’il y ait une peste. » "
"On ne se voyait plus l’un l’autre, on ne se reconnaissait plus dans la destruction. Le déluge mugissait comme un taureau, le vent braillait comme une mule sauvage. Les ténèbres étaient denses. Il n’y avait plus de soleil !"
Égypte antique
Anonyme - Papyrus Westcar
Le Roi Khoufouî et les Magiciens - Traduction (1911) de Gaston Maspero
1550 .. 1292 av. J.-C. (XVIIIe dynastie)
"La servante alla et elle ouvrit la chambre ; elle entendit des voix, du chant, de la musique, des danses, du zaggarit, tout ce qu’on fait à un roi, dans la chambre. Elle revint, elle rapporta tout ce qu’elle avait entendu à Roudîtdidît. Celle-ci parcourut la chambre et elle ne trouva point la place d’où le bruit venait. Elle appliqua sa tempe contre la huche et elle trouva que le bruit était à l’intérieur : elle mit donc la huche dans un coffre en bois, elle apposa un autre sceau, elle l’entoura de cuir, elle plaça le tout dans la chambre où étaient ses vases et elle ferma celle-ci de son sceau."
Anonyme - Papyrus Westcar
Le Roi Khoufouî et les Magiciens - Traduction (1911) de Gaston Maspero
1550 .. 1292 av. J.-C. (XVIIIe dynastie)
"La servante alla et elle ouvrit la chambre ; elle entendit des voix, du chant, de la musique, des danses, du zaggarit, tout ce qu’on fait à un roi, dans la chambre. Elle revint, elle rapporta tout ce qu’elle avait entendu à Roudîtdidît. Celle-ci parcourut la chambre et elle ne trouva point la place d’où le bruit venait. Elle appliqua sa tempe contre la huche et elle trouva que le bruit était à l’intérieur : elle mit donc la huche dans un coffre en bois, elle apposa un autre sceau, elle l’entoura de cuir, elle plaça le tout dans la chambre où étaient ses vases et elle ferma celle-ci de son sceau."
Mythologie mésopotamienne
Épopée de Gilgamesh - Tablette V
1200 av. J.-C.
"À travers toute la forêt, un oiseau commence à chanter :
... se répondent les uns aux autres, le bruit était un vacarme incessant,
Un grillon solitaire entame un chœur bruyant,
... chantent une chanson, faisant la ... flûte fort.
Une palombe gazouille, une tourterelle lui répond.
À l'appel de la cigogne, la forêt jubile,
Au cri du francolin, la forêt jubile pleinement.
Les mères singes chantent à haute voix, un jeune singe crie :
Tel un orchestre de musiciens et de percussionnistes,
Chaque jour ils font retentir cette symphonie devant Humbaba."
Épopée de Gilgamesh - Tablette V
1200 av. J.-C.
"À travers toute la forêt, un oiseau commence à chanter :
... se répondent les uns aux autres, le bruit était un vacarme incessant,
Un grillon solitaire entame un chœur bruyant,
... chantent une chanson, faisant la ... flûte fort.
Une palombe gazouille, une tourterelle lui répond.
À l'appel de la cigogne, la forêt jubile,
Au cri du francolin, la forêt jubile pleinement.
Les mères singes chantent à haute voix, un jeune singe crie :
Tel un orchestre de musiciens et de percussionnistes,
Chaque jour ils font retentir cette symphonie devant Humbaba."
Homère
L'Iliade - Traduction (1955) de Robert Flacelière
8e siècle av. J.-C.
"L'armée avance à la façon d'un incendie qui se déchaînerait dans toute la contrée. Et la terre gémit, comme autrefois sous le courroux de Zeus Tonnant, quand la foudre cingla le sol près de Typhée, au pays des Arimes, où se trouve, dit-on, le gîte de ce monstre. Ainsi gémit la terre à grand bruit sous leurs pas, tandis qu'en marchant vite ils traversent la plaine."
"Quand la houle marine en flots pressés déferle au souffle du Zéphyr sur la grève sonore, les vagues tout d'abord se soulèvent au large, puis viennent se briser sur la terre à grand bruit ; on les voit se gonfler autour des promontoires, dresser haut dans les airs leur crête, puis cracher l'écume de la mer : de même, en flots pressés, les bataillons argiens marchant vers le combat s'ébranlent sans répit. Chaque chef exhortant sa troupe, les soldats avancent en silence. On ne croirait jamais que cheminent ensemble un si grand nombre d'hommes, dont chacun, dans sa gorge, est doué d'une voix. Ils vont, silencieux, par crainte de leurs chefs.
...
Les Troyens font penser, en revanche, aux brebis qui, très nombreuses, dans l'enclos d'un homme riche, quand on trait leur lait blanc, poussent, en écoutant l'appel de leurs agneaux, des bêlements sans fin : pareille est la clameur qui monte de l'armée immense des Troyens. Tous n'ont pas même accent ni semblable parler ; leurs langues sont diverses : ce sont des gens venus de pays si nombreux !"
"Comme monte, dans les vallons d'une montagne, le bruit des bûcherons, que l'on entend de loin : tel monte, de la terre immense, le fracas que font les combattants avec l'airain, le cuir et les peaux travaillées, sous le choc des épieux, des piques à deux pointes. Même un homme avisé ne reconnaîtrait plus le divin Sarpédon, car, de la tête aux pieds, il est couvert de plaies, de sang et de poussière. Et sans relâche autour du cadavre ils se pressent, comme, aux jours du printemps, les mouches qui bourdonnent, dans une étable, autour des vases pleins de lait : ainsi les combattants autour du corps se pressent."
"Alors à grand fracas l'un sur l'autre ils se ruent. La terre immense gronde. Le ciel vaste à l'entour claironne la bataille. Zeus, assis sur l'Olympe, entend, et son coeur rit, joyeux de voir les dieux entrer dans la mêlée."
L'Iliade - Traduction (1955) de Robert Flacelière
8e siècle av. J.-C.
"L'armée avance à la façon d'un incendie qui se déchaînerait dans toute la contrée. Et la terre gémit, comme autrefois sous le courroux de Zeus Tonnant, quand la foudre cingla le sol près de Typhée, au pays des Arimes, où se trouve, dit-on, le gîte de ce monstre. Ainsi gémit la terre à grand bruit sous leurs pas, tandis qu'en marchant vite ils traversent la plaine."
"Quand la houle marine en flots pressés déferle au souffle du Zéphyr sur la grève sonore, les vagues tout d'abord se soulèvent au large, puis viennent se briser sur la terre à grand bruit ; on les voit se gonfler autour des promontoires, dresser haut dans les airs leur crête, puis cracher l'écume de la mer : de même, en flots pressés, les bataillons argiens marchant vers le combat s'ébranlent sans répit. Chaque chef exhortant sa troupe, les soldats avancent en silence. On ne croirait jamais que cheminent ensemble un si grand nombre d'hommes, dont chacun, dans sa gorge, est doué d'une voix. Ils vont, silencieux, par crainte de leurs chefs.
...
Les Troyens font penser, en revanche, aux brebis qui, très nombreuses, dans l'enclos d'un homme riche, quand on trait leur lait blanc, poussent, en écoutant l'appel de leurs agneaux, des bêlements sans fin : pareille est la clameur qui monte de l'armée immense des Troyens. Tous n'ont pas même accent ni semblable parler ; leurs langues sont diverses : ce sont des gens venus de pays si nombreux !"
"Comme monte, dans les vallons d'une montagne, le bruit des bûcherons, que l'on entend de loin : tel monte, de la terre immense, le fracas que font les combattants avec l'airain, le cuir et les peaux travaillées, sous le choc des épieux, des piques à deux pointes. Même un homme avisé ne reconnaîtrait plus le divin Sarpédon, car, de la tête aux pieds, il est couvert de plaies, de sang et de poussière. Et sans relâche autour du cadavre ils se pressent, comme, aux jours du printemps, les mouches qui bourdonnent, dans une étable, autour des vases pleins de lait : ainsi les combattants autour du corps se pressent."
"Alors à grand fracas l'un sur l'autre ils se ruent. La terre immense gronde. Le ciel vaste à l'entour claironne la bataille. Zeus, assis sur l'Olympe, entend, et son coeur rit, joyeux de voir les dieux entrer dans la mêlée."
La Bible
Ésaïe
8e .. 7e siècle av. J.-C.
Ésaïe 13 - Prophétie contre Babylone - Nouvelle Edition de Genève (1979)
"On entend une rumeur sur les montagnes,
Comme celle d’un peuple nombreux ;
On entend un tumulte de royaumes, de nations rassemblées :
L’Eternel des armées passe en revue l’armée qui va combattre."
Ésaïe 24 - Jugement universel - Nouvelle Edition de Genève (1979)
"Le moût est triste, la vigne est flétrie;
Tous ceux qui avaient le cœur joyeux soupirent.
La joie des tambourins a cessé, la gaité bruyante a pris fin,
La joie de la harpe a cessé.
On ne boit plus de vin en chantant;
Les liqueurs fortes sont amères au buveur.
La ville déserte est en ruines;
Toutes les maisons sont fermées, on n’y entre plus.
On crie dans les rues, parce que le vin manque;
Toute réjouissance a disparu,
..."
Ésaïe
8e .. 7e siècle av. J.-C.
Ésaïe 13 - Prophétie contre Babylone - Nouvelle Edition de Genève (1979)
"On entend une rumeur sur les montagnes,
Comme celle d’un peuple nombreux ;
On entend un tumulte de royaumes, de nations rassemblées :
L’Eternel des armées passe en revue l’armée qui va combattre."
Ésaïe 24 - Jugement universel - Nouvelle Edition de Genève (1979)
"Le moût est triste, la vigne est flétrie;
Tous ceux qui avaient le cœur joyeux soupirent.
La joie des tambourins a cessé, la gaité bruyante a pris fin,
La joie de la harpe a cessé.
On ne boit plus de vin en chantant;
Les liqueurs fortes sont amères au buveur.
La ville déserte est en ruines;
Toutes les maisons sont fermées, on n’y entre plus.
On crie dans les rues, parce que le vin manque;
Toute réjouissance a disparu,
..."
La Bible
Jérémie 47 - Traduction du Rabbinat
650 av. J.-C.
"Voici que des flots s'avancent du Nord et deviennent un torrent impétueux, submergeant la terre et ce qu'elle renferme, les villes et ceux qui y demeurent. Les hommes poussent des cris et tous les habitants du pays se lamentent.
Au trot bruyant des sabots des fiers coursiers, au roulement des chars, au fracas de leurs roues, les pères n'ont plus de regard pour leurs enfants, tant ils sont abattus..."
Jérémie 47 - Traduction du Rabbinat
650 av. J.-C.
"Voici que des flots s'avancent du Nord et deviennent un torrent impétueux, submergeant la terre et ce qu'elle renferme, les villes et ceux qui y demeurent. Les hommes poussent des cris et tous les habitants du pays se lamentent.
Au trot bruyant des sabots des fiers coursiers, au roulement des chars, au fracas de leurs roues, les pères n'ont plus de regard pour leurs enfants, tant ils sont abattus..."
La Bible
Ezéchiel
6e siècle av. J.-C.
Ezéchiel 1 - Traduction du Rabbinat
"Et j'entendais le bruit de leurs ailes, pareil, quand ils s'avançaient, au murmure d'eaux puissantes, à la voix du Tout-Puissant ; un bruit tumultueux comme celui d'un campement : quand ils s'arrêtaient, leurs ailes pendaient immobiles.
Puis, il y eut une voix au-dessus du firmament qui dominait leur tête..."
Ezéchiel 3 - Traduction du Rabbinat
"Et l'esprit m'emporta et j'entendis derrière moi le bruit d'un grand tumulte : "Bénie soit la gloire de l'Eternel en son lieu !"
Et le bruit des ailes des Haïot qui se joignaient l'une l'autre et le bruit des roues vis-à-vis d'elles et le bruit d'un grand tumulte."
Ezéchiel
6e siècle av. J.-C.
Ezéchiel 1 - Traduction du Rabbinat
"Et j'entendais le bruit de leurs ailes, pareil, quand ils s'avançaient, au murmure d'eaux puissantes, à la voix du Tout-Puissant ; un bruit tumultueux comme celui d'un campement : quand ils s'arrêtaient, leurs ailes pendaient immobiles.
Puis, il y eut une voix au-dessus du firmament qui dominait leur tête..."
Ezéchiel 3 - Traduction du Rabbinat
"Et l'esprit m'emporta et j'entendis derrière moi le bruit d'un grand tumulte : "Bénie soit la gloire de l'Eternel en son lieu !"
Et le bruit des ailes des Haïot qui se joignaient l'une l'autre et le bruit des roues vis-à-vis d'elles et le bruit d'un grand tumulte."
La Bible
Livre des Psaumes
460 av. J.-C.
Psaume 93 - Bible de Jerusalem (1956)
"Les fleuves déchaînent, ô Yahvé, les fleuves déchaînent leur voix, les fleuves déchaînent leur fracas ; plus que la voix des eaux innombrables, plus superbe que le ressac de la mer ; superbe est Yahvé dans les hauteurs.
Livre des Psaumes
460 av. J.-C.
Psaume 93 - Bible de Jerusalem (1956)
"Les fleuves déchaînent, ô Yahvé, les fleuves déchaînent leur voix, les fleuves déchaînent leur fracas ; plus que la voix des eaux innombrables, plus superbe que le ressac de la mer ; superbe est Yahvé dans les hauteurs.
Platon
La République - Traduction (1934) de Émile Chambry
387 .. 370 av. J.-C.
"Et les hennissements des chevaux, les mugissements des taureaux, le murmure des rivières, le fracas de la mer, le tonnerre et tous les bruits du même genre, imiteront-ils tout cela ?"
"... il imitera même ce dont nous parlions tout à l’heure, le bruit du tonnerre, des vents, de la grêle, des essieux, des poulies, des trompettes, des flûtes, des chalumeaux et le son de tous les instruments, et en outre la voix des chiens, des moutons, des oiseaux. Tout son discours ne sera qu’imitation de voix et de gestes ; à peine y entrera-t-il quelque portion de récit."
La République - Traduction (1934) de Émile Chambry
387 .. 370 av. J.-C.
"Et les hennissements des chevaux, les mugissements des taureaux, le murmure des rivières, le fracas de la mer, le tonnerre et tous les bruits du même genre, imiteront-ils tout cela ?"
"... il imitera même ce dont nous parlions tout à l’heure, le bruit du tonnerre, des vents, de la grêle, des essieux, des poulies, des trompettes, des flûtes, des chalumeaux et le son de tous les instruments, et en outre la voix des chiens, des moutons, des oiseaux. Tout son discours ne sera qu’imitation de voix et de gestes ; à peine y entrera-t-il quelque portion de récit."
La Bible
Esther - Bible de Jerusalem (1956)
4e .. 2e siècle av. J.-C.
"Or, voici quel fut ce songe. Cris et fracas, le tonnerre gronde, le sol tremble, bouleversement sur toute la terre.
Deux énormes dragons s'avancent, l'un et l'autre prêts au combat. Ils poussent un hurlement ;
il n'a pas plus tôt retenti que toutes les nations se préparent à la guerre contre le peuple des justes."
Esther - Bible de Jerusalem (1956)
4e .. 2e siècle av. J.-C.
"Or, voici quel fut ce songe. Cris et fracas, le tonnerre gronde, le sol tremble, bouleversement sur toute la terre.
Deux énormes dragons s'avancent, l'un et l'autre prêts au combat. Ils poussent un hurlement ;
il n'a pas plus tôt retenti que toutes les nations se préparent à la guerre contre le peuple des justes."
Sima
Xiangru (ou Sseu-ma Siang-jou)
Fou de Tch’ang-men
Anthologie de la Littérature Chinoise (1932) de Sung-Nien Hsu
130 av. J.-C.
"Elle se plonge dans le néant, elle ne songe qu’à son époux.
L’aquilon siffle.
Elle monte sur la terrasse d’Orchidée, regarde au loin,
ses pensées s’envolent.
Les nuages flottants s’épaississent, assombrissent le ciel ;
même à midi, il fait noir.
Le tonnerre gronde,
on le prendrait pour le bruit du char impérial.
Le tourbillon pénètre dans le palais,
il soulève les rideaux.
Les branches de l’arbre kouei s’entrechoquent,
en semant le puissant arôme de ses fleurs.
...
La grue blanche crie tristement ;
sans compagnon, elle se dresse sur un saule mort.
Le crépuscule tombe, l’empereur n’est pas venu ;
la belle s’attriste dans un salon vide.
La lune, suspendue au firmament, l’éclaire,
elle va passer la nuit dans sa chambre.
Pour chasser sa tristesse trop pesante,
elle joue sur le k’in.
Les notes s’égrènent, sa voix s’abaisse et se relève.
En écoutant ses morceaux de musique,
on entrevoit la dignité et la fermeté de ses sentiments.
Les personnes de son entourage, saisies,
pleurent abondamment."
Fou de Tch’ang-men
Anthologie de la Littérature Chinoise (1932) de Sung-Nien Hsu
130 av. J.-C.
"Elle se plonge dans le néant, elle ne songe qu’à son époux.
L’aquilon siffle.
Elle monte sur la terrasse d’Orchidée, regarde au loin,
ses pensées s’envolent.
Les nuages flottants s’épaississent, assombrissent le ciel ;
même à midi, il fait noir.
Le tonnerre gronde,
on le prendrait pour le bruit du char impérial.
Le tourbillon pénètre dans le palais,
il soulève les rideaux.
Les branches de l’arbre kouei s’entrechoquent,
en semant le puissant arôme de ses fleurs.
...
La grue blanche crie tristement ;
sans compagnon, elle se dresse sur un saule mort.
Le crépuscule tombe, l’empereur n’est pas venu ;
la belle s’attriste dans un salon vide.
La lune, suspendue au firmament, l’éclaire,
elle va passer la nuit dans sa chambre.
Pour chasser sa tristesse trop pesante,
elle joue sur le k’in.
Les notes s’égrènent, sa voix s’abaisse et se relève.
En écoutant ses morceaux de musique,
on entrevoit la dignité et la fermeté de ses sentiments.
Les personnes de son entourage, saisies,
pleurent abondamment."
La Bible
Livre de la Sagesse - Bible de Jerusalem (1956)
1er siècle av. J.-C.
"... Le vent qui siffle, le chant mélodieux des oiseaux dans les rameaux touffus, le bruit cadencé d'une eau coulant avec violence, le rude fracas des pierres dégringolant, la course invisible d'animaux bondissants, le rugissement des bêtes les plus sauvages, l'écho se répercutant au creux des montagnes, tout les terrorisait et les paralysait."
Livre de la Sagesse - Bible de Jerusalem (1956)
1er siècle av. J.-C.
"... Le vent qui siffle, le chant mélodieux des oiseaux dans les rameaux touffus, le bruit cadencé d'une eau coulant avec violence, le rude fracas des pierres dégringolant, la course invisible d'animaux bondissants, le rugissement des bêtes les plus sauvages, l'écho se répercutant au creux des montagnes, tout les terrorisait et les paralysait."
Virgile
Les Géorgiques - Traduction (1859) de Jean-Pierre Charpentier
30 av. J.-C.
"Les vents sont-ils prêts à se lever ? aussitôt la mer s’agite et commence à enfler ses vagues : sur le sommet des montagnes un bruit sec éclate, les rivages retentissent au loin d’un sourd mugissement, et le murmure des forêts ne cesse de s’accroître."
"Alors aussi et la terre et la mer, et les hurlements des chiens, et les cris sinistres des oiseaux annoncèrent nos malheurs. Combien de fois nous vîmes l’Etna, brisant ses voûtes profondes, inonder les campagnes des Cyclopes, et rouler des tourbillons de flammes et des rochers liquéfiés ! La Germanie entendit de toutes parts retentir dans les airs le bruit des armes. Les Alpes ressentirent des secousses jusque-là inconnues ; dans les bois sacrés, au milieu du silence de la nuit, on entendit des voix lamentables. Des fantômes d’une effrayante pâleur se montrèrent à l’entrée de la nuit, et, pour comble d’horreur, les animaux parlèrent !"
"... accoutume le cheval à la vue des armes et des combats, au bruit de la trompette, au roulement des roues qui crient sur le sable, et au cliquetis des freins."
Les Géorgiques - Traduction (1859) de Jean-Pierre Charpentier
30 av. J.-C.
"Les vents sont-ils prêts à se lever ? aussitôt la mer s’agite et commence à enfler ses vagues : sur le sommet des montagnes un bruit sec éclate, les rivages retentissent au loin d’un sourd mugissement, et le murmure des forêts ne cesse de s’accroître."
"Alors aussi et la terre et la mer, et les hurlements des chiens, et les cris sinistres des oiseaux annoncèrent nos malheurs. Combien de fois nous vîmes l’Etna, brisant ses voûtes profondes, inonder les campagnes des Cyclopes, et rouler des tourbillons de flammes et des rochers liquéfiés ! La Germanie entendit de toutes parts retentir dans les airs le bruit des armes. Les Alpes ressentirent des secousses jusque-là inconnues ; dans les bois sacrés, au milieu du silence de la nuit, on entendit des voix lamentables. Des fantômes d’une effrayante pâleur se montrèrent à l’entrée de la nuit, et, pour comble d’horreur, les animaux parlèrent !"
"... accoutume le cheval à la vue des armes et des combats, au bruit de la trompette, au roulement des roues qui crient sur le sable, et au cliquetis des freins."
Virgile
L'Énéide - Traduction (1825) de Jean-Nicolas-Marie Deguerle
19 av. J.-C.
"Sous leurs voûtes minées par les feux des Cyclopes, d’immenses cavernes et des antres sans fond tonnent sans cesse à l’instar de l’Etna ; sans cesse, aux coups pesants des marteaux, on entend gémir les enclumes ; le fer ardent étincelle sous le fer qui le dompte, et la flamme rugit en fureur dans ses brasiers."
"Un cri s’élève des remparts, et se prolonge au loin à l’entour des murailles. Soudain, les arcs meurtriers sont tendus, et les dards sifflent dans les airs : la plaine est jonchée de traits : l’airain des boucliers et les casques sonores retentissent de mille coups : la mort vole dans tous les rangs. Telle, vomie du couchant par les humides Chevreaux, une pluie orageuse bat la terre inondée : telles, condensées en grêle épaisse, les nues se précipitent sur les mers, quand, escorté des noirs autans, Jupiter en courroux déchaîne la tempête, et tonne dans les cieux au sein de la nuit profonde."
"Telles des légions d’oiseaux remplissent de leurs voix confuses le bois profond qui les rassemble ; tels, attroupés sur les rives du Pô, des cygnes au chant rauque font retentir les bords poissonneux du fleuve et ses bruyants marais."
"Tout à coup les vents ont apporté jusqu’à lui les cris tumultueux d’une aveugle terreur : il écoute ; et son oreille attentive frémit au bruit confus, au lugubre murmure de la ville en alarmes. « Dieux ! qu’entends-je ? Pourquoi ce trouble affreux dans la triste Laurente ? Quelles horribles clameurs s’en élèvent de toutes parts ? »"
L'Énéide - Traduction (1825) de Jean-Nicolas-Marie Deguerle
19 av. J.-C.
"Sous leurs voûtes minées par les feux des Cyclopes, d’immenses cavernes et des antres sans fond tonnent sans cesse à l’instar de l’Etna ; sans cesse, aux coups pesants des marteaux, on entend gémir les enclumes ; le fer ardent étincelle sous le fer qui le dompte, et la flamme rugit en fureur dans ses brasiers."
"Un cri s’élève des remparts, et se prolonge au loin à l’entour des murailles. Soudain, les arcs meurtriers sont tendus, et les dards sifflent dans les airs : la plaine est jonchée de traits : l’airain des boucliers et les casques sonores retentissent de mille coups : la mort vole dans tous les rangs. Telle, vomie du couchant par les humides Chevreaux, une pluie orageuse bat la terre inondée : telles, condensées en grêle épaisse, les nues se précipitent sur les mers, quand, escorté des noirs autans, Jupiter en courroux déchaîne la tempête, et tonne dans les cieux au sein de la nuit profonde."
"Telles des légions d’oiseaux remplissent de leurs voix confuses le bois profond qui les rassemble ; tels, attroupés sur les rives du Pô, des cygnes au chant rauque font retentir les bords poissonneux du fleuve et ses bruyants marais."
"Tout à coup les vents ont apporté jusqu’à lui les cris tumultueux d’une aveugle terreur : il écoute ; et son oreille attentive frémit au bruit confus, au lugubre murmure de la ville en alarmes. « Dieux ! qu’entends-je ? Pourquoi ce trouble affreux dans la triste Laurente ? Quelles horribles clameurs s’en élèvent de toutes parts ? »"
Ovide
(43 av. J.-C. .. 18 ap. J.-C.)
Métamorphoses - Traduction (1806) de G.T. Villenave
"L'air retentit des cris des matelots, du bruit sifflant des cordages, du choc des flots contre les flots, des éclats de la foudre qu'allument les vents."
"Tel que les sifflements de l'Eurus dans une forêt de pins, ou tel que le bruit sourd des flots de la mer, entendu dans le lointain ; tel est le murmure qui s'élève dans l'assemblée du peuple romain."
"Jamais le chant du coq n'y appelle l'aurore. Jamais le silence n'y est troublé par la voix des chiens vigilants, par celle de l'oiseau qui, plus fidèle encore, sauva le Capitole. On n'y entend jamais le lion rugissant, l'agneau bêlant, ni l'aquilon sifflant dans le feuillage, ni l'homme et ses clameurs. Le repos muet habite ce désert. Seulement du fond de la caverne obscure, sort un ruisseau, image du Léthé, qui, sur les cailloux roulant une onde paresseuse, par son doux murmure appelle le sommeil."
"Ses murs sont un airain sonore qui frémit au moindre son, le répète et le répète encore. Le repos est banni de ce palais ; on n'y connaît point le silence. Ce ne sont point cependant des cris, mais les murmures confus de plusieurs voix légères, pareils aux frémissements lointains de la mer mugissante ; pareils au roulement sourd qui, dans les noires nuées de la tempête, lorsque Jupiter les agite et les presse, prolonge les derniers éclats de la foudre mourante. Une foule empressée sans cesse assiège ces portiques, sans cesse va, revient, semant mille rumeurs, amas confus de confuses paroles, mélange obscur du mensonge et de la vérité."
Métamorphoses - Traduction (1806) de G.T. Villenave
"L'air retentit des cris des matelots, du bruit sifflant des cordages, du choc des flots contre les flots, des éclats de la foudre qu'allument les vents."
"Tel que les sifflements de l'Eurus dans une forêt de pins, ou tel que le bruit sourd des flots de la mer, entendu dans le lointain ; tel est le murmure qui s'élève dans l'assemblée du peuple romain."
"Jamais le chant du coq n'y appelle l'aurore. Jamais le silence n'y est troublé par la voix des chiens vigilants, par celle de l'oiseau qui, plus fidèle encore, sauva le Capitole. On n'y entend jamais le lion rugissant, l'agneau bêlant, ni l'aquilon sifflant dans le feuillage, ni l'homme et ses clameurs. Le repos muet habite ce désert. Seulement du fond de la caverne obscure, sort un ruisseau, image du Léthé, qui, sur les cailloux roulant une onde paresseuse, par son doux murmure appelle le sommeil."
"Ses murs sont un airain sonore qui frémit au moindre son, le répète et le répète encore. Le repos est banni de ce palais ; on n'y connaît point le silence. Ce ne sont point cependant des cris, mais les murmures confus de plusieurs voix légères, pareils aux frémissements lointains de la mer mugissante ; pareils au roulement sourd qui, dans les noires nuées de la tempête, lorsque Jupiter les agite et les presse, prolonge les derniers éclats de la foudre mourante. Une foule empressée sans cesse assiège ces portiques, sans cesse va, revient, semant mille rumeurs, amas confus de confuses paroles, mélange obscur du mensonge et de la vérité."
Vālmīki
Le Râmâyana - Traduction (1903) de Alfred Roussel Vol I Vol II Vol III
3e siècle av. J.-C. .. 3e siècle ap. J.-C.
"Le choc de ses eaux ressemblait à un bruyant éclat de rire ; leur écume était comme un limpide sourire ; tantôt elles coulaient pareilles à des tresses, tantôt elles brillaient en tourbillonnant.
Ici elles glissaient paisibles sur un lit profond ; là, elles étaient tumultueuses ; elles faisaient entendre tantôt un bruit sourd, tantôt d'horribles clameurs !"
"Eh quoi ! l'on n'entend plus comme autrefois, dans Ayodhyâ, le bruit sonore, éclatant, des chants et des instruments de musique !
...
Le bruit des véhicules de prix, les hennissements des chevaux luisants d'embonpoint, le barrit des éléphants ivres de Mada, le roulement formidable des chars, on n'entend plus rien, maintenant dans cette ville, depuis que Râma est exilé !"
"... au milieu des cascades dont le bruit les affole, les Indras des éléphants mêlent leur barrit amoureux au cri des paons."
"Mêlé au bruit des roseaux en guise d'instruments de musique, lorsque point l'aurore, et grossi par le vent, le mugissement sonore des cavernes et celui des taureaux semblent se compléter l'un l'autre."
Le Râmâyana - Traduction (1903) de Alfred Roussel Vol I Vol II Vol III
3e siècle av. J.-C. .. 3e siècle ap. J.-C.
"Le choc de ses eaux ressemblait à un bruyant éclat de rire ; leur écume était comme un limpide sourire ; tantôt elles coulaient pareilles à des tresses, tantôt elles brillaient en tourbillonnant.
Ici elles glissaient paisibles sur un lit profond ; là, elles étaient tumultueuses ; elles faisaient entendre tantôt un bruit sourd, tantôt d'horribles clameurs !"
"Eh quoi ! l'on n'entend plus comme autrefois, dans Ayodhyâ, le bruit sonore, éclatant, des chants et des instruments de musique !
...
Le bruit des véhicules de prix, les hennissements des chevaux luisants d'embonpoint, le barrit des éléphants ivres de Mada, le roulement formidable des chars, on n'entend plus rien, maintenant dans cette ville, depuis que Râma est exilé !"
"... au milieu des cascades dont le bruit les affole, les Indras des éléphants mêlent leur barrit amoureux au cri des paons."
"Mêlé au bruit des roseaux en guise d'instruments de musique, lorsque point l'aurore, et grossi par le vent, le mugissement sonore des cavernes et celui des taureaux semblent se compléter l'un l'autre."
Sénèque
Lettres A Lucilius
Lettre 56 - Bruits divers d'un bain public - Traduction (1861) de Joseph Baillard
64 ap. J.-C.
"Voici mille cris divers qui de toute part retentissent autour de moi : j'habite juste au-dessus d'un bain. Imagine tout ce que le gosier humain peut produire de sons antipathiques à l'oreille : quand des forts du gymnase s'escriment et battent l'air de leurs bras chargés de plomb, qu'ils soient ou qu'ils feignent d'être à bout de forces, je les entends geindre ; et chaque fois que leur souffle longtemps retenu s'échappe, c'est une respiration sifflante et saccadée, du mode le plus aigu. Quand le hasard m'envoie un de ces garçons maladroits qui se bornent à frictionner, vaille que vaille, les petites gens, j'entends claquer une lourde main sur des épaules ; et selon que le creux ou le plat a porté, le son est différent. Mais qu'un joueur de paume survienne et se mette à compter les points, c'en est fait. Ajoutes-y un querelleur, un filou pris sur le fait, un chanteur qui trouve que dans le bain sa voix a plus de charme, puis encore ceux qui font rejaillir avec fracas l'eau du bassin où ils s'élancent. Outre ces gens dont les éclats de voix, à défaut d'autre mérite, sont du moins naturels, figure-toi l'épileur qui, pour mieux provoquer l'attention, pousse par intervalles son glapissement grêle, sans jamais se taire que quand il épile des aisselles et fait crier un patient à sa place. Puis les intonations diverses du pâtissier, du charcutier, du confiseur, de tous les brocanteurs de tavernes, ayant chacun certaine modulation toute spéciale pour annoncer leur marchandise.
...
Parmi les bruits qui retentissent autour de moi sans me distraire, je mets celui des chariots qui passent, du forgeron logé sous mon toit, du serrurier voisin, ou de cet autre qui, près de la Meta sudans, essaye ses trompettes et ses flûtes, et beugle plutôt qu'il ne joue."
Lettres A Lucilius
Lettre 56 - Bruits divers d'un bain public - Traduction (1861) de Joseph Baillard
64 ap. J.-C.
"Voici mille cris divers qui de toute part retentissent autour de moi : j'habite juste au-dessus d'un bain. Imagine tout ce que le gosier humain peut produire de sons antipathiques à l'oreille : quand des forts du gymnase s'escriment et battent l'air de leurs bras chargés de plomb, qu'ils soient ou qu'ils feignent d'être à bout de forces, je les entends geindre ; et chaque fois que leur souffle longtemps retenu s'échappe, c'est une respiration sifflante et saccadée, du mode le plus aigu. Quand le hasard m'envoie un de ces garçons maladroits qui se bornent à frictionner, vaille que vaille, les petites gens, j'entends claquer une lourde main sur des épaules ; et selon que le creux ou le plat a porté, le son est différent. Mais qu'un joueur de paume survienne et se mette à compter les points, c'en est fait. Ajoutes-y un querelleur, un filou pris sur le fait, un chanteur qui trouve que dans le bain sa voix a plus de charme, puis encore ceux qui font rejaillir avec fracas l'eau du bassin où ils s'élancent. Outre ces gens dont les éclats de voix, à défaut d'autre mérite, sont du moins naturels, figure-toi l'épileur qui, pour mieux provoquer l'attention, pousse par intervalles son glapissement grêle, sans jamais se taire que quand il épile des aisselles et fait crier un patient à sa place. Puis les intonations diverses du pâtissier, du charcutier, du confiseur, de tous les brocanteurs de tavernes, ayant chacun certaine modulation toute spéciale pour annoncer leur marchandise.
...
Parmi les bruits qui retentissent autour de moi sans me distraire, je mets celui des chariots qui passent, du forgeron logé sous mon toit, du serrurier voisin, ou de cet autre qui, près de la Meta sudans, essaye ses trompettes et ses flûtes, et beugle plutôt qu'il ne joue."
Martial (40 .. 104)
Épigrammes
Livre XII - LVII - A Sparsus- Traduction (1864) de V. Verger, N.-A. Dubois et J. Mangeart
"Tu demandes pourquoi je vais si souvent à ma modeste villa, à cette humble campagne de l'aride pays de Nomentum. C'est qu'à Rome, Sparsus, l'homme pauvre ne peut ni penser ni dormir. Comment vivre, dis-moi, avec les maîtres d'école le matin, les boulangers la nuit, et le marteau des chaudronniers pendant tout le jour ? Ici, c'est un changeur qui s'amuse à faire sonner sur son sale comptoir des pièces marquées au coin de Néron ; là, un batteur de chanvre dont le fléau luisant brise à coups redoublés sur la pierre le lin que nous fournit l'Espagne. A chaque instant du jour, vous entendez crier ou les prêtres fanatiques de Bellone ou le naufragé babillard qui porte avec lui sa tirelire ou le Juif instruit par sa mère à mendier ou le chassieux débitant d'allumettes."
Épigrammes
Livre XII - LVII - A Sparsus- Traduction (1864) de V. Verger, N.-A. Dubois et J. Mangeart
"Tu demandes pourquoi je vais si souvent à ma modeste villa, à cette humble campagne de l'aride pays de Nomentum. C'est qu'à Rome, Sparsus, l'homme pauvre ne peut ni penser ni dormir. Comment vivre, dis-moi, avec les maîtres d'école le matin, les boulangers la nuit, et le marteau des chaudronniers pendant tout le jour ? Ici, c'est un changeur qui s'amuse à faire sonner sur son sale comptoir des pièces marquées au coin de Néron ; là, un batteur de chanvre dont le fléau luisant brise à coups redoublés sur la pierre le lin que nous fournit l'Espagne. A chaque instant du jour, vous entendez crier ou les prêtres fanatiques de Bellone ou le naufragé babillard qui porte avec lui sa tirelire ou le Juif instruit par sa mère à mendier ou le chassieux débitant d'allumettes."
La Bible
Apocalypse de Jean - Bible de Jerusalem (1956)
1er siècle
Apocalypse 8
"Et lorsque l'Agneau ouvrit le septième sceau, il se fit un silence dans le ciel, environ une demi-heure..."
Apocalypse 14
"Et j'entendis un bruit venant du ciel, comme le mugissement des grandes eaux ou le grondement d'un orage violent, et ce bruit me faisait songer à des joueurs de harpe touchant de leurs instruments ;
ils chantent un cantique nouveau devant le trône et devant les quatre Vivants et les Vieillards."
Apocalypse 19
"Alors j'entendis comme le bruit d'une foule immense, comme le mugissement des grandes eaux, comme le grondement de violents tonnerres ; on clamait : "Alleluia ! Car il a pris possession de son règne, le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout."
Apocalypse de Jean - Bible de Jerusalem (1956)
1er siècle
Apocalypse 8
"Et lorsque l'Agneau ouvrit le septième sceau, il se fit un silence dans le ciel, environ une demi-heure..."
Apocalypse 14
"Et j'entendis un bruit venant du ciel, comme le mugissement des grandes eaux ou le grondement d'un orage violent, et ce bruit me faisait songer à des joueurs de harpe touchant de leurs instruments ;
ils chantent un cantique nouveau devant le trône et devant les quatre Vivants et les Vieillards."
Apocalypse 19
"Alors j'entendis comme le bruit d'une foule immense, comme le mugissement des grandes eaux, comme le grondement de violents tonnerres ; on clamait : "Alleluia ! Car il a pris possession de son règne, le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout."
Apulée
Florides - Traduction (1924) de Paul Vallette
2e siècle
"Et je ne parle pas des nombreux animaux qui, sans l’avoir appris, ont chacun, admirables dans leur diversité, le cri qui leur est propre : tel le mugissement grave des taureaux, le hurlement aigu des loups, le triste barrissement des éléphants, le gai hennissement des chevaux, et les clameurs ravies des oiseaux, et les rugissements indignés des lions, et tant d’autres voix d’animaux, qui menaçantes ou limpides, expriment soit la rage hostile, soit le contentement bienveillant. À défaut, l’homme a reçu de dieu une voix moins ample à la vérité, mais plus utile pour l’esprit qu’elle n’est propre à plaire aux oreilles"
L’Âne d’or ou les Métamorphoses - Traduction (1865) de Désiré Nisard
2e siècle
"Le chant des oiselets égayés, par les émanations printanières, saluait d’un concert mélodieux la puissance créatrice des astres, mère des temps, souveraine de l’univers. Les arbres même, et ceux qui produisent des fruits, et ceux qui se contentent de nous offrir de l’ombre, s’épanouissaient au souffle du midi, et, se parant de leur naissant feuillage, envoyaient de joyeux murmures au travers de leurs rameaux. La tempête avait cessé de mugir, les vagues de s’enfler. Le flot venait paisiblement expirer sur la grève. Pas un nuage n’altérait l’azur éclatant de la voûte des cieux."
Florides - Traduction (1924) de Paul Vallette
2e siècle
"Et je ne parle pas des nombreux animaux qui, sans l’avoir appris, ont chacun, admirables dans leur diversité, le cri qui leur est propre : tel le mugissement grave des taureaux, le hurlement aigu des loups, le triste barrissement des éléphants, le gai hennissement des chevaux, et les clameurs ravies des oiseaux, et les rugissements indignés des lions, et tant d’autres voix d’animaux, qui menaçantes ou limpides, expriment soit la rage hostile, soit le contentement bienveillant. À défaut, l’homme a reçu de dieu une voix moins ample à la vérité, mais plus utile pour l’esprit qu’elle n’est propre à plaire aux oreilles"
L’Âne d’or ou les Métamorphoses - Traduction (1865) de Désiré Nisard
2e siècle
"Le chant des oiselets égayés, par les émanations printanières, saluait d’un concert mélodieux la puissance créatrice des astres, mère des temps, souveraine de l’univers. Les arbres même, et ceux qui produisent des fruits, et ceux qui se contentent de nous offrir de l’ombre, s’épanouissaient au souffle du midi, et, se parant de leur naissant feuillage, envoyaient de joyeux murmures au travers de leurs rameaux. La tempête avait cessé de mugir, les vagues de s’enfler. Le flot venait paisiblement expirer sur la grève. Pas un nuage n’altérait l’azur éclatant de la voûte des cieux."
Alexandre de Paris
Roman d’Alexandre
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap I de Jean-Marie Fritz
3e siècle
"Les jongleurs jouent de la vièle et font un tel tapage
qu’on peut les entendre à plus de quatre lieues,
jusqu’à la percée de l’aube et à la lumière du soleil.
Au matin, dès l’aube, au chant de l’alouette, toute
l’armée monte à cheval, le son des cors est puissant.
Les olifants y sonnent dans un grand vacarme,
retentissant à plus de cinq lieues."
Roman d’Alexandre
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap I de Jean-Marie Fritz
3e siècle
"Les jongleurs jouent de la vièle et font un tel tapage
qu’on peut les entendre à plus de quatre lieues,
jusqu’à la percée de l’aube et à la lumière du soleil.
Au matin, dès l’aube, au chant de l’alouette, toute
l’armée monte à cheval, le son des cors est puissant.
Les olifants y sonnent dans un grand vacarme,
retentissant à plus de cinq lieues."
Lu Ji (ou
Lou Ki) (261 .. 303)
Oh tristesse ! - Traduction de Sung-Nien Hsu
Anthologie de la Littérature Chinoise (1932) de Sung-Nien Hsu
"Le voyageur flâne dans la forêt printanière, les fleurs printanières attristent le coeur du voyageur.
La douce brise emporte les bruits clairs ; quelques rares nuages mettent une ombre sur le ciel.
Les orchidées exhalent un arôme suave ; les oiseaux gazouillent mélodieusement.
Les pigeons roucoulent en volant, les loriots chantent en se répondant.
Les orchis pullulent dans le vallon ; les longues plantes escaladent les pics.
Et les cuscutes et les vrilles y trouvent leurs appuis, leurs soutiens.
Que la pensée mélancolique du voyageur est profonde !
Les plantes verdoyantes et le concert des oiseaux l’affligent."
Oh tristesse ! - Traduction de Sung-Nien Hsu
Anthologie de la Littérature Chinoise (1932) de Sung-Nien Hsu
"Le voyageur flâne dans la forêt printanière, les fleurs printanières attristent le coeur du voyageur.
La douce brise emporte les bruits clairs ; quelques rares nuages mettent une ombre sur le ciel.
Les orchidées exhalent un arôme suave ; les oiseaux gazouillent mélodieusement.
Les pigeons roucoulent en volant, les loriots chantent en se répondant.
Les orchis pullulent dans le vallon ; les longues plantes escaladent les pics.
Et les cuscutes et les vrilles y trouvent leurs appuis, leurs soutiens.
Que la pensée mélancolique du voyageur est profonde !
Les plantes verdoyantes et le concert des oiseaux l’affligent."
Augustin d'Hippone (Saint Augustin)
S. Aurelii Augustini opera omnia
De l'ordre - Traduction (1864) de Jean-Baptiste Raulx
387
"... Donc je veillais, ai-je dit, et voilà que le son de l'eau qui coulait près des bains captiva mon oreille, et je le remarquai plus attentivement que de coutume. Je trouvais tout à fait étrange que la même eau heurtant les mêmes cailloux, rendît un son tantôt plus doux et tantôt plus éclatant. Je commençai à m'en demander la cause, et rien, je l'avoue , ne se présentait. Mais Licentius frappant de son lit la boiserie voisine, effraya des souris qui l'importunaient ; je sus ainsi qu'il était éveillé. Licentius, lui dis-je, as-tu remarqué, car je vois que ta muse t'a allumé un flambeau pour travailler, le son inégal de cette eau ? Oui, dit-il, cela n'est point nouveau pour moi. Une nuit, en m'éveillant, le désir du beau temps me faisait prêter l'oreille, j'écoutais si la pluie tombait, et cette eau murmurait comme à présent..."
Discours sur le psaume 41 - Traduction (1864) de Jean-Baptiste Raulx
405
"Cette fête éternelle et sans fin a, pour les oreilles du coeur, je ne sais quoi de sonore et de ravissant, si toutefois cela n’est couvert par le bruit du monde. Pour celui qui marche dans ce tabernacle, et qui médite sur les merveilles de Dieu pour la rédemption des fidèles, il y a dans le concert de cette fête, un charme d’oreille qui l’entraîne comme le cerf aux sources d’eau vive."
Discours sur le psaume 45 - Traduction (1864) de Jean-Baptiste Raulx
405
"Mais de ces montagnes, les unes ont été ébranlées par les autres. C’est alors qu’elles ont élevé leurs voix et leurs cris contre les chrétiens quand montaient leurs flots en courroux. Oui, ces montagnes furent ébranlées, et il se fit un grand bruit sur la terre et sur les flots. Mais contre qui toutes ces clameurs ? Contre cette ville bâtie sur la pierre. Les eaux mugissent, les montagnes se troublent à la prédication de l’Évangile. Que deviens-tu, cité de Dieu ? Écoutez ce qui suit.
« Les bonds du fleuve portent la joie dans la cité de Dieu ». Lorsque les montagnes sont ébranlées, et que la mer s’élève en courroux, Dieu témoigne par l’impétuosité du fleuve qu’il n’abandonne point sa cité."
S. Aurelii Augustini opera omnia
De l'ordre - Traduction (1864) de Jean-Baptiste Raulx
387
"... Donc je veillais, ai-je dit, et voilà que le son de l'eau qui coulait près des bains captiva mon oreille, et je le remarquai plus attentivement que de coutume. Je trouvais tout à fait étrange que la même eau heurtant les mêmes cailloux, rendît un son tantôt plus doux et tantôt plus éclatant. Je commençai à m'en demander la cause, et rien, je l'avoue , ne se présentait. Mais Licentius frappant de son lit la boiserie voisine, effraya des souris qui l'importunaient ; je sus ainsi qu'il était éveillé. Licentius, lui dis-je, as-tu remarqué, car je vois que ta muse t'a allumé un flambeau pour travailler, le son inégal de cette eau ? Oui, dit-il, cela n'est point nouveau pour moi. Une nuit, en m'éveillant, le désir du beau temps me faisait prêter l'oreille, j'écoutais si la pluie tombait, et cette eau murmurait comme à présent..."
Discours sur le psaume 41 - Traduction (1864) de Jean-Baptiste Raulx
405
"Cette fête éternelle et sans fin a, pour les oreilles du coeur, je ne sais quoi de sonore et de ravissant, si toutefois cela n’est couvert par le bruit du monde. Pour celui qui marche dans ce tabernacle, et qui médite sur les merveilles de Dieu pour la rédemption des fidèles, il y a dans le concert de cette fête, un charme d’oreille qui l’entraîne comme le cerf aux sources d’eau vive."
Discours sur le psaume 45 - Traduction (1864) de Jean-Baptiste Raulx
405
"Mais de ces montagnes, les unes ont été ébranlées par les autres. C’est alors qu’elles ont élevé leurs voix et leurs cris contre les chrétiens quand montaient leurs flots en courroux. Oui, ces montagnes furent ébranlées, et il se fit un grand bruit sur la terre et sur les flots. Mais contre qui toutes ces clameurs ? Contre cette ville bâtie sur la pierre. Les eaux mugissent, les montagnes se troublent à la prédication de l’Évangile. Que deviens-tu, cité de Dieu ? Écoutez ce qui suit.
« Les bonds du fleuve portent la joie dans la cité de Dieu ». Lorsque les montagnes sont ébranlées, et que la mer s’élève en courroux, Dieu témoigne par l’impétuosité du fleuve qu’il n’abandonne point sa cité."
Sidoine Apollinaire (430 .. 486)
Lettres
Lettres
| Traduction (1836) de Jean-François Grégoire et
François-Zénon Collombet "Qu'il est doux ici d'entendre, vers le midi, le bruit des cigales ; sur le soir, le coassement des grenouilles ; dans le plus profond silence de la nuit, le chant des cygnes, des oies et des coqs, puis les cris des corbeaux, saluant trois fois le flambeau pompeux de la naissante aurore, et, au point du jour, la voix de Philomèle cachée sous le feuillage, les gazouillements de Progné sur les branches touffues ! A ce concert viennent se mêler encore les sons rustiques de la flûte à sept trous, avec laquelle les vigilants Tityres de nos montagnes se disputent le prix du chant durant la nuit, au milieu des troupeaux qui font retentir leurs sonnettes en beuglant dans la prairie ; ces voix, ces sons divers, favoriseront encore plus ton sommeil." |
Traduction (1970) de André Loyen "Quel plaisir pour les oreilles que d'entendre de ce lieu résonner à midi le chant des cigales, au crépuscule le coassement des grenouilles, au début de la nuit le cri des cygnes et des oies, dans la nuit encore profonde les accords des coqs, le croassement trois fois répété des corbeaux prophétiques saluant, à son lever, la torche pourpre de l'Aurore, au point du jour enfin les roulades de Philomèle dans les buissons et le gazouillis de Procné sur les charpentes ! Encore pourras-tu ajouter à ce concert la muse pastorale de la flûte à sept trous que tourmentent souvent, dans les contours nocturnes, les Tityres de nos montagnes oublieux du sommeil, au milieu de leurs troupeaux porteurs de cloches, dont les mugissements se répondent à travers les pacages où ils paissent. Et pourtant, ces harmonies variées des voix et des instruments se mettront à ton service pour te faire goûter un sommeil plus profond." |
Li
Daoyuan (anglais) (vers 470 .. 527)
水经注
Shui Jing Zhu (anglais)
Commentaire du Livre des rivières
cité dans la thèse "Représenter l’espace dans les textes du haut Moyen Âge chinois" d'Alexis Lycas
"Aux premières éclaircies comme aux aubes givrées, la forêt se mure dans un froid silence et les torrents restent cois. Souvent les gibbons hurlent depuis les hauteurs leur plainte tragique. C’est un cri particulièrement déchirant dont l’écho longtemps résonne dans la vallée, et qui ne s’estompe qu’au loin. Voilà pourquoi les pêcheurs chantaient : « haute est la gorge Wu des Trois gorges du Badong, les trois cris mélodieux du gibbon font pleurer à s’en tremper les vêtements. »"
水经注
Shui Jing Zhu (anglais)
Commentaire du Livre des rivières
cité dans la thèse "Représenter l’espace dans les textes du haut Moyen Âge chinois" d'Alexis Lycas
"Aux premières éclaircies comme aux aubes givrées, la forêt se mure dans un froid silence et les torrents restent cois. Souvent les gibbons hurlent depuis les hauteurs leur plainte tragique. C’est un cri particulièrement déchirant dont l’écho longtemps résonne dans la vallée, et qui ne s’estompe qu’au loin. Voilà pourquoi les pêcheurs chantaient : « haute est la gorge Wu des Trois gorges du Badong, les trois cris mélodieux du gibbon font pleurer à s’en tremper les vêtements. »"
Venance
Fortunat (530 .. 609)
Poèmes - Traduction (1887) de Charles Nisard
"L’abeille, pour construire ses rayons, quitte sa ruche, va bourdonner autour des fleurs auxquelles elle dérobe leurs sucs pour en charger ses cuisses. L’oiseau reprend sa chanson que, rendu paresseux et muet par le froid de l’hiver, il avait interrompue. Philomèle prélude à ses roulades sonores, et l’écho qui les répercute en est ravi. La beauté du monde renaissant atteste que tous les biens qu’il avait perdus lui sont revenus avec son divin maître.
...
Les feuilles des arbres de la forêt, les épis dont les guérets sont chargés t’applaudissent par leurs frémissements, et dans le silence même où ils se développent les rejets de la vigne te rendent des actions de grâce. Si les halliers retentissent en ton honneur du ramage des oiseaux, moi, humble passereau, je mêle à leurs concerts mon chant d’amour."
Poèmes - Traduction (1887) de Charles Nisard
"L’abeille, pour construire ses rayons, quitte sa ruche, va bourdonner autour des fleurs auxquelles elle dérobe leurs sucs pour en charger ses cuisses. L’oiseau reprend sa chanson que, rendu paresseux et muet par le froid de l’hiver, il avait interrompue. Philomèle prélude à ses roulades sonores, et l’écho qui les répercute en est ravi. La beauté du monde renaissant atteste que tous les biens qu’il avait perdus lui sont revenus avec son divin maître.
...
Les feuilles des arbres de la forêt, les épis dont les guérets sont chargés t’applaudissent par leurs frémissements, et dans le silence même où ils se développent les rejets de la vigne te rendent des actions de grâce. Si les halliers retentissent en ton honneur du ramage des oiseaux, moi, humble passereau, je mêle à leurs concerts mon chant d’amour."
Grégoire
le Grand
Dialogues - Traduction (1979) de Paul Antin
cité dans : Le silencement du monde Paysages sonores au haut Moyen Âge et nouvelle culture aurale de Nira Pancer
594
"Ainsi, au cours d'une nuit paisible où l’évêque Datius repose tranquillement, le diable fait entendre des cris prolongés et de bruyantes clameurs : le rugissement du lion, le bêlement de la brebis, le braiment de l’âne, le sifflement du serpent, le grognement du pourceau ou le cri perçant de la souris. L’évêque, réveillé par le bruit, au lieu de trembler de peur, crie plein de colère : « Voilà que ton orgueil t'a rendu semblable aux souris et aux pourceaux ! Toi qui as refusé si indignement d'imiter Dieu, te voilà digne d'imiter les bêtes ! »"
Dialogues - Traduction (1979) de Paul Antin
cité dans : Le silencement du monde Paysages sonores au haut Moyen Âge et nouvelle culture aurale de Nira Pancer
594
"Ainsi, au cours d'une nuit paisible où l’évêque Datius repose tranquillement, le diable fait entendre des cris prolongés et de bruyantes clameurs : le rugissement du lion, le bêlement de la brebis, le braiment de l’âne, le sifflement du serpent, le grognement du pourceau ou le cri perçant de la souris. L’évêque, réveillé par le bruit, au lieu de trembler de peur, crie plein de colère : « Voilà que ton orgueil t'a rendu semblable aux souris et aux pourceaux ! Toi qui as refusé si indignement d'imiter Dieu, te voilà digne d'imiter les bêtes ! »"
Isidore de Séville
Traité de la nature - Traduction (1982) de Jacques Fontaine
cité dans : Le silencement du monde Paysages sonores au haut Moyen Âge et nouvelle culture aurale de Nira Pancer
613
"Le tonnerre est un reproche adressé d'en haut par la voix divine, ou encore l’éclatante prédication des saints qui retentit en une clameur puissante aux oreilles des fidèles, à travers l'univers entier, afin que le monde averti puisse reconnaître sa culpabilité."
Traité de la nature - Traduction (1982) de Jacques Fontaine
cité dans : Le silencement du monde Paysages sonores au haut Moyen Âge et nouvelle culture aurale de Nira Pancer
613
"Le tonnerre est un reproche adressé d'en haut par la voix divine, ou encore l’éclatante prédication des saints qui retentit en une clameur puissante aux oreilles des fidèles, à travers l'univers entier, afin que le monde averti puisse reconnaître sa culpabilité."
Le Coran - Traduction
(1989) de Muhammad Hamidullah
Sourate 69 Al-Haqqah / Celle qui montre la vérité
632 .. 634
"...
5 Quant aux Thamud, ils furent détruits par le [bruit] excessivement fort.
6 Et quant aux 'Ad, ils furent détruits par un vent mugissant et furieux
7 qu'[Allah] déchaîna contre eux pendant sept nuits et huit jours consécutifs ; tu voyais alors les gens renversés par terre comme des souches de palmiers évidées.
..."
Sourate 69 Al-Haqqah / Celle qui montre la vérité
632 .. 634
"...
5 Quant aux Thamud, ils furent détruits par le [bruit] excessivement fort.
6 Et quant aux 'Ad, ils furent détruits par un vent mugissant et furieux
7 qu'[Allah] déchaîna contre eux pendant sept nuits et huit jours consécutifs ; tu voyais alors les gens renversés par terre comme des souches de palmiers évidées.
..."
Meng
Haoran (689 .. 740)
Aube de Printemps - Traduction (1990) de François Cheng dans : Entre source et nuage
"Le sommeil printanier ignore l’aube
On se réveille aux appels des oiseaux.
Nuit passée, bruissement de vent, de pluie :
Que de pétales, déjà, ont du tomber..."
Aube de Printemps - Traduction (1990) de François Cheng dans : Entre source et nuage
"Le sommeil printanier ignore l’aube
On se réveille aux appels des oiseaux.
Nuit passée, bruissement de vent, de pluie :
Que de pétales, déjà, ont du tomber..."
Li
Qi (690 .. 751)
“Écoutant Dong jouer de la flûte jia des Hu...” - Traduction (1997) de Maurice Coyaud
cité dans : De vent et d’eau. Quelques paysages à écouter dans la littérature chinoise de Hervé Brunon
"Les ondes du cours d’eau se calment
Les oiseaux cessent leurs chants...
Un air triste et calme soudain se mue en tempête
Longtemps le vent souffle sur les bois, la pluie arrose les tuiles
La fontaine tombe avec fracas, vole sur la cime des arbres
Les cerfs farouches se lamentent, errant au pied du temple.”
“Écoutant Dong jouer de la flûte jia des Hu...” - Traduction (1997) de Maurice Coyaud
cité dans : De vent et d’eau. Quelques paysages à écouter dans la littérature chinoise de Hervé Brunon
"Les ondes du cours d’eau se calment
Les oiseaux cessent leurs chants...
Un air triste et calme soudain se mue en tempête
Longtemps le vent souffle sur les bois, la pluie arrose les tuiles
La fontaine tombe avec fracas, vole sur la cime des arbres
Les cerfs farouches se lamentent, errant au pied du temple.”
Chang
Jian (708 .. 765)
题破山寺后禅院
Inscrit dans la salle de méditation - Traduction de Jean-Pierre Diény
"...
Clarté des monts où s'égaient les oiseaux
Reflets des eaux où s'épurent les coeurs,
Toute rumeur du monde ici s'est tue,
Rien que le son de la cloche et du gong."
题破山寺后禅院
Inscrit dans la salle de méditation - Traduction de Jean-Pierre Diény
"...
Clarté des monts où s'égaient les oiseaux
Reflets des eaux où s'épurent les coeurs,
Toute rumeur du monde ici s'est tue,
Rien que le son de la cloche et du gong."
Thao-han
(ou T'ao Han)
Le poète passe la nuit au couvent de Tien-tcho - Traduction (1862) de Léon Hervey-Saint-Denys
8e siècle
"La nuit vient ; les singes et les oiseaux se taisent,
Le son des cloches et le chant des bonzes pénètrent au-delà des nuages froids.
Je contemple les pics bleus, et la lune qui se mire dans les eaux du lac ;
J'écoute le bruit des sources, et le vent qui tourmente les feuilles sur les bords du torrent.
Mon âme s'est élancée en dehors des choses visibles,
Errante et captive, tout à la fois, dans un merveilleux ravissement."
Le poète passe la nuit au couvent de Tien-tcho - Traduction (1862) de Léon Hervey-Saint-Denys
8e siècle
"La nuit vient ; les singes et les oiseaux se taisent,
Le son des cloches et le chant des bonzes pénètrent au-delà des nuages froids.
Je contemple les pics bleus, et la lune qui se mire dans les eaux du lac ;
J'écoute le bruit des sources, et le vent qui tourmente les feuilles sur les bords du torrent.
Mon âme s'est élancée en dehors des choses visibles,
Errante et captive, tout à la fois, dans un merveilleux ravissement."
Anonyme
Man'yōshū (le recueil des dix mille feuilles)
Chōka 3223 - Traduction de Claude Péronny
cité dans : Le haïku : le temps d'un instant de Dominique Chipot
8e siècle
"D'un ciel où roule le fracas
Du tonnerre,
Au neuvième mois,
Tombent les giboulées
Avant que n'arrivent, en criant,
Les oies sauvages.
Près des rizières closes
Que gardent les loges sacrées
De Kamunabi,
Sur les levées de l'étang
Les branches des zelkovas
[si nombreuses]
Portent leurs feuilles d'automne
Aux fraîches couleurs.
Si fort, que sonnent les clochettes
A mes bras enroulées,
Bien que moi-même ne sois
Qu'une faible femme,
(Ces branches) j'ai saisi
Par le bout en les ployant
Pour les rompre,
Et, les portant, suis allée
Vers mon amant pour l'en parer."
zelkovas : sorte d'orme
Man'yōshū (le recueil des dix mille feuilles)
Chōka 3223 - Traduction de Claude Péronny
cité dans : Le haïku : le temps d'un instant de Dominique Chipot
8e siècle
"D'un ciel où roule le fracas
Du tonnerre,
Au neuvième mois,
Tombent les giboulées
Avant que n'arrivent, en criant,
Les oies sauvages.
Près des rizières closes
Que gardent les loges sacrées
De Kamunabi,
Sur les levées de l'étang
Les branches des zelkovas
[si nombreuses]
Portent leurs feuilles d'automne
Aux fraîches couleurs.
Si fort, que sonnent les clochettes
A mes bras enroulées,
Bien que moi-même ne sois
Qu'une faible femme,
(Ces branches) j'ai saisi
Par le bout en les ployant
Pour les rompre,
Et, les portant, suis allée
Vers mon amant pour l'en parer."
zelkovas : sorte d'orme
Jiaoran
(730 .. 799)
Le son de la cloche - Traduction de Jean-Pierre Diény
cité dans : De vent et d’eau. Quelques paysages à écouter dans la littérature chinoise de Hervé Brunon
“Il est un temple ancien
sur la montagne froide,
Dont la cloche lointaine
exhale un souffle pur.
Un écho de sa voix
émeut l’arbre lunaire,
Le son expire enfin
dans le Vide glacé.
Pour un maître de Chan,
c’est l’éternelle nuit,
Qui comble de fraîcheur
tout l’espace et son cœur.”
Le son de la cloche - Traduction de Jean-Pierre Diény
cité dans : De vent et d’eau. Quelques paysages à écouter dans la littérature chinoise de Hervé Brunon
“Il est un temple ancien
sur la montagne froide,
Dont la cloche lointaine
exhale un souffle pur.
Un écho de sa voix
émeut l’arbre lunaire,
Le son expire enfin
dans le Vide glacé.
Pour un maître de Chan,
c’est l’éternelle nuit,
Qui comble de fraîcheur
tout l’espace et son cœur.”
Bai Juyi
(ou Po Kiu-yi)
La femme de Chang-yang. (Lamentation sur les femmes délaissées.)
Anthologie de la Littérature Chinoise (1932) de Sung-Nien Hsu
809
"La faible lueur de la lampe projetait sur les murs des ombres, et la pluie, dans les ténèbres, bruissait et tambourinait contre la fenêtre.
Quand, au printemps, le soleil se lève tard, assise, solitaire, j’attendais impatiemment l’arrivée du soir.
Je m’ennuyais d’entendre les chants répétés des loriots du palais ;
et, vieille, je prends garde à ne pas jalouser les couples d’hirondelles ;
mais le départ des loriots et des hirondelles amène souvent un silence effroyable !"
La femme de Chang-yang. (Lamentation sur les femmes délaissées.)
Anthologie de la Littérature Chinoise (1932) de Sung-Nien Hsu
809
"La faible lueur de la lampe projetait sur les murs des ombres, et la pluie, dans les ténèbres, bruissait et tambourinait contre la fenêtre.
Quand, au printemps, le soleil se lève tard, assise, solitaire, j’attendais impatiemment l’arrivée du soir.
Je m’ennuyais d’entendre les chants répétés des loriots du palais ;
et, vieille, je prends garde à ne pas jalouser les couples d’hirondelles ;
mais le départ des loriots et des hirondelles amène souvent un silence effroyable !"
Ouyang
Xiu (1007 .. 1072)
Oiseaux chanteurs
cité dans : De vent et d’eau. Quelques paysages à écouter dans la littérature chinoise de Hervé Brunon
“Sur les fleurs lointaines et les feuilles obscures rayonne le soleil du matin ;
Dans sa tiédeur, toutes espèces d’oiseaux pépient et chantent.
Leur langue, comment la comprendrais-je ?
Mais j’aime leur ramage aux mélodies plaisantes.
À la fenêtre sud, sous le feu des étoiles, quel merveilleux printemps !
Un merle avant l’aube exhorte le jour à la lumière.
Le loriot aux couleurs si charmantes
Babille de la pointe de sa langue, pareil à un poupon.
Dans les bambouseraies de noirs bruants gazouillent,
En des lieux profonds, invisibles, on n’entend que leur voix.
Sur les rizières en terrasse, lointaines, vastes et en eau,
Des huppes chantent et invitent aux labours du printemps.
Pourquoi dit-on les tourterelles gauches et inutiles ?
Le mâle et la femelle savent l’un le ciel noir et l’autre le temps clair.
Comme pluie qui crépite, le chant des bambusicoles
Dans les herbes hautes et les mousses vertes que personne ne foule.
Seul parmi les fleurs un pélican me conseille
D’acheter de l’alcool et de tanguer sous les pétales.
Cent autres espèces encore jacassent,
En ces contrées étranges aux mœurs si différentes, leur nom m’est inconnu.”
Oiseaux chanteurs
cité dans : De vent et d’eau. Quelques paysages à écouter dans la littérature chinoise de Hervé Brunon
“Sur les fleurs lointaines et les feuilles obscures rayonne le soleil du matin ;
Dans sa tiédeur, toutes espèces d’oiseaux pépient et chantent.
Leur langue, comment la comprendrais-je ?
Mais j’aime leur ramage aux mélodies plaisantes.
À la fenêtre sud, sous le feu des étoiles, quel merveilleux printemps !
Un merle avant l’aube exhorte le jour à la lumière.
Le loriot aux couleurs si charmantes
Babille de la pointe de sa langue, pareil à un poupon.
Dans les bambouseraies de noirs bruants gazouillent,
En des lieux profonds, invisibles, on n’entend que leur voix.
Sur les rizières en terrasse, lointaines, vastes et en eau,
Des huppes chantent et invitent aux labours du printemps.
Pourquoi dit-on les tourterelles gauches et inutiles ?
Le mâle et la femelle savent l’un le ciel noir et l’autre le temps clair.
Comme pluie qui crépite, le chant des bambusicoles
Dans les herbes hautes et les mousses vertes que personne ne foule.
Seul parmi les fleurs un pélican me conseille
D’acheter de l’alcool et de tanguer sous les pétales.
Cent autres espèces encore jacassent,
En ces contrées étranges aux mœurs si différentes, leur nom m’est inconnu.”
Su Shi (ou
Sou Tong-pho ou Su Dongpo) (1037 .. 1101)
Essai historique sur la poésie chinoise (1922) de Tsen Tsonming
"Wang Wei qui était connu également sous le nom de Wang Mo-khi doit sa notoriété à ses talents littéraires autant qu'à son génie de peintre ; on disait de lui que « ses poèmes étaient des tableaux et ses tableaux des poésies ». Voici ce qu'en dit le poète Sou Tong-pho :
Essai historique sur la poésie chinoise (1922) de Tsen Tsonming
"Wang Wei qui était connu également sous le nom de Wang Mo-khi doit sa notoriété à ses talents littéraires autant qu'à son génie de peintre ; on disait de lui que « ses poèmes étaient des tableaux et ses tableaux des poésies ». Voici ce qu'en dit le poète Sou Tong-pho :
«Écoutez les odes de Mo-khi, et vous
verrez ses tableaux.
Regardez les tableaux de Mo-khi et vous entendrez ses odes.»"
Regardez les tableaux de Mo-khi et vous entendrez ses odes.»"
Su Shi (ou
Sou Tong-pho ou Su Dongpo) (1037 .. 1101)
後赤壁賦
Seconde promenade à la Falaise Rouge - Traduction (1987) de Martine Vallette-Hémery
1083
"Le fleuve bruissait entre ses rives déchiquetées de mille pieds de haut.
... j'étais seul et poussai le long cri strident des adeptes du dao ; les arbres frémirent et l'herbe trembla, les montagnes gémirent et les vallées leur firent écho, le vent se leva et l'eau s'enfla. Accablé d'une soudaine tristesse et saisi d'effroi, je trouvai ce lieu trop désolé pour m'y attarder.
...
Il était près de minuit, tout était silencieux autour de nous. Soudain nous vîmes venir à l'est au-dessus du fleuve une grue solitaire aux ailes grandes comme des roues de char, au plumage comme une robe blanche et noire. Elle frôla notre bateau avec un long cri rauque et s'en alla vers l'ouest."
後赤壁賦
Seconde promenade à la Falaise Rouge - Traduction (1987) de Martine Vallette-Hémery
1083
"Le fleuve bruissait entre ses rives déchiquetées de mille pieds de haut.
... j'étais seul et poussai le long cri strident des adeptes du dao ; les arbres frémirent et l'herbe trembla, les montagnes gémirent et les vallées leur firent écho, le vent se leva et l'eau s'enfla. Accablé d'une soudaine tristesse et saisi d'effroi, je trouvai ce lieu trop désolé pour m'y attarder.
...
Il était près de minuit, tout était silencieux autour de nous. Soudain nous vîmes venir à l'est au-dessus du fleuve une grue solitaire aux ailes grandes comme des roues de char, au plumage comme une robe blanche et noire. Elle frôla notre bateau avec un long cri rauque et s'en alla vers l'ouest."
Marbode
de Rennes (1040 .. 1123)
Méditation - Traduction (1873) de Sigismond Ropartz
"Prés toujours verdoyants, silencieux bosquet,
Doux zéphir, tour-à-tour babillard ou discret,
Ruisselet enchanteur, qui chante et qui murmure
Dans son lit tout rempli de fleurs et de verdure,
Tout cela qui respire et qui peint le bonheur,
Tout me rend à moi-même et me refait le cœur.
Qui pourrait vivre en soi, patient et tranquille
Au milieu du tumulte enivrant de la ville ?
Entraîné hors de soi, qui ne remplirait pas
Le vain écho du bruit de ses propres ébats ?"
Méditation - Traduction (1873) de Sigismond Ropartz
"Prés toujours verdoyants, silencieux bosquet,
Doux zéphir, tour-à-tour babillard ou discret,
Ruisselet enchanteur, qui chante et qui murmure
Dans son lit tout rempli de fleurs et de verdure,
Tout cela qui respire et qui peint le bonheur,
Tout me rend à moi-même et me refait le cœur.
Qui pourrait vivre en soi, patient et tranquille
Au milieu du tumulte enivrant de la ville ?
Entraîné hors de soi, qui ne remplirait pas
Le vain écho du bruit de ses propres ébats ?"
Baudri de Bourgueil (1045 .. 1130)
Poèmes - Traduction (2002) de Jean-Yves Tilliette et Jacques Fontaine
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap I de Jean-Marie Fritz
"Nous faisons notre joie du babil divers des oiseaux,
nous connaissons le cri des brebis et des bœufs,
parfois nous nous délassons en écoutant un joueur de flûte,
parfois nous effaçons nos tablettes de cire avec notre calame,
souvent nous prenons du plaisir au son du pipeau des bergers,
qui charme aussi les paysans de nos régions."
Poèmes - Traduction (2002) de Jean-Yves Tilliette et Jacques Fontaine
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap I de Jean-Marie Fritz
"Nous faisons notre joie du babil divers des oiseaux,
nous connaissons le cri des brebis et des bœufs,
parfois nous nous délassons en écoutant un joueur de flûte,
parfois nous effaçons nos tablettes de cire avec notre calame,
souvent nous prenons du plaisir au son du pipeau des bergers,
qui charme aussi les paysans de nos régions."
Marcabru
(vers 1110 .. vers 1150)
Poésies complètes - Traduction (1909) de Jean-Marie-Lucien Dejeanne
XXI
"I. J'aime quand la feuille paraît orgueilleuse sur la haute petite branche (?) et que le rossignolet s'épuise sous la ramille, car il lui plaît, au clair de lune, de faire vibrer son chant qui pétille.
II. Chaque oiseau qui a la voix saine se dispose à chanter ; la grenouille fait aussi ses efforts le long de la petite fontaine, et le hibou avec sa femelle, s'il ne peut autre chose, grogne.
III. Ces simples créatures s'accouplent pour l'amour ; leur joie suit le droit chemin et la nôtre est chancelante, car nous trompons à qui mieux mieux; aussi chacun de nous bousille (ne fait rien qui vaille)."
XXXVI
"I. Par la froide bise qui guide l'hiver plein de colère, les oiseaux, dont pas un ne peut brailler ni crier sous la feuillée ou dans la verdure, entremêlent l'été en grande allégresse leur joie certaine.
II. Je n'entends chant ni fredon et ne vois rameau avec des fleurs, mais j'ai entendu une clameur étrange c'est Joie qui se plaint, sans forfanterie, de la contrainte que lui impose Mauvaiseté."
XXXVIII
"I. Le pic et la femelle du rossignol, au lieu de chanter, se taisent ; de même font le geai et la femelle du loriot, dont l'hiver fait ce qu'il veut ; et il est endigué (réfréné), l'orgueil des goujats pleins de grognements, tandis qu'en été il montre les dents.
II. Crapaud et serpent qui se pelotonnent ne me font épouvante ni mal, non plus que la mouche et le taon qui volent ; les scarabées et les frelons, ces ailés maudits, je ne les entends bruire ni ne sens leur mauvaise odeur, car le franc hiver nous en délivre."
Poésies complètes - Traduction (1909) de Jean-Marie-Lucien Dejeanne
XXI
"I. J'aime quand la feuille paraît orgueilleuse sur la haute petite branche (?) et que le rossignolet s'épuise sous la ramille, car il lui plaît, au clair de lune, de faire vibrer son chant qui pétille.
II. Chaque oiseau qui a la voix saine se dispose à chanter ; la grenouille fait aussi ses efforts le long de la petite fontaine, et le hibou avec sa femelle, s'il ne peut autre chose, grogne.
III. Ces simples créatures s'accouplent pour l'amour ; leur joie suit le droit chemin et la nôtre est chancelante, car nous trompons à qui mieux mieux; aussi chacun de nous bousille (ne fait rien qui vaille)."
XXXVI
"I. Par la froide bise qui guide l'hiver plein de colère, les oiseaux, dont pas un ne peut brailler ni crier sous la feuillée ou dans la verdure, entremêlent l'été en grande allégresse leur joie certaine.
II. Je n'entends chant ni fredon et ne vois rameau avec des fleurs, mais j'ai entendu une clameur étrange c'est Joie qui se plaint, sans forfanterie, de la contrainte que lui impose Mauvaiseté."
XXXVIII
"I. Le pic et la femelle du rossignol, au lieu de chanter, se taisent ; de même font le geai et la femelle du loriot, dont l'hiver fait ce qu'il veut ; et il est endigué (réfréné), l'orgueil des goujats pleins de grognements, tandis qu'en été il montre les dents.
II. Crapaud et serpent qui se pelotonnent ne me font épouvante ni mal, non plus que la mouche et le taon qui volent ; les scarabées et les frelons, ces ailés maudits, je ne les entends bruire ni ne sens leur mauvaise odeur, car le franc hiver nous en délivre."
Anonyme
La Prise d’Orange
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap I de Jean-Marie Fritz
12e siècle
"Si vous y aviez été le premier jour d’été
vous auriez entendu les oisillons chanter,
les faucons et les autours mués crier,
les chevaux hennir et les mulets braire,
les Sarrasins se divertir et s’égayer."
La Prise d’Orange
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap I de Jean-Marie Fritz
12e siècle
"Si vous y aviez été le premier jour d’été
vous auriez entendu les oisillons chanter,
les faucons et les autours mués crier,
les chevaux hennir et les mulets braire,
les Sarrasins se divertir et s’égayer."
Anonyme
Charroi de Nîmes
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap II de Jean-Marie Fritz
12e siècle
"Ils entendent la rumeur de la bonne cité
et les destriers hennir et gratter
et les faucons crier sur les perches."
Charroi de Nîmes
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap II de Jean-Marie Fritz
12e siècle
"Ils entendent la rumeur de la bonne cité
et les destriers hennir et gratter
et les faucons crier sur les perches."
Jean
Renart
Galeran de Bretagne - Traduction de Jean Dufournet
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap II de Jean-Marie Fritz
vers 1205 .. 1220
"Ici vous entendriez cors et trompettes,
et les couteaux dans les cuisines
avec lesquels les cuisiniers découpent la viande
en se réservant les meilleurs morceaux,
dans le vacarme des mortiers
et des cloches des églises
qu’on sonne toutes en même temps."
Galeran de Bretagne - Traduction de Jean Dufournet
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap II de Jean-Marie Fritz
vers 1205 .. 1220
"Ici vous entendriez cors et trompettes,
et les couteaux dans les cuisines
avec lesquels les cuisiniers découpent la viande
en se réservant les meilleurs morceaux,
dans le vacarme des mortiers
et des cloches des églises
qu’on sonne toutes en même temps."
Guillaume de Tudèle et Anonyme
La Chanson de la croisade contre les Albigeois - Traduction (1875) de Paul Meyer
1219
"Mais le cri et la noise et le frémissement des enseignes, et l’agitation de l’air font trembler les rameaux. Tel est le bruit des cors et des trompes que la terre en retentit et que tout le ciel en frémit."
"Le craquement des lances et le froissement des clavains produisent un bruit semblable à la tempête, ou à des marteaux frappant sur l’enclume."
"Et on entendait crier : Toulouse ! Montfort ! Craon ! et trompes et grêles font retentir le ciel, lances, dards, piques, masses, brandons, guizarmes, pierres, haches, javelots, flèches, carreaux, massues pleuvent de toutes parts, de sorte que les hauberts, les heaumes, les écus, les arçons, les insignes admirables, les bordures, les boutons, les chevaux, les tresses, l’or, le ciclaton, étaient rouges de sang. Tels furent la noise, le bruit, le tumulte, que beaucoup de ceux de la ville rentrèrent à la dérobée, ..."
La Chanson de la croisade contre les Albigeois - Traduction (1875) de Paul Meyer
1219
"Mais le cri et la noise et le frémissement des enseignes, et l’agitation de l’air font trembler les rameaux. Tel est le bruit des cors et des trompes que la terre en retentit et que tout le ciel en frémit."
"Le craquement des lances et le froissement des clavains produisent un bruit semblable à la tempête, ou à des marteaux frappant sur l’enclume."
"Et on entendait crier : Toulouse ! Montfort ! Craon ! et trompes et grêles font retentir le ciel, lances, dards, piques, masses, brandons, guizarmes, pierres, haches, javelots, flèches, carreaux, massues pleuvent de toutes parts, de sorte que les hauberts, les heaumes, les écus, les arçons, les insignes admirables, les bordures, les boutons, les chevaux, les tresses, l’or, le ciclaton, étaient rouges de sang. Tels furent la noise, le bruit, le tumulte, que beaucoup de ceux de la ville rentrèrent à la dérobée, ..."
Carmina
Burana
Poème 132
cité dans : Crieurs, cloches, chants et voix d’outre-tombe : les sons au Moyen Âge de Jean-Claude Schmitt
1225 .. 1250
"les abeilles vrombissent
les ânes braient
les bœufs mugissent
les cigales frétillent
les éléphants barrissent
les chevaux hennissent
les poules caquettent
les coqs chantent
les brebis bêlent
les porcs grognent
les grenouilles coassent
...
les armes retentissent
la cloche tinte
l’amphore qui s’écoule fait glouglou"
Traduction de Wolff - cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap VII de Jean-Marie Fritz
"Le hibou hulule,
le coucou coucoule,
le moineau pépie,
le corbeau croasse,
le vautour jabote,
l’épervier lamente."
Poème 132
cité dans : Crieurs, cloches, chants et voix d’outre-tombe : les sons au Moyen Âge de Jean-Claude Schmitt
1225 .. 1250
"les abeilles vrombissent
les ânes braient
les bœufs mugissent
les cigales frétillent
les éléphants barrissent
les chevaux hennissent
les poules caquettent
les coqs chantent
les brebis bêlent
les porcs grognent
les grenouilles coassent
...
les armes retentissent
la cloche tinte
l’amphore qui s’écoule fait glouglou"
Traduction de Wolff - cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap VII de Jean-Marie Fritz
"Le hibou hulule,
le coucou coucoule,
le moineau pépie,
le corbeau croasse,
le vautour jabote,
l’épervier lamente."
La
Riote du monde (Le Tumulte du monde) - Traduction de Jean-Marie Fritz
13e siècle
"Concile de pape
Parlement de roi
Accord de mariage
Assemblée de chevaliers
Compagnies de clercs
Beuverie de bourgeois
Foule de vilains
Cohue de garçons
Caquetages de femmes
Aboiements de chiens
Gloussements de poules
Sonneries de cloches
Martèlements de forgerons
Cris de moulins
Bêlements de brebis
Braiements d’ânes
Ecoulements d’eau dans les gouttières
Renversements de charrettes
Coups de massues
Coups de bâtons
Crépitements de braises
Miaulements de chats
Hurlements de loups
Pépiements d’oiseaux
Coups de tonnerre
..."
13e siècle
"Concile de pape
Parlement de roi
Accord de mariage
Assemblée de chevaliers
Compagnies de clercs
Beuverie de bourgeois
Foule de vilains
Cohue de garçons
Caquetages de femmes
Aboiements de chiens
Gloussements de poules
Sonneries de cloches
Martèlements de forgerons
Cris de moulins
Bêlements de brebis
Braiements d’ânes
Ecoulements d’eau dans les gouttières
Renversements de charrettes
Coups de massues
Coups de bâtons
Crépitements de braises
Miaulements de chats
Hurlements de loups
Pépiements d’oiseaux
Coups de tonnerre
..."
Jacques de Voragine
La Légende dorée - Traduction (1902) de Jean-Baptiste-Marie ROZE Partie 1 - Partie 2 - Partie 3
1261 .. 1266
"Marcellus vient de arcens malum a se, qui éloigne le mal de soi, ou de maria percellens qui frappe la mer, c'est-à-dire, qui éloigne et foule aux pieds les adversités du monde, le monde étant comparé à la mer ; car, comme dit saint Chrysostome sur saint Mathieu : « Sur la mer, il y a un bruit confus, une crainte continuelle, l’image de la mort, une véhémence infatigable des eaux, et une agitation constante »."
La Légende dorée - Traduction (1902) de Jean-Baptiste-Marie ROZE Partie 1 - Partie 2 - Partie 3
1261 .. 1266
"Marcellus vient de arcens malum a se, qui éloigne le mal de soi, ou de maria percellens qui frappe la mer, c'est-à-dire, qui éloigne et foule aux pieds les adversités du monde, le monde étant comparé à la mer ; car, comme dit saint Chrysostome sur saint Mathieu : « Sur la mer, il y a un bruit confus, une crainte continuelle, l’image de la mort, une véhémence infatigable des eaux, et une agitation constante »."
Gautier d'Épinal (? .. 1272)
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap I de Jean-Marie Fritz
"Le commencement de la douce et belle saison
dont je vois le retour,
le souvenir d’amour qui me rappelle
celle que je ne veux quitter
Et la grive qui commence à se faire entendre
Et le doux son du ruisseau sur les cailloux,
que je vois à nouveau transparent,
me rappellent
là où sont et seront
tous mes charmants désirs jusqu’à la mort."
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap I de Jean-Marie Fritz
"Le commencement de la douce et belle saison
dont je vois le retour,
le souvenir d’amour qui me rappelle
celle que je ne veux quitter
Et la grive qui commence à se faire entendre
Et le doux son du ruisseau sur les cailloux,
que je vois à nouveau transparent,
me rappellent
là où sont et seront
tous mes charmants désirs jusqu’à la mort."
Salimbene
de Adam (1221 .. 1288)
Cronica
Chronique - Traduction (2016) sous la direction de Gisèle Besson et Michèle Brossard-Dandré
cité dans : Crieurs, cloches, chants et voix d’outre-tombe : les sons au Moyen Âge de Jean-Claude Schmitt
1283..1285
"(le frère Hugues de Digne était) un prédicateur exceptionnel qui parlait d’abondance, d’une voix semblable à une trompette retentissante, au fracas du tonnerre ou au grondement des eaux qui se précipitent dans l’abîme. Jamais il ne marquait le pas, jamais il ne trébuchait ; il était toujours prêt à répondre à tout. Il disait des merveilles de la cour céleste, c’est-à-dire de la gloire du paradis et des choses terrifiantes des peines de l’enfer."
Cronica
Chronique - Traduction (2016) sous la direction de Gisèle Besson et Michèle Brossard-Dandré
cité dans : Crieurs, cloches, chants et voix d’outre-tombe : les sons au Moyen Âge de Jean-Claude Schmitt
1283..1285
"(le frère Hugues de Digne était) un prédicateur exceptionnel qui parlait d’abondance, d’une voix semblable à une trompette retentissante, au fracas du tonnerre ou au grondement des eaux qui se précipitent dans l’abîme. Jamais il ne marquait le pas, jamais il ne trébuchait ; il était toujours prêt à répondre à tout. Il disait des merveilles de la cour céleste, c’est-à-dire de la gloire du paradis et des choses terrifiantes des peines de l’enfer."
Ma
Zhiyuan (ou Ma Tche-yuan) (vers 1250 .. vers 1321)
L’automne dans le palais des Han
Anthologie de la Littérature Chinoise (1932) de Sung-Nien Hsu
"En poussant des « ya ! ya ! », elle passe par-dessus l’îlot aux poiriers d’eau fleuris ;
cette oie sauvage solitaire ne quittera pas la Cité des Phénix.
Sous la gouttière décorée, les chevaux en fer tintent, secoués par le vent.
A l’intérieur du palais précieux, sur ma couche, je sens l’étreinte de la solitude !
Qu’il fait froid !
Les bruissements des feuilles qui tombent,
la bougie qui baisse et le silence qui enveloppe la longue porte, augmentent ma tristesse."
L’automne dans le palais des Han
Anthologie de la Littérature Chinoise (1932) de Sung-Nien Hsu
"En poussant des « ya ! ya ! », elle passe par-dessus l’îlot aux poiriers d’eau fleuris ;
cette oie sauvage solitaire ne quittera pas la Cité des Phénix.
Sous la gouttière décorée, les chevaux en fer tintent, secoués par le vent.
A l’intérieur du palais précieux, sur ma couche, je sens l’étreinte de la solitude !
Qu’il fait froid !
Les bruissements des feuilles qui tombent,
la bougie qui baisse et le silence qui enveloppe la longue porte, augmentent ma tristesse."
Marco
Polo
Les Merveilleux Voyages de Marco Polo dans l’Asie du XIIIe siècle - Publiés (1929) par Maurice Turpaud
1298
"Quand on chevauche de nuit dans ce désert, il arrive qu’un voyageur reste en arrière et s’écarte pour dormir ou pour tout autre motif. Quand il veut rejoindre la caravane, il entend des voix qui lui semblent être celles de ses compagnons. Parfois elles l’appellent par son nom : il change ainsi de direction à plusieurs reprises et finit par s’égarer complètement. De nombreux voyageurs ont péri de cette manière. Je vous dis que même de nos jours, ces voix ont été entendues. D’autres fois, on entend jouer des instruments de musique, particulièrement du tambour."
Les Merveilleux Voyages de Marco Polo dans l’Asie du XIIIe siècle - Publiés (1929) par Maurice Turpaud
1298
"Quand on chevauche de nuit dans ce désert, il arrive qu’un voyageur reste en arrière et s’écarte pour dormir ou pour tout autre motif. Quand il veut rejoindre la caravane, il entend des voix qui lui semblent être celles de ses compagnons. Parfois elles l’appellent par son nom : il change ainsi de direction à plusieurs reprises et finit par s’égarer complètement. De nombreux voyageurs ont péri de cette manière. Je vous dis que même de nos jours, ces voix ont été entendues. D’autres fois, on entend jouer des instruments de musique, particulièrement du tambour."
Voir : Le
chant des dunes
Codex
Runensis
Traduction dans La « Mesnie Hellequin » en conte et en rime de Karin Ueltschi
cité dans : Les paysages sonores - Oui ou non, les morts font-ils du bruit de Karin Ueltschi
vers 1300
"À ces mots, on commença soudain à entendre le tumulte et les cris d’une foule nombreuse qui s’avançait en faisant un grand vacarme. À ce bruit, le jeune homme fut troublé, et il éprouva une grande peur, cette peur qu’on ressent la nuit. Alors, ayant fait le signe de la Croix et invoqué le nom du Christ, il attendit la fin du phénomène en restant au même endroit. Ceux qui arrivaient avec grand bruit passaient devant lui en courant. Tous ces gens se déplaçaient suspendus dans les airs et leurs pieds ne touchaient pas la terre. En outre, chose étonnante, on comprenait par les bruits que dans cette foule désordonnée et confuse se trouvaient des charpentiers, des mineurs, des tailleurs de pierre, donnant des coups avec leurs haches et leurs marteaux, et aussi des cordonniers, des tanneurs, des tisserands, et des foulons, ainsi que les artisans de tous les autres métiers et arts mécaniques. Évidemment, agités et affairés chacun à son travail, ils faisaient du bruit et, comme s’ils se trouvaient vraiment dans leur atelier, ils travaillaient dans le tourment et la détresse, en courant sans cesse de-ci de-là dans les airs."
Traduction dans La « Mesnie Hellequin » en conte et en rime de Karin Ueltschi
cité dans : Les paysages sonores - Oui ou non, les morts font-ils du bruit de Karin Ueltschi
vers 1300
"À ces mots, on commença soudain à entendre le tumulte et les cris d’une foule nombreuse qui s’avançait en faisant un grand vacarme. À ce bruit, le jeune homme fut troublé, et il éprouva une grande peur, cette peur qu’on ressent la nuit. Alors, ayant fait le signe de la Croix et invoqué le nom du Christ, il attendit la fin du phénomène en restant au même endroit. Ceux qui arrivaient avec grand bruit passaient devant lui en courant. Tous ces gens se déplaçaient suspendus dans les airs et leurs pieds ne touchaient pas la terre. En outre, chose étonnante, on comprenait par les bruits que dans cette foule désordonnée et confuse se trouvaient des charpentiers, des mineurs, des tailleurs de pierre, donnant des coups avec leurs haches et leurs marteaux, et aussi des cordonniers, des tanneurs, des tisserands, et des foulons, ainsi que les artisans de tous les autres métiers et arts mécaniques. Évidemment, agités et affairés chacun à son travail, ils faisaient du bruit et, comme s’ils se trouvaient vraiment dans leur atelier, ils travaillaient dans le tourment et la détresse, en courant sans cesse de-ci de-là dans les airs."
Gervais
de Bus et Raoul Chaillou de Pesstain
Le Roman de Fauvel - Traduction (2012) de Armand Strubel
vers 1317 .. 1321
"L'un brandissait une grande poêle,
L'autre un crochet de cuisine, un gril et
Un pilon, et le troisième un pot de cuivre,
Et tous contrefaisaient l'ivrogne ;
Un autre tenait une bassine, et ils frappaient dessus
Si fort qu'ils étourdissaient tout, comme le tonnerre.
L'un avait des clochettes de vaches
Cousues sur les cuisses et les fesses,
Et au-dessus de grands grelots qui rendaient
Quand on les secouait et faisait sonner, un son clair ;
Les autres avaient des tambours et des cymbales,
Et de grands instruments ignobles et sales,
Des castagnettes et des « macequotes »
Dont ils tiraient des sons et des notes
Si aigus que personne ne saurait les décrire."
Le Roman de Fauvel - Traduction (2012) de Armand Strubel
vers 1317 .. 1321
"L'un brandissait une grande poêle,
L'autre un crochet de cuisine, un gril et
Un pilon, et le troisième un pot de cuivre,
Et tous contrefaisaient l'ivrogne ;
Un autre tenait une bassine, et ils frappaient dessus
Si fort qu'ils étourdissaient tout, comme le tonnerre.
L'un avait des clochettes de vaches
Cousues sur les cuisses et les fesses,
Et au-dessus de grands grelots qui rendaient
Quand on les secouait et faisait sonner, un son clair ;
Les autres avaient des tambours et des cymbales,
Et de grands instruments ignobles et sales,
Des castagnettes et des « macequotes »
Dont ils tiraient des sons et des notes
Si aigus que personne ne saurait les décrire."
Dante
Alighieri
La Divine Comédie - Traduction (1968) de Alexandre Cioranescu
1321
L’enfer
"Nous étions à l'endroit où parvenait le bruit
de l'eau qui dévalait dans le cercle suivant,
pareil au bruissement d'un grand essaim d'abeilles,
..."
Le paradis
"je crus entendre au loin le bruit d’une rivière
dont le flot transparent descend de pierre en pierre,
de sa veine première indiquant l’abondance.
De même que le son prend forme sur le cou
du rebec, ou dans l’air que l’on fait pénétrer
par l’étroit embouchoir de quelque chalumeau,
de même, impatient, ne voulant plus attendre,
ce murmure montait et s’échappait de l’aigle
et sortait de son cou comme d’un tuyau d’orgue.
Par la suite il devint une voix qui sortit
hors de son bec ouvert, sous forme de propos,
tels que les attendait mon coeur, où je les mis :
..."
La Divine Comédie - Traduction (1968) de Alexandre Cioranescu
1321
L’enfer
"Nous étions à l'endroit où parvenait le bruit
de l'eau qui dévalait dans le cercle suivant,
pareil au bruissement d'un grand essaim d'abeilles,
..."
Le paradis
"je crus entendre au loin le bruit d’une rivière
dont le flot transparent descend de pierre en pierre,
de sa veine première indiquant l’abondance.
De même que le son prend forme sur le cou
du rebec, ou dans l’air que l’on fait pénétrer
par l’étroit embouchoir de quelque chalumeau,
de même, impatient, ne voulant plus attendre,
ce murmure montait et s’échappait de l’aigle
et sortait de son cou comme d’un tuyau d’orgue.
Par la suite il devint une voix qui sortit
hors de son bec ouvert, sous forme de propos,
tels que les attendait mon coeur, où je les mis :
..."
Pétrarque
(1304 .. 1374)
Lettres de Vaucluse - Traduction (1899) de Victor Develay
Lettre-préface à Guido Sette
"Mais pourquoi vous retracer maintenant ce silence des champs, ce murmure continuel du fleuve le plus limpide, ce mugissement des boeufs dans les vallées sonores, ces concerts non seulement diurnes mais nocturnes des oiseaux sous la ramée ?"
À Jacopo Colonna
1338
"J’aime à savourer le silence d’une vaste forêt. Le moindre bruit m’incommode, si ce n’est quand un ruisseau limpide bondit sur le sable ou qu’un léger zéphyr fouette le papier et que mes vers agités produisent un doux murmure."
A Francesco Nelli
"Que dirai-je de mes oreilles ? Le chant et les délicieux accords de la flûte et du luth, qui ont coutume de me ravir hors de moi-même, n'existent plus pour moi ; tout ce charme s'est dissipé dans l'air. Ici je n'entends absolument que les rares mugissements des boeufs, le bêlement des troupeaux, le chant des oiseaux et le murmure continuel des eaux. Et ma langue, avec laquelle j'ai souvent rendu le courage à moi-même et peut-être quelquefois aux autres, elle est maintenant immobile et se tait souvent du matin au soir, car elle n'a que moi à qui parler."
Lettres de Vaucluse - Traduction (1899) de Victor Develay
Lettre-préface à Guido Sette
"Mais pourquoi vous retracer maintenant ce silence des champs, ce murmure continuel du fleuve le plus limpide, ce mugissement des boeufs dans les vallées sonores, ces concerts non seulement diurnes mais nocturnes des oiseaux sous la ramée ?"
À Jacopo Colonna
1338
"J’aime à savourer le silence d’une vaste forêt. Le moindre bruit m’incommode, si ce n’est quand un ruisseau limpide bondit sur le sable ou qu’un léger zéphyr fouette le papier et que mes vers agités produisent un doux murmure."
A Francesco Nelli
"Que dirai-je de mes oreilles ? Le chant et les délicieux accords de la flûte et du luth, qui ont coutume de me ravir hors de moi-même, n'existent plus pour moi ; tout ce charme s'est dissipé dans l'air. Ici je n'entends absolument que les rares mugissements des boeufs, le bêlement des troupeaux, le chant des oiseaux et le murmure continuel des eaux. Et ma langue, avec laquelle j'ai souvent rendu le courage à moi-même et peut-être quelquefois aux autres, elle est maintenant immobile et se tait souvent du matin au soir, car elle n'a que moi à qui parler."
Pétrarque
De Vita Solitaria
La vie solitaire - Traduction (1999) de Christophe Carraud
1346
"T’écrivant pour cela, j’avais l’âme ainsi disposée que le bruit des feuillages agités par le vent, le murmure des eaux qui sourdent alentour me semblaient faire entendre ces seuls mots : tes conseils sont bons, tes décisions sont droites, tes paroles sont vraies."
De Vita Solitaria
La vie solitaire - Traduction (1999) de Christophe Carraud
1346
"T’écrivant pour cela, j’avais l’âme ainsi disposée que le bruit des feuillages agités par le vent, le murmure des eaux qui sourdent alentour me semblaient faire entendre ces seuls mots : tes conseils sont bons, tes décisions sont droites, tes paroles sont vraies."
Liu Ji
(1311 .. 1375)
Le pavillon du vent dans les pins - Traduction (1987) de Martine Vallette-Hémery
1355
“La pluie, le vent, la rosée, le tonnerre sont d’origine céleste. On peut voir la pluie et la rosée, dont toute chose attend l’eau qui la vivifie. Le tonnerre, on ne le voit pas, on l’entend ; il en est de même pour le vent.
Mais, à la différence du tonnerre, le vent ne peut produire de sons par lui-même, il dépend pour cela des choses. Les sons qu’il produit, faibles ou forts, purs ou troubles, agréables ou irritants, varient selon les choses. Il ne pourrait tirer un son d’une stèle massive. Mais il gronde lorsqu’il se déchaîne dans une vide et profonde vallée, il mugit quand il soulève des eaux mouvantes et dociles. Ici comme là, il ne parvient pas à un accord paisible et fait trembler d’effroi ceux qui l’entendent. C’est seulement avec les plantes et les arbres que son accord est harmonieux. Mais si les feuilles sont trop grandes, le son est émoussé ; si elles sont trop sèches, le son est triste ; si elles sont malingres, le son est grêle. Aussi rien ne s’accorde mieux au vent que les pins.
Les pins ont un tronc droit et des branches recourbées, aux rameaux déliés et aux feuilles effilées. Ils prennent des formes extraordinaires ou s’étirent majestueusement en hauteur. Ils sont à la fois aériens et massifs, ébouriffés et délicatement ciselés. Le vent souffle sans obstacle à travers eux et produit une musique qui est celle de la nature même. À l’écouter, on est délivré de ses tourments et purifié de ses humeurs troubles. On se sent apaisé et détaché, l’esprit dilaté et le cœur léger. On s’envole dans les airs pour se promener avec le créateur. Ceux qui aiment vivre cachés dans les monts et les bois en éprouvent une joie plus intense encore et ne peuvent s’éloigner.
Sur le Pic du Coq d’Or, il y a trois pins on ne sait combien de fois centenaires. Quand une brise les caresse, c’est une source qui chante, enfouie dans les galets. Quand le vent est un peu plus fort, c’est une musique noble et solennelle. Quand il souffle en tempête, c’est un déferlement de vagues ou un roulement de tambours au rythme grave et triste. Le moine Fangzhou a construit sous ces pins un ermitage qu’il a nommé le Pavillon du Vent dans les Pins. Passant un jour par là, je m’y arrêtai et y fus si heureux que je ne pus songer au retour.
...
Le Pavillon du Vent dans les Pins domine une source vive au pied du Pic du Coq d’Or. J’y passai deux nuits au début du printemps. Comme il pleuvait, je n’entendis, jour et nuit, qu’une rumeur de vagues et ne pus en apprécier pleinement la beauté. Cette fois, lors de séjours successifs, je demeurai en tout une dizaine de jour au Pavillon et le connus enfin sous tous ses aspects.
Le Pic, derrière le Pavillon, est plus haut que tous les autres. Il est couvert jusqu’à sa cime de pins qui semblent autant de colonnes ou de dais suspendus au-dessus de nos têtes. Quand le vent agite leurs branches sous le soleil de midi, on voit comme une danse ailée de dragons et de phénix, un frémissement de plumes, un lacis mobile de courbes ; leurs ombres projettent sur les tuiles du toit un brocart d’azur et d’or. À les voir, le regard se clarifie. Quand ils bruissent, on entend comme un chant d’ocarina ou de flûte, une pluie battante, un jet d’eau sur une paroi rocheuse, un galop de chevaux cuirassés ; ou encore, comme un bourdonnement d’insectes cachés dans les herbes, tour à tour ample ou ténu, proche ou lointain. Je ne trouve pas de mots plus justes pour les décrire. À l’écouter, l’oreille se fait plus subtile.”
Le pavillon du vent dans les pins - Traduction (1987) de Martine Vallette-Hémery
1355
“La pluie, le vent, la rosée, le tonnerre sont d’origine céleste. On peut voir la pluie et la rosée, dont toute chose attend l’eau qui la vivifie. Le tonnerre, on ne le voit pas, on l’entend ; il en est de même pour le vent.
Mais, à la différence du tonnerre, le vent ne peut produire de sons par lui-même, il dépend pour cela des choses. Les sons qu’il produit, faibles ou forts, purs ou troubles, agréables ou irritants, varient selon les choses. Il ne pourrait tirer un son d’une stèle massive. Mais il gronde lorsqu’il se déchaîne dans une vide et profonde vallée, il mugit quand il soulève des eaux mouvantes et dociles. Ici comme là, il ne parvient pas à un accord paisible et fait trembler d’effroi ceux qui l’entendent. C’est seulement avec les plantes et les arbres que son accord est harmonieux. Mais si les feuilles sont trop grandes, le son est émoussé ; si elles sont trop sèches, le son est triste ; si elles sont malingres, le son est grêle. Aussi rien ne s’accorde mieux au vent que les pins.
Les pins ont un tronc droit et des branches recourbées, aux rameaux déliés et aux feuilles effilées. Ils prennent des formes extraordinaires ou s’étirent majestueusement en hauteur. Ils sont à la fois aériens et massifs, ébouriffés et délicatement ciselés. Le vent souffle sans obstacle à travers eux et produit une musique qui est celle de la nature même. À l’écouter, on est délivré de ses tourments et purifié de ses humeurs troubles. On se sent apaisé et détaché, l’esprit dilaté et le cœur léger. On s’envole dans les airs pour se promener avec le créateur. Ceux qui aiment vivre cachés dans les monts et les bois en éprouvent une joie plus intense encore et ne peuvent s’éloigner.
Sur le Pic du Coq d’Or, il y a trois pins on ne sait combien de fois centenaires. Quand une brise les caresse, c’est une source qui chante, enfouie dans les galets. Quand le vent est un peu plus fort, c’est une musique noble et solennelle. Quand il souffle en tempête, c’est un déferlement de vagues ou un roulement de tambours au rythme grave et triste. Le moine Fangzhou a construit sous ces pins un ermitage qu’il a nommé le Pavillon du Vent dans les Pins. Passant un jour par là, je m’y arrêtai et y fus si heureux que je ne pus songer au retour.
...
Le Pavillon du Vent dans les Pins domine une source vive au pied du Pic du Coq d’Or. J’y passai deux nuits au début du printemps. Comme il pleuvait, je n’entendis, jour et nuit, qu’une rumeur de vagues et ne pus en apprécier pleinement la beauté. Cette fois, lors de séjours successifs, je demeurai en tout une dizaine de jour au Pavillon et le connus enfin sous tous ses aspects.
Le Pic, derrière le Pavillon, est plus haut que tous les autres. Il est couvert jusqu’à sa cime de pins qui semblent autant de colonnes ou de dais suspendus au-dessus de nos têtes. Quand le vent agite leurs branches sous le soleil de midi, on voit comme une danse ailée de dragons et de phénix, un frémissement de plumes, un lacis mobile de courbes ; leurs ombres projettent sur les tuiles du toit un brocart d’azur et d’or. À les voir, le regard se clarifie. Quand ils bruissent, on entend comme un chant d’ocarina ou de flûte, une pluie battante, un jet d’eau sur une paroi rocheuse, un galop de chevaux cuirassés ; ou encore, comme un bourdonnement d’insectes cachés dans les herbes, tour à tour ample ou ténu, proche ou lointain. Je ne trouve pas de mots plus justes pour les décrire. À l’écouter, l’oreille se fait plus subtile.”
Charles d’Orléans (1394..1465)
Poème de la prison
Ballade 66
"Tous les oyseaulx, qui parlans leur latin,
Crioyent fort, demandans la livrée
Que Nature leur avoit ordonnée.
C’estoit d’un per, comme chascun choisy
Si ne me peu rendormir, pour leur cry,
Sur le dur lit d’Ennuieuse Pensée."
per : compagnon
livrée: couleurs distinctes d'une chose
Poème de la prison
Ballade 66
"Tous les oyseaulx, qui parlans leur latin,
Crioyent fort, demandans la livrée
Que Nature leur avoit ordonnée.
C’estoit d’un per, comme chascun choisy
Si ne me peu rendormir, pour leur cry,
Sur le dur lit d’Ennuieuse Pensée."
per : compagnon
livrée: couleurs distinctes d'une chose
Michault Taillevent
Dialogue de son voyage de Saint-Claude
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap II de Jean-Marie Fritz
vers 1430
"Parle-moi donc, au nom de Dieu,
de l’eau qui surgit de maintes roches.
– C’est une eau bruyante qui jaillit
plus rapidement qu’un trait d’arbalète ;
on l’entendrait bien de l’intérieur d’un coche :
on croirait le tonnerre ou la tempête.
Un tel bruit fait mal à la tête"
Dialogue de son voyage de Saint-Claude
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap II de Jean-Marie Fritz
vers 1430
"Parle-moi donc, au nom de Dieu,
de l’eau qui surgit de maintes roches.
– C’est une eau bruyante qui jaillit
plus rapidement qu’un trait d’arbalète ;
on l’entendrait bien de l’intérieur d’un coche :
on croirait le tonnerre ou la tempête.
Un tel bruit fait mal à la tête"
Anonyme
Il fait bon voir ces hommes d’armes
15e siècle
"Ruez, faucons, ruez, bombardes,
Serpentines et gros canons ;
Et montés sur chevaux et bardes,
Sonnez, trompettes et clairons ;
Afin que bon butin gagnons,
Et que puissions bon bruit acquerre.
Entre nous, gentils compagnons,
Suivons la guerre."
Il fait bon voir ces hommes d’armes
15e siècle
"Ruez, faucons, ruez, bombardes,
Serpentines et gros canons ;
Et montés sur chevaux et bardes,
Sonnez, trompettes et clairons ;
Afin que bon butin gagnons,
Et que puissions bon bruit acquerre.
Entre nous, gentils compagnons,
Suivons la guerre."
Martial d'Auvergne (vers 1420 .. 1508)
L'amant rendu cordelier à l’observance d’Amour
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap II de Jean-Marie Fritz
(avant 1440)
"Au claquement d’un battoir
d’une très belle chambrière
à la voix cinglante et cliquetante
comme une claire sirène,
dans un pré jouxtant la rivière,
je m’endormis si rapidement..."
L'amant rendu cordelier à l’observance d’Amour
cité dans : La Cloche et la lyre. Pour une poétique médiévale du paysage sonore - Chap II de Jean-Marie Fritz
(avant 1440)
"Au claquement d’un battoir
d’une très belle chambrière
à la voix cinglante et cliquetante
comme une claire sirène,
dans un pré jouxtant la rivière,
je m’endormis si rapidement..."
Léonard de Vinci (1452 .. 1519)
Représentation du déluge
Textes choisis Pensées, théories, préceptes, fables et facéties - Traduction (1907) de Joséphin Péladan
" Oh ! quelles rumeurs effrayantes on entend dans l’air obscur, déchiré par la fureur du tonnerre et les fulgurances de ces secousses qui dévastent et passent, frappant tout ce qui leur fait obstacle ! Oh ! combien vous en auriez vu boucher leurs oreilles avec leurs mains pour ne pas entendre l’immense rumeur qui emplit l’air ténébreux de la fureur des vents mêlés a la pluie, aux tonnerres célestes et à la fureur de la foudre.
D’autres ne se bornent pas à fermer leurs yeux, ils y posent leurs mains superposées et les serrent pour ne pas voir le cruel destin que la colère de Dieu fait à l’espèce humaine."
Trattato della pittura
Traité de la peinture - Traduction (1987) de André Chastel
"Si tu regardes des murs souillés de beaucoup de taches, ou faits de pierres multicolores, avec l’idée d’imaginer quelque scène, tu y trouveras l’analogie de paysages au décor de montagnes, rivières, rochers, arbres, plaines, larges vallées et collines de toutes sortes. Tu pourras y voir aussi des batailles et des figures aux gestes vifs et d’étranges visages et costumes et une infinité de choses, que tu pourras ramener à une forme nette et compléter. Et il en va de ces murs et couleurs comme du son des cloches ; dans leurs battements tu trouveras tous les sons et les mots que tu voudras imaginer."
Représentation du déluge
Textes choisis Pensées, théories, préceptes, fables et facéties - Traduction (1907) de Joséphin Péladan
" Oh ! quelles rumeurs effrayantes on entend dans l’air obscur, déchiré par la fureur du tonnerre et les fulgurances de ces secousses qui dévastent et passent, frappant tout ce qui leur fait obstacle ! Oh ! combien vous en auriez vu boucher leurs oreilles avec leurs mains pour ne pas entendre l’immense rumeur qui emplit l’air ténébreux de la fureur des vents mêlés a la pluie, aux tonnerres célestes et à la fureur de la foudre.
D’autres ne se bornent pas à fermer leurs yeux, ils y posent leurs mains superposées et les serrent pour ne pas voir le cruel destin que la colère de Dieu fait à l’espèce humaine."
Trattato della pittura
Traité de la peinture - Traduction (1987) de André Chastel
"Si tu regardes des murs souillés de beaucoup de taches, ou faits de pierres multicolores, avec l’idée d’imaginer quelque scène, tu y trouveras l’analogie de paysages au décor de montagnes, rivières, rochers, arbres, plaines, larges vallées et collines de toutes sortes. Tu pourras y voir aussi des batailles et des figures aux gestes vifs et d’étranges visages et costumes et une infinité de choses, que tu pourras ramener à une forme nette et compléter. Et il en va de ces murs et couleurs comme du son des cloches ; dans leurs battements tu trouveras tous les sons et les mots que tu voudras imaginer."
Clément
Marot
De Madame Loyse de Savoye, mère du Roy, en forme d’eglogue
1531
"En ce beau val sont plaisirs excellens.
Un cler ruisseau bruyant près de l'umbrage,
L'herbe à souhait, les ventz non violens,
Puis toy. Colin, qui de chanter fais rage."
De Madame Loyse de Savoye, mère du Roy, en forme d’eglogue
1531
"En ce beau val sont plaisirs excellens.
Un cler ruisseau bruyant près de l'umbrage,
L'herbe à souhait, les ventz non violens,
Puis toy. Colin, qui de chanter fais rage."
François
Rabelais
Gargantua et Pantagruel
TiersLivre - Transcrit et annoté (1913) par Clouzot
1546
" Quand tu vois le heurt de deux armées, penses-tu, couillasse, que le bruit si grand et horrible que l’on y ouît provienne des voix humaines, du hurtis des harnois, du cliquetis des bardes, du chaplis des masses, du froissis des piques, du bris des lances, du cri des navrés, du son des tambours et trompettes, du hennissement des chevaux, du tonnerre des escopettes et canons ? Il en est véritablement quelque chose, force est que le confesse. Mais le grand effroi et vacarme principal provient du deuil et ullement des diables, qui là, guettant pêle-mêle les pauvres âmes des blessés, reçoivent coups d’épée à l’improviste, et pâtissent solution en la continuité de leurs substances aérées et invisibles, comme si, à quelque laquais croquant les lardons de la broche, maître Hordoux donnait un coup de lardon sur les doigts ; puis crient et ullent comme diables, comme Mars, quand il fut blessé par Diomèdes devant Troie, Homère dit avoir crié en plus haut ton et plus horrifique effroi que ne feraient dix-mille hommes ensemble. Mais quoi ? Nous parlons de harnois fourbis et d’épées resplendissantes."
hurtis : choc
harnois : armures
bardes : armures de cheval
chaplis : fracas
navrés : blessés
ullement : hurlement
pâtissent : souffrent
ullent : hurlent
Gargantua et Pantagruel
TiersLivre - Transcrit et annoté (1913) par Clouzot
1546
" Quand tu vois le heurt de deux armées, penses-tu, couillasse, que le bruit si grand et horrible que l’on y ouît provienne des voix humaines, du hurtis des harnois, du cliquetis des bardes, du chaplis des masses, du froissis des piques, du bris des lances, du cri des navrés, du son des tambours et trompettes, du hennissement des chevaux, du tonnerre des escopettes et canons ? Il en est véritablement quelque chose, force est que le confesse. Mais le grand effroi et vacarme principal provient du deuil et ullement des diables, qui là, guettant pêle-mêle les pauvres âmes des blessés, reçoivent coups d’épée à l’improviste, et pâtissent solution en la continuité de leurs substances aérées et invisibles, comme si, à quelque laquais croquant les lardons de la broche, maître Hordoux donnait un coup de lardon sur les doigts ; puis crient et ullent comme diables, comme Mars, quand il fut blessé par Diomèdes devant Troie, Homère dit avoir crié en plus haut ton et plus horrifique effroi que ne feraient dix-mille hommes ensemble. Mais quoi ? Nous parlons de harnois fourbis et d’épées resplendissantes."
hurtis : choc
harnois : armures
bardes : armures de cheval
chaplis : fracas
navrés : blessés
ullement : hurlement
pâtissent : souffrent
ullent : hurlent
François
Rabelais
Gargantua et Pantagruel
Quart Livre - Transcrit et annoté (1913) par Clouzot
1548
"COMMENT ENTRE LES PAROLES DÉGELÉES PANTAGRUEL TROUVA DES MOTS DE GUEULES.
... Lors gelèrent en l’air les paroles et cris des hommes et femmes, les chaplis des masses, les hurtis des harnois, des bardes, les hennissements des chevaux, et tout autre effroi de combat. À cette heure, la rigueur de l’hiver passée, advenant la sérénité et tempérie du bon temps, elles fondent et sont ouîes.
— Par Dieu, dit Panurge, je l’en crois. Mais en pourrions-nous voir quelqu’une ? Me souvient avoir lu que l’orée de la montagne en laquelle Moses reçut la loi des Juifs, le peuple voyait les voix sensiblement.
— Tenez, tenez, dit Pantagruel, voyez-en ci qui encore ne sont dégelées.
Lors nous jeta sur le tillac pleines mains de paroles gelées, et semblaient dragées perlées de diverses couleurs. Nous y vîmes des mots de gueule, des mots de sinople, des mots d’azur, des mots de sable, des mots dorés. Lesquels, tre quelque peu échauffés entre nos mains, fondaient comme neiges, et les oyons réellement, mais ne les entendions, car c’était langage barbare. Excepté un assez grosset, lequel ayant frère Jean échauffé entre ses mains, fit un son tel que font les châtaignes jetées en la braise sans être entommées lorsque s’éclatent, et nous fit tous de peur tressaillir. « C’était, dit frère Jean, un coup de faucon en son temps. » Panurge requit Pantagruel lui en donner encore. Pantagruel lui répondit que donner paroles était acte des amoureux. « Vendez-m’en donc, disait Panurge.
— C’est acte d’avocats, répondit Pantagruel, vendre paroles. Je vous vendrais plutôt silence et plus chèrement, ainsi que quelquefois le vendit Démosthènes moyennant son argentangine. »
Ce nonobstant il en jeta sur le tillac trois ou quatre poignées Et y vis des paroles bien piquantes, des paroles sanglantes, (lesquelles le pilote nous disait quelquefois retourner on lieu duquel étaient proférées, mais c’était la gorge coupée), des paroles horrifiques, et autres assez mal plaisantes à voir. Lesquelles ensemblement fondues oumes, hin, hin, hin, hin, his, ticque, torche, lorgne, brededin, brededac, frr, frrr, frrrr, bou, bou, bou, bou, bou, bou, bou, bou, tracc, tracc, trr, trr, trr, trrrrrr, on, on, on, on, ououououon, goth, magoth, et ne sais quels autres mots barbares, et disait que c’était vocables du hourt et hennissement des chevaux à l’heure qu’on choque. Puis en oumes d’autres grosses, et rendaient son en dégelant, les unes comme de tambours et fifres, les autres comme de clairons et trompettes."
chaplis : cliquetis
hurtis : chocs
harnois : armures
orée : le long
sable : noirs (en blason)
tre : après l’être
entommées : entamées
on : au
hourt : choc
Gargantua et Pantagruel
Quart Livre - Transcrit et annoté (1913) par Clouzot
1548
"COMMENT ENTRE LES PAROLES DÉGELÉES PANTAGRUEL TROUVA DES MOTS DE GUEULES.
... Lors gelèrent en l’air les paroles et cris des hommes et femmes, les chaplis des masses, les hurtis des harnois, des bardes, les hennissements des chevaux, et tout autre effroi de combat. À cette heure, la rigueur de l’hiver passée, advenant la sérénité et tempérie du bon temps, elles fondent et sont ouîes.
— Par Dieu, dit Panurge, je l’en crois. Mais en pourrions-nous voir quelqu’une ? Me souvient avoir lu que l’orée de la montagne en laquelle Moses reçut la loi des Juifs, le peuple voyait les voix sensiblement.
— Tenez, tenez, dit Pantagruel, voyez-en ci qui encore ne sont dégelées.
Lors nous jeta sur le tillac pleines mains de paroles gelées, et semblaient dragées perlées de diverses couleurs. Nous y vîmes des mots de gueule, des mots de sinople, des mots d’azur, des mots de sable, des mots dorés. Lesquels, tre quelque peu échauffés entre nos mains, fondaient comme neiges, et les oyons réellement, mais ne les entendions, car c’était langage barbare. Excepté un assez grosset, lequel ayant frère Jean échauffé entre ses mains, fit un son tel que font les châtaignes jetées en la braise sans être entommées lorsque s’éclatent, et nous fit tous de peur tressaillir. « C’était, dit frère Jean, un coup de faucon en son temps. » Panurge requit Pantagruel lui en donner encore. Pantagruel lui répondit que donner paroles était acte des amoureux. « Vendez-m’en donc, disait Panurge.
— C’est acte d’avocats, répondit Pantagruel, vendre paroles. Je vous vendrais plutôt silence et plus chèrement, ainsi que quelquefois le vendit Démosthènes moyennant son argentangine. »
Ce nonobstant il en jeta sur le tillac trois ou quatre poignées Et y vis des paroles bien piquantes, des paroles sanglantes, (lesquelles le pilote nous disait quelquefois retourner on lieu duquel étaient proférées, mais c’était la gorge coupée), des paroles horrifiques, et autres assez mal plaisantes à voir. Lesquelles ensemblement fondues oumes, hin, hin, hin, hin, his, ticque, torche, lorgne, brededin, brededac, frr, frrr, frrrr, bou, bou, bou, bou, bou, bou, bou, bou, tracc, tracc, trr, trr, trr, trrrrrr, on, on, on, on, ououououon, goth, magoth, et ne sais quels autres mots barbares, et disait que c’était vocables du hourt et hennissement des chevaux à l’heure qu’on choque. Puis en oumes d’autres grosses, et rendaient son en dégelant, les unes comme de tambours et fifres, les autres comme de clairons et trompettes."
chaplis : cliquetis
hurtis : chocs
harnois : armures
orée : le long
sable : noirs (en blason)
tre : après l’être
entommées : entamées
on : au
hourt : choc
Joachim
du Bellay
Hymne à la surdité
1556
" Or celuy qui est sourd, si tel default luy nie
Le plaisir qui provient d'une doulce armonie,
Aussi est-il privé de sentir maintefois
L'ennuy d'un faulx accord, une mauvaise voix,
Un fascheux instrument, un bruit, une tempeste,
Une cloche, une forge, un rompement de teste,
Le bruit d'une charrete, & la doulce chanson
D'un asne, qui se plaingt en effroyable son. "
Hymne à la surdité
1556
" Or celuy qui est sourd, si tel default luy nie
Le plaisir qui provient d'une doulce armonie,
Aussi est-il privé de sentir maintefois
L'ennuy d'un faulx accord, une mauvaise voix,
Un fascheux instrument, un bruit, une tempeste,
Une cloche, une forge, un rompement de teste,
Le bruit d'une charrete, & la doulce chanson
D'un asne, qui se plaingt en effroyable son. "
Pierre
de Ronsard
Pièces retranchées des amours - XXV
1560
" Hé ! que me sert, Pasquier, ceste belle verdure
Qui rit parmy les prez, et d'ouïr les oiseaux,
D'ouïr en-contre-val le gazouillis des eaux,
Et des vents printanniers le gracieux murmure,
Quand celle qui me blesse et de mon mal n'a cure
..."
Pièces retranchées des amours - XXV
1560
" Hé ! que me sert, Pasquier, ceste belle verdure
Qui rit parmy les prez, et d'ouïr les oiseaux,
D'ouïr en-contre-val le gazouillis des eaux,
Et des vents printanniers le gracieux murmure,
Quand celle qui me blesse et de mon mal n'a cure
..."
François
Rabelais
Gargantua et Pantagruel
Cinquième Livre - Transcrit et annoté (1913) par Clouzot
1564
"... et nous fut dit par notre pilote que c’était l’île Sonnante, et entendîmes un bruit de loin venant, fréquent et tumultueux, et nous semblait à l’ouîr que fussent cloches grosses, petites et médiocres, ensemble sonnantes comme l’on fait à Paris, à Tours, Gergeau, Nantes et ailleurs, ès jours de grandes fêtes. Plus approchions, plus entendions cette sonnerie renforcée.
Nous doutions que fut Dodone avec ses chaudrons, ou le portique dit Heptaphone en Olympie, ou bien le bruit sempiternel du colosse érigé sur la sépulture de Memnon en Thèbes d’Égypte, ou les tintamarres que jadis on ovait autour d’un sépulcre en l’île Lipara, l’une des Éolides ; mais la chorographie n’y consentait. « Je doute, dit Pantagruel, que là quelque compagnie d’abeilles aient commencé prendre vol en l’air, pour lesquelles révoquer le voisinage fait ce triballement de poêles, chaudrons, bassins, cymbales corybantiques de Cvbèle, mère grande des dieux. Entendons. » Approchants davantage, entendîmes, entre la perpétuelle sonnerie des cloches, chant infatigable des hommes là résidants, comme était notre avis."
doutions : craignions
révoquer : rappeler
triballement : agitation
" Cherchants donc par ledit pays si viandes aucunes trouverions, entendîmes un bruit strident et divers, comme si fussent femmes lavant la buée ou traquets du moulin du Bazacle-lez-Toulouse."
buée : lessive
" Soudainement les deux portes, sans que personne y touchât, de soi-même s’ouvrirent, et, s’ouvrant, firent non bruit strident, non frémissement horrible, comme font ordinairement portes de bronze rudes et pesantes, mais doux et gracieux murmure, retentissant par la voûte du temple, duquel soudain Pantagruel entendit la cause, voyant sous l’extrémité de l’une et l’autre porte un petit cylindre, lequel, par sus l’esseuil joignait la porte, et se tournant selon qu’elle se tirait vers le mur, dessus une dure pierre d’ophite, bien torse et également polie, par son frottement faisait ce doux et harmonieux murmure."
"... Bacbuc jeta je ne sais quoi dedans la fontaine, et soudain commença l’eau bouillir à force, comme fait la grande marmite de Bourgueil quand y est fête à bâtons. Panurge écoutait d’une oreille en silence, Bacbuc se tenait près de lui agenouillée, quand de la sacrée bouteille issit un bruit tel que font les abeilles naissantes de la chair d’un jeune taureau occis et accoutré selon l’art et invention d’Aristéus, ou tel que fait un garot débandant l’arbalète, ou en été une forte pluie soudainement tombant. Lors fut ouï ce mot : Trinc. « Elle est, s’écria Panurge, par la vertu Dieu, rompue ou fêlée, que je ne mente : ainsi parlent les bouteilles cristallines de nos pays, quand elles près du feu éclatent. »"
fête à bâtons : fête où les chantres processionnent bâtons en mains
issit : sortit
garot : gros trait
Gargantua et Pantagruel
Cinquième Livre - Transcrit et annoté (1913) par Clouzot
1564
"... et nous fut dit par notre pilote que c’était l’île Sonnante, et entendîmes un bruit de loin venant, fréquent et tumultueux, et nous semblait à l’ouîr que fussent cloches grosses, petites et médiocres, ensemble sonnantes comme l’on fait à Paris, à Tours, Gergeau, Nantes et ailleurs, ès jours de grandes fêtes. Plus approchions, plus entendions cette sonnerie renforcée.
Nous doutions que fut Dodone avec ses chaudrons, ou le portique dit Heptaphone en Olympie, ou bien le bruit sempiternel du colosse érigé sur la sépulture de Memnon en Thèbes d’Égypte, ou les tintamarres que jadis on ovait autour d’un sépulcre en l’île Lipara, l’une des Éolides ; mais la chorographie n’y consentait. « Je doute, dit Pantagruel, que là quelque compagnie d’abeilles aient commencé prendre vol en l’air, pour lesquelles révoquer le voisinage fait ce triballement de poêles, chaudrons, bassins, cymbales corybantiques de Cvbèle, mère grande des dieux. Entendons. » Approchants davantage, entendîmes, entre la perpétuelle sonnerie des cloches, chant infatigable des hommes là résidants, comme était notre avis."
doutions : craignions
révoquer : rappeler
triballement : agitation
" Cherchants donc par ledit pays si viandes aucunes trouverions, entendîmes un bruit strident et divers, comme si fussent femmes lavant la buée ou traquets du moulin du Bazacle-lez-Toulouse."
buée : lessive
" Soudainement les deux portes, sans que personne y touchât, de soi-même s’ouvrirent, et, s’ouvrant, firent non bruit strident, non frémissement horrible, comme font ordinairement portes de bronze rudes et pesantes, mais doux et gracieux murmure, retentissant par la voûte du temple, duquel soudain Pantagruel entendit la cause, voyant sous l’extrémité de l’une et l’autre porte un petit cylindre, lequel, par sus l’esseuil joignait la porte, et se tournant selon qu’elle se tirait vers le mur, dessus une dure pierre d’ophite, bien torse et également polie, par son frottement faisait ce doux et harmonieux murmure."
"... Bacbuc jeta je ne sais quoi dedans la fontaine, et soudain commença l’eau bouillir à force, comme fait la grande marmite de Bourgueil quand y est fête à bâtons. Panurge écoutait d’une oreille en silence, Bacbuc se tenait près de lui agenouillée, quand de la sacrée bouteille issit un bruit tel que font les abeilles naissantes de la chair d’un jeune taureau occis et accoutré selon l’art et invention d’Aristéus, ou tel que fait un garot débandant l’arbalète, ou en été une forte pluie soudainement tombant. Lors fut ouï ce mot : Trinc. « Elle est, s’écria Panurge, par la vertu Dieu, rompue ou fêlée, que je ne mente : ainsi parlent les bouteilles cristallines de nos pays, quand elles près du feu éclatent. »"
fête à bâtons : fête où les chantres processionnent bâtons en mains
issit : sortit
garot : gros trait
Pierre
de Ronsard
Eglogue 1 - Bergerie
1567
"Icy le gazouillis enroué des ruisseaux
S’accorde doucement aux plaintes des oiseaux ;
Icy entre les pins les Zéphyres s’entendent.
Nos flutes cependant trop paresseuses pendent
A nos cols endormis, et semble que ce temps
Soit à nous un hyver, aux autres un printemps."
Eglogue 1 - Bergerie
1567
"Icy le gazouillis enroué des ruisseaux
S’accorde doucement aux plaintes des oiseaux ;
Icy entre les pins les Zéphyres s’entendent.
Nos flutes cependant trop paresseuses pendent
A nos cols endormis, et semble que ce temps
Soit à nous un hyver, aux autres un printemps."
Yuan
Zhongdao (1570 .. 1624)
Le kiosque des accords parfaits - Traduction (1987) de Martine Vallette-Hémery
“ La Fontaine de Jade sourd en une pluie de perles pour se déverser dans un canal obstrué de grosses pierres. L’eau tombe d’une hauteur de plus de dix pieds avec un bruit si fort qu’il s’entend à plusieurs li à la ronde. J’aime à venir l’écouter quand je séjourne sur la montagne.
La fontaine est bordée de pierres sur lesquelles je peux déposer un coussin et passer la journée en posture de méditation. Tout d’abord, mon esprit reste fluctuant et mes pensées tumultueuses. Mes oreilles ne sont pas à l’unisson de la fontaine, encore distraites par le chant du vent dans les branches ou des oiseaux dans la vallée. Je ferme les yeux et respire à fond, soustrais ma vue et mon ouïe aux sollicitations extérieures. J’oublie les dix mille causes de la destinée et suis soudain envahi de solitude.
Alors la fontaine se manifeste à moi dans toutes ses métamorphoses. Elle est tour à tour un pin qui se lamente, un jade qui se brise, un luth pincé avec un plectre de fer, de fulgurants roulements de tonnerre qui ébranlent les monts et les eaux. Plus mon esprit s’apaise, plus fort est le bruit de la fontaine, et il me pénètre jusqu’au cœur. Une calme fraîcheur ruisselle dans mes entrailles et les lave de leurs souillures, me baigne dans l’oubli du monde qui m’emprisonnait, dans l’indifférence à la vie et à la mort. Ainsi, plus fort est le bruit de la fontaine, plus profonde est la paix de mon esprit.”
Le kiosque des accords parfaits - Traduction (1987) de Martine Vallette-Hémery
“ La Fontaine de Jade sourd en une pluie de perles pour se déverser dans un canal obstrué de grosses pierres. L’eau tombe d’une hauteur de plus de dix pieds avec un bruit si fort qu’il s’entend à plusieurs li à la ronde. J’aime à venir l’écouter quand je séjourne sur la montagne.
La fontaine est bordée de pierres sur lesquelles je peux déposer un coussin et passer la journée en posture de méditation. Tout d’abord, mon esprit reste fluctuant et mes pensées tumultueuses. Mes oreilles ne sont pas à l’unisson de la fontaine, encore distraites par le chant du vent dans les branches ou des oiseaux dans la vallée. Je ferme les yeux et respire à fond, soustrais ma vue et mon ouïe aux sollicitations extérieures. J’oublie les dix mille causes de la destinée et suis soudain envahi de solitude.
Alors la fontaine se manifeste à moi dans toutes ses métamorphoses. Elle est tour à tour un pin qui se lamente, un jade qui se brise, un luth pincé avec un plectre de fer, de fulgurants roulements de tonnerre qui ébranlent les monts et les eaux. Plus mon esprit s’apaise, plus fort est le bruit de la fontaine, et il me pénètre jusqu’au cœur. Une calme fraîcheur ruisselle dans mes entrailles et les lave de leurs souillures, me baigne dans l’oubli du monde qui m’emprisonnait, dans l’indifférence à la vie et à la mort. Ainsi, plus fort est le bruit de la fontaine, plus profonde est la paix de mon esprit.”
Miguel de Cervantes
El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha - 1ª Parte - 2ª Parte
L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche - Traduction (1837) de Louis Viardot - Tome 1 - Tome 2
1605
"Écoute donc, et prête une oreille attentive, non pas au son harmonieux, mais au bruit confus qui, pour ma satisfaction et pour ton dépit, s’exhale du fond de ma poitrine amère :
« Que le rugissement du lion, le féroce hurlement du loup, le sifflement horrible du serpent écailleux, l’effroyable cri de quelque monstre, le croassement augural de la corneille, le vacarme du vent qui agite la mer, l’implacable mugissement du taureau vaincu, le plaintif roucoulement de la tourterelle veuve, le chant sinistre du hibou, et les gémissements de toute la noire troupe de l’enfer accompagnent la plainte de mon âme, et se mêlent en un son qui trouble tous les sens ; car la peine qui me déchire a besoin, pour être contée, de moyens nouveaux."
"Ils n’eurent pas fait deux cents pas que leurs oreilles furent frappées par un grand bruit d’eau, comme serait celui d’une cascade qui tomberait du haut d’un rocher. Ils sentirent à ce bruit une joie infinie, et s’étant arrêtés pour écouter attentivement d’où il partait, ils entendirent tout à coup un autre vacarme qui calma tout à la fois leur joie et leur soif, surtout pour Sancho, naturellement poltron. Ils entendirent de grands coups sourds, frappés en cadence, et accompagnés d’un certain cliquetis de fer et de chaînes, qui, joint au bruit du torrent, aurait jeté l’effroi dans tout autre coeur que celui de don Quichotte. La nuit, comme je viens de le dire, était très obscure, et le hasard les avait amenés sous un bouquet de grands arbres, dont les feuilles, agitées par la brise, faisaient un autre bruit à la fois doux et effrayant ; si bien que la solitude, le site, l’obscurité, le bruit de l’eau et le murmure des feuilles, tout répandait l’horreur et l’épouvante. Ce fut pis encore quand ils virent que les coups ne cessaient de frapper, ni le vent de souffler, et que le jour tardait à poindre pour leur apprendre du moins où ils se trouvaient.
...
Remarque bien, écuyer loyal et fidèle, les ténèbres de cette nuit et son profond silence, le bruit sourd et confus de ces arbres, l’effroyable tapage de cette eau que nous étions venus chercher, et qui semble se précipiter du haut des montagnes de la Lune ; enfin le vacarme incessant de ces coups redoublés qui nous déchirent les oreilles ; toutes choses qui, non-seulement ensemble, mais chacune en particulier, sont capables de jeter la surprise, la peur et l’effroi dans l’âme même du dieu Mars, à plus forte raison de celui qui n’est pas fait à de tels événements."
"Le village était enseveli dans le repos et le silence, car tous les habitants dormaient comme des souches.
...
On n’entendait dans tout le pays que des aboiements de chiens, qui assourdissaient don Quichotte et troublaient le coeur de Sancho. De temps en temps, un âne se mettait à braire, des cochons à grogner, des chats à miauler, et tous les bruits de ces voix différentes s’augmentaient par le silence de la nuit."
"On entendit en même temps un bruit épouvantable, dans le genre de celui que produisent les roues massives des charrettes à boeufs, bruit aigu, criard, continuel, qui fait, dit-on, fuir les loups et les ours, s’il y en a sur leur passage. À toutes ces tempêtes s’en ajouta une autre, qui les accrut encore ; il semblait véritablement qu’aux quatre coins du bois on livrât en même temps quatre batailles. Là, résonnait le bruit sourd et effroyable de l’artillerie ; ici, partaient une infinité d’arquebuses ; tout près, on entendait les cris des combattants ; plus loin, les hélélis sarrasins. Finalement, les cornets, les cors de chasse, les clairons, les trompettes, les tambours, l’artillerie, les coups d’arquebuse, et par-dessus tout l’épouvantable cliquetis des charrettes, tout cela formait à la fois un bruit si confus, si horrible, que don Quichotte eut besoin de rassembler tout son courage pour l’entendre sans effroi."
El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha - 1ª Parte - 2ª Parte
L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche - Traduction (1837) de Louis Viardot - Tome 1 - Tome 2
1605
"Écoute donc, et prête une oreille attentive, non pas au son harmonieux, mais au bruit confus qui, pour ma satisfaction et pour ton dépit, s’exhale du fond de ma poitrine amère :
« Que le rugissement du lion, le féroce hurlement du loup, le sifflement horrible du serpent écailleux, l’effroyable cri de quelque monstre, le croassement augural de la corneille, le vacarme du vent qui agite la mer, l’implacable mugissement du taureau vaincu, le plaintif roucoulement de la tourterelle veuve, le chant sinistre du hibou, et les gémissements de toute la noire troupe de l’enfer accompagnent la plainte de mon âme, et se mêlent en un son qui trouble tous les sens ; car la peine qui me déchire a besoin, pour être contée, de moyens nouveaux."
"Ils n’eurent pas fait deux cents pas que leurs oreilles furent frappées par un grand bruit d’eau, comme serait celui d’une cascade qui tomberait du haut d’un rocher. Ils sentirent à ce bruit une joie infinie, et s’étant arrêtés pour écouter attentivement d’où il partait, ils entendirent tout à coup un autre vacarme qui calma tout à la fois leur joie et leur soif, surtout pour Sancho, naturellement poltron. Ils entendirent de grands coups sourds, frappés en cadence, et accompagnés d’un certain cliquetis de fer et de chaînes, qui, joint au bruit du torrent, aurait jeté l’effroi dans tout autre coeur que celui de don Quichotte. La nuit, comme je viens de le dire, était très obscure, et le hasard les avait amenés sous un bouquet de grands arbres, dont les feuilles, agitées par la brise, faisaient un autre bruit à la fois doux et effrayant ; si bien que la solitude, le site, l’obscurité, le bruit de l’eau et le murmure des feuilles, tout répandait l’horreur et l’épouvante. Ce fut pis encore quand ils virent que les coups ne cessaient de frapper, ni le vent de souffler, et que le jour tardait à poindre pour leur apprendre du moins où ils se trouvaient.
...
Remarque bien, écuyer loyal et fidèle, les ténèbres de cette nuit et son profond silence, le bruit sourd et confus de ces arbres, l’effroyable tapage de cette eau que nous étions venus chercher, et qui semble se précipiter du haut des montagnes de la Lune ; enfin le vacarme incessant de ces coups redoublés qui nous déchirent les oreilles ; toutes choses qui, non-seulement ensemble, mais chacune en particulier, sont capables de jeter la surprise, la peur et l’effroi dans l’âme même du dieu Mars, à plus forte raison de celui qui n’est pas fait à de tels événements."
"Le village était enseveli dans le repos et le silence, car tous les habitants dormaient comme des souches.
...
On n’entendait dans tout le pays que des aboiements de chiens, qui assourdissaient don Quichotte et troublaient le coeur de Sancho. De temps en temps, un âne se mettait à braire, des cochons à grogner, des chats à miauler, et tous les bruits de ces voix différentes s’augmentaient par le silence de la nuit."
"On entendit en même temps un bruit épouvantable, dans le genre de celui que produisent les roues massives des charrettes à boeufs, bruit aigu, criard, continuel, qui fait, dit-on, fuir les loups et les ours, s’il y en a sur leur passage. À toutes ces tempêtes s’en ajouta une autre, qui les accrut encore ; il semblait véritablement qu’aux quatre coins du bois on livrât en même temps quatre batailles. Là, résonnait le bruit sourd et effroyable de l’artillerie ; ici, partaient une infinité d’arquebuses ; tout près, on entendait les cris des combattants ; plus loin, les hélélis sarrasins. Finalement, les cornets, les cors de chasse, les clairons, les trompettes, les tambours, l’artillerie, les coups d’arquebuse, et par-dessus tout l’épouvantable cliquetis des charrettes, tout cela formait à la fois un bruit si confus, si horrible, que don Quichotte eut besoin de rassembler tout son courage pour l’entendre sans effroi."
Georg Philipp Harsdörffer
Frauenzimmer Gesprächspiele
Causeries badines pour les dames
cité dans : Vertige de la liste de Umberto Eco
1641
"La langue allemande parle avec des langues de la nature en exprimant bien perceptiblement tous les sons.
...
Elle tonne avec le ciel, lance des éclairs avec les nuages rapides, darde avec la grêle, siffle avec les vents, écume avec les vagues, ..."
Frauenzimmer Gesprächspiele
Causeries badines pour les dames
cité dans : Vertige de la liste de Umberto Eco
1641
"La langue allemande parle avec des langues de la nature en exprimant bien perceptiblement tous les sons.
...
Elle tonne avec le ciel, lance des éclairs avec les nuages rapides, darde avec la grêle, siffle avec les vents, écume avec les vagues, ..."
Nicolas
Boileau
Satires
Satire VI - Les embarras de Paris
1660
" Qui frappe l’air, bon Dieu ! de ces lugubres cris ?
Est-ce donc pour veiller qu’on se couche à Paris ?
Et quel fâcheux démon, durant les nuits entières,
Rassemble ici les chats de toutes les gouttières ?
J’ai beau sauter du lit, plein de trouble et d’effroi,
Je pense qu’avec eux tout l’enfer est chez moi :
L’un miaule en grondant comme un tigre en furie ;
L’autre roule sa voix comme un enfant qui crie.
Ce n’est pas tout encor : les souris et les rats
Semblent, pour m’éveiller, s’entendre avec les chats,
Plus importuns pour moi, durant la nuit obscure,
Que jamais, en plein jour, ne fut l’abbé de Pure.
Tout conspire à la fois à troubler mon repos,
Et je me plains ici du moindre de mes maux :
Car à peine les coqs, commençant leur ramage,
Auront de cris aigus frappé le voisinage,
Qu’un affreux serrurier, laborieux Vulcain,
Qu’éveillera bientôt l’ardente soif du gain,
Avec un fer maudit, qu’à grand bruit il apprête,
De cent coups de marteau me va fendre la tête.
J’entends déjà partout les charrettes courir,
Les maçons travailler, les boutiques s’ouvrir :
Tandis que dans les airs mille cloches émues
D’un funèbre concert font retentir les nues ;
Et, se mêlant au bruit de la grêle et des vents,
Pour honorer les morts font mourir les vivans."
Satires
Satire VI - Les embarras de Paris
1660
" Qui frappe l’air, bon Dieu ! de ces lugubres cris ?
Est-ce donc pour veiller qu’on se couche à Paris ?
Et quel fâcheux démon, durant les nuits entières,
Rassemble ici les chats de toutes les gouttières ?
J’ai beau sauter du lit, plein de trouble et d’effroi,
Je pense qu’avec eux tout l’enfer est chez moi :
L’un miaule en grondant comme un tigre en furie ;
L’autre roule sa voix comme un enfant qui crie.
Ce n’est pas tout encor : les souris et les rats
Semblent, pour m’éveiller, s’entendre avec les chats,
Plus importuns pour moi, durant la nuit obscure,
Que jamais, en plein jour, ne fut l’abbé de Pure.
Tout conspire à la fois à troubler mon repos,
Et je me plains ici du moindre de mes maux :
Car à peine les coqs, commençant leur ramage,
Auront de cris aigus frappé le voisinage,
Qu’un affreux serrurier, laborieux Vulcain,
Qu’éveillera bientôt l’ardente soif du gain,
Avec un fer maudit, qu’à grand bruit il apprête,
De cent coups de marteau me va fendre la tête.
J’entends déjà partout les charrettes courir,
Les maçons travailler, les boutiques s’ouvrir :
Tandis que dans les airs mille cloches émues
D’un funèbre concert font retentir les nues ;
Et, se mêlant au bruit de la grêle et des vents,
Pour honorer les morts font mourir les vivans."
Blaise
Pascal
Pensées
1670 (posthume)
" L'esprit de ce souverain juge du monde n'est pas si indépendant qu'il ne soit sujet à être troublé par le premier tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit d'un canon pour empêcher ses pensées. Il ne faut que le bruit d'une girouette ou d'une poulie. Ne vous étonnez point s'il ne raisonne pas bien à présent, une mouche bourdonne à ses oreilles : c'en est assez pour le rendre incapable de bon conseil. Si vous voulez qu'il puisse trouver la vérité chassez cet animal qui tient sa raison en échec et trouble cette puissante intelligence qui gouverne les villes et les royaumes.
Le plaisant dieu, que voilà. O ridicolosissime heroe !"
"Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie."
Pensées
1670 (posthume)
" L'esprit de ce souverain juge du monde n'est pas si indépendant qu'il ne soit sujet à être troublé par le premier tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit d'un canon pour empêcher ses pensées. Il ne faut que le bruit d'une girouette ou d'une poulie. Ne vous étonnez point s'il ne raisonne pas bien à présent, une mouche bourdonne à ses oreilles : c'en est assez pour le rendre incapable de bon conseil. Si vous voulez qu'il puisse trouver la vérité chassez cet animal qui tient sa raison en échec et trouble cette puissante intelligence qui gouverne les villes et les royaumes.
Le plaisant dieu, que voilà. O ridicolosissime heroe !"
"Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie."
Matsuo
Bashō
(1644 .. 1694)
Fourmis sans ombre - Le livre du haïku - Maurice Coyaud
1681
"Bananier. Tempête automnale
La pluie dans le baquet
J’écoute : c’est la nuit"
Traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu - Haiku, Anthologie du poème court japonais
1688
"La cloche se tait -
les fleurs en écho
parfument le soir !"
Traduction de Cheng Wing et Hervé Collet pour les Ed Moundarren
1689
"Silence
le chant des cigales
pénètre les rocs"
Fourmis sans ombre - Le livre du haïku - Maurice Coyaud
1681
"Bananier. Tempête automnale
La pluie dans le baquet
J’écoute : c’est la nuit"
Traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu - Haiku, Anthologie du poème court japonais
1688
"La cloche se tait -
les fleurs en écho
parfument le soir !"
Traduction de Cheng Wing et Hervé Collet pour les Ed Moundarren
1689
"Silence
le chant des cigales
pénètre les rocs"
Jean de La Bruyère
Les Caractères
1688
" Diphile commence par un oiseau et finit par mille ; sa maison n’en est pas égayée, mais empestée : la cour, la salle, l’escalier, le vestibule, les chambres, le cabinet, tout est volière ; ce n’est plus un ramage, c’est un vacarme, les vents d’automne et les eaux dans leurs plus grandes crues ne font pas un bruit si perçant et si aigu : on ne s’entend non plus parler les uns et les autres que dans ces chambres où il faut attendre, pour faire le compliment d’entrée, que les petits chiens aient aboyé."
"... Les cloches sonnent dans une nuit tranquille ; et leur mélodie, qui réveille les chantres et les enfants de choeur, endort les chanoines, les plonge dans un sommeil doux et facile, et qui ne leur procure que de beaux songes : ils se lèvent tard, et vont à l’église se faire payer d’avoir dormi."
Les Caractères
1688
" Diphile commence par un oiseau et finit par mille ; sa maison n’en est pas égayée, mais empestée : la cour, la salle, l’escalier, le vestibule, les chambres, le cabinet, tout est volière ; ce n’est plus un ramage, c’est un vacarme, les vents d’automne et les eaux dans leurs plus grandes crues ne font pas un bruit si perçant et si aigu : on ne s’entend non plus parler les uns et les autres que dans ces chambres où il faut attendre, pour faire le compliment d’entrée, que les petits chiens aient aboyé."
"... Les cloches sonnent dans une nuit tranquille ; et leur mélodie, qui réveille les chantres et les enfants de choeur, endort les chanoines, les plonge dans un sommeil doux et facile, et qui ne leur procure que de beaux songes : ils se lèvent tard, et vont à l’église se faire payer d’avoir dormi."
Hong
Sheng
Le Palais de la Longévité
Anthologie de la Littérature Chinoise (1932) de Sung-Nien Hsu
1688
"HIUAN TSONG.
Le Palais de la Longévité
Anthologie de la Littérature Chinoise (1932) de Sung-Nien Hsu
1688
"HIUAN TSONG.
... J’ignore où le vent souffle, sous
la pluie, en faisant tinter les clochettes qui déchirent mes entrailles.
Écoutez, là-bas ; ces tintements sans arrêt suscitent en moi l’ennui. Kao Li che, allez voir ce qu’il en est.
KAO LI-CHE. Écoutez, là-bas ; ces tintements sans arrêt suscitent en moi l’ennui. Kao Li che, allez voir ce qu’il en est.
— Ce sont les bruits de la pluie dans
le bois qui se mêlent à ceux des clochettes suspendues sous la
gouttière et secouées par le vent.
HIUAN TSONG.— Combien ces clochettes m’importunent !
Goutte à goutte, tintement par tintement, ces bruits lugubres effrayent mon coeur.
De loin, je perçois, derrière ces montagnes et ces forêts, les bruits de guerre mêlés à ceux du vent et de la pluie, tantôt fort, tantôt doucement.
Une goutte, puis une autre, puis un tintement !
Une goutte, puis une autre, puis un tintement !
Ces bruits accompagnent les larmes de l’affligé.
Devant ce spectacle mélancolique, je songe à la tombe abandonnée :
au-dessus d’elle, les branches des saules blancs s’entrecroisent sous les fils emmêlés de la pluie ;
alors, l’âme de ma belle se plaint de la solitude, des lueurs phosphorescentes voltigent ainsi que des lucioles mouillées parmi les herbes."
Goutte à goutte, tintement par tintement, ces bruits lugubres effrayent mon coeur.
De loin, je perçois, derrière ces montagnes et ces forêts, les bruits de guerre mêlés à ceux du vent et de la pluie, tantôt fort, tantôt doucement.
Une goutte, puis une autre, puis un tintement !
Une goutte, puis une autre, puis un tintement !
Ces bruits accompagnent les larmes de l’affligé.
Devant ce spectacle mélancolique, je songe à la tombe abandonnée :
au-dessus d’elle, les branches des saules blancs s’entrecroisent sous les fils emmêlés de la pluie ;
alors, l’âme de ma belle se plaint de la solitude, des lueurs phosphorescentes voltigent ainsi que des lucioles mouillées parmi les herbes."
Fénelon
Les Aventures de Télémaque
1699
"Là on n’entendait jamais que le chant des oiseaux, ou le bruit d’un ruisseau, qui, se précipitant du haut d’un rocher, tombait à gros bouillons pleins d’écume, et s’enfuyait au travers de la prairie."
"... on entendit tout à coup un bruit confus de chariots, de chevaux hennissants, d’hommes qui poussaient des hurlements épouvantables, et de trompettes qui remplissaient l’air d’un son belliqueux. On s’écrie : Voilà les ennemis..."
"... on entend tout à coup un bruit effroyable de chariots, d’armes, de hennissements de chevaux, de cris d’hommes, les uns vainqueurs et animés au carnage, les autres ou fuyants, ou mourants, ou blessés."
"... le bruit du feu est semblable à celui d’un torrent qui inonde toute une campagne, et qui entraîne par sa rapidité les grands chênes avec leurs profondes racines, les moissons, les granges, les étables et les troupeaux."
"Les oiseaux ne chantaient jamais dans cette terre hérissée de ronces et d’épines, et n’y trouvaient aucun bocage pour se retirer : ils allaient chanter leurs amours sous un ciel plus doux. Là, on n’entendait que le croassement des corbeaux et la voix lugubre des hiboux..."
"Cette fumée couvrait un fleuve de feu, et des tourbillons de flamme, dont le bruit, semblable à celui des torrents les plus impétueux quand ils s’élancent des plus hauts rochers dans le fond des abîmes, faisait qu’on ne pouvait rien entendre distinctement dans ces tristes lieux."
"Toute la côte était couverte d’hommes, d’armes, de chevaux, et de chariots en mouvement : c’était un bruit confus, semblable à celui des flots en courroux, quand Neptune excite, au fond de ses abîmes, les noires tempêtes. Ainsi Mars commençait par le bruit des armes et par l’appareil frémissant de la guerre, à semer la rage dans tous les coeurs."
Les Aventures de Télémaque
1699
"Là on n’entendait jamais que le chant des oiseaux, ou le bruit d’un ruisseau, qui, se précipitant du haut d’un rocher, tombait à gros bouillons pleins d’écume, et s’enfuyait au travers de la prairie."
"... on entendit tout à coup un bruit confus de chariots, de chevaux hennissants, d’hommes qui poussaient des hurlements épouvantables, et de trompettes qui remplissaient l’air d’un son belliqueux. On s’écrie : Voilà les ennemis..."
"... on entend tout à coup un bruit effroyable de chariots, d’armes, de hennissements de chevaux, de cris d’hommes, les uns vainqueurs et animés au carnage, les autres ou fuyants, ou mourants, ou blessés."
"... le bruit du feu est semblable à celui d’un torrent qui inonde toute une campagne, et qui entraîne par sa rapidité les grands chênes avec leurs profondes racines, les moissons, les granges, les étables et les troupeaux."
"Les oiseaux ne chantaient jamais dans cette terre hérissée de ronces et d’épines, et n’y trouvaient aucun bocage pour se retirer : ils allaient chanter leurs amours sous un ciel plus doux. Là, on n’entendait que le croassement des corbeaux et la voix lugubre des hiboux..."
"Cette fumée couvrait un fleuve de feu, et des tourbillons de flamme, dont le bruit, semblable à celui des torrents les plus impétueux quand ils s’élancent des plus hauts rochers dans le fond des abîmes, faisait qu’on ne pouvait rien entendre distinctement dans ces tristes lieux."
"Toute la côte était couverte d’hommes, d’armes, de chevaux, et de chariots en mouvement : c’était un bruit confus, semblable à celui des flots en courroux, quand Neptune excite, au fond de ses abîmes, les noires tempêtes. Ainsi Mars commençait par le bruit des armes et par l’appareil frémissant de la guerre, à semer la rage dans tous les coeurs."
Kikaku
(1661 .. 1707)
Tanka Haiku Renga Le triangle magique de Maurice Coyaud
"Le vent cesse
Les gouttes dégoulinent en forêt
Voix du coucou kanko"
Tanka Haiku Renga Le triangle magique de Maurice Coyaud
"Le vent cesse
Les gouttes dégoulinent en forêt
Voix du coucou kanko"
Voltaire
Les Contes philosophiques
Le Crocheteur borgne
1715
"« Frappe sans crainte. » Il frappa, et aussitôt les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes avec un grand bruit. Les deux amants entrèrent, au son de mille voix et de mille instruments, dans un vestibule de marbre de Paros ; ..."
Les Contes philosophiques
Le Crocheteur borgne
1715
"« Frappe sans crainte. » Il frappa, et aussitôt les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes avec un grand bruit. Les deux amants entrèrent, au son de mille voix et de mille instruments, dans un vestibule de marbre de Paros ; ..."
Voltaire
Lettres philosophiques
1734
"... parce que des meurtriers vêtus de rouge, avec un bonnet haut de deux pieds, enrôlent des citoyens en faisant du bruit avec deux petits bâtons sur une peau d'âne bien tendue ; et lorsque après des batailles gagnées tout Londres brille d'illuminations, que le ciel est enflammé de fusées, que l'air retentit du bruit des actions de grâces, des cloches, des orgues, des canons, nous gémissons en silence sur ces meurtres qui causent la publique allégresse."
Lettres philosophiques
1734
"... parce que des meurtriers vêtus de rouge, avec un bonnet haut de deux pieds, enrôlent des citoyens en faisant du bruit avec deux petits bâtons sur une peau d'âne bien tendue ; et lorsque après des batailles gagnées tout Londres brille d'illuminations, que le ciel est enflammé de fusées, que l'air retentit du bruit des actions de grâces, des cloches, des orgues, des canons, nous gémissons en silence sur ces meurtres qui causent la publique allégresse."
Chiyo-ni
(1703 .. 1775)
sornettes-Chiyo-ni
"Même le bruit de la cascade
S’est affaibli
Le chant des cigales."
sornettes-Chiyo-ni
"Même le bruit de la cascade
S’est affaibli
Le chant des cigales."
Buffon
Œuvres complètes
Tome 1 Histoire et théorie de la Terre - Organisation de la Terre
1749
"Aussi les éruptions des volcans et les tremblements de terre sont précédés et accompagnés d’un bruit sourd et roulant, qui ne diffère de celui du tonnerre que par le ton sépulcral et profond que le son prend nécessairement en traversant une grande épaisseur de matière solide, lorsqu’il s’y trouve renfermé."
Œuvres complètes
Tome 1 Histoire et théorie de la Terre - Organisation de la Terre
1749
"Aussi les éruptions des volcans et les tremblements de terre sont précédés et accompagnés d’un bruit sourd et roulant, qui ne diffère de celui du tonnerre que par le ton sépulcral et profond que le son prend nécessairement en traversant une grande épaisseur de matière solide, lorsqu’il s’y trouve renfermé."
Buson
(1716 .. 1783)
sornettes-Buson
1757
"Dans la profondeur des bois
Le pivert
Et le bruit de la hache."
sornettes-Buson
1757
"Dans la profondeur des bois
Le pivert
Et le bruit de la hache."
Yuan Mei
(1716 .. 1797)
Le kiosque de la source volante - Traduction (1987) de Martine Vallette-Hémery
"Le grondement de l’eau, le claquement des pièces sur l’échiquier, le murmure des pins, le chant des oiseaux, tous les sons s’unissent confusément. Peu après, un son différent, le heurt d’un bâton sur le sol, nous parvient des nuages ; c’est le vieux moine Huaiyuan qui arrive en serrant contre lui un volumineux recueil de poèmes, pour me demander une préface. Alors, un autre son monte encore avec ampleur, ce sont nos voix qui psalmodient ces poèmes. Les chants de la nature et les voix des hommes se fondent en une musique nouvelle. Je n’imaginais pas que j’éprouverais, à contempler la cascade, un plaisir aussi fort. Ce Kiosque doit recéler quelque sortilège !”
Le kiosque de la source volante - Traduction (1987) de Martine Vallette-Hémery
"Le grondement de l’eau, le claquement des pièces sur l’échiquier, le murmure des pins, le chant des oiseaux, tous les sons s’unissent confusément. Peu après, un son différent, le heurt d’un bâton sur le sol, nous parvient des nuages ; c’est le vieux moine Huaiyuan qui arrive en serrant contre lui un volumineux recueil de poèmes, pour me demander une préface. Alors, un autre son monte encore avec ampleur, ce sont nos voix qui psalmodient ces poèmes. Les chants de la nature et les voix des hommes se fondent en une musique nouvelle. Je n’imaginais pas que j’éprouverais, à contempler la cascade, un plaisir aussi fort. Ce Kiosque doit recéler quelque sortilège !”
Voltaire
Candide
1759
" Le souper fut comme la plupart des soupers de Paris ; d’abord du silence, ensuite un bruit de paroles qu’on ne distingue point, puis des plaisanteries dont la plupart sont insipides, de fausses nouvelles, de mauvais raisonnements, un peu de politique et beaucoup de médisance ; on parla même de livres nouveaux."
Candide
1759
" Le souper fut comme la plupart des soupers de Paris ; d’abord du silence, ensuite un bruit de paroles qu’on ne distingue point, puis des plaisanteries dont la plupart sont insipides, de fausses nouvelles, de mauvais raisonnements, un peu de politique et beaucoup de médisance ; on parla même de livres nouveaux."
Jean-Jacques
Rousseau
Julie ou la nouvelle Héloïse - Tome 1 - Tome 2
1761
"Quant à moi, du moins, je trouve que le bruit de la basse-cour, le chant des coqs, le mugissement du bétail, l’attelage des chariots, les repas des champs, le retour des ouvriers, et tout l’appareil de l’économie rustique, donnent à cette maison un air plus champêtre, plus vivant, plus animé, plus gai, je ne sais quoi qui sent la joie et le bien-être, qu’elle n’avait pas dans sa morne dignité."
"Nous gardions un profond silence. Le bruit égal et mesuré des rames m’excitait à rêver. Le chant assez gai des bécassines me retraçant les plaisirs d’un autre âge, au lieu de m’égayer, m’attristait."
"... le bruit des tonneaux, des cuves, les légrefass qu’on relie de toutes parts ; le chant des vendangeuses dont ces coteaux retentissent ; la marche continuelle de ceux qui portent la vendange au pressoir ; le rauque son des instruments rustiques qui les anime au travail ; l’aimable et touchant tableau d’une allégresse générale qui semble en ce moment étendue sur la face de la terre ; enfin le voile de brouillard que le soleil élève au matin comme une toile de théâtre pour découvrir à l’oeil un si charmant spectacle : tout conspire à lui donner un air de fête ; et cette fête n’en devient que plus belle à la réflexion, quand on songe qu’elle est la seule où les hommes aient su joindre l’agréable à l’utile."
Légrefass : Sorte de foudre ou de grand tonneau du pays.
Julie ou la nouvelle Héloïse - Tome 1 - Tome 2
1761
"Quant à moi, du moins, je trouve que le bruit de la basse-cour, le chant des coqs, le mugissement du bétail, l’attelage des chariots, les repas des champs, le retour des ouvriers, et tout l’appareil de l’économie rustique, donnent à cette maison un air plus champêtre, plus vivant, plus animé, plus gai, je ne sais quoi qui sent la joie et le bien-être, qu’elle n’avait pas dans sa morne dignité."
"Nous gardions un profond silence. Le bruit égal et mesuré des rames m’excitait à rêver. Le chant assez gai des bécassines me retraçant les plaisirs d’un autre âge, au lieu de m’égayer, m’attristait."
"... le bruit des tonneaux, des cuves, les légrefass qu’on relie de toutes parts ; le chant des vendangeuses dont ces coteaux retentissent ; la marche continuelle de ceux qui portent la vendange au pressoir ; le rauque son des instruments rustiques qui les anime au travail ; l’aimable et touchant tableau d’une allégresse générale qui semble en ce moment étendue sur la face de la terre ; enfin le voile de brouillard que le soleil élève au matin comme une toile de théâtre pour découvrir à l’oeil un si charmant spectacle : tout conspire à lui donner un air de fête ; et cette fête n’en devient que plus belle à la réflexion, quand on songe qu’elle est la seule où les hommes aient su joindre l’agréable à l’utile."
Légrefass : Sorte de foudre ou de grand tonneau du pays.
Jean-Jacques
Rousseau
Émile ou De l'éducation
1762
"... il nous importe d’avoir l’oreille alerte, de pouvoir juger, par la sensation qui nous frappe, si le corps qui la cause est grand ou petit, éloigné ou proche, si son ébranlement est violent ou faible. L’air ébranlé est sujet à des répercussions qui le réfléchissent, qui produisant des échos, répètent la sensation, et font entendre le corps bruyant ou sonore en un autre lieu que celui où il est. Si dans une plaine ou dans une vallée on met l’oreille à terre, on entend la voix des hommes et le pas des chevaux de beaucoup plus loin qu’en restant debout."
Émile ou De l'éducation
1762
"... il nous importe d’avoir l’oreille alerte, de pouvoir juger, par la sensation qui nous frappe, si le corps qui la cause est grand ou petit, éloigné ou proche, si son ébranlement est violent ou faible. L’air ébranlé est sujet à des répercussions qui le réfléchissent, qui produisant des échos, répètent la sensation, et font entendre le corps bruyant ou sonore en un autre lieu que celui où il est. Si dans une plaine ou dans une vallée on met l’oreille à terre, on entend la voix des hommes et le pas des chevaux de beaucoup plus loin qu’en restant debout."
Jean-Jacques
Rousseau
Les Confessions
1765
"Mes artères se mirent à battre d’une si grande force, que non seulement je sentais leur battement, mais que je l’entendais même, et surtout celui des carotides. Un grand bruit d’oreilles se joignit à cela, et ce bruit était triple ou plutôt quadruple, savoir : un bourdonnement grave et sourd, un murmure plus clair comme d’une eau courante, un sifflement très aigu et le battement que je viens de dire, et dont je pouvais aisément compter les coups sans me tâter le pouls ni toucher mon corps de mes mains. Ce bruit interne était si grand qu’il m’ôta la finesse d’ouïe que j’avais auparavant, et me rendit non tout à fait sourd, mais dur d’oreille comme je le suis depuis ce temps-là."
"Aussi bruyant que je l’étais peu, il se faisait voir et surtout entendre à la fois à la charrue, aux foins, au bois, à l’écurie, à la basse-cour. Il n’y avait que le jardin qu’il négligeait, parce que c’était un travail trop paisible et qui ne faisait point de bruit. Son grand plaisir était de charger et charrier, de scier ou fendre du bois ; on le voyait toujours la hache ou la pioche à la main ; on l’entendait courir, cogner, crier à pleine tête. Je ne sais de combien d’hommes il faisait le travail, mais il faisait toujours le bruit de dix ou douze."
Les Confessions
1765
"Mes artères se mirent à battre d’une si grande force, que non seulement je sentais leur battement, mais que je l’entendais même, et surtout celui des carotides. Un grand bruit d’oreilles se joignit à cela, et ce bruit était triple ou plutôt quadruple, savoir : un bourdonnement grave et sourd, un murmure plus clair comme d’une eau courante, un sifflement très aigu et le battement que je viens de dire, et dont je pouvais aisément compter les coups sans me tâter le pouls ni toucher mon corps de mes mains. Ce bruit interne était si grand qu’il m’ôta la finesse d’ouïe que j’avais auparavant, et me rendit non tout à fait sourd, mais dur d’oreille comme je le suis depuis ce temps-là."
"Aussi bruyant que je l’étais peu, il se faisait voir et surtout entendre à la fois à la charrue, aux foins, au bois, à l’écurie, à la basse-cour. Il n’y avait que le jardin qu’il négligeait, parce que c’était un travail trop paisible et qui ne faisait point de bruit. Son grand plaisir était de charger et charrier, de scier ou fendre du bois ; on le voyait toujours la hache ou la pioche à la main ; on l’entendait courir, cogner, crier à pleine tête. Je ne sais de combien d’hommes il faisait le travail, mais il faisait toujours le bruit de dix ou douze."
Denis
Diderot
Salon de 1767 - Promenade Vernet
1767
" La nuit dérobe les formes, donne de l’horreur aux bruits ; ne fût-ce que celui d’une feuille, au fond d’une forêt, il met l’imagination en jeu ; l’imagination secoue vivement les entrailles ; tout s’exagère."
"Les grands bruits ouïs au loin, la chute des eaux qu’on entend sans les voir, le silence, la solitude, le désert, les ruines, les cavernes, le bruit des tambours voilés, les coups de baguette séparés par des intervalles, les coups d’une cloche interrompus et qui se font attendre, le cri des oiseaux nocturnes, celui des bêtes féroces en hiver, pendant la nuit, surtout s’il se mêle au murmure des vents, la plainte d’une femme qui accouche, toute plainte qui cesse et qui reprend, qui reprend avec éclat, et qui finit en s’éteignant ; il y a, dans toutes ces choses, je ne sais quoi de terrible, de grand et d’obscur."
Salon de 1767 - Promenade Vernet
1767
" La nuit dérobe les formes, donne de l’horreur aux bruits ; ne fût-ce que celui d’une feuille, au fond d’une forêt, il met l’imagination en jeu ; l’imagination secoue vivement les entrailles ; tout s’exagère."
"Les grands bruits ouïs au loin, la chute des eaux qu’on entend sans les voir, le silence, la solitude, le désert, les ruines, les cavernes, le bruit des tambours voilés, les coups de baguette séparés par des intervalles, les coups d’une cloche interrompus et qui se font attendre, le cri des oiseaux nocturnes, celui des bêtes féroces en hiver, pendant la nuit, surtout s’il se mêle au murmure des vents, la plainte d’une femme qui accouche, toute plainte qui cesse et qui reprend, qui reprend avec éclat, et qui finit en s’éteignant ; il y a, dans toutes ces choses, je ne sais quoi de terrible, de grand et d’obscur."
Buffon
Œuvres complètes
Tome 5 Oiseaux - Discours sur la nature des oiseaux
1770
"J’ai souvent passé des jours entiers dans les forêts, où l’on est obligé de s’appeler de loin et d’écouter avec attention pour entendre le son du cor et la voix des chiens ou des hommes ; j’ai remarqué que, dans le temps de la plus grande chaleur du jour, c’est à dire depuis dix heures jusqu’à quatre, on ne peut entendre que d’assez près les mêmes voix, les mêmes sons que l’on entend de loin le matin, le soir, et surtout la nuit, dont le silence ne fait rien ici, parce qu’à l’exception des cris de quelques reptiles ou de quelques oiseaux nocturnes, il n’y avait pas le moindre bruit dans ces forêts ; j’ai de plus observé qu’à toutes les heures du jour et de la nuit on entendait plus loin en hiver par la gelée que par le plus beau temps de toute autre saison."
Œuvres complètes
Tome 5 Oiseaux - Discours sur la nature des oiseaux
1770
"J’ai souvent passé des jours entiers dans les forêts, où l’on est obligé de s’appeler de loin et d’écouter avec attention pour entendre le son du cor et la voix des chiens ou des hommes ; j’ai remarqué que, dans le temps de la plus grande chaleur du jour, c’est à dire depuis dix heures jusqu’à quatre, on ne peut entendre que d’assez près les mêmes voix, les mêmes sons que l’on entend de loin le matin, le soir, et surtout la nuit, dont le silence ne fait rien ici, parce qu’à l’exception des cris de quelques reptiles ou de quelques oiseaux nocturnes, il n’y avait pas le moindre bruit dans ces forêts ; j’ai de plus observé qu’à toutes les heures du jour et de la nuit on entendait plus loin en hiver par la gelée que par le plus beau temps de toute autre saison."
Louis-Sébastien Mercier
L’An deux mille quatre cent quarante. Rêve s’il en fut jamais
1771
"L’acoustique n’était pas moins miraculeuse. On avait su imiter tous les sons articulés de la voix humaine, du cri des animaux, du chant varié des oiseaux : on faisait jouer certains ressorts, & l’on se croyait tout-à-coup transporté dans une forêt sauvage. On entendait le rugissement des lions, des tigres & des ours, qui semblaient se dévorer entre eux. L’oreille était déchirée, on eut dit que l’écho, plus formidable encore, répétait au loin ces sons discordants & barbares. Mais voici que le chant des rossignols succédait à ces tons discordants. Sous leurs gosiers harmonieux, chaque particule d’air devenait mélodieuse ; l’oreille saisissait jusqu’aux frémissements de leurs ailes amoureuses, & ces sons flattés & doux que le gosier de l’homme n’a jamais pu imiter qu’imparfaitement. À l’ivresse du plaisir se joignait la douce surprise : & la volupté qui naissait de ce mélange heureux descendait dans tous les coeurs."
L’An deux mille quatre cent quarante. Rêve s’il en fut jamais
1771
"L’acoustique n’était pas moins miraculeuse. On avait su imiter tous les sons articulés de la voix humaine, du cri des animaux, du chant varié des oiseaux : on faisait jouer certains ressorts, & l’on se croyait tout-à-coup transporté dans une forêt sauvage. On entendait le rugissement des lions, des tigres & des ours, qui semblaient se dévorer entre eux. L’oreille était déchirée, on eut dit que l’écho, plus formidable encore, répétait au loin ces sons discordants & barbares. Mais voici que le chant des rossignols succédait à ces tons discordants. Sous leurs gosiers harmonieux, chaque particule d’air devenait mélodieuse ; l’oreille saisissait jusqu’aux frémissements de leurs ailes amoureuses, & ces sons flattés & doux que le gosier de l’homme n’a jamais pu imiter qu’imparfaitement. À l’ivresse du plaisir se joignait la douce surprise : & la volupté qui naissait de ce mélange heureux descendait dans tous les coeurs."
Denis
Diderot & Antoine Bemetzrieder
Leçons de clavecin et principes d’harmonie
1771
"... un peu de bruit lointain prête un charme inconcevable au silence."
Leçons de clavecin et principes d’harmonie
1771
"... un peu de bruit lointain prête un charme inconcevable au silence."
Denis
Diderot
Le neveu de Rameau
1773
"Il pleurait, il riait, il soupirait, il regardait, ou attendri, ou tranquille, ou furieux ; c’était une femme qui se pâme de douleur ; c’était un malheureux livré à tout son désespoir ; un temple qui s’élève ; des oiseaux qui se taisent au soleil couchant ; des eaux ou qui murmurent dans un lieu solitaire et frais, ou qui descendent en torrent du haut des montagnes ; un orage, une tempête, la plainte de ceux qui vont périr, mêlée au sifflement des vents, au fracas du tonnerre ; c’était la nuit, avec ses ténèbres ; c’était l’ombre et le silence, car le silence même se peint par des sons."
Le neveu de Rameau
1773
"Il pleurait, il riait, il soupirait, il regardait, ou attendri, ou tranquille, ou furieux ; c’était une femme qui se pâme de douleur ; c’était un malheureux livré à tout son désespoir ; un temple qui s’élève ; des oiseaux qui se taisent au soleil couchant ; des eaux ou qui murmurent dans un lieu solitaire et frais, ou qui descendent en torrent du haut des montagnes ; un orage, une tempête, la plainte de ceux qui vont périr, mêlée au sifflement des vents, au fracas du tonnerre ; c’était la nuit, avec ses ténèbres ; c’était l’ombre et le silence, car le silence même se peint par des sons."
Jean-Jacques
Rousseau
Les Rêveries du promeneur solitaire
1778
"... mais qu’il est intéressant pour des contemplatifs solitaires qui aiment à s’enivrer à loisir des charmes de la nature, et à se recueillir dans un silence que ne trouble aucun autre bruit que le cri des aigles, le ramage entrecoupé de quelques oiseaux, et le roulement des torrents qui tombent de la montagne."
"... j’entendis peu loin de moi un certain cliquetis que je crus reconnaître ; j’écoute : le même bruit se répète et se multiplie. Surpris et curieux je me lève, je perce à travers un fourré de broussailles du côté d’où venait le bruit, et dans une combe à vingt pas du lieu même où je croyais être parvenu le premier j’aperçois une manufacture de bas."
Les Rêveries du promeneur solitaire
1778
"... mais qu’il est intéressant pour des contemplatifs solitaires qui aiment à s’enivrer à loisir des charmes de la nature, et à se recueillir dans un silence que ne trouble aucun autre bruit que le cri des aigles, le ramage entrecoupé de quelques oiseaux, et le roulement des torrents qui tombent de la montagne."
"... j’entendis peu loin de moi un certain cliquetis que je crus reconnaître ; j’écoute : le même bruit se répète et se multiplie. Surpris et curieux je me lève, je perce à travers un fourré de broussailles du côté d’où venait le bruit, et dans une combe à vingt pas du lieu même où je croyais être parvenu le premier j’aperçois une manufacture de bas."
Fabre d’Églantine
Il pleut, il pleut, bergère
1780
"J'entends sous le feuillage
L'eau qui tombe à grand bruit.
Voici, venir l'orage,
Voici l'éclair qui luit.
Entends-tu le tonnerre ?
Il roule en approchant.
Prends un abri bergère,
... "
Il pleut, il pleut, bergère
1780
"J'entends sous le feuillage
L'eau qui tombe à grand bruit.
Voici, venir l'orage,
Voici l'éclair qui luit.
Entends-tu le tonnerre ?
Il roule en approchant.
Prends un abri bergère,
... "
Denis
Diderot
La religieuse
1780
"... le bruit et le mouvement reprirent subitement de tout côté ; j’entendis des portes s’ouvrir, se refermer, des religieuses aller et venir, le murmure de personnes qui se parlent bas. Je mis l’oreille à ma serrure ; mais il me parut qu’on se taisait en passant, et qu’on marchait sur la pointe des pieds."
La religieuse
1780
"... le bruit et le mouvement reprirent subitement de tout côté ; j’entendis des portes s’ouvrir, se refermer, des religieuses aller et venir, le murmure de personnes qui se parlent bas. Je mis l’oreille à ma serrure ; mais il me parut qu’on se taisait en passant, et qu’on marchait sur la pointe des pieds."
Restif de La Bretonne
Le Paysan et la Paysanne pervertis, ou les dangers de la ville.
1784
"C’est le rendez-vous de tous les enrhumés, de tous les cracheurs, de tous les moucheurs, de tous les rousseurs, de tous les polissons qui aiment à entendre et à faire du bruit !"
Le Paysan et la Paysanne pervertis, ou les dangers de la ville.
1784
"C’est le rendez-vous de tous les enrhumés, de tous les cracheurs, de tous les moucheurs, de tous les rousseurs, de tous les polissons qui aiment à entendre et à faire du bruit !"
Bernardin
de Saint-Pierre
Paul et Virginie
1788
"... les échos de la montagne répètent sans cesse le bruit des vents qui agitent les forêts voisines, et le fracas des vagues qui brisent au loin sur les récifs ; mais au pied même des cabanes on n’entend plus aucun bruit, ..."
"Quelquefois elles s’endormaient au bruit de la pluie qui tombait par torrents sur la couverture de leurs cases, ou à celui des vents qui leur apportaient le murmure lointain des flots qui se brisaient sur le rivage."
"Mille bruits confus sortent de ces eaux tumultueuses, et dispersés par les vents dans la forêt, tantôt ils fuient au loin, tantôt ils se rapprochent tous à la fois, et assourdissent, comme les sons des cloches d’une cathédrale."
Paul et Virginie
1788
"... les échos de la montagne répètent sans cesse le bruit des vents qui agitent les forêts voisines, et le fracas des vagues qui brisent au loin sur les récifs ; mais au pied même des cabanes on n’entend plus aucun bruit, ..."
"Quelquefois elles s’endormaient au bruit de la pluie qui tombait par torrents sur la couverture de leurs cases, ou à celui des vents qui leur apportaient le murmure lointain des flots qui se brisaient sur le rivage."
"Mille bruits confus sortent de ces eaux tumultueuses, et dispersés par les vents dans la forêt, tantôt ils fuient au loin, tantôt ils se rapprochent tous à la fois, et assourdissent, comme les sons des cloches d’une cathédrale."
Louis-Sébastien Mercier
Tableau de Paris
1782 .. 1789
Tome 4
Les Heures du Jour
1782
" À cinq heures & un quart, c’est un tapage affreux, infernal. Toutes les rues sont embarrassées, toutes les voitures roulent en tous sens, volent aux différents spectacles ou se rendent aux promenades. Les cafés se remplissent.
À sept heures le calme recommence : calme profond & presque universel. Tous les chevaux frappent en vain du pied le pavé. La ville est silencieuse, & le tumulte paraît enchaîné par une main invisible.
...
À neuf heures du soir le bruit recommence : c’est le défilé des spectacles. Les maisons sont ébranlées par le roulis des voitures ; mais ce bruit est passager.
...
Le marteau du forgeron & du maréchal-ferrant trouble quelquefois le sommeil du matin, pour les paresseux qui sont encore au lit. Si l’on en croyait nos Sybarites, on reléguerait hors des villes tous les artisans qui font frémir la lime mordante ; il ne serait plus permis au chaudronnier de battre sa marmite, au charron de cercler la roue d’un fer durable, aux différentes professions qui courent les rues, d’élever ces voix aigres & retentissantes qui se font entendre au sommet & jusques sur le derrière des maisons. Il faudrait que le bruit de la cité fût enchaîné de toute part, pour protéger leur oisive mollesse, & que, le calme du silence environnant leur paisible alcôve, tous ces voluptueux pussent presser la plume oiseuse jusqu’à la douzième heure, lorsque le soleil est au haut de sa carrière."
Tome 6
Mimes d’un genre nouveau
1783
"Ils imitaient parfaitement ce que personne ne songe à imiter, comme le bruit léger d’une mouche qui vole & bourdonne, d’une porte qui se ferme & de la clef qui tombe, d’un pot qui se casse. Vous entendez ensuite le chant de vingt religieuses, où vous distinguez les voix jeunes & les voix cassées ; une procession, un enterrement que coupe un embarras, la voix mesurée des prêtres & la voix rauque des voituriers. L’oeil voit l’auteur qui crée tous ces tons différents, & l’oreille s’étonne de leur vérité & de leur précision.
Le même homme à table se métamorphose rapidement en plusieurs personnages, pleure, rit, chante, sanglote, éternue, tousse, fait le sourd, le niais, l’aveugle, le goutteux. Chaque tableau passe comme un éclair ; ce sont des nuances fines, délicates, promptes, qui donnent à sa physionomie des physionomies diverses, & qui lui impriment une prodigieuse & incroyable mobilité."
Tome 7
Rue Plâtriere
1783
" Qui l’eût dit que J. J. Rousseau aurait passé les dix dernières années de sa vie dans les fanges & le tumulte de la capitale, tandis que l’auteur de la Pucelle a vécu trente années sans y mettre le pied ?
Quoi, celui qui avait entendu le cri des aigles planants sur les forêts de sapin, le rugissement des torrents bleuâtres, lime sourde & éternelle qui fend les rocs, creuse des vallons, nourrit les lacs & les fleuves, est venu habiter un plancher étroit, resserré, où parvenaient sans cesse à son oreille les jurements des forts de la halle, & les glapissements des crieuses de vieux chapeaux ! Et Voltaire qui travaillait incessamment pour les petits soupers de Paris, demeurait au pied du mont Jura."
Tome 9
Rumeurs théâtrales
1788
" Chez les Romains, il y avait trois sortes d’acclamations ou d’applaudissements. La première s’appelait bombi, parce qu’ils imitaient le bourdonnement des abeilles ; la seconde était appelée imbrices, parce qu’ils rendaient un son semblable au bruit que fait la pluie en tombant sur les tuiles ; & la troisième se nommait testæ, parce qu’ils imitaient le son des coquilles & des castagnettes. Tous ces applaudissements, comme les acclamations, se donnaient en cadence."
Tableau de Paris
1782 .. 1789
Tome 4
Les Heures du Jour
1782
" À cinq heures & un quart, c’est un tapage affreux, infernal. Toutes les rues sont embarrassées, toutes les voitures roulent en tous sens, volent aux différents spectacles ou se rendent aux promenades. Les cafés se remplissent.
À sept heures le calme recommence : calme profond & presque universel. Tous les chevaux frappent en vain du pied le pavé. La ville est silencieuse, & le tumulte paraît enchaîné par une main invisible.
...
À neuf heures du soir le bruit recommence : c’est le défilé des spectacles. Les maisons sont ébranlées par le roulis des voitures ; mais ce bruit est passager.
...
Le marteau du forgeron & du maréchal-ferrant trouble quelquefois le sommeil du matin, pour les paresseux qui sont encore au lit. Si l’on en croyait nos Sybarites, on reléguerait hors des villes tous les artisans qui font frémir la lime mordante ; il ne serait plus permis au chaudronnier de battre sa marmite, au charron de cercler la roue d’un fer durable, aux différentes professions qui courent les rues, d’élever ces voix aigres & retentissantes qui se font entendre au sommet & jusques sur le derrière des maisons. Il faudrait que le bruit de la cité fût enchaîné de toute part, pour protéger leur oisive mollesse, & que, le calme du silence environnant leur paisible alcôve, tous ces voluptueux pussent presser la plume oiseuse jusqu’à la douzième heure, lorsque le soleil est au haut de sa carrière."
Tome 6
Mimes d’un genre nouveau
1783
"Ils imitaient parfaitement ce que personne ne songe à imiter, comme le bruit léger d’une mouche qui vole & bourdonne, d’une porte qui se ferme & de la clef qui tombe, d’un pot qui se casse. Vous entendez ensuite le chant de vingt religieuses, où vous distinguez les voix jeunes & les voix cassées ; une procession, un enterrement que coupe un embarras, la voix mesurée des prêtres & la voix rauque des voituriers. L’oeil voit l’auteur qui crée tous ces tons différents, & l’oreille s’étonne de leur vérité & de leur précision.
Le même homme à table se métamorphose rapidement en plusieurs personnages, pleure, rit, chante, sanglote, éternue, tousse, fait le sourd, le niais, l’aveugle, le goutteux. Chaque tableau passe comme un éclair ; ce sont des nuances fines, délicates, promptes, qui donnent à sa physionomie des physionomies diverses, & qui lui impriment une prodigieuse & incroyable mobilité."
Tome 7
Rue Plâtriere
1783
" Qui l’eût dit que J. J. Rousseau aurait passé les dix dernières années de sa vie dans les fanges & le tumulte de la capitale, tandis que l’auteur de la Pucelle a vécu trente années sans y mettre le pied ?
Quoi, celui qui avait entendu le cri des aigles planants sur les forêts de sapin, le rugissement des torrents bleuâtres, lime sourde & éternelle qui fend les rocs, creuse des vallons, nourrit les lacs & les fleuves, est venu habiter un plancher étroit, resserré, où parvenaient sans cesse à son oreille les jurements des forts de la halle, & les glapissements des crieuses de vieux chapeaux ! Et Voltaire qui travaillait incessamment pour les petits soupers de Paris, demeurait au pied du mont Jura."
Tome 9
Rumeurs théâtrales
1788
" Chez les Romains, il y avait trois sortes d’acclamations ou d’applaudissements. La première s’appelait bombi, parce qu’ils imitaient le bourdonnement des abeilles ; la seconde était appelée imbrices, parce qu’ils rendaient un son semblable au bruit que fait la pluie en tombant sur les tuiles ; & la troisième se nommait testæ, parce qu’ils imitaient le son des coquilles & des castagnettes. Tous ces applaudissements, comme les acclamations, se donnaient en cadence."
Bernardin de Saint-Pierre
Études et harmonies de la nature (mises en ordre par l'abbé Dauphin) - 12e étude
1796
"Quelquefois un vieux Chêne élève au milieu d'eux ses larges bras dépouillés de feuilles, et immobiles. Comme un vieillard, il ne prend plus part aux agitations qui l'environnent ; il a vécu dans un autre siècle.
Cependant ces grands corps insensibles font entendre des bruits profonds et mélancoliques. Ce ne sont point des accents distincts, ce sont des murmures confus, comme ceux d'un peuple qui célèbre au loin une fête par des acclamations. Il n'y a point de voix dominantes ; ce sont des sons monotones, parmi lesquels se font entendre des bruits sourds et profonds, qui nous jettent dans une tristesse pleine de douceur. C'est un fond de concerts qui fait ressortir les chants éclatants des oiseaux, comme la douce verdure est un fond de couleur, sur lequel se détache l'éclat des fleurs et des fruits.
Ce bruissement des prairies, ces gazouillements des bois ont des charmes que je préfère aux plus brillants accords ; mon âme s'y abandonne ; elle se berce avec les feuillages ondoyants des arbres ; elle s'élève avec leurs cimes vers les cieux ; elle se transporte dans les temps qui les ont vus naître, et dans ceux qui les verront mourir ; ils étendent dans l'infini mon existence circonscrite et fugitive. Il me semble qu'ils me parlent, comme ceux de Dodone, un langage mystérieux ; ils me plongent dans d'ineffables rêveries, qui souvent ont fait tomber de mes mains les livres des philosophes. Majestueuses forêts, paisibles solitudes, qui plus d'une fois avez calmé mes passions, puissent les cris de la guerre ne troubler jamais vos résonnantes clairières ! N'accompagnez de vos religieux murmures que les chants des oiseaux, ou les doux entretiens des amis, qui viennent se reposer sous vos ombrages !
Études et harmonies de la nature (mises en ordre par l'abbé Dauphin) - 12e étude
1796
"Quelquefois un vieux Chêne élève au milieu d'eux ses larges bras dépouillés de feuilles, et immobiles. Comme un vieillard, il ne prend plus part aux agitations qui l'environnent ; il a vécu dans un autre siècle.
Cependant ces grands corps insensibles font entendre des bruits profonds et mélancoliques. Ce ne sont point des accents distincts, ce sont des murmures confus, comme ceux d'un peuple qui célèbre au loin une fête par des acclamations. Il n'y a point de voix dominantes ; ce sont des sons monotones, parmi lesquels se font entendre des bruits sourds et profonds, qui nous jettent dans une tristesse pleine de douceur. C'est un fond de concerts qui fait ressortir les chants éclatants des oiseaux, comme la douce verdure est un fond de couleur, sur lequel se détache l'éclat des fleurs et des fruits.
Ce bruissement des prairies, ces gazouillements des bois ont des charmes que je préfère aux plus brillants accords ; mon âme s'y abandonne ; elle se berce avec les feuillages ondoyants des arbres ; elle s'élève avec leurs cimes vers les cieux ; elle se transporte dans les temps qui les ont vus naître, et dans ceux qui les verront mourir ; ils étendent dans l'infini mon existence circonscrite et fugitive. Il me semble qu'ils me parlent, comme ceux de Dodone, un langage mystérieux ; ils me plongent dans d'ineffables rêveries, qui souvent ont fait tomber de mes mains les livres des philosophes. Majestueuses forêts, paisibles solitudes, qui plus d'une fois avez calmé mes passions, puissent les cris de la guerre ne troubler jamais vos résonnantes clairières ! N'accompagnez de vos religieux murmures que les chants des oiseaux, ou les doux entretiens des amis, qui viennent se reposer sous vos ombrages !
Louis-Antoine Milet-Mureau
Voyage de La Pérouse autour du Monde - Tome 1 - Tome 2 - Tome 3 - Tome 4
1797
"Je n'ai jamais vu un souffle de vent rider la surface de cette eau ; elle n'est troublée que par la chute d'énormes morceaux de glace qui se détachent très fréquemment de cinq différents glaciers, et qui font, en tombant, un bruit qui retentit au loin dans les montagnes. L'air y est si tranquille et le silence si profond, que la simple voix d'un homme se fait entendre à une demi-lieue, ainsi que le bruit de quelques oiseaux de mer qui déposent leurs oeufs dans le creux de ces rochers."
Voyage de La Pérouse autour du Monde - Tome 1 - Tome 2 - Tome 3 - Tome 4
1797
"Je n'ai jamais vu un souffle de vent rider la surface de cette eau ; elle n'est troublée que par la chute d'énormes morceaux de glace qui se détachent très fréquemment de cinq différents glaciers, et qui font, en tombant, un bruit qui retentit au loin dans les montagnes. L'air y est si tranquille et le silence si profond, que la simple voix d'un homme se fait entendre à une demi-lieue, ainsi que le bruit de quelques oiseaux de mer qui déposent leurs oeufs dans le creux de ces rochers."
François-René
de Chateaubriand
Atala
1801
" Si tout est silence et repos dans les savanes de l'autre côté du fleuve, tout ici, au contraire, est mouvement et murmure : des coups de bec contre le tronc des chênes, des froissement d'animaux qui marchent, broutent ou broient entre leurs dents les noyaux des fruits, des bruissements d'ondes, de faibles gémissements, de sourds meuglements, de doux roucoulements, remplissent ces déserts d'une tendre et sauvage harmonie. Mais quand une brise vient à animer ces solitudes, à balancer ces corps flottants, à confondre ces masses de blanc, d'azur, de vert, de rose, à mêler toutes les couleurs, à réunir tous les murmures ; alors il sort de tels bruits du fond des forêts, il se passe de telles choses aux yeux, que j'essaierais en vain de les décrire à ceux qui n'ont point parcouru ces champs primitifs de la nature."
Atala
1801
" Si tout est silence et repos dans les savanes de l'autre côté du fleuve, tout ici, au contraire, est mouvement et murmure : des coups de bec contre le tronc des chênes, des froissement d'animaux qui marchent, broutent ou broient entre leurs dents les noyaux des fruits, des bruissements d'ondes, de faibles gémissements, de sourds meuglements, de doux roucoulements, remplissent ces déserts d'une tendre et sauvage harmonie. Mais quand une brise vient à animer ces solitudes, à balancer ces corps flottants, à confondre ces masses de blanc, d'azur, de vert, de rose, à mêler toutes les couleurs, à réunir tous les murmures ; alors il sort de tels bruits du fond des forêts, il se passe de telles choses aux yeux, que j'essaierais en vain de les décrire à ceux qui n'ont point parcouru ces champs primitifs de la nature."
Johann Wolfgang von Goethe
Faust - Der Tragödie erster Teil
Faust - Traduction (1828) de Gérard de Nerval
1808
"... et tu m’as instruit à reconnaître mes frères dans le buisson tranquille, dans l’air et dans les eaux. Et quand, dans la forêt, la tempête mugit et crie, en précipitant à terre les pins gigantesques dont les tiges voisines se froissent avec bruit, et dont la chute résonne comme un tonnerre de montagne en montagne, tu me conduis alors dans l’asile des cavernes, tu me révèles à moi-même, et je vois se découvrir les merveilles secrètes cachées dans mon propre sein."
"Vois ces arbres qui se pressent
Se froisser rapidement ;
Vois ces rochers qui s’abaissent
Trembler dans leur fondement.
Partout le vent souffle et crie.
Dans ces rocs, avec furie,
Se mêlent fleuve et ruisseau ;
J’entends là le bruit de l’eau,
Si cher à la rêverie !
Les soupirs, les voeux flottants,
Ce qu’on plaint, ce qu’on adore...
Et l’écho résonne encore
Comme la voix des vieux temps.
Ou hou ! chou hou ! retentissent ;
Hérons et hiboux gémissent,
Mêlant leur triste chanson ; ..."
Faust - Der Tragödie erster Teil
Faust - Traduction (1828) de Gérard de Nerval
1808
"... et tu m’as instruit à reconnaître mes frères dans le buisson tranquille, dans l’air et dans les eaux. Et quand, dans la forêt, la tempête mugit et crie, en précipitant à terre les pins gigantesques dont les tiges voisines se froissent avec bruit, et dont la chute résonne comme un tonnerre de montagne en montagne, tu me conduis alors dans l’asile des cavernes, tu me révèles à moi-même, et je vois se découvrir les merveilles secrètes cachées dans mon propre sein."
"Vois ces arbres qui se pressent
Se froisser rapidement ;
Vois ces rochers qui s’abaissent
Trembler dans leur fondement.
Partout le vent souffle et crie.
Dans ces rocs, avec furie,
Se mêlent fleuve et ruisseau ;
J’entends là le bruit de l’eau,
Si cher à la rêverie !
Les soupirs, les voeux flottants,
Ce qu’on plaint, ce qu’on adore...
Et l’écho résonne encore
Comme la voix des vieux temps.
Ou hou ! chou hou ! retentissent ;
Hérons et hiboux gémissent,
Mêlant leur triste chanson ; ..."
Mary
Shelley
Frankenstein, or the Modern Prometheus
Frankenstein ou le Prométhée moderne - Traduction (1821) Jules Saladin
1818
"Je pensais au Switzerland, si peu semblable à ce cap désolé et effrayant ; ... à ses beaux lacs qui réfléchissent un ciel pur et azuré ; et au bruit de leurs vagues agitées par les vents, égal au plus à celui d’un enfant qui joue, en comparaison des mugissements du vaste Océan."
"J’entendis un craquement dans la mer ; ce bruit, qui croissait à mesure que les eaux roulaient et grossissaient sous moi, devenait à tout moment plus menaçant et plus terrible. J’avançai, mais en vain. Le vent s’éleva ; la mer rugit ; et, semblable à un fort tremblement de terre, se fendit, et éclata avec un bruit affreux et effrayant."
Frankenstein, or the Modern Prometheus
Frankenstein ou le Prométhée moderne - Traduction (1821) Jules Saladin
1818
"Je pensais au Switzerland, si peu semblable à ce cap désolé et effrayant ; ... à ses beaux lacs qui réfléchissent un ciel pur et azuré ; et au bruit de leurs vagues agitées par les vents, égal au plus à celui d’un enfant qui joue, en comparaison des mugissements du vaste Océan."
"J’entendis un craquement dans la mer ; ce bruit, qui croissait à mesure que les eaux roulaient et grossissaient sous moi, devenait à tout moment plus menaçant et plus terrible. J’avançai, mais en vain. Le vent s’éleva ; la mer rugit ; et, semblable à un fort tremblement de terre, se fendit, et éclata avec un bruit affreux et effrayant."
Alfred
de Vigny
Le Cor
1826
"...
C'est là qu’il faut s’asseoir, c’est là qu'il faut entendre
Les airs lointains d'un Cor mélancolique et tendre.
Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit,
De cette voix d’airain fait retentir la nuit ;
A ses chants cadencés autour de lui se mêle
L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle.
Une biche attentive, au lieu de se cacher,
Se suspend immobile au sommet du rocher,
Et la cascade unit, dans une chute immense,
Son éternelle plainte aux chants de la romance."
Le Cor
1826
"...
C'est là qu’il faut s’asseoir, c’est là qu'il faut entendre
Les airs lointains d'un Cor mélancolique et tendre.
Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit,
De cette voix d’airain fait retentir la nuit ;
A ses chants cadencés autour de lui se mêle
L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle.
Une biche attentive, au lieu de se cacher,
Se suspend immobile au sommet du rocher,
Et la cascade unit, dans une chute immense,
Son éternelle plainte aux chants de la romance."
James Fenimore Cooper
The Last of the Mohicans
Le Dernier des Mohicans - Traduction (1826) de Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret
1826
"Le profond silence qui accompagne les chaleurs de juillet dans les solitudes de l’Amérique régnait dans ce lieu écarté, et n’était interrompu que par la voix basse des deux individus dont nous venons de parler, et par le bruit sourd que faisait le pivert en frappant les arbres de son bec, le cri discordant du geai, et le son éloigné d’une chute d’eau."
The Last of the Mohicans
Le Dernier des Mohicans - Traduction (1826) de Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret
1826
"Le profond silence qui accompagne les chaleurs de juillet dans les solitudes de l’Amérique régnait dans ce lieu écarté, et n’était interrompu que par la voix basse des deux individus dont nous venons de parler, et par le bruit sourd que faisait le pivert en frappant les arbres de son bec, le cri discordant du geai, et le son éloigné d’une chute d’eau."
Stendhal
Armance
1827
"Le bruissement léger des feuilles agitées par le vent du soir semblait prêter un nouveau charme à leur silence.
Octave regardait les grands yeux d’Armance qui se fixaient sur les siens. Tout à coup ils comprirent un certain bruit qui depuis quelque temps frappait leur oreille sans attirer leur attention."
"Le moindre bruit attirait son attention ; mais peu à peu tous les bruits cessèrent. Ce parfait silence, en le laissant tout entier à lui-même, lui parut ajouter encore à l’horreur de sa position. L’extrême fatigue lui procurait-elle un instant de demi-repos, le bourdonnement confus de paroles humaines qu’il lui semblait entendre auprès de son oreille, le réveillait en sursaut."
Armance
1827
"Le bruissement léger des feuilles agitées par le vent du soir semblait prêter un nouveau charme à leur silence.
Octave regardait les grands yeux d’Armance qui se fixaient sur les siens. Tout à coup ils comprirent un certain bruit qui depuis quelque temps frappait leur oreille sans attirer leur attention."
"Le moindre bruit attirait son attention ; mais peu à peu tous les bruits cessèrent. Ce parfait silence, en le laissant tout entier à lui-même, lui parut ajouter encore à l’horreur de sa position. L’extrême fatigue lui procurait-elle un instant de demi-repos, le bourdonnement confus de paroles humaines qu’il lui semblait entendre auprès de son oreille, le réveillait en sursaut."
François-René de Chateaubriand
Voyage en Italie
1827
"Nous, il nous faut des fenêtres sur des rues, sur des marchés et des carrefours. Tout ce qui s’agite et fait du bruit nous plaît ; le recueillement, la gravité, le silence, nous ennuient."
" Je retrouve ici ce silence absolu que j’ai observé autrefois, à midi, dans les forêts de l’Amérique, lorsque, retenant mon haleine, je n’entendais que le bruit de mes artères dans mes tempes et le battement de mon coeur. Quelquefois seulement des bouffées de vent, tombant du haut du cône au fond du cratère, mugissent dans mes vêtements ou sifflent dans mon bâton ; j’entends aussi rouler quelques pierres que mon guide fait fuir sous ses pas en gravissant les cendres. Un écho confus, semblable au frémissement du métal ou du verre, prolonge le bruit de la chute, et puis tout se tait. Comparez ce silence de mort aux détonations épouvantables qui ébranlaient ces mêmes lieux lorsque le volcan vomissait le feu de ses entrailles et couvrait la terre de ténèbres.
"Le voyageur attristé n’entend que le bourdonnement du vent dans les pins, le bruit des torrents qui tombent dans les glaciers, par intervalle la chute de l’avalanche, et quelquefois le sifflement de la marmotte effrayée qui a vu l’épervier dans la nue.
"Je vous dirai plus : j’ai été importuné du bruit des eaux, de ce bruit qui m’a tant de fois charmé dans les forêts américaines. Je me souviens encore du plaisir que j’éprouvais lorsque, la nuit, au milieu du désert, mon bûcher à demi éteint, mon guide dormant, mes chevaux paissant à quelque distance, j’écoutais la mélodie des eaux et des vents dans la profondeur des bois. Ces murmures, tantôt plus forts, tantôt plus faibles, croissant et décroissant à chaque instant, me faisaient tressaillir ; chaque arbre était pour moi une espèce de lyre harmonieuse dont les vents tiraient d’ineffables accords."
Voyage en Italie
1827
"Nous, il nous faut des fenêtres sur des rues, sur des marchés et des carrefours. Tout ce qui s’agite et fait du bruit nous plaît ; le recueillement, la gravité, le silence, nous ennuient."
" Je retrouve ici ce silence absolu que j’ai observé autrefois, à midi, dans les forêts de l’Amérique, lorsque, retenant mon haleine, je n’entendais que le bruit de mes artères dans mes tempes et le battement de mon coeur. Quelquefois seulement des bouffées de vent, tombant du haut du cône au fond du cratère, mugissent dans mes vêtements ou sifflent dans mon bâton ; j’entends aussi rouler quelques pierres que mon guide fait fuir sous ses pas en gravissant les cendres. Un écho confus, semblable au frémissement du métal ou du verre, prolonge le bruit de la chute, et puis tout se tait. Comparez ce silence de mort aux détonations épouvantables qui ébranlaient ces mêmes lieux lorsque le volcan vomissait le feu de ses entrailles et couvrait la terre de ténèbres.
"Le voyageur attristé n’entend que le bourdonnement du vent dans les pins, le bruit des torrents qui tombent dans les glaciers, par intervalle la chute de l’avalanche, et quelquefois le sifflement de la marmotte effrayée qui a vu l’épervier dans la nue.
"Je vous dirai plus : j’ai été importuné du bruit des eaux, de ce bruit qui m’a tant de fois charmé dans les forêts américaines. Je me souviens encore du plaisir que j’éprouvais lorsque, la nuit, au milieu du désert, mon bûcher à demi éteint, mon guide dormant, mes chevaux paissant à quelque distance, j’écoutais la mélodie des eaux et des vents dans la profondeur des bois. Ces murmures, tantôt plus forts, tantôt plus faibles, croissant et décroissant à chaque instant, me faisaient tressaillir ; chaque arbre était pour moi une espèce de lyre harmonieuse dont les vents tiraient d’ineffables accords."
Victor
Hugo
Les Djinns
1828
Cris de l’enfer ! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !
Les Djinns
1828
Et
comme les grues qui font dans l’air
de longues files vont chantant leur plainte, ainsi je vis venir
traînant des gémissements les ombres emportées par cette tempête.
Dante
Dante
Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.
Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !
La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.
La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit.
Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !... Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.
Des Djinns !... Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.
C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.
Ils sont tout près ! — Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !
Cris de l’enfer ! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !
Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !
Ils sont passés ! — Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !
De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.
D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève,
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève,
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.
Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.
Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.
On doute
La nuit...
J’écoute : —
Tout fuit,
Tout passe ;
L’espace
Efface
Le bruit.
La nuit...
J’écoute : —
Tout fuit,
Tout passe ;
L’espace
Efface
Le bruit.
Eugène-François Vidocq
Mémoires de Vidocq Tome 1 Tome 2 Tome 3 Tome 4
1828
"Bientôt nous entendîmes aller et venir les portes ; c’est un mouvement, un bruit inconcevables, c’est une servante qui se plaint en termes grossiers d’une familiarité indécente, ce sont des éclats d’un rire bruyant ; des bouteilles s’entrechoquent. Les plats, les assiettes, les verres remués précipitamment, le tournebroche qu’on remonte, concourent à ce charivari ; l’argenterie résonne, et des jurons anglais et français, jetés pêle-mêle au milieu du vacarme, font retentir les airs."
Mémoires de Vidocq Tome 1 Tome 2 Tome 3 Tome 4
1828
"Bientôt nous entendîmes aller et venir les portes ; c’est un mouvement, un bruit inconcevables, c’est une servante qui se plaint en termes grossiers d’une familiarité indécente, ce sont des éclats d’un rire bruyant ; des bouteilles s’entrechoquent. Les plats, les assiettes, les verres remués précipitamment, le tournebroche qu’on remonte, concourent à ce charivari ; l’argenterie résonne, et des jurons anglais et français, jetés pêle-mêle au milieu du vacarme, font retentir les airs."
Honoré
de Balzac
Les Chouans
1829
"Le murmure du vent, le bruissement des touffes d’arbres, le bruit des pas mesurés de l’escorte, donnèrent à cette scène ce caractère solennel qui accélère les battements du coeur."
"C’était une de ces journées où la nature semble muette, et où les bruits sont absorbés par l’atmosphère."
Les Chouans
1829
"Le murmure du vent, le bruissement des touffes d’arbres, le bruit des pas mesurés de l’escorte, donnèrent à cette scène ce caractère solennel qui accélère les battements du coeur."
"C’était une de ces journées où la nature semble muette, et où les bruits sont absorbés par l’atmosphère."
Stendhal
Le Rouge et le Noir
1830
"Elle écoutait avec délices les gémissements du vent dans l’épais feuillage du tilleul, et le bruit de quelques gouttes rares qui commençaient à tomber sur ses feuilles les plus basses."
"... il écoutait à demi le mouvement des feuilles du tilleul agitées par ce léger vent de la nuit, et les chiens du moulin du Doubs qui aboyaient dans le lointain."
" Après un instant de prières dans le plus profond silence, troublé seulement par le son lointain des cloches de tous les villages à dix lieues à la ronde, l’évêque d’Agde demanda au roi la permission de parler."
"Longtemps elle prêta l’oreille, ensuite elle maudit le bruit monotone des cigales et le chant des oiseaux. Sans ce bruit importun, un cri de joie, parti des grandes roches, aurait pu arriver jusqu’ici."
Le Rouge et le Noir
1830
"Elle écoutait avec délices les gémissements du vent dans l’épais feuillage du tilleul, et le bruit de quelques gouttes rares qui commençaient à tomber sur ses feuilles les plus basses."
"... il écoutait à demi le mouvement des feuilles du tilleul agitées par ce léger vent de la nuit, et les chiens du moulin du Doubs qui aboyaient dans le lointain."
" Après un instant de prières dans le plus profond silence, troublé seulement par le son lointain des cloches de tous les villages à dix lieues à la ronde, l’évêque d’Agde demanda au roi la permission de parler."
"Longtemps elle prêta l’oreille, ensuite elle maudit le bruit monotone des cigales et le chant des oiseaux. Sans ce bruit importun, un cri de joie, parti des grandes roches, aurait pu arriver jusqu’ici."
Nathaniel Hawthorne
The Hollow of the Three Hills
La combe des trois collines - Traduction (1876) de Edouard-Auguste Spoll
1830
"... ces voix semblaient s’élever, non en plein air, mais dans une chambre, et les murs en renvoyaient l’écho ; on entendait trépider les vitres sous l’effort du vent ; l’oscillation régulière du balancier d’une horloge et le bruit que font les morceaux de coke embrasé, tombant d’eux-mêmes dans le cendrier, donnaient l’apparence de la réalité à cette scène dont le tableau se déroulait à ses yeux."
The Hollow of the Three Hills
La combe des trois collines - Traduction (1876) de Edouard-Auguste Spoll
1830
"... ces voix semblaient s’élever, non en plein air, mais dans une chambre, et les murs en renvoyaient l’écho ; on entendait trépider les vitres sous l’effort du vent ; l’oscillation régulière du balancier d’une horloge et le bruit que font les morceaux de coke embrasé, tombant d’eux-mêmes dans le cendrier, donnaient l’apparence de la réalité à cette scène dont le tableau se déroulait à ses yeux."
Honoré
de Balzac
La maison du Chat-qui-pelote
1830
"Malgré le bruit que faisaient quelques maraîchers attardés passant au galop pour se rendre à la grande halle, cette rue si agitée avait alors un calme dont la magie n’est connue que de ceux qui ont erré dans Paris désert, à ces heures où son tapage, un moment apaisé, renaît et s’entend dans le lointain comme la grande voix de la mer."
La maison du Chat-qui-pelote
1830
"Malgré le bruit que faisaient quelques maraîchers attardés passant au galop pour se rendre à la grande halle, cette rue si agitée avait alors un calme dont la magie n’est connue que de ceux qui ont erré dans Paris désert, à ces heures où son tapage, un moment apaisé, renaît et s’entend dans le lointain comme la grande voix de la mer."
Alexandre Pouchkine (Пушкин, Александр Сергеевич)
Евгений Онегин
Eugène Onéguine
cité dans : "Montage 1938" dans : Le Film, sa forme, son sens de Sergueï Eisenstein
1831
"Le théâtre est bondé, les loges scintillent
Les stalles s'agitent, le parterre gronde
Les galeries applaudissent et trépignent, impatientes.
Le rideau bruit comme il s'élève ;
Une lumière magique jouant autour d'elle,
L’enchantement des archets dociles,
Une foule de nymphes autour d’elle, — enfin !
Istomina sur ses pointes..."
Евгений Онегин
Eugène Onéguine
cité dans : "Montage 1938" dans : Le Film, sa forme, son sens de Sergueï Eisenstein
1831
"Le théâtre est bondé, les loges scintillent
Les stalles s'agitent, le parterre gronde
Les galeries applaudissent et trépignent, impatientes.
Le rideau bruit comme il s'élève ;
Une lumière magique jouant autour d'elle,
L’enchantement des archets dociles,
Une foule de nymphes autour d’elle, — enfin !
Istomina sur ses pointes..."
Victor
Hugo
Les feuilles d’automne
1831
Pan
"Allez dans les forêts, allez dans les vallées !
Faites-vous un concert des notes isolées !
Cherchez dans la nature, étalée à vos yeux,
Soit que l’hiver l'attriste ou que l’été l’égaye,
Le mot mystérieux que chaque voix bégaye ;
Écoutez ce que dit la foudre dans les cieux !
...
Enivrez-vous de tout ! enivrez-vous, poètes,
Des gazons, des ruisseaux, des feuilles inquiètes,
Du voyageur de nuit dont on entend la voix,
De ces premières fleurs dont février s’étonne,
Des eaux, de l’air, des prés, et du bruit monotone
Que font les chariots qui passent dans les bois."
Les feuilles d’automne
1831
Pan
"Allez dans les forêts, allez dans les vallées !
Faites-vous un concert des notes isolées !
Cherchez dans la nature, étalée à vos yeux,
Soit que l’hiver l'attriste ou que l’été l’égaye,
Le mot mystérieux que chaque voix bégaye ;
Écoutez ce que dit la foudre dans les cieux !
...
Enivrez-vous de tout ! enivrez-vous, poètes,
Des gazons, des ruisseaux, des feuilles inquiètes,
Du voyageur de nuit dont on entend la voix,
De ces premières fleurs dont février s’étonne,
Des eaux, de l’air, des prés, et du bruit monotone
Que font les chariots qui passent dans les bois."
Johann Wolfgang von Goethe
Faust - Der Tragödie zweiter Teil
Second Faust - Traduction (1850) de Gérard de Nerval
1831 (posthume)
"Le choeur.
"Le choeur.
Faust - Der Tragödie zweiter Teil
Second Faust - Traduction (1850) de Gérard de Nerval
1831 (posthume)
"Un bruit immense annonce l’approche du
soleil.
Ariel.Écoutez, écoutez ! La tempête des Heures
Résonne déjà pour les oreilles des esprits ;
Déjà le nouveau jour est né.
Les portes du rocher grincent en ronflant ;
Les roues de Phébus craquent en roulant.
Quel bruissement la lumière apporte !
C’est le bruit du tambour, le son de la trompette ;
L’oeil sourcille et l’oreille s’étonne ;
On ne peut ouïr l’inouï.
Cachez-vous dans les couronnes de fleurs.
Plus avant, plus avant ; restez tranquilles
Dans les rochers, sous les feuillages ;
Si ce bruit vous frappait, vous en resteriez sourds."
Résonne déjà pour les oreilles des esprits ;
Déjà le nouveau jour est né.
Les portes du rocher grincent en ronflant ;
Les roues de Phébus craquent en roulant.
Quel bruissement la lumière apporte !
C’est le bruit du tambour, le son de la trompette ;
L’oeil sourcille et l’oreille s’étonne ;
On ne peut ouïr l’inouï.
Cachez-vous dans les couronnes de fleurs.
Plus avant, plus avant ; restez tranquilles
Dans les rochers, sous les feuillages ;
Si ce bruit vous frappait, vous en resteriez sourds."
"Le choeur.
... nous écoutons et prêtons l’oreille
à chaque son, le chant des oiseaux, les bruits des roseaux ; que cela
soit la voix formidable de Pan, notre réponse est toute prête. Si le
vent souffle, nous soufflons aussi en réponse ; s’il tonne, nos
tonnerres roulent et redoublent effroyablement ; trois fois, dix fois,
nous y répondons."
"Le choeur.
... aussitôt tout s’anime encore, et
chaque feuillage remue ; un bruit sourd se fait entendre de cep à cep.
Des corbeilles craquent, des seaux clapotent, des hottes gémissent de
toutes parts vers la grande cuve, pour la danse vigoureuse des
vignerons."
George
Sand
Indiana
1832
" Elle s’occupa aussitôt de déterrer sa valise d’écorce, et elle s’assit dessus, silencieuse, tremblante, écoutant le vent qui sifflait, la vague qui râlait en mourant à ses pieds, et la satanite qui gémissait d’une voix aigre dans les grandes algues marines pendues aux parois des rochers ; mais tous ces bruits étaient dominés par les battements de son coeur, qui résonnaient dans ses oreilles comme le son d’une cloche funèbre."
Indiana
1832
" Elle s’occupa aussitôt de déterrer sa valise d’écorce, et elle s’assit dessus, silencieuse, tremblante, écoutant le vent qui sifflait, la vague qui râlait en mourant à ses pieds, et la satanite qui gémissait d’une voix aigre dans les grandes algues marines pendues aux parois des rochers ; mais tous ces bruits étaient dominés par les battements de son coeur, qui résonnaient dans ses oreilles comme le son d’une cloche funèbre."
Edgar
Allan Poe
Metzengerstein
Histoires extraordinaires - Traduction (1856) de Charles Baudelaire
1832
"... mais aucun son, excepté un cri unique, ne s’échappa de ses lèvres lacérées, qu’il mordait d’outre en outre dans l’intensité de sa terreur. En un instant, le choc des sabots retentit avec un bruit aigu et perçant, plus haut que le mugissement des flammes et le glapissement du vent un instant encore, et, franchissant d’un seul bond la grande porte et le fossé, le coursier s’élança sur les escaliers branlants du palais et disparut avec son cavalier dans le tourbillon de ce feu chaotique."
Metzengerstein
Histoires extraordinaires - Traduction (1856) de Charles Baudelaire
1832
"... mais aucun son, excepté un cri unique, ne s’échappa de ses lèvres lacérées, qu’il mordait d’outre en outre dans l’intensité de sa terreur. En un instant, le choc des sabots retentit avec un bruit aigu et perçant, plus haut que le mugissement des flammes et le glapissement du vent un instant encore, et, franchissant d’un seul bond la grande porte et le fossé, le coursier s’élança sur les escaliers branlants du palais et disparut avec son cavalier dans le tourbillon de ce feu chaotique."
George
Sand
Valentine
1832
"Quand le soleil de midi embrase, jusqu’à la tige, l’herbe profonde et serrée des prairies, quand les insectes bruissent avec force et que la caille glousse avec amour dans les sillons, la fraîcheur et le silence semblent se réfugier dans les traînes. Vous y pouvez marcher une heure sans entendre d’autre bruit que le vol d’un merle effarouché à votre approche, ou le saut d’une petite grenouille verte et brillante comme une émeraude, qui dormait dans son hamac de joncs entrelacés. Ce fossé lui-même renferme tout un monde d’habitants, toute une forêt de végétations ; son eau limpide court sans bruit en s’épurant sur la glaise, et caresse mollement des bordures de cresson, de baume et d’hépatiques ; les fontinales, les longues herbes appelées rubans d’eau, les mousses aquatiques pendantes et chevelues, tremblent incessamment dans ses petits remous silencieux ; ..."
Valentine
1832
"Quand le soleil de midi embrase, jusqu’à la tige, l’herbe profonde et serrée des prairies, quand les insectes bruissent avec force et que la caille glousse avec amour dans les sillons, la fraîcheur et le silence semblent se réfugier dans les traînes. Vous y pouvez marcher une heure sans entendre d’autre bruit que le vol d’un merle effarouché à votre approche, ou le saut d’une petite grenouille verte et brillante comme une émeraude, qui dormait dans son hamac de joncs entrelacés. Ce fossé lui-même renferme tout un monde d’habitants, toute une forêt de végétations ; son eau limpide court sans bruit en s’épurant sur la glaise, et caresse mollement des bordures de cresson, de baume et d’hépatiques ; les fontinales, les longues herbes appelées rubans d’eau, les mousses aquatiques pendantes et chevelues, tremblent incessamment dans ses petits remous silencieux ; ..."
Charles
Baudelaire
Incompatibilité
1837 .. 1838
"...
On rencontre un lac sombre encaissé dans l’abîme
Que forment quelques pics désolés et neigeux ;
L’eau, nuit et jour, y dort dans un repos sublime,
Et n’interrompt jamais son silence orageux.
Dans ce morne désert, à l’oreille incertaine
Arrivent par moments des bruits faibles et longs,
Et des échos plus morts que la cloche lointaine
D’une vache qui paît aux penchants des vallons.
Sur ces monts où le vent efface tout vestige,
Ces glaciers pailletés qu’allume le soleil,
Sur ces rochers altiers où guette le vertige,
Dans ce lac où le soir mire son teint vermeil,
Sous mes pieds, sur ma tête et partout le silence,
Le silence qui fait qu’on voudrait se sauver,
Le silence éternel et la montagne immense,
Car l’air est immobile et tout semble rêver.
On dirait que le ciel, en cette solitude,
Se contemple dans l’onde, et que ces monts, là-bas,
Écoutent, recueillis, dans leur grave attitude,
Un mystère divin que l’homme n’entend pas.
Et lorsque par hasard une nuée errante
Assombrit dans son vol le lac silencieux,
On croirait voir la robe ou l’ombre transparente
D’un esprit qui voyage et passe dans les cieux."
Incompatibilité
1837 .. 1838
"...
On rencontre un lac sombre encaissé dans l’abîme
Que forment quelques pics désolés et neigeux ;
L’eau, nuit et jour, y dort dans un repos sublime,
Et n’interrompt jamais son silence orageux.
Dans ce morne désert, à l’oreille incertaine
Arrivent par moments des bruits faibles et longs,
Et des échos plus morts que la cloche lointaine
D’une vache qui paît aux penchants des vallons.
Sur ces monts où le vent efface tout vestige,
Ces glaciers pailletés qu’allume le soleil,
Sur ces rochers altiers où guette le vertige,
Dans ce lac où le soir mire son teint vermeil,
Sous mes pieds, sur ma tête et partout le silence,
Le silence qui fait qu’on voudrait se sauver,
Le silence éternel et la montagne immense,
Car l’air est immobile et tout semble rêver.
On dirait que le ciel, en cette solitude,
Se contemple dans l’onde, et que ces monts, là-bas,
Écoutent, recueillis, dans leur grave attitude,
Un mystère divin que l’homme n’entend pas.
Et lorsque par hasard une nuée errante
Assombrit dans son vol le lac silencieux,
On croirait voir la robe ou l’ombre transparente
D’un esprit qui voyage et passe dans les cieux."
Edgar
Allan Poe
The Fall of the House of Usher
La Chute de la maison Usher - Nouvelles histoires extraordinaires - Traduction (1857) de Charles Baudelaire
1839
"... il fit craquer et se fendre, et sauter le tout en morceaux, si bien que le bruit du bois sec et sonnant le creux porta l’alarme et fut répercuté d’un bout à l’autre de la forêt."
"– Il se fit un bruit prolongé, un fracas tumultueux comme la voix de mille cataractes, – et l’étang profond et croupi placé à mes pieds se referma tristement et silencieusement sur les ruines de la Maison Usher."
The Fall of the House of Usher
La Chute de la maison Usher - Nouvelles histoires extraordinaires - Traduction (1857) de Charles Baudelaire
1839
"... il fit craquer et se fendre, et sauter le tout en morceaux, si bien que le bruit du bois sec et sonnant le creux porta l’alarme et fut répercuté d’un bout à l’autre de la forêt."
"– Il se fit un bruit prolongé, un fracas tumultueux comme la voix de mille cataractes, – et l’étang profond et croupi placé à mes pieds se referma tristement et silencieusement sur les ruines de la Maison Usher."
Charles
Darwin
The Voyage of the Beagle
Voyage d’un naturaliste autour du monde fait à bord du navire le Beagle de 1831 à 1836 - Traduction (1875) de Edmond Barbier
1839
"Un étrange mélange de bruit et de silence règne dans toutes les parties couvertes du bois. Les insectes font un tel bruit, qu’on peut les entendre du vaisseau qui a jeté l’ancre à plusieurs centaines de mètres de la côte ; cependant, à l’intérieur de la forêt, il semble régner un silence universel."
"... une bécasse solitaire fait entendre son cri plaintif. Le mugissement de la mer, située à une assez grande distance, trouble à peine le silence de la nuit."
"... seul le ronflement des matelots sous les tentes, ou quelquefois le cri d’un oiseau de nuit, interrompt le silence de la nuit. Quelquefois aussi l’aboiement d’un chien qu’on entend à une grande distance, rappelle qu’on se trouve dans un pays habité par des sauvages."
"Le Maypu poursuit sa course furieuse sur de gros fragments arrondis en faisant entendre un rugissement semblable à celui de la mer. Au milieu du fracas des eaux qui se brisent on saisit distinctement, même à une grande distance, le bruit des pierres qui se heurtent les unes contre les autres, et cela nuit et jour et sur tout le parcours du torrent. Quelle éloquence pour le géologue que ce bruit triste et uniforme de milliers et de milliers de pierres se heurtant les unes contre les autres et se précipitant toutes dans la même direction ! Malgré soi, ce spectacle vous fait penser au temps, on se dit que la minute qui vient de s’écouler est perdue à jamais ! L’Océan, n’est-ce pas l’éternité pour ces pierres, et chaque note de cette musique sauvage n’est-elle pas le signe que chacune d’elles a fait un pas vers sa destinée ?"
The Voyage of the Beagle
Voyage d’un naturaliste autour du monde fait à bord du navire le Beagle de 1831 à 1836 - Traduction (1875) de Edmond Barbier
1839
"Un étrange mélange de bruit et de silence règne dans toutes les parties couvertes du bois. Les insectes font un tel bruit, qu’on peut les entendre du vaisseau qui a jeté l’ancre à plusieurs centaines de mètres de la côte ; cependant, à l’intérieur de la forêt, il semble régner un silence universel."
"... une bécasse solitaire fait entendre son cri plaintif. Le mugissement de la mer, située à une assez grande distance, trouble à peine le silence de la nuit."
"... seul le ronflement des matelots sous les tentes, ou quelquefois le cri d’un oiseau de nuit, interrompt le silence de la nuit. Quelquefois aussi l’aboiement d’un chien qu’on entend à une grande distance, rappelle qu’on se trouve dans un pays habité par des sauvages."
"Le Maypu poursuit sa course furieuse sur de gros fragments arrondis en faisant entendre un rugissement semblable à celui de la mer. Au milieu du fracas des eaux qui se brisent on saisit distinctement, même à une grande distance, le bruit des pierres qui se heurtent les unes contre les autres, et cela nuit et jour et sur tout le parcours du torrent. Quelle éloquence pour le géologue que ce bruit triste et uniforme de milliers et de milliers de pierres se heurtant les unes contre les autres et se précipitant toutes dans la même direction ! Malgré soi, ce spectacle vous fait penser au temps, on se dit que la minute qui vient de s’écouler est perdue à jamais ! L’Océan, n’est-ce pas l’éternité pour ces pierres, et chaque note de cette musique sauvage n’est-elle pas le signe que chacune d’elles a fait un pas vers sa destinée ?"
Stendhal
La Chartreuse de Parme
1839
"L’imagination est touchée par le son lointain de la cloche de quelque petit village caché sous les arbres : ces sons portés sur les eaux qui les adoucissent prennent une teinte de douce mélancolie et de résignation, et semblent dire à l’homme : La vie s’enfuit, ne te montre donc point si difficile envers le bonheur qui se présente, hâte-toi de jouir."
"Le silence universel n’était troublé, à intervalles égaux, que par la petite lame du lac qui venait expirer sur la grève."
La Chartreuse de Parme
1839
"L’imagination est touchée par le son lointain de la cloche de quelque petit village caché sous les arbres : ces sons portés sur les eaux qui les adoucissent prennent une teinte de douce mélancolie et de résignation, et semblent dire à l’homme : La vie s’enfuit, ne te montre donc point si difficile envers le bonheur qui se présente, hâte-toi de jouir."
"Le silence universel n’était troublé, à intervalles égaux, que par la petite lame du lac qui venait expirer sur la grève."
George
Sand
Un hiver à Majorque
1841
"J’étais fort occupé, je m’en souviens, à recueillir les bruits de la nuit et à m’en rendre compte.
Il est bien certain, et chacun le sait, que chaque pays a ses harmonies, ses plaintes, ses cris, ses chuchotements mystérieux, et cette langue matérielle des choses n’est pas un des moindres signes caractéristiques dont le voyageur est frappé. Le clapotement mystérieux de l’eau sur les froides parois des marbres, le pas pesant et mesuré des sbires sur le quai, le cri aigu et presque enfantin des mulots, qui se poursuivent et se querellent sur les dalles limoneuses, enfin tous les bruits furtifs et singuliers qui troublent faiblement le morne silence des nuits de Venise, ne ressemblent en rien au bruit monotone de la mer, au quien vive des sentinelles et au chant mélancolique des serenos de Barcelone. Le lac Majeur a des harmonies différentes de celles du lac de Genève. Le perpétuel craquement des pommes de pin dans les forêts de la Suisse ne ressemble en rien non plus aux craquements qui se font entendre sur les glaciers.
À Majorque, le silence est plus profond que partout ailleurs. Les ânesses et les mules qui passent la nuit au pâturage l’interrompent parfois en secouant leurs clochettes, dont le son est moins grave et plus mélodique que celles des vaches suisses. Le boléro y résonne dans les lieux les plus déserts et dans les plus sombres nuits. Il n’est pas un paysan qui n’ait sa guitare et qui ne marche avec elle à toute heure. De ma terrasse, j’entendais aussi la mer, mais si lointaine et si faible que la poésie étrangement fantastique et saisissante des Djinns me revenait en mémoire.
Les cochons s’éveillèrent et se plaignirent sur un mode que je ne saurais point définir. Alors le pagès, père de famille, s’éveilla à la voix de ses porcs chéris, comme la mère s’était éveillée aux pleurs de son nourrisson. Je l’entendis mettre la tête à la fenêtre et gourmander les hôtes de l’étable voisine d’une voix magistrale. Les cochons l’entendirent fort bien, car ils se turent. Puis le pagès, pour se rendormir apparemment, se mit à réciter son rosaire d’une voix lugubre, qui, à mesure que le sommeil venait et se dissipait, s’éteignait ou se ranimait comme le murmure lointain des vagues. De temps en temps encore les cochons laissaient échapper un cri sauvage ; le pagès élevait alors la voix sans interrompre sa prière, et les dociles animaux, calmés par un Ora pro nobis ou un Ave Maria prononcé d’une certaine façon, se taisaient aussitôt. Quant à l’enfant, il écoutait sans doute, les yeux ouverts, livré à l’espèce de stupeur où les bruits incompris plongent cette pensée naissante de l’homme au berceau, qui fait un si mystérieux travail sur elle-même avant de se manifester.
Mais tout à coup, après des nuits si sereines, le déluge commença. Un matin, après que le vent nous eut bercés toute la nuit de ses longs gémissements, tandis que la pluie battait nos vitres, nous entendîmes, à notre réveil, le bruit du torrent qui commençait à se frayer une route parmi les pierres de son lit. Le lendemain, il parlait plus haut ; le surlendemain, il roulait les roches qui gênaient sa course."
Un hiver à Majorque
1841
"J’étais fort occupé, je m’en souviens, à recueillir les bruits de la nuit et à m’en rendre compte.
Il est bien certain, et chacun le sait, que chaque pays a ses harmonies, ses plaintes, ses cris, ses chuchotements mystérieux, et cette langue matérielle des choses n’est pas un des moindres signes caractéristiques dont le voyageur est frappé. Le clapotement mystérieux de l’eau sur les froides parois des marbres, le pas pesant et mesuré des sbires sur le quai, le cri aigu et presque enfantin des mulots, qui se poursuivent et se querellent sur les dalles limoneuses, enfin tous les bruits furtifs et singuliers qui troublent faiblement le morne silence des nuits de Venise, ne ressemblent en rien au bruit monotone de la mer, au quien vive des sentinelles et au chant mélancolique des serenos de Barcelone. Le lac Majeur a des harmonies différentes de celles du lac de Genève. Le perpétuel craquement des pommes de pin dans les forêts de la Suisse ne ressemble en rien non plus aux craquements qui se font entendre sur les glaciers.
À Majorque, le silence est plus profond que partout ailleurs. Les ânesses et les mules qui passent la nuit au pâturage l’interrompent parfois en secouant leurs clochettes, dont le son est moins grave et plus mélodique que celles des vaches suisses. Le boléro y résonne dans les lieux les plus déserts et dans les plus sombres nuits. Il n’est pas un paysan qui n’ait sa guitare et qui ne marche avec elle à toute heure. De ma terrasse, j’entendais aussi la mer, mais si lointaine et si faible que la poésie étrangement fantastique et saisissante des Djinns me revenait en mémoire.
J’écoute,
Tout fuit.
On doute,
La nuit,
Tout passe ;
L’espace
Efface
Le bruit.
Dans la ferme voisine, j’entendais le vagissement
d’un petit enfant, et
j’entendais aussi la mère, qui, pour l’endormir, lui chantait un joli
air du pays, bien monotone, bien triste, bien arabe. Mais d’autres voix
moins poétiques vinrent me rappeler la partie grotesque de Majorque.Tout fuit.
On doute,
La nuit,
Tout passe ;
L’espace
Efface
Le bruit.
Les cochons s’éveillèrent et se plaignirent sur un mode que je ne saurais point définir. Alors le pagès, père de famille, s’éveilla à la voix de ses porcs chéris, comme la mère s’était éveillée aux pleurs de son nourrisson. Je l’entendis mettre la tête à la fenêtre et gourmander les hôtes de l’étable voisine d’une voix magistrale. Les cochons l’entendirent fort bien, car ils se turent. Puis le pagès, pour se rendormir apparemment, se mit à réciter son rosaire d’une voix lugubre, qui, à mesure que le sommeil venait et se dissipait, s’éteignait ou se ranimait comme le murmure lointain des vagues. De temps en temps encore les cochons laissaient échapper un cri sauvage ; le pagès élevait alors la voix sans interrompre sa prière, et les dociles animaux, calmés par un Ora pro nobis ou un Ave Maria prononcé d’une certaine façon, se taisaient aussitôt. Quant à l’enfant, il écoutait sans doute, les yeux ouverts, livré à l’espèce de stupeur où les bruits incompris plongent cette pensée naissante de l’homme au berceau, qui fait un si mystérieux travail sur elle-même avant de se manifester.
Mais tout à coup, après des nuits si sereines, le déluge commença. Un matin, après que le vent nous eut bercés toute la nuit de ses longs gémissements, tandis que la pluie battait nos vitres, nous entendîmes, à notre réveil, le bruit du torrent qui commençait à se frayer une route parmi les pierres de son lit. Le lendemain, il parlait plus haut ; le surlendemain, il roulait les roches qui gênaient sa course."
Edgar
Allan Poe
Histoires extraordinaires - Traduction (1856) de Charles Baudelaire
Une descente dans le Maelstrom
1841
"Pendant que le vieil homme parlait, j’eus la perception d’un bruit très fort et qui allait croissant, comme le mugissement d’un immense troupeau de buffles dans une prairie d’Amérique ; et, au moment même, je vis ce que les marins appellent le caractère clapoteux de la mer se changer rapidement en un courant qui se faisait vers l’est."
Histoires extraordinaires - Traduction (1856) de Charles Baudelaire
Une descente dans le Maelstrom
1841
"Pendant que le vieil homme parlait, j’eus la perception d’un bruit très fort et qui allait croissant, comme le mugissement d’un immense troupeau de buffles dans une prairie d’Amérique ; et, au moment même, je vis ce que les marins appellent le caractère clapoteux de la mer se changer rapidement en un courant qui se faisait vers l’est."
Aloysius
Bertrand
Gaspard de la Nuit
1842 (Edition posthume)
LE CLAIR DE LUNE
"...
Deux ladres se lamentaient sous ma fenêtre, un chien hurlait dans le carrefour, et le grillon de mon foyer vaticinait tout bas.
Mais bientôt mon oreille n’interrogea plus qu’un silence profond."
UN RÊVE
Ce furent ensuite, — ainsi j’ai entendu, ainsi je raconte, — le glas funèbre d’une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d’une cellule, — des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque feuille le long d’une ramée, — et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnaient un criminel au supplice."
Gaspard de la Nuit
1842 (Edition posthume)
LE CLAIR DE LUNE
"...
Deux ladres se lamentaient sous ma fenêtre, un chien hurlait dans le carrefour, et le grillon de mon foyer vaticinait tout bas.
Mais bientôt mon oreille n’interrogea plus qu’un silence profond."
UN RÊVE
J’ai rêvé tant et plus, mais je n’y
entends note.
Pantagruel, livre III.
"...Pantagruel, livre III.
Ce furent ensuite, — ainsi j’ai entendu, ainsi je raconte, — le glas funèbre d’une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d’une cellule, — des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque feuille le long d’une ramée, — et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnaient un criminel au supplice."
Nicolas
Vassiliévitch Gogol (Гоголь,
Николай Васильевич)
Мёртвые души
Les Âmes mortes - Traduction (1859) de Ernest Charrière
1842
Chant VIII. Le bal du gouverneur.
"Il lui sembla, selon ce qu’il a avoué plus tard, que ce bal, tout ce parlage, ce bruit, cet éclat, que les violons et les trompettes étaient transportés là-bas, là-bas derrière la montagne, que tout ici s’était enveloppé d’un épais brouillard, confus comme ce premier fond que jette négligemment un peintre là où il se propose de représenter de vastes horizons de plaines désertes."
Мёртвые души
Les Âmes mortes - Traduction (1859) de Ernest Charrière
1842
Chant VIII. Le bal du gouverneur.
"Il lui sembla, selon ce qu’il a avoué plus tard, que ce bal, tout ce parlage, ce bruit, cet éclat, que les violons et les trompettes étaient transportés là-bas, là-bas derrière la montagne, que tout ici s’était enveloppé d’un épais brouillard, confus comme ce premier fond que jette négligemment un peintre là où il se propose de représenter de vastes horizons de plaines désertes."
Honoré
de Balzac
Illusions perdues
1837 .. 1843
"Le brouhaha des voix et le bruit de la promenade formait un murmure qui s’entendait dès le milieu du jardin, comme une basse continue brodée des éclats de rire des filles ou des cris de quelque rare dispute."
Illusions perdues
1837 .. 1843
"Le brouhaha des voix et le bruit de la promenade formait un murmure qui s’entendait dès le milieu du jardin, comme une basse continue brodée des éclats de rire des filles ou des cris de quelque rare dispute."
Eugène
Sue
Les mystères de Paris Tome 1 Tome 2
1843
" Les sons de l’orchestre, affaiblis par la distance et par le sourd et joyeux bourdonnement de la galerie, venaient mélodieusement mourir dans le feuillage immobile des grands arbres exotiques.
Involontairement, on parlait à voix basse dans ce jardin, on y entendait à peine le bruit léger des pas et le frôlement des robes de satin ; cet air à la fois léger, tiède et embaumé des mille suaves senteurs des plantes aromatiques, cette musique vague, lointaine, jetaient tous les sens dans une douce et molle quiétude."
"... on entendit le craquement des hauts peupliers agités par le vent, le cliquetis des chaînes de bateaux, les sifflements de la bise, le mugissement de la rivière.
Ces bruits étaient profondément tristes."
" On entendit un piétinement précipité, interrompu à différents intervalles par un bruit sourd, retentissant comme celui d’une boîte osseuse qui rebondirait sur une pierre contre laquelle on voudrait la briser.
Des plaintes aiguës, convulsives, et un éclat de rire infernal accompagnaient chacun de ces coups.
Puis ce fut un râle... d’agonie...
Puis on n’entendit plus rien.
Rien que le piétinement furieux... rien que les coups sourds et rebondissants qui continuèrent toujours...
Bientôt un bruit lointain de pas et de voix arriva jusqu’aux profondeurs du caveau... De vives lueurs brillèrent à l’extrémité du passage souterrain."
" Le profond silence qui règne dans le pavillon habité par Jacques Ferrand est interrompu de temps en temps par les gémissements du vent et par les rafales de la pluie qui tombe à torrents.
Ces bruits mélancoliques semblent rendre plus complète encore la solitude de cette demeure."
" Les paroles de cette lente mélodie étaient suaves et expressives. Quoique contenu, le mâle contralto de Cecily dominait le bruit des torrents de pluie et les violentes rafales de vent qui semblaient ébranler la vieille maison jusque dans ses fondements."
Les mystères de Paris Tome 1 Tome 2
1843
" Les sons de l’orchestre, affaiblis par la distance et par le sourd et joyeux bourdonnement de la galerie, venaient mélodieusement mourir dans le feuillage immobile des grands arbres exotiques.
Involontairement, on parlait à voix basse dans ce jardin, on y entendait à peine le bruit léger des pas et le frôlement des robes de satin ; cet air à la fois léger, tiède et embaumé des mille suaves senteurs des plantes aromatiques, cette musique vague, lointaine, jetaient tous les sens dans une douce et molle quiétude."
"... on entendit le craquement des hauts peupliers agités par le vent, le cliquetis des chaînes de bateaux, les sifflements de la bise, le mugissement de la rivière.
Ces bruits étaient profondément tristes."
" On entendit un piétinement précipité, interrompu à différents intervalles par un bruit sourd, retentissant comme celui d’une boîte osseuse qui rebondirait sur une pierre contre laquelle on voudrait la briser.
Des plaintes aiguës, convulsives, et un éclat de rire infernal accompagnaient chacun de ces coups.
Puis ce fut un râle... d’agonie...
Puis on n’entendit plus rien.
Rien que le piétinement furieux... rien que les coups sourds et rebondissants qui continuèrent toujours...
Bientôt un bruit lointain de pas et de voix arriva jusqu’aux profondeurs du caveau... De vives lueurs brillèrent à l’extrémité du passage souterrain."
" Le profond silence qui règne dans le pavillon habité par Jacques Ferrand est interrompu de temps en temps par les gémissements du vent et par les rafales de la pluie qui tombe à torrents.
Ces bruits mélancoliques semblent rendre plus complète encore la solitude de cette demeure."
" Les paroles de cette lente mélodie étaient suaves et expressives. Quoique contenu, le mâle contralto de Cecily dominait le bruit des torrents de pluie et les violentes rafales de vent qui semblaient ébranler la vieille maison jusque dans ses fondements."
Nicolas
Vassiliévitch Gogol (Гоголь, Николай Васильевич)
Тарас Бульба
Tarass Boulba - Traduction (1853) de Louis Viardot
1843
Chapitre II
"Ils pouvaient entendre le pétillement, le frôlement, tous les bruits du monde innombrable d’insectes qui fourmillaient dans l’herbe. Tous ces bruits, fondus dans le silence de la nuit, arrivaient harmonieux à l’oreille."
Chapitre IV
"De toutes parts retentissaient le piétinement des bêtes de somme, le bruit des coups d’arquebuse tirés à la cible, le choc des sabres contre les éperons, les mugissements des boeufs, les grincements des chariots chargés, et les voix d’hommes parlant entre eux ou excitant leurs chevaux."
Тарас Бульба
Tarass Boulba - Traduction (1853) de Louis Viardot
1843
Chapitre II
"Ils pouvaient entendre le pétillement, le frôlement, tous les bruits du monde innombrable d’insectes qui fourmillaient dans l’herbe. Tous ces bruits, fondus dans le silence de la nuit, arrivaient harmonieux à l’oreille."
Chapitre IV
"De toutes parts retentissaient le piétinement des bêtes de somme, le bruit des coups d’arquebuse tirés à la cible, le choc des sabres contre les éperons, les mugissements des boeufs, les grincements des chariots chargés, et les voix d’hommes parlant entre eux ou excitant leurs chevaux."
Théophile Gautier
Le hachisch
1843
"Dans un air confusément lumineux, voltigeaient avec un fourmillement perpétuel des milliards de papillons dont les ailes bruissaient comme des éventails. De gigantesques fleurs au calice de cristal, d’énormes passeroses, des lis d’or et d’argent montaient et s’épanouissaient autour de moi avec une crépitation pareille à celle des bouquets de feux d’artifices. Mon ouïe s’était prodigieusement développée ; j’entendais le bruit des couleurs. Des sons verts, rouges, bleus, jaunes, m’arrivaient par ondes parfaitement distinctes. Un verre renversé, un craquement de fauteuil, un mot prononcé bas, vibraient et retentissaient en moi comme des roulements de tonnerre ; ma propre voix me semblait si forte que je n’osais parler, de peur de renverser les murailles ou de me faire éclater comme une bombe ; plus de cinq cents pendules me chantaient l’heure de leurs voix flûtées, cuivrées, argentines. Chaque objet effleuré rendait une note d’harmonica ou de harpe éolienne. Je nageais dans un océan de sonorité où flottaient comme des îlots de lumière quelques motifs de la Lucia ou du Barbier."
Le hachisch
1843
"Dans un air confusément lumineux, voltigeaient avec un fourmillement perpétuel des milliards de papillons dont les ailes bruissaient comme des éventails. De gigantesques fleurs au calice de cristal, d’énormes passeroses, des lis d’or et d’argent montaient et s’épanouissaient autour de moi avec une crépitation pareille à celle des bouquets de feux d’artifices. Mon ouïe s’était prodigieusement développée ; j’entendais le bruit des couleurs. Des sons verts, rouges, bleus, jaunes, m’arrivaient par ondes parfaitement distinctes. Un verre renversé, un craquement de fauteuil, un mot prononcé bas, vibraient et retentissaient en moi comme des roulements de tonnerre ; ma propre voix me semblait si forte que je n’osais parler, de peur de renverser les murailles ou de me faire éclater comme une bombe ; plus de cinq cents pendules me chantaient l’heure de leurs voix flûtées, cuivrées, argentines. Chaque objet effleuré rendait une note d’harmonica ou de harpe éolienne. Je nageais dans un océan de sonorité où flottaient comme des îlots de lumière quelques motifs de la Lucia ou du Barbier."
Paul-Émile Daurand-Forgues (Old Nick)
Les petites misères de la vie humaine illustré par Grandville
1843
"Reconnaissez, dit-il, ce tumulte quotidien, et toujours le même, où se perdent tous les bruits, ce bourdonnement des intérêts humains au-dessus desquels rien ne s'élève. Chaque besoin de l'homme a ses crieurs, et réveille de tous côtés les échos des carrefours. L'eau roule et glapit. Les cheminées se lancent leurs chansons d'un toit à l'autre. Le bâtiment qui s'élève nargue de ses cris rauques l'édifice qui tombe. L'éventaire ambulant tintouine. Le cirage anglais passe au galop en donnant du cor. La cloche rappelle à l'homme qu'il existe un Dieu. La crécelle municipale le fait songer au préfet de police... Entre son baquet de science et son caille-bottin, le gniaffe chante en battant le cuir. Le plaisir et le croquet d'anis, le bel oignon et la violett' qu'embaum', la motte à brûler, la mort-aux-rats, l'z'hann'tons (pour un liard), l'assourdissant coco (à la fraîch', qui veut boire ?), mais par-dessus tout, les vieux chapeaux, les vieux bas, les vieux souliers à vendre, clament et bruissent de toutes parts : voix aiguës ou graves, soudaines ou lentement prolongées, jeunes et perçantes, ou cassées, vieilles et raboteuses."
Les petites misères de la vie humaine illustré par Grandville
1843
"Reconnaissez, dit-il, ce tumulte quotidien, et toujours le même, où se perdent tous les bruits, ce bourdonnement des intérêts humains au-dessus desquels rien ne s'élève. Chaque besoin de l'homme a ses crieurs, et réveille de tous côtés les échos des carrefours. L'eau roule et glapit. Les cheminées se lancent leurs chansons d'un toit à l'autre. Le bâtiment qui s'élève nargue de ses cris rauques l'édifice qui tombe. L'éventaire ambulant tintouine. Le cirage anglais passe au galop en donnant du cor. La cloche rappelle à l'homme qu'il existe un Dieu. La crécelle municipale le fait songer au préfet de police... Entre son baquet de science et son caille-bottin, le gniaffe chante en battant le cuir. Le plaisir et le croquet d'anis, le bel oignon et la violett' qu'embaum', la motte à brûler, la mort-aux-rats, l'z'hann'tons (pour un liard), l'assourdissant coco (à la fraîch', qui veut boire ?), mais par-dessus tout, les vieux chapeaux, les vieux bas, les vieux souliers à vendre, clament et bruissent de toutes parts : voix aiguës ou graves, soudaines ou lentement prolongées, jeunes et perçantes, ou cassées, vieilles et raboteuses."
Edgar
Allan Poe
The Tell-Tale Heart
Le Cœur révélateur - Nouvelles histoires extraordinaires - Traduction (1857) de Charles Baudelaire
1843
"Le tintement devint plus distinct ; – il persista et devint encore plus distinct ; je bavardai plus abondamment pour me débarrasser de cette sensation ; mais elle tint bon et prit un caractère tout à fait décidé, – tant qu’à la fin je découvris que le bruit n’était pas dans mes oreilles.
Sans doute je devins alors très-pâle ; – mais je bavardais encore plus couramment et en haussant la voix. Le son augmentait toujours, – et que pouvais-je faire ? C’était un bruit sourd, étouffé, fréquent, ressemblant beaucoup à ce que ferait une montre enveloppée dans du coton."
The Tell-Tale Heart
Le Cœur révélateur - Nouvelles histoires extraordinaires - Traduction (1857) de Charles Baudelaire
1843
"Le tintement devint plus distinct ; – il persista et devint encore plus distinct ; je bavardai plus abondamment pour me débarrasser de cette sensation ; mais elle tint bon et prit un caractère tout à fait décidé, – tant qu’à la fin je découvris que le bruit n’était pas dans mes oreilles.
Sans doute je devins alors très-pâle ; – mais je bavardais encore plus couramment et en haussant la voix. Le son augmentait toujours, – et que pouvais-je faire ? C’était un bruit sourd, étouffé, fréquent, ressemblant beaucoup à ce que ferait une montre enveloppée dans du coton."
Alexandre
Dumas
Les Trois Mousquetaires I II III
1844
"Là, immobile, et les yeux ardents et fixes dans son appartement désert, comme les éclats de ses rugissements sourds, qui parfois échappent avec sa respiration du fond de sa poitrine, accompagnent bien le bruit de la houle qui monte, gronde, mugit et vient se briser, comme un désespoir éternel et impuissant, contre les rochers sur lesquels est bâti ce château sombre et orgueilleux !"
"Enfin elle entendit le grincement des grilles qu’on ouvrait, le bruit des bottes et des éperons retentit par les escaliers ; il se faisait un grand murmure de voix qui allaient se rapprochant, et au milieu desquelles il lui semblait entendre prononcer son nom.
Tout à coup elle jeta un grand cri de joie et s’élança vers la porte, elle avait reconnu la voix de d’Artagnan."
Les Trois Mousquetaires I II III
1844
"Là, immobile, et les yeux ardents et fixes dans son appartement désert, comme les éclats de ses rugissements sourds, qui parfois échappent avec sa respiration du fond de sa poitrine, accompagnent bien le bruit de la houle qui monte, gronde, mugit et vient se briser, comme un désespoir éternel et impuissant, contre les rochers sur lesquels est bâti ce château sombre et orgueilleux !"
"Enfin elle entendit le grincement des grilles qu’on ouvrait, le bruit des bottes et des éperons retentit par les escaliers ; il se faisait un grand murmure de voix qui allaient se rapprochant, et au milieu desquelles il lui semblait entendre prononcer son nom.
Tout à coup elle jeta un grand cri de joie et s’élança vers la porte, elle avait reconnu la voix de d’Artagnan."
Eugène-François Vidocq
Les Vrais Mystères de Paris Tome 1-5 Tome 6-9
1844
" Des fenêtres de ce logement, qui fait partie d’une maison située sur le point culminant du quartier le plus élevé de Paris, on découvre toute la capitale et les campagnes environnantes, et l’on est si rapproché du ciel que les mille bruits de la grande ville ne viennent plus frapper les oreilles que comme un vague murmure."
Les Vrais Mystères de Paris Tome 1-5 Tome 6-9
1844
" Des fenêtres de ce logement, qui fait partie d’une maison située sur le point culminant du quartier le plus élevé de Paris, on découvre toute la capitale et les campagnes environnantes, et l’on est si rapproché du ciel que les mille bruits de la grande ville ne viennent plus frapper les oreilles que comme un vague murmure."
Edgar
Allan Poe
The Raven
Le corbeau
1845
The Raven
Le corbeau
1845
| Traduction
(1853) de Charles Baudelaire : " Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux pourprés me pénétrait, me remplissait de terreurs fantastiques, inconnues pour moi jusqu’à ce jour ; si bien qu’enfin, pour apaiser le battement de mon cœur, je me dressai, répétant : « C’est quelque visiteur qui sollicite l’entrée à la porte de ma chambre, quelque visiteur attardé sollicitant l’entrée à la porte de ma chambre ; — c’est cela même, et rien de plus. »" |
Traduction
(1875) de Stéphane Mallarmé : " Et de la soie l’incertain et triste bruissement en chaque rideau purpural me traversait — m’emplissait de fantastiques terreurs pas senties encore : si bien que, pour calmer le battement de mon cœur, je demeurais maintenant à répéter « C’est quelque visiteur qui sollicite l’entrée, à la porte de ma chambre — quelque visiteur qui sollicite l’entrée, à la porte de ma chambre ; c’est cela et rien de plus. »" |
Honoré de Balzac
Petites Misères de la vie conjugale
1830 .. 1846
"Et vous vous rendormez bercé par le bruit vague des premières voitures. Ces terribles, ces pétulantes, ces vives voitures chargées de viande, ces charrettes à mamelles de fer-blanc pleines de lait, et qui font des tapages infernaux, qui brisent les pavés, elles roulent sur du coton, elles vous rappellent vaguement l’orchestre de Napoléon Musard. Quand votre maison tremble dans ses membres et s’agite sur sa quille, vous vous croyez comme un marin bercé par le zéphyr."
Petites Misères de la vie conjugale
1830 .. 1846
"Et vous vous rendormez bercé par le bruit vague des premières voitures. Ces terribles, ces pétulantes, ces vives voitures chargées de viande, ces charrettes à mamelles de fer-blanc pleines de lait, et qui font des tapages infernaux, qui brisent les pavés, elles roulent sur du coton, elles vous rappellent vaguement l’orchestre de Napoléon Musard. Quand votre maison tremble dans ses membres et s’agite sur sa quille, vous vous croyez comme un marin bercé par le zéphyr."
George
Sand
La Mare au diable
1846
"Désespérant d’obtenir d’autres renseignements, il remonta à cheval et recommença à parcourir le bois en appelant Pierre de toutes ses forces, et en sifflant, faisant claquer son fouet, cassant les branches pour remplir la forêt du bruit de sa marche, écoutant ensuite si quelque voix lui répondait ; mais il n’entendait que la cloche des vaches éparses dans les taillis, et le cri sauvage des porcs qui se disputaient la glandée."
La Mare au diable
1846
"Désespérant d’obtenir d’autres renseignements, il remonta à cheval et recommença à parcourir le bois en appelant Pierre de toutes ses forces, et en sifflant, faisant claquer son fouet, cassant les branches pour remplir la forêt du bruit de sa marche, écoutant ensuite si quelque voix lui répondait ; mais il n’entendait que la cloche des vaches éparses dans les taillis, et le cri sauvage des porcs qui se disputaient la glandée."
Alexandre
Dumas
Le Comte de Monte-Cristo
1846
"... presque au même instant un bruit sourd retentit dans l'escalier ; le retentissement d'un pas pesant, une rumeur confuse de voix mêlées à un cliquetis d'armes couvrirent les exclamations des convives, si bruyantes qu'elles fussent, et attirèrent l'attention générale, qui se manifesta à l'instant même par un silence inquiet.
Le bruit s'approcha : trois coups retentirent dans le panneau de la porte ; chacun regarda son voisin d'un air étonné."
" Dantès entendit rouler et grincer du fond de son cachot tous ces préparatifs, qui faisaient en haut beaucoup de fracas, mais qui, en bas, eussent été des bruits inappréciables pour toute autre oreille que pour celle d’un prisonnier, accoutumé à écouter, dans le silence de la nuit, l’araignée qui tisse sa toile, et la chute périodique de la goutte d’eau qui met une heure à se former au plafond de son cachot."
"... aucun bruit ne troublait le silence de la nuit, si ce n’est le chant d’une chouette qui jetait son cri aigu et lugubre comme un appel aux fantômes de la nuit."
" Le bruit d’un baiser innocent et perdu retentit, et Valentine s’enfuit sous les tilleuls.
Morrel écouta les derniers bruits de sa robe frôlant les charmilles, de ses pieds faisant crier le sable... "
"Villefort, de son cabinet, entendit les bruits successifs qui constituent pour ainsi dire la vie de la maison : les portes mises en mouvement, le tintement de la sonnette de Mme de Villefort qui appelait sa femme de chambre, les premiers cris de l’enfant, qui se levait joyeux comme on se lève d’habitude à cet âge.
Villefort sonna à son tour."
Le Comte de Monte-Cristo
1846
"... presque au même instant un bruit sourd retentit dans l'escalier ; le retentissement d'un pas pesant, une rumeur confuse de voix mêlées à un cliquetis d'armes couvrirent les exclamations des convives, si bruyantes qu'elles fussent, et attirèrent l'attention générale, qui se manifesta à l'instant même par un silence inquiet.
Le bruit s'approcha : trois coups retentirent dans le panneau de la porte ; chacun regarda son voisin d'un air étonné."
" Dantès entendit rouler et grincer du fond de son cachot tous ces préparatifs, qui faisaient en haut beaucoup de fracas, mais qui, en bas, eussent été des bruits inappréciables pour toute autre oreille que pour celle d’un prisonnier, accoutumé à écouter, dans le silence de la nuit, l’araignée qui tisse sa toile, et la chute périodique de la goutte d’eau qui met une heure à se former au plafond de son cachot."
"... aucun bruit ne troublait le silence de la nuit, si ce n’est le chant d’une chouette qui jetait son cri aigu et lugubre comme un appel aux fantômes de la nuit."
" Le bruit d’un baiser innocent et perdu retentit, et Valentine s’enfuit sous les tilleuls.
Morrel écouta les derniers bruits de sa robe frôlant les charmilles, de ses pieds faisant crier le sable... "
"Villefort, de son cabinet, entendit les bruits successifs qui constituent pour ainsi dire la vie de la maison : les portes mises en mouvement, le tintement de la sonnette de Mme de Villefort qui appelait sa femme de chambre, les premiers cris de l’enfant, qui se levait joyeux comme on se lève d’habitude à cet âge.
Villefort sonna à son tour."
Honoré
de Balzac
Splendeurs et misères des courtisanes
1847
"Certaines portes entrebâillées se mettent à rire aux éclats. Il tombe dans l’oreille de ces paroles que Rabelais prétend s’être gelées et qui fondent. Des ritournelles sortent d’entre les pavés. Le bruit n’est pas vague, il signifie quelque chose : quand il est rauque, c’est une voix ; mais s’il ressemble à un chant, il n’a plus rien d’humain, il approche du sifflement. Il part souvent des coups de sifflet. Enfin les talons de botte ont je ne sais quoi de provoquant et de moqueur. Cet ensemble de choses donne le vertige."
Splendeurs et misères des courtisanes
1847
"Certaines portes entrebâillées se mettent à rire aux éclats. Il tombe dans l’oreille de ces paroles que Rabelais prétend s’être gelées et qui fondent. Des ritournelles sortent d’entre les pavés. Le bruit n’est pas vague, il signifie quelque chose : quand il est rauque, c’est une voix ; mais s’il ressemble à un chant, il n’a plus rien d’humain, il approche du sifflement. Il part souvent des coups de sifflet. Enfin les talons de botte ont je ne sais quoi de provoquant et de moqueur. Cet ensemble de choses donne le vertige."
Gustave
Flaubert
Par les champs et par les grèves
Bretagne
1847
"Par un beau jour d’été comme aujourd’hui, peut-être, quand ce moulin qui claque sa cliquette et met en bruit tout le paysage n’existait pas, quand il y avait des toits au haut de ces murailles, des cuirs de Flandre sur ces parois, des lames de corne à ces fenêtres, moins d’herbe, et des voix et des rumeurs de vivants, oui, là, plus d’un cœur, serré dans sa gaine de velours rouge, a battu d’angoisse et d’amour."
Par les champs et par les grèves
Bretagne
1847
"Par un beau jour d’été comme aujourd’hui, peut-être, quand ce moulin qui claque sa cliquette et met en bruit tout le paysage n’existait pas, quand il y avait des toits au haut de ces murailles, des cuirs de Flandre sur ces parois, des lames de corne à ces fenêtres, moins d’herbe, et des voix et des rumeurs de vivants, oui, là, plus d’un cœur, serré dans sa gaine de velours rouge, a battu d’angoisse et d’amour."
Charlotte
Brontë
Jane Eyre
Jane Eyre - Traduction (1854) de Noëmi Lesbazeilles-Souvestre
1847
"... j’écoutais le son du piano et de la harpe, le bruit des verres et des porcelaines, au moment où l’on apportait les rafraîchissements dans le salon. Quelquefois même, lorsque la porte s’ouvrait, le murmure interrompu de la conversation arrivait jusqu’à moi."
"... le château changea d’aspect : il ne fut plus silencieux comme une église ; toutes les heures on entendait frapper à la porte, tirer la sonnette ou traverser la salle. Des voix nouvelles résonnaient au-dessous de nous..."
"... on entendit tout à coup des accords retentir dans le salon ; on y avait transporté le piano ; nous nous assîmes toutes deux sur les marches de l’escalier pour écouter. Une voix se mêla bientôt aux puissantes vibrations de l’instrument. C’était une femme qui chantait, et sa voix était pleine de douceur. Le solo fut suivi d’un duo et d’un choeur ; dans les intervalles, le murmure d’une joyeuse conversation arrivait jusqu’à nous. J’écoutai longtemps, étudiant toutes les voix et cherchant à distinguer au milieu de ce bruit confus les accents de M. Rochester, ce qui me fut facile ; puis je m’efforçai de comprendre ces sons que la distance rendait vagues."
Jane Eyre
Jane Eyre - Traduction (1854) de Noëmi Lesbazeilles-Souvestre
1847
"... j’écoutais le son du piano et de la harpe, le bruit des verres et des porcelaines, au moment où l’on apportait les rafraîchissements dans le salon. Quelquefois même, lorsque la porte s’ouvrait, le murmure interrompu de la conversation arrivait jusqu’à moi."
"... le château changea d’aspect : il ne fut plus silencieux comme une église ; toutes les heures on entendait frapper à la porte, tirer la sonnette ou traverser la salle. Des voix nouvelles résonnaient au-dessous de nous..."
"... on entendit tout à coup des accords retentir dans le salon ; on y avait transporté le piano ; nous nous assîmes toutes deux sur les marches de l’escalier pour écouter. Une voix se mêla bientôt aux puissantes vibrations de l’instrument. C’était une femme qui chantait, et sa voix était pleine de douceur. Le solo fut suivi d’un duo et d’un choeur ; dans les intervalles, le murmure d’une joyeuse conversation arrivait jusqu’à nous. J’écoutai longtemps, étudiant toutes les voix et cherchant à distinguer au milieu de ce bruit confus les accents de M. Rochester, ce qui me fut facile ; puis je m’efforçai de comprendre ces sons que la distance rendait vagues."
Emily
Brontë
Wuthering Heights
Les Hauts de Hurle-Vent - Traduction (1925) de Frédéric Delebecque
1847
" Les cloches de la chapelle de Gimmerton retentissaient encore ; le bruit du ruisseau qui coulait moelleusement à pleins bords dans la vallée venait caresser l’oreille, et remplaçait agréablement le murmure encore absent du feuillage estival qui, autour de la Grange, étouffe la musique de l’eau quand les arbres ont revêtu leur parure. À Hurle-Vent, on entendait toujours cette musique dans les jours calmes qui suivaient un grand dégel ou une période de pluie continue. Et c’est à Hurle-Vent que Catherine pensait en écoutant : si tant est qu’elle pensât ou qu’elle écoutât, car elle avait ce vague et lointain regard dont j’ai déjà parlé, qui n’exprimait aucune perception des choses matérielles ni par l’oreille ni par les yeux."
"On n’entendait dans la maison rien d’autre que les hurlements du vent, qui secouait les fenêtres de temps en temps, le faible crépitement des charbons et le bruit sec de mes mouchettes quand il m’arrivait de raccourcir la mèche de la chandelle."
"Il disait que la manière la plus agréable de passer une chaude journée de juillet était de rester couché depuis le matin jusqu’au soir sur un talus de bruyère au milieu de la lande, à écouter comme dans un rêve le bourdonnement des abeilles sur les fleurs, le chant des alouettes qui planent bien haut au-dessus de votre tête, à regarder le ciel bleu sans nuages et le soleil brillant d’un éclat implacable. Telle était sa plus parfaite idée du bonheur céleste. La mienne était de me balancer dans un arbre au vert feuillage bruissant, quand souffle un vent d’ouest et que de beaux nuages blancs glissent rapidement dans le ciel ; quand non seulement les alouettes, mais les grives, les merles, les linottes, les coucous prodiguent de tous côtés leur musique ; ..."
Wuthering Heights
Les Hauts de Hurle-Vent - Traduction (1925) de Frédéric Delebecque
1847
" Les cloches de la chapelle de Gimmerton retentissaient encore ; le bruit du ruisseau qui coulait moelleusement à pleins bords dans la vallée venait caresser l’oreille, et remplaçait agréablement le murmure encore absent du feuillage estival qui, autour de la Grange, étouffe la musique de l’eau quand les arbres ont revêtu leur parure. À Hurle-Vent, on entendait toujours cette musique dans les jours calmes qui suivaient un grand dégel ou une période de pluie continue. Et c’est à Hurle-Vent que Catherine pensait en écoutant : si tant est qu’elle pensât ou qu’elle écoutât, car elle avait ce vague et lointain regard dont j’ai déjà parlé, qui n’exprimait aucune perception des choses matérielles ni par l’oreille ni par les yeux."
"On n’entendait dans la maison rien d’autre que les hurlements du vent, qui secouait les fenêtres de temps en temps, le faible crépitement des charbons et le bruit sec de mes mouchettes quand il m’arrivait de raccourcir la mèche de la chandelle."
"Il disait que la manière la plus agréable de passer une chaude journée de juillet était de rester couché depuis le matin jusqu’au soir sur un talus de bruyère au milieu de la lande, à écouter comme dans un rêve le bourdonnement des abeilles sur les fleurs, le chant des alouettes qui planent bien haut au-dessus de votre tête, à regarder le ciel bleu sans nuages et le soleil brillant d’un éclat implacable. Telle était sa plus parfaite idée du bonheur céleste. La mienne était de me balancer dans un arbre au vert feuillage bruissant, quand souffle un vent d’ouest et que de beaux nuages blancs glissent rapidement dans le ciel ; quand non seulement les alouettes, mais les grives, les merles, les linottes, les coucous prodiguent de tous côtés leur musique ; ..."
Elias
Lönnrot
Kalevala
Le Kalevala - Traduction (1867) de Léouzon Le Duc
1849
"Les pierres bruissent, le sable grince, la route fuit, le traîneau, le pied, les supports du traîneau craquent, les chaînes de fer du joug résonnent, l'arc du collier oscille, les rênes frémissent, les clochettes de cuivre carillonnent, tandis que l'étalon, le vigoureux étalon bondit."
"... de loin, on entendit le bruit des rames battant contre les flancs de la carène.
... les bancs du navire craquèrent, ses courbes frissonnèrent ; les avirons en bois de sorbier grincèrent ; leurs manches caquetèrent comme des gelinottes, leurs palettes crièrent comme des coqs de bruyères ; la proue chanta comme un cygne, la poupe croassa comme un corbeau, les supports des rames gloussèrent comme des oies."
" Lorsqu'il joua dans sa maison, sa maison construite en bois de sapin, le toit résonna dans ses hauteurs, la voûte du toit fit écho, le plancher tressaillit, les portes mugirent, toutes les fenêtres tremblèrent, les pierres du foyer dansèrent, la poutre en bois madré de la cheminée oscilla."
Kalevala
Le Kalevala - Traduction (1867) de Léouzon Le Duc
1849
"Les pierres bruissent, le sable grince, la route fuit, le traîneau, le pied, les supports du traîneau craquent, les chaînes de fer du joug résonnent, l'arc du collier oscille, les rênes frémissent, les clochettes de cuivre carillonnent, tandis que l'étalon, le vigoureux étalon bondit."
"... de loin, on entendit le bruit des rames battant contre les flancs de la carène.
... les bancs du navire craquèrent, ses courbes frissonnèrent ; les avirons en bois de sorbier grincèrent ; leurs manches caquetèrent comme des gelinottes, leurs palettes crièrent comme des coqs de bruyères ; la proue chanta comme un cygne, la poupe croassa comme un corbeau, les supports des rames gloussèrent comme des oies."
" Lorsqu'il joua dans sa maison, sa maison construite en bois de sapin, le toit résonna dans ses hauteurs, la voûte du toit fit écho, le plancher tressaillit, les portes mugirent, toutes les fenêtres tremblèrent, les pierres du foyer dansèrent, la poutre en bois madré de la cheminée oscilla."
Edgar
Allan Poe
Hop-Frog
Nouvelles histoires extraordinaires - Traduction (1857) de Charles Baudelaire
1849
" Il y eut pendant une demi-minute un silence de mort, pendant lequel on aurait entendu tomber une feuille, une plume. Ce silence fut interrompu par une espèce de grincement sourd, mais rauque et prolongé, qui sembla jaillir tout d’un coup de tous les coins de la chambre."
Hop-Frog
Nouvelles histoires extraordinaires - Traduction (1857) de Charles Baudelaire
1849
" Il y eut pendant une demi-minute un silence de mort, pendant lequel on aurait entendu tomber une feuille, une plume. Ce silence fut interrompu par une espèce de grincement sourd, mais rauque et prolongé, qui sembla jaillir tout d’un coup de tous les coins de la chambre."
Charles
Baudelaire
Les Fleurs du mal
La cloche fêlée
1851
"Il est amer et doux, pendant les nuits d’hiver,
D’écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s’élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.
Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu’un vieux soldat qui veille sous la tente !"
Spleen I (poème) - Pluviôse, irrité contre la ville entière
1851
"Pluviôse, irrité contre la ville entière,
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.
Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux ;
L’âme d’un vieux poète erre dans la gouttière
Avec la triste voix d’un fantôme frileux.
Le bourdon se lamente, et la bûche enfumée
Accompagne en fausset la pendule enrhumée,
Cependant qu’en un jeu plein de sales parfums,
Héritage fatal d’une vieille hydropique,
Le beau valet de cœur et la dame de pique
Causent sinistrement de leurs amours défunts."
Les Fleurs du mal
La cloche fêlée
1851
"Il est amer et doux, pendant les nuits d’hiver,
D’écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s’élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.
Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu’un vieux soldat qui veille sous la tente !"
Spleen I (poème) - Pluviôse, irrité contre la ville entière
1851
"Pluviôse, irrité contre la ville entière,
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.
Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux ;
L’âme d’un vieux poète erre dans la gouttière
Avec la triste voix d’un fantôme frileux.
Le bourdon se lamente, et la bûche enfumée
Accompagne en fausset la pendule enrhumée,
Cependant qu’en un jeu plein de sales parfums,
Héritage fatal d’une vieille hydropique,
Le beau valet de cœur et la dame de pique
Causent sinistrement de leurs amours défunts."
Jules Barbey d'Aurevilly
Une vieille maîtresse
1851
"Le coin du feu...
On y alimente ses rêveries en entendant le grillon, — cette cigale de l’âtre de l’homme, — qui chante dans la cendre chaude, comme la cigale de l’été chante dans les blés brûlés de soleil, — et plus loin, au dehors, derrière les remparts transparents des fenêtres, les hurlements du vent du Nord dans les brisants de la falaise, le flagellement de la vitre sous la pluie qui fume, et le silence (car le silence s’entend) de la neige perpendiculaire, qui tombe en paix des sommets du ciel, comme les duvets d’un cygne, plumé par une main cachée dans les nues. Toutes ces musiques éoliennes de la Nature soupirante ou gémissante bercent l’âme et l’endorment comme dans un hamac d’harmonies."
"Ils n’entendaient — et même l’entendaient-ils ? — que le bruit du feu comprimé dans le poêle, et de temps en temps, — quand le vent les leur apportait, — les sons douloureux d’une cloche lointaine, qui sonnait pour les morts."
Une vieille maîtresse
1851
"Le coin du feu...
On y alimente ses rêveries en entendant le grillon, — cette cigale de l’âtre de l’homme, — qui chante dans la cendre chaude, comme la cigale de l’été chante dans les blés brûlés de soleil, — et plus loin, au dehors, derrière les remparts transparents des fenêtres, les hurlements du vent du Nord dans les brisants de la falaise, le flagellement de la vitre sous la pluie qui fume, et le silence (car le silence s’entend) de la neige perpendiculaire, qui tombe en paix des sommets du ciel, comme les duvets d’un cygne, plumé par une main cachée dans les nues. Toutes ces musiques éoliennes de la Nature soupirante ou gémissante bercent l’âme et l’endorment comme dans un hamac d’harmonies."
"Ils n’entendaient — et même l’entendaient-ils ? — que le bruit du feu comprimé dans le poêle, et de temps en temps, — quand le vent les leur apportait, — les sons douloureux d’une cloche lointaine, qui sonnait pour les morts."
Herman
Melville
Moby Dick
Moby Dick - Traduction (1970) de Henriette Guex-Rolle
1851
"... et le silence se fit sur le pont déserté si bruyant l’instant d’auparavant. Un calme ardent, cuivré, comme un universel lotus jaune, s’épanouissait à l’infini sur la mer, pétale à pétale, sans bruit..."
Moby Dick
Moby Dick - Traduction (1970) de Henriette Guex-Rolle
1851
"... et le silence se fit sur le pont déserté si bruyant l’instant d’auparavant. Un calme ardent, cuivré, comme un universel lotus jaune, s’épanouissait à l’infini sur la mer, pétale à pétale, sans bruit..."
Charles
Baudelaire
L’Art romantique - Pierre Dupont
1852
" Sans doute, plusieurs personnes regretteront de ne pas trouver dans ces chants politiques et guerriers tout le bruit et tout l’éclat de la guerre, tous les transports de l’enthousiasme et de la haine, les cris enragés du clairon, le sifflement du fifre pareil à la folle espérance de la jeunesse qui court à la conquête du monde, le grondement infatigable du canon, les gémissements des blessés, et tout le fracas de la victoire, si cher à une nation militaire comme la nôtre."
L’Art romantique - Pierre Dupont
1852
" Sans doute, plusieurs personnes regretteront de ne pas trouver dans ces chants politiques et guerriers tout le bruit et tout l’éclat de la guerre, tous les transports de l’enthousiasme et de la haine, les cris enragés du clairon, le sifflement du fifre pareil à la folle espérance de la jeunesse qui court à la conquête du monde, le grondement infatigable du canon, les gémissements des blessés, et tout le fracas de la victoire, si cher à une nation militaire comme la nôtre."
Gustave
Flaubert
Correspondance
1853
A Louise Colet
"Si jamais les effets d’une symphonie ont été reportés dans un livre, ce sera là. Il faut que ça hurle par l’ensemble, qu’on entende à la fois des beuglements de taureaux, des soupirs d’amour et des phrases d’administrateurs."
Correspondance
1853
A Louise Colet
"Si jamais les effets d’une symphonie ont été reportés dans un livre, ce sera là. Il faut que ça hurle par l’ensemble, qu’on entende à la fois des beuglements de taureaux, des soupirs d’amour et des phrases d’administrateurs."
Henry David Thoreau
Walden or, Life in the Woods
Walden ou La Vie dans les bois - Traduction (1922) de Louis Fabulet
1854
"L’air est rempli du mugissement des veaux, du bêlement des moutons, du bruit de tassement des boeufs, comme si passait par là quelque vallée pastorale. Lorsque le vieux sonnailler qui est en tête fait retentir sa sonnette, les montagnes, oui-da, sautent comme des béliers, et les collines comme des agneaux."
" Parfois, le dimanche, j’entendais les cloches, la cloche de Lincoln, d’Acton, de Bedford ou de Concord, lorsque le vent se trouvait favorable, comme une faible, douce, et eût-on dit, naturelle mélodie, digne d’importation dans la solitude. À distance suffisante par-dessus les bois ce bruit acquiert un certain bourdonnement vibratoire, comme si les aiguilles de pin à l’horizon étaient les cordes d’une harpe que ce vent effleurât. Tout bruit perçu à la plus grande distance possible ne produit qu’un seul et même effet, une vibration de la lyre universelle, tout comme l’atmosphère intermédiaire rend une lointaine arête de terre intéressante à nos yeux par la teinte d’azur qu’elle lui impartit. Il m’arrivait, en ce cas, une mélodie que l’air avait filtrée, et qui avait conversé avec chaque feuille, chaque aiguille du bois, telle part du bruit que les éléments avaient reprise, modulée, répétée en écho de vallée en vallée. L’écho, jusqu’à un certain point, est un bruit original, d’où sa magie et son charme. Ce n’est pas simplement une répétition de ce qui valait la peine d’être répété dans la cloche, mais en partie la voix du bois ; les mêmes mots et notes vulgaires chantés par une nymphe des bois."
Walden or, Life in the Woods
Walden ou La Vie dans les bois - Traduction (1922) de Louis Fabulet
1854
"L’air est rempli du mugissement des veaux, du bêlement des moutons, du bruit de tassement des boeufs, comme si passait par là quelque vallée pastorale. Lorsque le vieux sonnailler qui est en tête fait retentir sa sonnette, les montagnes, oui-da, sautent comme des béliers, et les collines comme des agneaux."
" Parfois, le dimanche, j’entendais les cloches, la cloche de Lincoln, d’Acton, de Bedford ou de Concord, lorsque le vent se trouvait favorable, comme une faible, douce, et eût-on dit, naturelle mélodie, digne d’importation dans la solitude. À distance suffisante par-dessus les bois ce bruit acquiert un certain bourdonnement vibratoire, comme si les aiguilles de pin à l’horizon étaient les cordes d’une harpe que ce vent effleurât. Tout bruit perçu à la plus grande distance possible ne produit qu’un seul et même effet, une vibration de la lyre universelle, tout comme l’atmosphère intermédiaire rend une lointaine arête de terre intéressante à nos yeux par la teinte d’azur qu’elle lui impartit. Il m’arrivait, en ce cas, une mélodie que l’air avait filtrée, et qui avait conversé avec chaque feuille, chaque aiguille du bois, telle part du bruit que les éléments avaient reprise, modulée, répétée en écho de vallée en vallée. L’écho, jusqu’à un certain point, est un bruit original, d’où sa magie et son charme. Ce n’est pas simplement une répétition de ce qui valait la peine d’être répété dans la cloche, mais en partie la voix du bois ; les mêmes mots et notes vulgaires chantés par une nymphe des bois."
George
Sand
Histoire de ma vie Livre I - Livre II - Livre III - Livre IV
1855
"La nuit, j’écoutais les rumeurs lointaines et confuses de la grande cité qui venaient comme un râle expirant se mêler aux bruits rustiques du faubourg. Dès que le jour paraissait, les bruits du couvent s’éveillaient et couvraient fièrement ces mourantes clameurs. Nos coqs se mettaient à chanter, nos cloches sonnaient matines ; les merles du jardin répétaient à satiété leur phrase matinale ; puis les voix monotones des religieuses psalmodiaient l’office et montaient jusqu’à moi à travers les couloirs et les mille fissures de la masure sonore. Les pourvoyeurs de la maison élevaient dans la cour, située en précipice au dessous de moi, des voix rauques et rudes qui contrastaient avec celles des nonnes ; et enfin l’appel strident de l’éveilleuse Marie-Josèphe courant de chambre en chambre et faisant grincer les verrous des dortoirs, mettait fin à ma contemplation auditive."
Histoire de ma vie Livre I - Livre II - Livre III - Livre IV
1855
"La nuit, j’écoutais les rumeurs lointaines et confuses de la grande cité qui venaient comme un râle expirant se mêler aux bruits rustiques du faubourg. Dès que le jour paraissait, les bruits du couvent s’éveillaient et couvraient fièrement ces mourantes clameurs. Nos coqs se mettaient à chanter, nos cloches sonnaient matines ; les merles du jardin répétaient à satiété leur phrase matinale ; puis les voix monotones des religieuses psalmodiaient l’office et montaient jusqu’à moi à travers les couloirs et les mille fissures de la masure sonore. Les pourvoyeurs de la maison élevaient dans la cour, située en précipice au dessous de moi, des voix rauques et rudes qui contrastaient avec celles des nonnes ; et enfin l’appel strident de l’éveilleuse Marie-Josèphe courant de chambre en chambre et faisant grincer les verrous des dortoirs, mettait fin à ma contemplation auditive."
Charles
Baudelaire
Les Fleurs du mal - Le crépuscule du soir
1855
"On entend çà et là les cuisines siffler,
Les théâtres glapir, les orchestres ronfler ;"
Les Fleurs du mal - Le crépuscule du soir
1855
"On entend çà et là les cuisines siffler,
Les théâtres glapir, les orchestres ronfler ;"
Gustave
Flaubert
Madame Bovary
1856
"Les joncs sifflaient à ras de terre, et les feuilles des hêtres bruissaient en un frisson rapide, tandis que les cimes, se balançant toujours, continuaient leur grand murmure."
" Les bruits de la ville insensiblement s’éloignaient, le roulement des charrettes, le tumulte des voix, le jappement des chiens sur le pont des navires."
"Les avirons carrés sonnaient entre les tolets de fer ; et cela marquait dans le silence comme un battement de métronome, tandis qu’à l’arrière, la bauce qui traînait ne discontinuait pas son petit clapotement doux dans l’eau."
"Elle entendait le battement de la pendule, le bruit du feu, et Charles, debout près de sa couche, qui respirait."
"Toutes sortes de bruits joyeux emplissaient l’horizon : le claquement d’une charrette roulant au loin dans les ornières, le cri d’un coq qui se répétait ou la galopade d’un poulain que l’on voyait s’enfuir sous les pommiers."
Madame Bovary
1856
"Les joncs sifflaient à ras de terre, et les feuilles des hêtres bruissaient en un frisson rapide, tandis que les cimes, se balançant toujours, continuaient leur grand murmure."
" Les bruits de la ville insensiblement s’éloignaient, le roulement des charrettes, le tumulte des voix, le jappement des chiens sur le pont des navires."
"Les avirons carrés sonnaient entre les tolets de fer ; et cela marquait dans le silence comme un battement de métronome, tandis qu’à l’arrière, la bauce qui traînait ne discontinuait pas son petit clapotement doux dans l’eau."
"Elle entendait le battement de la pendule, le bruit du feu, et Charles, debout près de sa couche, qui respirait."
"Toutes sortes de bruits joyeux emplissaient l’horizon : le claquement d’une charrette roulant au loin dans les ornières, le cri d’un coq qui se répétait ou la galopade d’un poulain que l’on voyait s’enfuir sous les pommiers."
Léon Tolstoï (Толстой, Лев Николаевич)
Юность
Souvenirs - Jeunesse - Traduction (1913) de Arvède Barine
1857
"En m’avançant, je fais peur aux petits oiseaux qui ont élu domicile dans ces profondeurs. J’entends leurs cris affairés et le bruit de leurs petites ailes rapides heurtant les branches, j’entends le bourdonnement d’une abeille qui reste toujours à la même place, j’entends, quelque part dans une petite allée, les pas du jardinier, cet imbécile d’Akime, et son incessant marmottage."
" J’entends des pieds nus, une toux, un soupir, un bruit de fenêtre, un frou-frou de robe, et chaque fois je me lève en sursaut, j’écoute comme un voleur... "
"... le cri de la caille, de l’autre côté de l’étang ; la voix d’un homme qui passe sur la grande route ; le bruit léger, presque imperceptible, que font deux vieux bouleaux en se frôlant ; la chanson d’un moustique qui s’est glissé sous ma couverture, près de mon oreille ; ..."
Юность
Souvenirs - Jeunesse - Traduction (1913) de Arvède Barine
1857
"En m’avançant, je fais peur aux petits oiseaux qui ont élu domicile dans ces profondeurs. J’entends leurs cris affairés et le bruit de leurs petites ailes rapides heurtant les branches, j’entends le bourdonnement d’une abeille qui reste toujours à la même place, j’entends, quelque part dans une petite allée, les pas du jardinier, cet imbécile d’Akime, et son incessant marmottage."
" J’entends des pieds nus, une toux, un soupir, un bruit de fenêtre, un frou-frou de robe, et chaque fois je me lève en sursaut, j’écoute comme un voleur... "
"... le cri de la caille, de l’autre côté de l’étang ; la voix d’un homme qui passe sur la grande route ; le bruit léger, presque imperceptible, que font deux vieux bouleaux en se frôlant ; la chanson d’un moustique qui s’est glissé sous ma couverture, près de mon oreille ; ..."
Charles
Baudelaire
Les Fleurs du mal
Chant d’automne
1857
"J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.
...
J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ."
Harmonie du soir
1857
"Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !"
Les Fleurs du mal
Chant d’automne
1857
"J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.
...
J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ."
Harmonie du soir
1857
"Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !"
Ivan
Aleksandrovitch Gontcharov (Гончаров, Иван Александрович)
Обломов
Oblomov - Traduction (1877) de Piotr Artamov
1859
" Ni arbre ni eau, rien ne remue ; sur le village et les champs plane un silence que rien ne trouble : on dirait que tout est mort. Dans le vide résonne au loin la voix humaine.
À quarante mètres on distingue le vol et le bourdonnement du hanneton, et dans l’herbe touffue on entend comme le ronflement d’un homme qui dormirait d’un doux sommeil.
Dans la maison règne aussi un silence de mort. L’heure de la sieste générale a sonné."
Обломов
Oblomov - Traduction (1877) de Piotr Artamov
1859
" Ni arbre ni eau, rien ne remue ; sur le village et les champs plane un silence que rien ne trouble : on dirait que tout est mort. Dans le vide résonne au loin la voix humaine.
À quarante mètres on distingue le vol et le bourdonnement du hanneton, et dans l’herbe touffue on entend comme le ronflement d’un homme qui dormirait d’un doux sommeil.
Dans la maison règne aussi un silence de mort. L’heure de la sieste générale a sonné."
George
Sand
La Ville noire
1860
"... j’entends cliqueter les barres de fer sur les chariots, tous ces bruits qui fendent la tête et qui n’empêchent pas l’artisan de réfléchir et même de rêver..."
La Ville noire
1860
"... j’entends cliqueter les barres de fer sur les chariots, tous ces bruits qui fendent la tête et qui n’empêchent pas l’artisan de réfléchir et même de rêver..."
George
Eliot
The Mill on the Floss
Le Moulin sur la Floss - Traduction (1863) de François d’Albert-Durade - Tome 1 - Tome 2
1860
" Le mugissement de l’eau et le fracas des roues qui m’assourdissent me portent à la rêverie et font ressortir le calme de cette scène. On dirait un grand rideau de bruit qui me sépare du reste du monde. Voici maintenant un énorme chariot rempli de sacs de blé, qui revient au moulin avec un roulement semblable à celui du tonnerre."
The Mill on the Floss
Le Moulin sur la Floss - Traduction (1863) de François d’Albert-Durade - Tome 1 - Tome 2
1860
" Le mugissement de l’eau et le fracas des roues qui m’assourdissent me portent à la rêverie et font ressortir le calme de cette scène. On dirait un grand rideau de bruit qui me sépare du reste du monde. Voici maintenant un énorme chariot rempli de sacs de blé, qui revient au moulin avec un roulement semblable à celui du tonnerre."
Charles
Baudelaire
Les Fleurs du mal - Obsession
1860
"Grands bois, vous m’effrayez comme des cathédrales ;
Vous hurlez comme l’orgue ; et dans nos coeurs maudits,
Chambres d’éternel deuil où vibrent de vieux râles,
Répondent les échos de vos De profundis.
Je te hais, Océan ! tes bonds et tes tumultes,
Mon esprit les retrouve en lui ; ce rire amer
De l’homme vaincu, plein de sanglots et d’insultes,
Je l’entends dans le rire énorme de la mer."
Les Fleurs du mal - Obsession
1860
"Grands bois, vous m’effrayez comme des cathédrales ;
Vous hurlez comme l’orgue ; et dans nos coeurs maudits,
Chambres d’éternel deuil où vibrent de vieux râles,
Répondent les échos de vos De profundis.
Je te hais, Océan ! tes bonds et tes tumultes,
Mon esprit les retrouve en lui ; ce rire amer
De l’homme vaincu, plein de sanglots et d’insultes,
Je l’entends dans le rire énorme de la mer."
Edmond
et Jules de Goncourt
Charles Demailly
1860
"... et d'un coup de pied j'éveille toutes les musiques du gong, tantôt caressant le bronze pour qu'il soit le murmure confus d'une foule, le glas lointain d'un tocsin, le bruit sourd, la nuit, d'une capitale dont les pavés se lèvent... et tantôt je le flagelle pour qu'il rugisse et tonne... Tu as déjà vu un gong : un fond de casserole où Jupiter aurait caché ses foudres, n'est-ce pas ?"
" Je suis triste, et j'entends sur le marbre d'une cheminée tomber une à une avec un bruit sourd, - une chute à voix basse, - les feuilles d'un gros bouquet de pivoines ; - et au-dessus et au-dessous de ma chambre des éclats de rire de femmes.
"Dans le silence qui bourdonne, un bruit tombe goutte à goutte : c'est le ruisseau qui coule le long des chanlattes ; ou bien un glouglou monte dans les cannelles de bois d'où bave une mousse rose où le soleil jette un rubis. C'est le raisin foulé qui fait du vin. - Ainsi, dans le bourdonnement du sang, dans l'ivresse du cerveau, l'idée foulée fait un livre."
"Nous avions la sonnette, qui participait de l'homme, la sonnette, le premier mouvement d'une visite ! une chanson familière, un peu fêlée, qui vous criait de la porte : retour ! amour ! le vieil ami ou la jeune Madeleine !... Nous avons le timbre, un bruit anglican, mécanique et net, qui n'a pas de pouls, qui ne dit rien, qui sonne comme un rasoir coupe ! la détente d'un ressort de cuivre qui tombe dans le vide de votre attente, de votre coeur, de vos espérances : ça fera une parfaite sonnette de phalanstère ! L'humanité des choses s'en va, monsieur, c'est un grand signe !..."
"Comme cette heure voilée qui entre sans bruit à la fin du jour dans un atelier, endormant lentement le mur, le bruit des tons, l'éclair des choses, versant d'abord une ombre légère qui berce le regard et la pensée, puis amassant la nuit de tous côtés, un crépuscule d'hiver a éteint pas à pas tout ce tapage et toutes ces apothéoses."
" L'eau chantait. Le murmure frissonnant des arbres où la brise arrachait des feuilles avec un bruit de pluie, courait sur les deux rives. Au loin, de chaque côté du lit de la Seine, sur les deux coteaux roses et comme fleuris de bruyères, la vendange, avec ses cris et sa joie, répondait aux murmurantes harmonies du fleuve. Les vignes riaient. L'horizon bruissait et chantonnait, et, comme un refrain, l'écho apportait à la barque les battements sonnant creux des marteaux sur les futailles vides."
"Le recueillement de la nuit commence. Le murmure des peupliers et des saules se tait. Les bruits de l'eau s'assoupissent, tandis qu'au loin, pour tout bruit, sur la route qu'on ne voit plus, l'essieu d'une charrette geint."
Charles Demailly
1860
"... et d'un coup de pied j'éveille toutes les musiques du gong, tantôt caressant le bronze pour qu'il soit le murmure confus d'une foule, le glas lointain d'un tocsin, le bruit sourd, la nuit, d'une capitale dont les pavés se lèvent... et tantôt je le flagelle pour qu'il rugisse et tonne... Tu as déjà vu un gong : un fond de casserole où Jupiter aurait caché ses foudres, n'est-ce pas ?"
" Je suis triste, et j'entends sur le marbre d'une cheminée tomber une à une avec un bruit sourd, - une chute à voix basse, - les feuilles d'un gros bouquet de pivoines ; - et au-dessus et au-dessous de ma chambre des éclats de rire de femmes.
"Dans le silence qui bourdonne, un bruit tombe goutte à goutte : c'est le ruisseau qui coule le long des chanlattes ; ou bien un glouglou monte dans les cannelles de bois d'où bave une mousse rose où le soleil jette un rubis. C'est le raisin foulé qui fait du vin. - Ainsi, dans le bourdonnement du sang, dans l'ivresse du cerveau, l'idée foulée fait un livre."
"Nous avions la sonnette, qui participait de l'homme, la sonnette, le premier mouvement d'une visite ! une chanson familière, un peu fêlée, qui vous criait de la porte : retour ! amour ! le vieil ami ou la jeune Madeleine !... Nous avons le timbre, un bruit anglican, mécanique et net, qui n'a pas de pouls, qui ne dit rien, qui sonne comme un rasoir coupe ! la détente d'un ressort de cuivre qui tombe dans le vide de votre attente, de votre coeur, de vos espérances : ça fera une parfaite sonnette de phalanstère ! L'humanité des choses s'en va, monsieur, c'est un grand signe !..."
"Comme cette heure voilée qui entre sans bruit à la fin du jour dans un atelier, endormant lentement le mur, le bruit des tons, l'éclair des choses, versant d'abord une ombre légère qui berce le regard et la pensée, puis amassant la nuit de tous côtés, un crépuscule d'hiver a éteint pas à pas tout ce tapage et toutes ces apothéoses."
" L'eau chantait. Le murmure frissonnant des arbres où la brise arrachait des feuilles avec un bruit de pluie, courait sur les deux rives. Au loin, de chaque côté du lit de la Seine, sur les deux coteaux roses et comme fleuris de bruyères, la vendange, avec ses cris et sa joie, répondait aux murmurantes harmonies du fleuve. Les vignes riaient. L'horizon bruissait et chantonnait, et, comme un refrain, l'écho apportait à la barque les battements sonnant creux des marteaux sur les futailles vides."
"Le recueillement de la nuit commence. Le murmure des peupliers et des saules se tait. Les bruits de l'eau s'assoupissent, tandis qu'au loin, pour tout bruit, sur la route qu'on ne voit plus, l'essieu d'une charrette geint."
Charles
Baudelaire
Les Paradis artificiels
1860
"La maison était vaste, et l’absence de meubles et de tapisseries la rendait plus sonore ; le fourmillement des rats remplissait de bruit les salles et l’escalier."
"... et, pendant qu’immobile il la regardait, un vent solennel s’éleva et se mit à souffler violemment, « le vent le plus mélancolique, dit-il, que j’aie jamais entendu ». Bien des fois, depuis lors, pendant les journées d’été, au moment où le soleil est le plus chaud, il a ouï s’élever le même vent, « enflant sa même voix profonde, solennelle, memnonienne, religieuse. » C’est, ajoute-t-il, le seul symbole de l’éternité qu’il soit donné à l’oreille humaine de percevoir. Et trois fois dans sa vie il a entendu le même son, dans les mêmes circonstances, entre une fenêtre ouverte et le cadavre d’une personne morte un jour d’été."
Les Paradis artificiels
1860
"La maison était vaste, et l’absence de meubles et de tapisseries la rendait plus sonore ; le fourmillement des rats remplissait de bruit les salles et l’escalier."
"... et, pendant qu’immobile il la regardait, un vent solennel s’éleva et se mit à souffler violemment, « le vent le plus mélancolique, dit-il, que j’aie jamais entendu ». Bien des fois, depuis lors, pendant les journées d’été, au moment où le soleil est le plus chaud, il a ouï s’élever le même vent, « enflant sa même voix profonde, solennelle, memnonienne, religieuse. » C’est, ajoute-t-il, le seul symbole de l’éternité qu’il soit donné à l’oreille humaine de percevoir. Et trois fois dans sa vie il a entendu le même son, dans les mêmes circonstances, entre une fenêtre ouverte et le cadavre d’une personne morte un jour d’été."
Jules
Michelet
La Mer
1861
"Elle grinçait d'écume blanche, et comme d'exécrables sourires, à la férocité des laves qui, sans pitié, la brisaient. C'étaient des bruits insensés, absurdes ; jamais rien de suivi ; c'étaient des tonnerres discordants, de si aigres sifflements comme ceux des machines à vapeur, qu'on se bouchait les oreilles. Abasourdi d'un spectacle qui hébétait tous les sens, j'essayai de me ravoir ; m'appuyant bien à un mur qui rentrait et n'eût pas permis à la furieuse de me prendre, je compris mieux ce tapage. Rude et courte était la lame, et le plus dur du combat tenait à cette côte étrange, découpée si sèchement, à ces angles cruels qui pointaient dans la tempête, déchiraient le flot. La corniche par-dessous, ici et là, l'enfonçait dans ses profondeurs tonnantes.
L'œil aussi était blessé autant que l'oreille au contraste diabolique de cette neige éblouissante fouettant dans ces laves si noires."
La Mer
1861
"Elle grinçait d'écume blanche, et comme d'exécrables sourires, à la férocité des laves qui, sans pitié, la brisaient. C'étaient des bruits insensés, absurdes ; jamais rien de suivi ; c'étaient des tonnerres discordants, de si aigres sifflements comme ceux des machines à vapeur, qu'on se bouchait les oreilles. Abasourdi d'un spectacle qui hébétait tous les sens, j'essayai de me ravoir ; m'appuyant bien à un mur qui rentrait et n'eût pas permis à la furieuse de me prendre, je compris mieux ce tapage. Rude et courte était la lame, et le plus dur du combat tenait à cette côte étrange, découpée si sèchement, à ces angles cruels qui pointaient dans la tempête, déchiraient le flot. La corniche par-dessous, ici et là, l'enfonçait dans ses profondeurs tonnantes.
L'œil aussi était blessé autant que l'oreille au contraste diabolique de cette neige éblouissante fouettant dans ces laves si noires."
Charles
Dickens
Great Expectations
Les Grandes Espérances - Traduction (1864) de Charles Bernard-Derosne
1861
"J’entendis Saint-Paul et toutes les églises de la Cité, les unes avant, les unes en même temps, les autres après, sonner cette heure. Le son luttait contre le vent, qui l’entrecoupait, et j’écoutais cette lutte, quand soudain j’entendis des pas dans l’escalier."
"Pendant toute cette scène j’avais cru entendre plutôt le vent et la pluie que mon interlocuteur ; maintenant encore je ne pouvais séparer sa voix de leurs voix, quoique celles-ci se fissent entendre et que la sienne gardât le silence."
"... les voix extraordinaires qui se dégagent du silence nocturne commencèrent à se faire entendre. Le cabinet murmurait, la cheminée soupirait, le petit lavabo craquait, et une corde de guitare vibrait de temps à autre dans la commode."
Great Expectations
Les Grandes Espérances - Traduction (1864) de Charles Bernard-Derosne
1861
"J’entendis Saint-Paul et toutes les églises de la Cité, les unes avant, les unes en même temps, les autres après, sonner cette heure. Le son luttait contre le vent, qui l’entrecoupait, et j’écoutais cette lutte, quand soudain j’entendis des pas dans l’escalier."
"Pendant toute cette scène j’avais cru entendre plutôt le vent et la pluie que mon interlocuteur ; maintenant encore je ne pouvais séparer sa voix de leurs voix, quoique celles-ci se fissent entendre et que la sienne gardât le silence."
"... les voix extraordinaires qui se dégagent du silence nocturne commencèrent à se faire entendre. Le cabinet murmurait, la cheminée soupirait, le petit lavabo craquait, et une corde de guitare vibrait de temps à autre dans la commode."
Victor
Hugo
Les Misérables
1862
Deuxième partie Cosette
"Elle écoutait monter cette marée d’hommes. Elle entendait le grossissement du bruit des trois mille chevaux, le frappement alternatif et symétrique des sabots au grand trot, le froissement des cuirasses, le cliquetis des sabres, et une sorte de grand souffle farouche. Il y eut un silence redoutable, puis, subitement, une longue file de bras levés brandissant des sabres apparut au-dessus de la crête, et les casques, et les trompettes, et les étendards, et trois mille têtes à moustaches grises criant : vive l’empereur ! toute cette cavalerie déboucha sur le plateau, et ce fut comme l’entrée d’un tremblement de terre."
" Tout était retombé dans le silence. Plus rien dans la rue, plus rien dans le jardin. Ce qui menaçait, ce qui rassurait, tout s’était évanoui. Le vent froissait dans la crête du mur quelques herbes sèches qui faisaient un petit bruit doux et lugubre."
Quatrième partie L’idylle rue Plumet et l’épopée rue Saint-Denis
"Il entendait derrière lui, au-dessous de lui, sur les deux bords de la rivière, les laveuses des Gobelins battre leur linge, et, au-dessus de sa tête, les oiseaux jaser et chanter dans les ormes. D’un côté le bruit de la liberté, de l’insouciance heureuse, du loisir qui a des ailes ; de l’autre le bruit du travail. Chose qui le faisait rêver profondément, et presque réfléchir, c’étaient deux bruits joyeux."
" Quatre heures sonnèrent. Thénardier tressaillit, peu d’instants après, cette rumeur effarée et confuse qui suit une évasion découverte éclata dans la prison. Le bruit des portes qu’on ouvre et qu’on ferme, le grincement des grilles sur leurs gonds, le tumulte du corps de garde, les appels rauques des guichetiers, le choc des crosses de fusil sur le pavé des cours, arrivaient jusqu’à lui."
"Il y avait à peine au loin quelques rares roulements de voitures. On écoutait, sur le pas des portes, les rumeurs, les cris, les tumultes, les bruits sourds et indistincts, des choses dont on disait : C’est la cavalerie, ou : Ce sont des caissons qui galopent, les clairons, les tambours, la fusillade, et surtout ce lamentable tocsin de Saint-Merry. On attendait le premier coup de canon."
Cinquième partie Jean Valjean
" Çà et là, par intervalles, quand le vent donnait, on entendait confusément des cris, une rumeur, des espèces de râles tumultueux qui étaient des fusillades, et des frappements sourds qui étaient des coups de canon. Il y avait de la fumée au-dessus des toits du côté des halles. Une cloche, qui avait l’air d’appeler, sonnait au loin.
Ces enfants ne semblaient pas percevoir ces bruits."
"Le ciel s’offrait de toutes parts comme un calme énorme. La rivière arrivait à ses pieds avec le bruit d’un baiser. On entendait le dialogue aérien des nids qui se disaient bonsoir dans les ormes des Champs-Élysées."
Les Misérables
1862
Deuxième partie Cosette
"Elle écoutait monter cette marée d’hommes. Elle entendait le grossissement du bruit des trois mille chevaux, le frappement alternatif et symétrique des sabots au grand trot, le froissement des cuirasses, le cliquetis des sabres, et une sorte de grand souffle farouche. Il y eut un silence redoutable, puis, subitement, une longue file de bras levés brandissant des sabres apparut au-dessus de la crête, et les casques, et les trompettes, et les étendards, et trois mille têtes à moustaches grises criant : vive l’empereur ! toute cette cavalerie déboucha sur le plateau, et ce fut comme l’entrée d’un tremblement de terre."
" Tout était retombé dans le silence. Plus rien dans la rue, plus rien dans le jardin. Ce qui menaçait, ce qui rassurait, tout s’était évanoui. Le vent froissait dans la crête du mur quelques herbes sèches qui faisaient un petit bruit doux et lugubre."
Quatrième partie L’idylle rue Plumet et l’épopée rue Saint-Denis
"Il entendait derrière lui, au-dessous de lui, sur les deux bords de la rivière, les laveuses des Gobelins battre leur linge, et, au-dessus de sa tête, les oiseaux jaser et chanter dans les ormes. D’un côté le bruit de la liberté, de l’insouciance heureuse, du loisir qui a des ailes ; de l’autre le bruit du travail. Chose qui le faisait rêver profondément, et presque réfléchir, c’étaient deux bruits joyeux."
" Quatre heures sonnèrent. Thénardier tressaillit, peu d’instants après, cette rumeur effarée et confuse qui suit une évasion découverte éclata dans la prison. Le bruit des portes qu’on ouvre et qu’on ferme, le grincement des grilles sur leurs gonds, le tumulte du corps de garde, les appels rauques des guichetiers, le choc des crosses de fusil sur le pavé des cours, arrivaient jusqu’à lui."
"Il y avait à peine au loin quelques rares roulements de voitures. On écoutait, sur le pas des portes, les rumeurs, les cris, les tumultes, les bruits sourds et indistincts, des choses dont on disait : C’est la cavalerie, ou : Ce sont des caissons qui galopent, les clairons, les tambours, la fusillade, et surtout ce lamentable tocsin de Saint-Merry. On attendait le premier coup de canon."
Cinquième partie Jean Valjean
" Çà et là, par intervalles, quand le vent donnait, on entendait confusément des cris, une rumeur, des espèces de râles tumultueux qui étaient des fusillades, et des frappements sourds qui étaient des coups de canon. Il y avait de la fumée au-dessus des toits du côté des halles. Une cloche, qui avait l’air d’appeler, sonnait au loin.
Ces enfants ne semblaient pas percevoir ces bruits."
"Le ciel s’offrait de toutes parts comme un calme énorme. La rivière arrivait à ses pieds avec le bruit d’un baiser. On entendait le dialogue aérien des nids qui se disaient bonsoir dans les ormes des Champs-Élysées."
Théophile Gautier
Le capitaine Fracasse
1863
"Mille petits bruits, imperceptibles chuchotements de la solitude, qui rendent le silence plus sensible, inquiétaient l’oreille et l’esprit du visiteur assez hardi pour pénétrer jusque-là. Les souris grignotaient faméliquement quelques bouts de laine à l’envers de la basse lisse. Les vers râpaient le bois des poutres avec un bruit de lime sourde, et l’horloge de la mort frappait l’heure sur les panneaux des boiseries."
" La lampe saisie par l’atmosphère humide grésillait et jetait des lueurs intermittentes, le vent poussait des soupirs d’orgue à travers les couloirs, et des bruits effrayants et singuliers se faisaient entendre dans les chambres désertes.
Le temps était devenu mauvais, et de larges gouttes de pluie, poussées par la rafale, tintaient sur les vitres secouées dans leurs mailles de plomb. Quelquefois le vitrage semblait près de ployer et de s’ouvrir, comme si l’on eût fait une pesée à l’extérieur. C’était le genou de la tempête qui s’appuyait sur le frêle obstacle. Parfois, pour ajouter une note de plus à l’harmonie, un des hiboux nichés sous la toiture exhalait un piaulement semblable au cri d’un enfant égorgé, ou, contrarié par la lumière, venait heurter à la fenêtre avec un grand bruit d’ailes."
"Quoique l’heure fût avancée, il entendait vaguement bruire autour de lui ce murmure sourd d’une grande ville qui, de même que l’Océan, ne se tait jamais alors même qu’elle semble reposer. C’était le pas d’un cheval, le roulement d’un carrosse s’éteignant dans le lointain ; quelque chanson d’ivrogne attardé, quelque cliquetis de rapières froissées l’une contre l’autre, un cri de passant assailli par les tire-laine du Pont-Neuf, un hurlement de chien perdu ou toute autre rumeur indistincte. Parmi ces bruits, Sigognac crut distinguer dans le corridor un pas d’homme botté marchant avec précaution comme s’il ne voulait pas être entendu."
" Aussi la pauvre Isabelle tressaillait-elle au plus léger bruit. Le murmure de l’eau, un soupir du vent, un craquement de la boiserie, une crépitation du feu lui faisaient perler dans le dos des sueurs froides."
"... elle aperçut une grande porte à deux battants dont elle tourna le bouton, et qui s’ouvrit devant elle avec un craquement de bois et un grincement de gonds dont le bruit lui parut égal à celui du tonnerre, encore qu’il fût impossible de l’entendre à trois pas. La faible clarté de la lampe grésillant dans l’air humide d’un appartement longtemps fermé..."
"Toutes sortes de petits bruits inexplicables s’y produisent inopinément. Un meuble craque, l’horloge de la mort frappe ses coups secs contre la boiserie, un rat passe derrière la tenture, une bûche piquée des vers éclate dans le feu comme un marron d’artifice et vous réveille avec transes au moment même où vous alliez vous assoupir."
Le capitaine Fracasse
1863
"Mille petits bruits, imperceptibles chuchotements de la solitude, qui rendent le silence plus sensible, inquiétaient l’oreille et l’esprit du visiteur assez hardi pour pénétrer jusque-là. Les souris grignotaient faméliquement quelques bouts de laine à l’envers de la basse lisse. Les vers râpaient le bois des poutres avec un bruit de lime sourde, et l’horloge de la mort frappait l’heure sur les panneaux des boiseries."
" La lampe saisie par l’atmosphère humide grésillait et jetait des lueurs intermittentes, le vent poussait des soupirs d’orgue à travers les couloirs, et des bruits effrayants et singuliers se faisaient entendre dans les chambres désertes.
Le temps était devenu mauvais, et de larges gouttes de pluie, poussées par la rafale, tintaient sur les vitres secouées dans leurs mailles de plomb. Quelquefois le vitrage semblait près de ployer et de s’ouvrir, comme si l’on eût fait une pesée à l’extérieur. C’était le genou de la tempête qui s’appuyait sur le frêle obstacle. Parfois, pour ajouter une note de plus à l’harmonie, un des hiboux nichés sous la toiture exhalait un piaulement semblable au cri d’un enfant égorgé, ou, contrarié par la lumière, venait heurter à la fenêtre avec un grand bruit d’ailes."
"Quoique l’heure fût avancée, il entendait vaguement bruire autour de lui ce murmure sourd d’une grande ville qui, de même que l’Océan, ne se tait jamais alors même qu’elle semble reposer. C’était le pas d’un cheval, le roulement d’un carrosse s’éteignant dans le lointain ; quelque chanson d’ivrogne attardé, quelque cliquetis de rapières froissées l’une contre l’autre, un cri de passant assailli par les tire-laine du Pont-Neuf, un hurlement de chien perdu ou toute autre rumeur indistincte. Parmi ces bruits, Sigognac crut distinguer dans le corridor un pas d’homme botté marchant avec précaution comme s’il ne voulait pas être entendu."
" Aussi la pauvre Isabelle tressaillait-elle au plus léger bruit. Le murmure de l’eau, un soupir du vent, un craquement de la boiserie, une crépitation du feu lui faisaient perler dans le dos des sueurs froides."
"... elle aperçut une grande porte à deux battants dont elle tourna le bouton, et qui s’ouvrit devant elle avec un craquement de bois et un grincement de gonds dont le bruit lui parut égal à celui du tonnerre, encore qu’il fût impossible de l’entendre à trois pas. La faible clarté de la lampe grésillant dans l’air humide d’un appartement longtemps fermé..."
"Toutes sortes de petits bruits inexplicables s’y produisent inopinément. Un meuble craque, l’horloge de la mort frappe ses coups secs contre la boiserie, un rat passe derrière la tenture, une bûche piquée des vers éclate dans le feu comme un marron d’artifice et vous réveille avec transes au moment même où vous alliez vous assoupir."
Charles
Baudelaire
Les Fleurs du mal - Le jet d’eau
1865
"Ô toi, que la nuit rend si belle,
Qu’il m’est doux, penché vers tes seins,
D’écouter la plainte éternelle
Qui sanglote dans les bassins !
Lune, eau sonore, nuit bénie,
Arbres qui frissonnez autour,
Votre pure mélancolie
Est le miroir de mon amour."
Les Fleurs du mal - Le jet d’eau
1865
"Ô toi, que la nuit rend si belle,
Qu’il m’est doux, penché vers tes seins,
D’écouter la plainte éternelle
Qui sanglote dans les bassins !
Lune, eau sonore, nuit bénie,
Arbres qui frissonnez autour,
Votre pure mélancolie
Est le miroir de mon amour."
Jules
Verne
Les Aventures du capitaine Hatteras
1866
"Le craquement ininterrompu des glaces, se joignant aux gémissements du navire, formait un bruit triste qui tenait du soupir et de la plainte."
" L’oreille surexcitée percevait dans le grondement général des bruits particuliers, non pas le brouhaha qui accompagne la chute des corps pesants, mais bien le craquement clair des corps qui se brisent ; on entendait distinctement des fracas nets et francs, comme ceux de l’acier qui se rompt, au milieu des roulements allongés de la tempête."
" L’atmosphère s’emplissait des bruits sourds du volcan ; la montagne résonnait et ronflait comme une chaudière bouillante ; on sentait ses flancs frissonner."
Les Aventures du capitaine Hatteras
1866
"Le craquement ininterrompu des glaces, se joignant aux gémissements du navire, formait un bruit triste qui tenait du soupir et de la plainte."
" L’oreille surexcitée percevait dans le grondement général des bruits particuliers, non pas le brouhaha qui accompagne la chute des corps pesants, mais bien le craquement clair des corps qui se brisent ; on entendait distinctement des fracas nets et francs, comme ceux de l’acier qui se rompt, au milieu des roulements allongés de la tempête."
" L’atmosphère s’emplissait des bruits sourds du volcan ; la montagne résonnait et ronflait comme une chaudière bouillante ; on sentait ses flancs frissonner."
Charles
Baudelaire
Les Fleurs du mal - Les Bijoux
1866
"La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime avec fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière."
Les Fleurs du mal - Les Bijoux
1866
"La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime avec fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière."
Victor
Hugo
Les Travailleurs de la mer
1866
" Le vaste trouble des solitudes a une gamme ; crescendo redoutable : le grain, la rafale, la bourrasque, l’orage, la tourmente, la tempête, la trombe ; les sept cordes de la lyre des vents, les sept notes de l’abîme.
...
Les vents courent, volent, s’abattent, finissent, recommencent, planent, sifflent, mugissent, rient ; frénétiques, lascifs, effrénés, prenant leurs aises sur la vague irascible. Ces hurleurs ont une harmonie. Ils font tout le ciel sonore. Ils soufflent dans la nuée comme dans un cuivre, ils embouchent l’espace, et ils chantent dans l’infini, avec toutes les voix amalgamées des clairons, des buccins, des oliphants, des bugles et des trompettes, une sorte de fanfare prométhéenne. Qui les entend écoute Pan. Ce qu’il y a d’effroyable, c’est qu’ils jouent."
"Tout orage est précédé d’un murmure. Il y a derrière l’horizon chuchotement préalable des ouragans.
C’est là ce que, dans l’obscurité, au loin, par-dessus le silence effrayé de la mer, on entend.
Ce chuchotement redoutable, Gilliatt l’avait entendu. La phosphorescence avait été le premier avertissement ; ce murmure, le second."
" La rumeur du large, éteinte, ressemblait à un souffle d’enfant.
On entendait dans la direction du havre de Saint-Sampson de petits coups sourds, qui étaient des coups de marteau."
Les Travailleurs de la mer
1866
" Le vaste trouble des solitudes a une gamme ; crescendo redoutable : le grain, la rafale, la bourrasque, l’orage, la tourmente, la tempête, la trombe ; les sept cordes de la lyre des vents, les sept notes de l’abîme.
...
Les vents courent, volent, s’abattent, finissent, recommencent, planent, sifflent, mugissent, rient ; frénétiques, lascifs, effrénés, prenant leurs aises sur la vague irascible. Ces hurleurs ont une harmonie. Ils font tout le ciel sonore. Ils soufflent dans la nuée comme dans un cuivre, ils embouchent l’espace, et ils chantent dans l’infini, avec toutes les voix amalgamées des clairons, des buccins, des oliphants, des bugles et des trompettes, une sorte de fanfare prométhéenne. Qui les entend écoute Pan. Ce qu’il y a d’effroyable, c’est qu’ils jouent."
"Tout orage est précédé d’un murmure. Il y a derrière l’horizon chuchotement préalable des ouragans.
C’est là ce que, dans l’obscurité, au loin, par-dessus le silence effrayé de la mer, on entend.
Ce chuchotement redoutable, Gilliatt l’avait entendu. La phosphorescence avait été le premier avertissement ; ce murmure, le second."
" La rumeur du large, éteinte, ressemblait à un souffle d’enfant.
On entendait dans la direction du havre de Saint-Sampson de petits coups sourds, qui étaient des coups de marteau."
Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (Достоевский, Фёдор Михайлович)
Преступление и наказание
Crime et Châtiment - Traduction (1944) de Léon Brodovikov
1866
"Soudain Raskolnikov se mit à trembler comme une feuille : il avait reconnu la voix de celui qui criait ainsi : c’était celle d’Ilia Pètrovitch : c’était lui qui battait la logeuse ! Il lui donnait des coups de pied, cognait sa tête contre les marches — on l’entendait distinctement aux bruits, aux cris, aux chocs ! Qu’est-ce donc ? Le monde a-t-il chaviré ? On entend, à tous les étages, dans tout l’escalier, s’amasser la foule ; on entend des voix, des exclamations ; les gens montent, bruyants, claquent des portes, accourent. « Mais pour quelle raison, pourquoi ? ... »"
Преступление и наказание
Crime et Châtiment - Traduction (1944) de Léon Brodovikov
1866
"Soudain Raskolnikov se mit à trembler comme une feuille : il avait reconnu la voix de celui qui criait ainsi : c’était celle d’Ilia Pètrovitch : c’était lui qui battait la logeuse ! Il lui donnait des coups de pied, cognait sa tête contre les marches — on l’entendait distinctement aux bruits, aux cris, aux chocs ! Qu’est-ce donc ? Le monde a-t-il chaviré ? On entend, à tous les étages, dans tout l’escalier, s’amasser la foule ; on entend des voix, des exclamations ; les gens montent, bruyants, claquent des portes, accourent. « Mais pour quelle raison, pourquoi ? ... »"
Michel Honoré Vincelot (Abbé Vincelot)
Les Noms des Oiseaux expliqués par leurs moeurs
Mésange charbonnière
1867
" Dans le midi de la France, la grosse charbonnière a reçu le nom vulgaire de saraïé, c’est-à-dire de serrurier, à cause de son cri aigu et saccadé qui ressemble à celui que produit le fer lorsqu'il est scié avec rapidité. Ce cri, que l’on entend souvent à l’époque du printemps, le long des routes, dans les pays ombragés, a quelque chose de triste et de sinistre."
Les Noms des Oiseaux expliqués par leurs moeurs
Mésange charbonnière
1867
" Dans le midi de la France, la grosse charbonnière a reçu le nom vulgaire de saraïé, c’est-à-dire de serrurier, à cause de son cri aigu et saccadé qui ressemble à celui que produit le fer lorsqu'il est scié avec rapidité. Ce cri, que l’on entend souvent à l’époque du printemps, le long des routes, dans les pays ombragés, a quelque chose de triste et de sinistre."
Emile
Zola
Thérèse Raquin
1867
"La maison était pleine de cris, de chansons, de bruits de vaisselle ; dans chaque cabinet, dans chaque salon, il y avait des sociétés qui parlaient haut, et les minces cloisons donnaient une sonorité vibrante à tout ce tapage. Les garçons en montant faisaient trembler l’escalier."
Thérèse Raquin
1867
"La maison était pleine de cris, de chansons, de bruits de vaisselle ; dans chaque cabinet, dans chaque salon, il y avait des sociétés qui parlaient haut, et les minces cloisons donnaient une sonorité vibrante à tout ce tapage. Les garçons en montant faisaient trembler l’escalier."
Alphonse
Daudet
Lettres de mon moulin
La mule du pape
1868
"C’étaient, du matin au soir, des processions, des pèlerinages, les rues jonchées de fleurs, tapissées de hautes lices, des arrivages de cardinaux par le Rhône, bannières au vent, galères pavoisées, les soldats du pape qui chantaient du latin sur les places, les crécelles des frères quêteurs, puis, du haut en bas des maisons qui se pressaient en bourdonnant autour du grand palais papal comme des abeilles autour de leur ruche, c’était encore le tic-tac des métiers à dentelles, le va-et-vient des navettes tissant l’or des chasubles, les petits marteaux des ciseleurs de burettes, les tables d’harmonie qu’on ajustait chez les luthiers, les cantiques des ourdisseuses ; par là-dessus le bruit des cloches, et toujours quelques tambourins qu’on entendait ronfler, là-bas, du côté du pont. Car chez nous, quand le peuple est content, il faut qu’il danse, il faut qu’il danse ; et comme en ce temps-là les rues de la ville étaient trop étroites pour la farandole, fifres et tambourins se postaient sur le pont d’Avignon, au vent frais du Rhône, et jour et nuit l’on y dansait, l’on y dansait..."
Installation
1869
"Pas de bruit... À peine, de loin en loin, un son de fifre, un courlis dans les lavandes, un grelot de mules sur la route... Tout ce beau paysage provençal ne vit que par la lumière."
Le phare des sanguinaires
1869
" Au-dehors, le noir, l’abîme. Sur le petit balcon qui tourne autour du vitrage, le vent court comme un fou, en hurlant. Le phare craque, la mer ronfle. À la pointe de l’île, sur les brisants, les lames font comme des coups de canon... Par moments, un oiseau de nuit, que la lumière attire, et qui vient se casser la tête contre le cristal... Dans la lanterne étincelante et chaude, rien que le crépitement de la flamme, le bruit de l’huile qui s’égoutte, de la chaîne qui se dévide ; et une voix monotone psalmodiant la vie de Démétrius de Phalère... "
Les sauterelles
1873
"... les serviteurs s’élancèrent dehors en faisant résonner avec des bâtons, des fourches, des fléaux, tous les ustensiles de métal qui leur tombaient sous la main, des chaudrons de cuivre, des bassines, des casseroles. Les bergers soufflaient dans leurs trompes de pâturage. D’autres avaient des conques marines, des cors de chasse. Cela faisait un vacarme effrayant, discordant, que dominaient d’une note suraiguë les « You ! you ! you ! » des femmes arabes accourues d’un douar voisin. Souvent, paraît-il, il suffit d’un grand bruit, d’un frémissement sonore de l’air, pour éloigner les sauterelles, les empêcher de descendre."
Les étoiles
1873
"Si vous avez jamais passé la nuit à la belle étoile, vous savez qu’à l’heure où nous dormons, un monde mystérieux s’éveille dans la solitude et le silence. Alors les sources chantent bien plus clair, les étangs allument des petites flammes. Tous les esprits de la montagne vont et viennent librement, et il y a dans l’air des frôlements, des bruits imperceptibles, comme si l’on entendait les branches grandir, l’herbe pousser. Le jour, c’est la vie des êtres ; mais la nuit, c’est la vie des choses. Quand on n’en a pas l’habitude, ça fait peur... Aussi notre demoiselle était toute frissonnante et se serrait contre moi au moindre bruit. Une fois, un cri long, mélancolique, parti de l’étang qui luisait plus bas, monta vers nous en ondulant."
En Camargue
1874
"Sous les coups du mistral ou de la tramontane, la porte saute, les roseaux crient, et toutes ces secousses sont un bien petit écho du grand ébranlement de la nature autour de moi.
...
La lumière arrive par saccades, les bruits aussi ; et les sonnailles des troupeaux entendues tout à coup, puis oubliées, perdues dans le vent, reviennent chanter sous la porte ébranlée avec le charme d’un refrain...
...
Bientôt un piétinement immense se rapproche, pareil à un bruit de pluie. Des milliers de moutons, rappelés par les bergers, harcelés par les chiens, dont on entend le galop confus et l’haleine haletante, se pressent vers les parcs, peureux et indisciplinés."
Lettres de mon moulin
La mule du pape
1868
"C’étaient, du matin au soir, des processions, des pèlerinages, les rues jonchées de fleurs, tapissées de hautes lices, des arrivages de cardinaux par le Rhône, bannières au vent, galères pavoisées, les soldats du pape qui chantaient du latin sur les places, les crécelles des frères quêteurs, puis, du haut en bas des maisons qui se pressaient en bourdonnant autour du grand palais papal comme des abeilles autour de leur ruche, c’était encore le tic-tac des métiers à dentelles, le va-et-vient des navettes tissant l’or des chasubles, les petits marteaux des ciseleurs de burettes, les tables d’harmonie qu’on ajustait chez les luthiers, les cantiques des ourdisseuses ; par là-dessus le bruit des cloches, et toujours quelques tambourins qu’on entendait ronfler, là-bas, du côté du pont. Car chez nous, quand le peuple est content, il faut qu’il danse, il faut qu’il danse ; et comme en ce temps-là les rues de la ville étaient trop étroites pour la farandole, fifres et tambourins se postaient sur le pont d’Avignon, au vent frais du Rhône, et jour et nuit l’on y dansait, l’on y dansait..."
Installation
1869
"Pas de bruit... À peine, de loin en loin, un son de fifre, un courlis dans les lavandes, un grelot de mules sur la route... Tout ce beau paysage provençal ne vit que par la lumière."
Le phare des sanguinaires
1869
" Au-dehors, le noir, l’abîme. Sur le petit balcon qui tourne autour du vitrage, le vent court comme un fou, en hurlant. Le phare craque, la mer ronfle. À la pointe de l’île, sur les brisants, les lames font comme des coups de canon... Par moments, un oiseau de nuit, que la lumière attire, et qui vient se casser la tête contre le cristal... Dans la lanterne étincelante et chaude, rien que le crépitement de la flamme, le bruit de l’huile qui s’égoutte, de la chaîne qui se dévide ; et une voix monotone psalmodiant la vie de Démétrius de Phalère... "
Les sauterelles
1873
"... les serviteurs s’élancèrent dehors en faisant résonner avec des bâtons, des fourches, des fléaux, tous les ustensiles de métal qui leur tombaient sous la main, des chaudrons de cuivre, des bassines, des casseroles. Les bergers soufflaient dans leurs trompes de pâturage. D’autres avaient des conques marines, des cors de chasse. Cela faisait un vacarme effrayant, discordant, que dominaient d’une note suraiguë les « You ! you ! you ! » des femmes arabes accourues d’un douar voisin. Souvent, paraît-il, il suffit d’un grand bruit, d’un frémissement sonore de l’air, pour éloigner les sauterelles, les empêcher de descendre."
Les étoiles
1873
"Si vous avez jamais passé la nuit à la belle étoile, vous savez qu’à l’heure où nous dormons, un monde mystérieux s’éveille dans la solitude et le silence. Alors les sources chantent bien plus clair, les étangs allument des petites flammes. Tous les esprits de la montagne vont et viennent librement, et il y a dans l’air des frôlements, des bruits imperceptibles, comme si l’on entendait les branches grandir, l’herbe pousser. Le jour, c’est la vie des êtres ; mais la nuit, c’est la vie des choses. Quand on n’en a pas l’habitude, ça fait peur... Aussi notre demoiselle était toute frissonnante et se serrait contre moi au moindre bruit. Une fois, un cri long, mélancolique, parti de l’étang qui luisait plus bas, monta vers nous en ondulant."
En Camargue
1874
"Sous les coups du mistral ou de la tramontane, la porte saute, les roseaux crient, et toutes ces secousses sont un bien petit écho du grand ébranlement de la nature autour de moi.
...
La lumière arrive par saccades, les bruits aussi ; et les sonnailles des troupeaux entendues tout à coup, puis oubliées, perdues dans le vent, reviennent chanter sous la porte ébranlée avec le charme d’un refrain...
...
Bientôt un piétinement immense se rapproche, pareil à un bruit de pluie. Des milliers de moutons, rappelés par les bergers, harcelés par les chiens, dont on entend le galop confus et l’haleine haletante, se pressent vers les parcs, peureux et indisciplinés."
Élisée
Reclus
Histoire d'un ruisseau
1869
" Descendant, descendant toujours, le ruisseau, qui grossit incessamment, devient aussi plus tapageur : près de la source, il murmurait à peine ; même, en certains endroits, il fallait coller son oreille contre terre pour entendre le frémissement de l'eau contre ses rives et la plainte des brins d'herbe froissés ; mais voici que le petit courant parle d'une voix claire, puis il se fait bruyant, et quand il bondit en rapides, et s'élance en cascatelles, son fracas réveille déjà les échos des roches et de la forêt. Plus bas encore, ses cascades s'écroulent avec un bruit tonnant, et même dans les parties de son cours où son lit est presque horizontal le ruisseau mugit et gronde contre les saillies des berges et du fond. Il ne poussait d'abord que de petits grains de sable ; puis, devenu plus vigoureux, il mettait en mouvement des cailloux ; maintenant il roule dans son lit des blocs de pierre qui s'entre-choquent avec un sourd fracas, il mine à la base les parois de rocher qui le bordent, fait ébouler les terres et les pierrailles, et déracine parfois les arbres qui l'ombragent."
Histoire d'un ruisseau
1869
" Descendant, descendant toujours, le ruisseau, qui grossit incessamment, devient aussi plus tapageur : près de la source, il murmurait à peine ; même, en certains endroits, il fallait coller son oreille contre terre pour entendre le frémissement de l'eau contre ses rives et la plainte des brins d'herbe froissés ; mais voici que le petit courant parle d'une voix claire, puis il se fait bruyant, et quand il bondit en rapides, et s'élance en cascatelles, son fracas réveille déjà les échos des roches et de la forêt. Plus bas encore, ses cascades s'écroulent avec un bruit tonnant, et même dans les parties de son cours où son lit est presque horizontal le ruisseau mugit et gronde contre les saillies des berges et du fond. Il ne poussait d'abord que de petits grains de sable ; puis, devenu plus vigoureux, il mettait en mouvement des cailloux ; maintenant il roule dans son lit des blocs de pierre qui s'entre-choquent avec un sourd fracas, il mine à la base les parois de rocher qui le bordent, fait ébouler les terres et les pierrailles, et déracine parfois les arbres qui l'ombragent."
Léon Tolstoï (Толстой, Лев Николаевич)
Война и мир
Guerre et Paix - Traduction (1901) de Irène Paskévitch Vol1 Vol2 Vol3
1869
"Les domestiques se précipitèrent sur les chaises, qui furent avancées avec bruit ; la musique éclata dans les galeries du haut, et tout le monde s’assit. Les sons de l’orchestre ne tardèrent pas à être étouffés par le cliquetis des couteaux et des fourchettes, par la voix des convives et les allées et venues des valets de chambre."
"Devant, derrière, aussi loin que l’on pouvait percevoir un son, on entendait de tous côtés le bruit des roues, des charrettes, des affûts, le piétinement des chevaux, les cris des conducteurs pressant leurs attelages, les jurons des soldats, des domestiques et des officiers."
" On aurait dit un sombre et invisible fleuve s’écoulant dans la même direction, dont le grondement était représenté par le murmure sourd des voix, le bruit des fers des chevaux et le grincement des roues. Du milieu de cette confusion s’élevaient, perçants et distincts, les gémissements et les plaintes des blessés, qui semblaient remplir à eux seuls ces ténèbres et se confondre avec elles en une même et sinistre impression."
"On n’entendait de tous côtés que des sifflets stridents, le bruit sourd des boulets qui tombaient, et l’explosion des grenades qui pleuvaient en masse sur la ville ; mais les habitants n’y prêtaient qu’une mince attention, la fusillade en dehors des murs les intéressait davantage... C’était le bombardement de la ville, ordonné par Napoléon ! Depuis cinq heures du matin, cent trente bouches à feu tiraient sans relâche."
"Au roulement continu des bouches à feu succéda pendant quelques minutes un semblant de calme, mais un bruit semblable au piétinement d’une foule en marche, des gémissements, des cris et le craquement sinistre des incendies ne tardèrent pas à l’interrompre de toutes parts."
"Un bruit incessant, semblable au mugissement de la mer, causé par le frottement des roues, le martellement des pieds des chevaux, les injures et les cris qui se croisaient en tous sens, remplissait l’air. Pierre, aplati contre le mur d’une maison à moitié brûlée, prêtait l’oreille à ce vacarme, qui, dans son imagination, se rattachait au roulement du tambour."
"À cette marche triomphale s’unissaient le chant des instruments, le bruit de la goutte d’eau qui tombait, le grincement du sabre, les hennissements des chevaux, sans que ce merveilleux et gigantesque ensemble en fût un moment troublé. Pétia en écoutait, avec un ravissement mêlé de terreur, les sublimes harmonies, et il ne sut jamais combien de temps elles durèrent !"
Война и мир
Guerre et Paix - Traduction (1901) de Irène Paskévitch Vol1 Vol2 Vol3
1869
"Les domestiques se précipitèrent sur les chaises, qui furent avancées avec bruit ; la musique éclata dans les galeries du haut, et tout le monde s’assit. Les sons de l’orchestre ne tardèrent pas à être étouffés par le cliquetis des couteaux et des fourchettes, par la voix des convives et les allées et venues des valets de chambre."
"Devant, derrière, aussi loin que l’on pouvait percevoir un son, on entendait de tous côtés le bruit des roues, des charrettes, des affûts, le piétinement des chevaux, les cris des conducteurs pressant leurs attelages, les jurons des soldats, des domestiques et des officiers."
" On aurait dit un sombre et invisible fleuve s’écoulant dans la même direction, dont le grondement était représenté par le murmure sourd des voix, le bruit des fers des chevaux et le grincement des roues. Du milieu de cette confusion s’élevaient, perçants et distincts, les gémissements et les plaintes des blessés, qui semblaient remplir à eux seuls ces ténèbres et se confondre avec elles en une même et sinistre impression."
"On n’entendait de tous côtés que des sifflets stridents, le bruit sourd des boulets qui tombaient, et l’explosion des grenades qui pleuvaient en masse sur la ville ; mais les habitants n’y prêtaient qu’une mince attention, la fusillade en dehors des murs les intéressait davantage... C’était le bombardement de la ville, ordonné par Napoléon ! Depuis cinq heures du matin, cent trente bouches à feu tiraient sans relâche."
"Au roulement continu des bouches à feu succéda pendant quelques minutes un semblant de calme, mais un bruit semblable au piétinement d’une foule en marche, des gémissements, des cris et le craquement sinistre des incendies ne tardèrent pas à l’interrompre de toutes parts."
"Un bruit incessant, semblable au mugissement de la mer, causé par le frottement des roues, le martellement des pieds des chevaux, les injures et les cris qui se croisaient en tous sens, remplissait l’air. Pierre, aplati contre le mur d’une maison à moitié brûlée, prêtait l’oreille à ce vacarme, qui, dans son imagination, se rattachait au roulement du tambour."
"À cette marche triomphale s’unissaient le chant des instruments, le bruit de la goutte d’eau qui tombait, le grincement du sabre, les hennissements des chevaux, sans que ce merveilleux et gigantesque ensemble en fût un moment troublé. Pétia en écoutait, avec un ravissement mêlé de terreur, les sublimes harmonies, et il ne sut jamais combien de temps elles durèrent !"
Gustave
Flaubert
L’éducation sentimentale
1869
" Il remontait, au hasard, le quartier latin, si tumultueux d’habitude, mais désert à cette époque, car les étudiants étaient partis dans leurs familles. Les grands murs des collèges, comme allongés par le silence, avaient un aspect plus morne encore ; on entendait toutes sortes de bruits paisibles, des battements d’ailes dans des cages, le ronflement d’un tour, le marteau d’un savetier ; ..."
"La foule innombrable parlait très haut ; et toutes ces voix, répercutées par les maisons, faisaient comme le bruit continuel des vagues dans un port. À de certains moments, elles se taisaient ; alors, la Marseillaise s’élevait."
"De temps en temps, une estafette passait au grand galop, puis le silence recommençait. Des canons en marche faisaient au loin sur le pavé un roulement sourd et formidable ; le cœur se serrait à ces bruits différant de tous les bruits ordinaires. Ils semblaient même élargir le silence, qui était profond, absolu, un silence noir. "
L’éducation sentimentale
1869
" Il remontait, au hasard, le quartier latin, si tumultueux d’habitude, mais désert à cette époque, car les étudiants étaient partis dans leurs familles. Les grands murs des collèges, comme allongés par le silence, avaient un aspect plus morne encore ; on entendait toutes sortes de bruits paisibles, des battements d’ailes dans des cages, le ronflement d’un tour, le marteau d’un savetier ; ..."
"La foule innombrable parlait très haut ; et toutes ces voix, répercutées par les maisons, faisaient comme le bruit continuel des vagues dans un port. À de certains moments, elles se taisaient ; alors, la Marseillaise s’élevait."
"De temps en temps, une estafette passait au grand galop, puis le silence recommençait. Des canons en marche faisaient au loin sur le pavé un roulement sourd et formidable ; le cœur se serrait à ces bruits différant de tous les bruits ordinaires. Ils semblaient même élargir le silence, qui était profond, absolu, un silence noir. "
Lautréamont
Les Chants de Maldoror
1869
"Le vent sifflait avec fureur des quatre points cardinaux, et mettait les voiles en charpie. Les coups de tonnerre éclataient au milieu des éclairs, et ne pouvaient surpasser le bruit des lamentations qui s’entendaient sur la maison sans bases, sépulcre mouvant."
Les Chants de Maldoror
1869
"Le vent sifflait avec fureur des quatre points cardinaux, et mettait les voiles en charpie. Les coups de tonnerre éclataient au milieu des éclairs, et ne pouvaient surpasser le bruit des lamentations qui s’entendaient sur la maison sans bases, sépulcre mouvant."
Victor
Hugo
L'Homme qui rit
1869
"Coups d'ongle, coups de bec, croassements, arrachements de lambeaux qui n'étaient plus de la chair, craquements de la potence, froissements du squelette, cliquetis des ferrailles, cris de la rafale, tumulte, pas de lutte plus lugubre.
...
On entendait en bas un grondement immense, qui était la mer."
L'Homme qui rit
1869
"Coups d'ongle, coups de bec, croassements, arrachements de lambeaux qui n'étaient plus de la chair, craquements de la potence, froissements du squelette, cliquetis des ferrailles, cris de la rafale, tumulte, pas de lutte plus lugubre.
...
On entendait en bas un grondement immense, qui était la mer."
Arthur
Rimbaud
Le Forgeron
1870
"La foule épouvantable avec des bruits de houle,
Hurlant, comme une chienne, hurlant comme une mer,
Avec ses bâtons forts et ses piques de fer,
Ses tambours, ses grands cris de halles et de bouges,"
Le Forgeron
1870
"La foule épouvantable avec des bruits de houle,
Hurlant, comme une chienne, hurlant comme une mer,
Avec ses bâtons forts et ses piques de fer,
Ses tambours, ses grands cris de halles et de bouges,"
Octave
d'Assailly (1838 .. 1899)
Albert le Grand : l'ancien monde devant le nouveau - Tome 1
1870
"Voici tout à coup un concert champêtre qui s'élève, un murmure d'abeilles, des notes de musette, les cris perçants des agneaux à la mamelle, ou bien encore le bruit lointain et cadencé des chars ployant sous les gerbes d'épis."
Albert le Grand : l'ancien monde devant le nouveau - Tome 1
1870
"Voici tout à coup un concert champêtre qui s'élève, un murmure d'abeilles, des notes de musette, les cris perçants des agneaux à la mamelle, ou bien encore le bruit lointain et cadencé des chars ployant sous les gerbes d'épis."
Arthur
Rimbaud
Ophélie
1870
"...
– C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;
C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d’étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;
C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Bisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;"
Ophélie
1870
"...
– C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;
C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d’étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;
C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Bisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;"
Edgar
Quinet
La Création - Tome 2
1870
" Cette observation... me fit penser que le chant des oiseaux emprunte aux bruits de la nature une partie de ses trésors ; par où s'expliquent les consonances de ces voix avec le monde environnant.
Ne retrouverait-on pas le frémissement du feuillage des taillis dans le chamaillis des petits granivores, les soupirs du vent dans les soupirs du rossignol, le clapotement des rivages dans le nasillement des oiseaux aquatiques, le coassement de la grenouille dans le râle d'eau, le sifflement du roseau dans le bouvreuil, le cri de la tempête dans la frégate, le murmure des vastes forêts sonores dans le roucoulement des tourterelles ?
N'y a-t-il aucun rapport entre le piaulement de l'épervier et le piaulement des poussins qu'il passe sa journée à épier ? Où les oiseaux de nuit ont-ils pris les sons tremblés, frissonnants, qui semblent la répercussion d'un écho souterrain dans des ruines ?
Le hou-hou du chat-huant n'est-il pas l'écho des longs hurlements éclatants des louveteaux que l'on entend aussi à la tombée du jour ? Où la chouette a-t-elle trouvé son effrayant éclat de rire ? Où la mésange charbonnière a-t-elle pris le grincement métallique de sa lime de serrurier ?"
La Création - Tome 2
1870
" Cette observation... me fit penser que le chant des oiseaux emprunte aux bruits de la nature une partie de ses trésors ; par où s'expliquent les consonances de ces voix avec le monde environnant.
Ne retrouverait-on pas le frémissement du feuillage des taillis dans le chamaillis des petits granivores, les soupirs du vent dans les soupirs du rossignol, le clapotement des rivages dans le nasillement des oiseaux aquatiques, le coassement de la grenouille dans le râle d'eau, le sifflement du roseau dans le bouvreuil, le cri de la tempête dans la frégate, le murmure des vastes forêts sonores dans le roucoulement des tourterelles ?
N'y a-t-il aucun rapport entre le piaulement de l'épervier et le piaulement des poussins qu'il passe sa journée à épier ? Où les oiseaux de nuit ont-ils pris les sons tremblés, frissonnants, qui semblent la répercussion d'un écho souterrain dans des ruines ?
Le hou-hou du chat-huant n'est-il pas l'écho des longs hurlements éclatants des louveteaux que l'on entend aussi à la tombée du jour ? Où la chouette a-t-elle trouvé son effrayant éclat de rire ? Où la mésange charbonnière a-t-elle pris le grincement métallique de sa lime de serrurier ?"
Jules
Verne
Vingt Mille Lieues sous les mers
1871
"Puis la nuit se fit, au milieu d’un lourd silence que rompaient parfois le cri du pélican et de quelques oiseaux de nuit, le bruit du ressac irrité par les rocs ou le gémissement lointain d’un steamer battant les eaux du golfe de ses pales sonores."
"Puis, sur cette nature désolée, un silence farouche, à peine rompu par le battement d’ailes des pétrels ou des puffins. Tout était gelé alors, même le bruit."
Vingt Mille Lieues sous les mers
1871
"Puis la nuit se fit, au milieu d’un lourd silence que rompaient parfois le cri du pélican et de quelques oiseaux de nuit, le bruit du ressac irrité par les rocs ou le gémissement lointain d’un steamer battant les eaux du golfe de ses pales sonores."
"Puis, sur cette nature désolée, un silence farouche, à peine rompu par le battement d’ailes des pétrels ou des puffins. Tout était gelé alors, même le bruit."
Emile
Zola
La Fortune des Rougon
1871
"À certains moments, il lui semblait qu'ils ne marchaient plus, qu'ils étaient charriés par la Marseillaise elle-même, par ce chant rauque aux sonorités formidables. Elle ne pouvait distinguer les paroles, elle n'entendait qu'un grondement continu, allant de notes sourdes à des notes vibrantes, aiguës comme des pointes qu'on aurait, par saccades, enfoncées dans sa chair. Ce rugissement de la révolte, cet appel à la lutte et à la mort, avec ses secousses de colère, ses désirs brûlants de liberté, son étonnant mélange de massacres et d'élans sublimes, en la frappant au cœur, sans relâche, et plus profondément à chaque brutalité du rythme, lui causait une de ces angoisses voluptueuses de vierge martyre se redressant et souriant sous le fouet. Et toujours, roulée dans le flot sonore, la foule coulait."
La Fortune des Rougon
1871
"À certains moments, il lui semblait qu'ils ne marchaient plus, qu'ils étaient charriés par la Marseillaise elle-même, par ce chant rauque aux sonorités formidables. Elle ne pouvait distinguer les paroles, elle n'entendait qu'un grondement continu, allant de notes sourdes à des notes vibrantes, aiguës comme des pointes qu'on aurait, par saccades, enfoncées dans sa chair. Ce rugissement de la révolte, cet appel à la lutte et à la mort, avec ses secousses de colère, ses désirs brûlants de liberté, son étonnant mélange de massacres et d'élans sublimes, en la frappant au cœur, sans relâche, et plus profondément à chaque brutalité du rythme, lui causait une de ces angoisses voluptueuses de vierge martyre se redressant et souriant sous le fouet. Et toujours, roulée dans le flot sonore, la foule coulait."
Paul
Verlaine
Romances sans paroles
1872
"Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie !"
Romances sans paroles
1872
"Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie !"
Jules
Verne
Une fantaisie du docteur Ox
1874
" Telle était cette maison, paisible et silencieuse, dont les portes ne criaient pas, dont les vitres ne grelottaient pas, dont les parquets ne gémissaient pas, dont les cheminées ne ronflaient pas, dont les girouettes ne grinçaient pas, dont les meubles ne craquaient pas, dont les serrures ne cliquetaient pas, et dont les hôtes ne faisaient pas plus de bruit que leur ombre. Le divin Harpocrate l’eût certainement choisie pour le temple du silence."
Une fantaisie du docteur Ox
1874
" Telle était cette maison, paisible et silencieuse, dont les portes ne criaient pas, dont les vitres ne grelottaient pas, dont les parquets ne gémissaient pas, dont les cheminées ne ronflaient pas, dont les girouettes ne grinçaient pas, dont les meubles ne craquaient pas, dont les serrures ne cliquetaient pas, et dont les hôtes ne faisaient pas plus de bruit que leur ombre. Le divin Harpocrate l’eût certainement choisie pour le temple du silence."
Jules Barbey d'Aurevilly
Les Diaboliques
1874
"Tout à coup, dans l’épaisseur de ce bois noir où je ne voyais goutte de lumière ni n’entendais goutte de bruit, voilà qu’il m’en arriva un à l’oreille que je pris pour celui d’un battoir, – le battoir de quelque pauvre femme, occupée le jour aux champs, et qui profitait du clair de lune pour laver son linge à quelque lavoir ou à quelque fossé... Ce ne fut qu’en avançant vers le château, qu’à ce claquement régulier se mêla un autre bruit qui m’éclaira sur la nature du premier. C’était un cliquetis d’épées qui se croisent, et se frottent, et s’agacent. Vous savez comme on entend tout dans le silence et l’air fin des nuits, comme les moindres bruits y prennent des précisions de distinctibilité singulière ! J’entendais, à ne pouvoir m’y méprendre, le froissement animé du fer.
...
On entendait les épées comme si on les avait vues. Ce que j’avais pris pour le bruit des battoirs c’étaient les appels du pied des tireurs. "
"On s’entendait mieux qu’on ne se voyait. Toutes ces bouches qui priaient à voix basse, dans ce grand vaisseau silencieux et sonore, et par le silence rendu plus sonore, faisaient ce susurrement singulier qui est comme le bruit d’une fourmilière d’âmes, visibles seulement à l’œil de Dieu. Ce susurrement continu et menu, coupé, par intervalles, de soupirs, ce murmure labial, – si impressionnant dans les ténèbres d’une église muette, – n’était troublé par rien, si ce n’est, parfois, par une des portes des bas-côtés, qui roulait sur ses gonds et claquait en se refermant derrière la personne qui venait d’entrer ; – le bruit alerte et clair d’un sabot qui longeait l’orée des chapelles ; – une chaise qui, heurtée dans l’obscurité, tombait ; – et, de temps en temps, une ou deux toux, de ces toux retenues de dévotes qui les musiquent et qui les flûtent, par respect pour les saints échos de la maison du Seigneur. Mais ces bruits qui n’étaient que le passage rapide d’un son, n’interrompaient pas ces âmes attentives et ferventes dans le train-train de leurs prières et l’éternité de leur susurrement."
Les Diaboliques
1874
"Tout à coup, dans l’épaisseur de ce bois noir où je ne voyais goutte de lumière ni n’entendais goutte de bruit, voilà qu’il m’en arriva un à l’oreille que je pris pour celui d’un battoir, – le battoir de quelque pauvre femme, occupée le jour aux champs, et qui profitait du clair de lune pour laver son linge à quelque lavoir ou à quelque fossé... Ce ne fut qu’en avançant vers le château, qu’à ce claquement régulier se mêla un autre bruit qui m’éclaira sur la nature du premier. C’était un cliquetis d’épées qui se croisent, et se frottent, et s’agacent. Vous savez comme on entend tout dans le silence et l’air fin des nuits, comme les moindres bruits y prennent des précisions de distinctibilité singulière ! J’entendais, à ne pouvoir m’y méprendre, le froissement animé du fer.
...
On entendait les épées comme si on les avait vues. Ce que j’avais pris pour le bruit des battoirs c’étaient les appels du pied des tireurs. "
"On s’entendait mieux qu’on ne se voyait. Toutes ces bouches qui priaient à voix basse, dans ce grand vaisseau silencieux et sonore, et par le silence rendu plus sonore, faisaient ce susurrement singulier qui est comme le bruit d’une fourmilière d’âmes, visibles seulement à l’œil de Dieu. Ce susurrement continu et menu, coupé, par intervalles, de soupirs, ce murmure labial, – si impressionnant dans les ténèbres d’une église muette, – n’était troublé par rien, si ce n’est, parfois, par une des portes des bas-côtés, qui roulait sur ses gonds et claquait en se refermant derrière la personne qui venait d’entrer ; – le bruit alerte et clair d’un sabot qui longeait l’orée des chapelles ; – une chaise qui, heurtée dans l’obscurité, tombait ; – et, de temps en temps, une ou deux toux, de ces toux retenues de dévotes qui les musiquent et qui les flûtent, par respect pour les saints échos de la maison du Seigneur. Mais ces bruits qui n’étaient que le passage rapide d’un son, n’interrompaient pas ces âmes attentives et ferventes dans le train-train de leurs prières et l’éternité de leur susurrement."
Arthur
Rimbaud
Les Illuminations - Fairy
1875
" - Après le moment de l’air des bûcheronnes à la rumeur du torrent sous la ruine des bois, de la sonnerie des bestiaux à l’écho des vals, et des cris des steppes. -"
Les Illuminations - Fairy
1875
" - Après le moment de l’air des bûcheronnes à la rumeur du torrent sous la ruine des bois, de la sonnerie des bestiaux à l’écho des vals, et des cris des steppes. -"
Ivan
Sergueïevitch Tourgueniev (Иван Сергеевич Тургенев)
Новь
Terres vierges - Traduction (1877) de Émile Durand-Gréville.
1877
"... on n’entendait pas encore le grand et vigoureux bourdonnement d’insectes qui remplit l’air pendant les chaleurs de l’été ; quelques pinsons chantaient çà et là, deux tourterelles roucoulaient sur les branches d’un même arbre ; un coucou isolé faisait entendre son appel en changeant à chaque fois de place ; et de là-bas, de bien loin, de derrière l’étang du moulin, venait un croassement de corbeaux, immense et continu, semblable au grincement d’une foule de roues aux essieux de bois."
" La fabrique était visiblement en pleine prospérité et surchargée de besogne ; de tous côtés s’élevait le vacarme strident, le brouhaha d’une activité incessante ; les machines soufflaient, tapaient ; les métiers geignaient, les roues ronronnaient, les courroies ronflaient ; de tous côtés roulaient et disparaissaient les brouettes, les tonneaux, les télègues chargées ; les appels, les cris de commandement, les coups de sifflet se croisaient dans l’air."
Новь
Terres vierges - Traduction (1877) de Émile Durand-Gréville.
1877
"... on n’entendait pas encore le grand et vigoureux bourdonnement d’insectes qui remplit l’air pendant les chaleurs de l’été ; quelques pinsons chantaient çà et là, deux tourterelles roucoulaient sur les branches d’un même arbre ; un coucou isolé faisait entendre son appel en changeant à chaque fois de place ; et de là-bas, de bien loin, de derrière l’étang du moulin, venait un croassement de corbeaux, immense et continu, semblable au grincement d’une foule de roues aux essieux de bois."
" La fabrique était visiblement en pleine prospérité et surchargée de besogne ; de tous côtés s’élevait le vacarme strident, le brouhaha d’une activité incessante ; les machines soufflaient, tapaient ; les métiers geignaient, les roues ronronnaient, les courroies ronflaient ; de tous côtés roulaient et disparaissaient les brouettes, les tonneaux, les télègues chargées ; les appels, les cris de commandement, les coups de sifflet se croisaient dans l’air."
Victor
Hugo
L'art d'être grand-père - À Guernesey - Fenêtres ouvertes
1877
Le matin – En dormant
"J'entends des voix. Lueurs à travers ma paupière.
Une cloche est en branle à l'église Saint-Pierre.
Cris des baigneurs. Plus près ! plus loin ! non, par ici !
Non, par là ! Les oiseaux gazouillent, Jeanne aussi.
Georges l'appelle. Chant des coqs. Une truelle
Racle un toit. Des chevaux passent dans la ruelle.
Grincement d'une faux qui coupe le gazon.
Chocs. Rumeurs. Des couvreurs marchent sur la maison.
Bruits du port. Sifflement des machines chauffées.
Musique militaire arrivant par bouffées.
Brouhaha sur le quai. Voix françaises. Merci.
Bonjour. Adieu. Sans doute il est tard, car voici
Que vient tout près de moi chanter mon rouge-gorge.
Vacarme de marteaux lointains dans une forge.
L'eau clapote. On entend haleter un steamer.
Une mouche entre. Souffle immense de la mer."
L'art d'être grand-père - À Guernesey - Fenêtres ouvertes
1877
Le matin – En dormant
"J'entends des voix. Lueurs à travers ma paupière.
Une cloche est en branle à l'église Saint-Pierre.
Cris des baigneurs. Plus près ! plus loin ! non, par ici !
Non, par là ! Les oiseaux gazouillent, Jeanne aussi.
Georges l'appelle. Chant des coqs. Une truelle
Racle un toit. Des chevaux passent dans la ruelle.
Grincement d'une faux qui coupe le gazon.
Chocs. Rumeurs. Des couvreurs marchent sur la maison.
Bruits du port. Sifflement des machines chauffées.
Musique militaire arrivant par bouffées.
Brouhaha sur le quai. Voix françaises. Merci.
Bonjour. Adieu. Sans doute il est tard, car voici
Que vient tout près de moi chanter mon rouge-gorge.
Vacarme de marteaux lointains dans une forge.
L'eau clapote. On entend haleter un steamer.
Une mouche entre. Souffle immense de la mer."
Jules
Vallès
L'Enfant
1878
" On ne distingue que la cloche du couvent de Sainte-Marie, et le bruit que fait un attelage à grelots dans la route blanche, là-bas..."
" Le bruit que font les étriers en se cognant au moment où l’on apporte les selles, le clic-clac des cuirs, le rongement du mors, j’ai encore cela dans l’oreille, avec le nom de Baptiste, le garçon d’écurie."
"... dans cette salle vraiment lugubre ce jour-là, à cause du silence écrasant, du bruit mélancolique que fait un soulier qui passe, une porte qui tombe, un fredon solitaire, un cri de marchand bien loin, bien loin !"
" C’est un bruit de casseroles et d’assiettes, puis un bruit de mâchoires, puis un bruit de bouchons !"
L'Enfant
1878
" On ne distingue que la cloche du couvent de Sainte-Marie, et le bruit que fait un attelage à grelots dans la route blanche, là-bas..."
" Le bruit que font les étriers en se cognant au moment où l’on apporte les selles, le clic-clac des cuirs, le rongement du mors, j’ai encore cela dans l’oreille, avec le nom de Baptiste, le garçon d’écurie."
"... dans cette salle vraiment lugubre ce jour-là, à cause du silence écrasant, du bruit mélancolique que fait un soulier qui passe, une porte qui tombe, un fredon solitaire, un cri de marchand bien loin, bien loin !"
" C’est un bruit de casseroles et d’assiettes, puis un bruit de mâchoires, puis un bruit de bouchons !"
Joris-Karl Huysmans
Les sœurs Vatard
1879
"L’on entendait le crépitement de l’eau sur les vitres, le hoquet des ruisseaux, les plaintes sourdes des plombs obstrués, les roulades de gorges des tuyaux trop pleins et l’averse ruisselait sur les pavés, s’acharnait sur les tuiles, ravivait l’ocre pâli des murs, les tachant de plaques plus foncées, dégoulinant tantôt avec un fracas d’avalanche, tantôt avec un grésillement de friture au feu."
" Un son de trompe courut, se répercuta, s’affaiblit et de nouveau brama, d’intervalles en intervalles. Les gardiens fermaient les barrières du passage à niveau, un train de grande ligne s’avançait au loin. Un renâclement farouche, un cri strident, trois fois répété, déchira la nuit, puis deux fanaux, semblables à d’énormes yeux, coururent sur le rail qui miroita, à mesure que le train roulait. La terre trembla et, dans une buée blanche, tisonnée d’éclairs, dans une rafale de poussière et de cendre, dans un éclaboussement d’étincelles, le convoi jaillit avec un épouvantable fracas de ferrailles secouées, de chaudières hurlantes, de pistons en branle ; il fila sous la fenêtre, son grondement de tonnerre s’éteignit, l’on n’aperçut bientôt plus que les trois lanternes rouges du dernier wagon, et alors retentit le bruit saccadé des voitures sautant sur les plaques tournantes."
"... elles écoutaient le hoquet de la locomotive qui se met en marche, le sifflement saccadé de ses jets, ses cris stridulés, ses ahans rauques."
Les sœurs Vatard
1879
"L’on entendait le crépitement de l’eau sur les vitres, le hoquet des ruisseaux, les plaintes sourdes des plombs obstrués, les roulades de gorges des tuyaux trop pleins et l’averse ruisselait sur les pavés, s’acharnait sur les tuiles, ravivait l’ocre pâli des murs, les tachant de plaques plus foncées, dégoulinant tantôt avec un fracas d’avalanche, tantôt avec un grésillement de friture au feu."
" Un son de trompe courut, se répercuta, s’affaiblit et de nouveau brama, d’intervalles en intervalles. Les gardiens fermaient les barrières du passage à niveau, un train de grande ligne s’avançait au loin. Un renâclement farouche, un cri strident, trois fois répété, déchira la nuit, puis deux fanaux, semblables à d’énormes yeux, coururent sur le rail qui miroita, à mesure que le train roulait. La terre trembla et, dans une buée blanche, tisonnée d’éclairs, dans une rafale de poussière et de cendre, dans un éclaboussement d’étincelles, le convoi jaillit avec un épouvantable fracas de ferrailles secouées, de chaudières hurlantes, de pistons en branle ; il fila sous la fenêtre, son grondement de tonnerre s’éteignit, l’on n’aperçut bientôt plus que les trois lanternes rouges du dernier wagon, et alors retentit le bruit saccadé des voitures sautant sur les plaques tournantes."
"... elles écoutaient le hoquet de la locomotive qui se met en marche, le sifflement saccadé de ses jets, ses cris stridulés, ses ahans rauques."
Henri
Céard
Les Soirées de Médan - La saignée
1879
" Tout à coup, sous ses pieds le sol trembla, secoué par des détonations successives : les oreilles lui tintèrent douloureusement. À sa droite, à sa gauche, une lueur immense courut, l’amphithéâtre des collines s’alluma des lueurs d’un immense incendie, un épouvantable fracas de mitraille éclata, des projectiles sifflèrent. Dans Paris, soudainement éclairé, des obus éclataient de place en place. C’était le bombardement. Les bordées suivaient, calmes, réglées, mathématiques, tandis que là-bas, Paris, dans une immobilité cataleptique, ne ripostait pas. Rien ! Pas un coup de fusil aux avant-postes, pas un coup de canon aux bastions. Si bien que, dans les intervalles de silence, on entendait comme des écroulements de maisons, distinctement."
Les Soirées de Médan - La saignée
1879
" Tout à coup, sous ses pieds le sol trembla, secoué par des détonations successives : les oreilles lui tintèrent douloureusement. À sa droite, à sa gauche, une lueur immense courut, l’amphithéâtre des collines s’alluma des lueurs d’un immense incendie, un épouvantable fracas de mitraille éclata, des projectiles sifflèrent. Dans Paris, soudainement éclairé, des obus éclataient de place en place. C’était le bombardement. Les bordées suivaient, calmes, réglées, mathématiques, tandis que là-bas, Paris, dans une immobilité cataleptique, ne ripostait pas. Rien ! Pas un coup de fusil aux avant-postes, pas un coup de canon aux bastions. Si bien que, dans les intervalles de silence, on entendait comme des écroulements de maisons, distinctement."
Guy
de Maupassant
Les Soirées de Médan - Boule de Suif
1879
"Des pieds de chevaux frappaient la terre, amortis par le fumier des litières ; et une voix d’homme parlant aux bêtes et jurant s’entendait au fond du bâtiment. Un léger murmure de grelots annonça qu’on maniait les harnais ; ce murmure devint bientôt un frémissement clair et continu, rythmé par le mouvement de l’animal, s’arrêtant parfois, puis reprenant dans une brusque secousse qu’accompagnait le bruit mat d’un sabot ferré battant le sol.
La porte subitement se ferma. Tout bruit cessa. Les bourgeois gelés s’étaient tus ; ils demeuraient immobiles et roidis.
... et l’on n’entendait plus, dans le grand silence de la ville calme et ensevelie sous l’hiver, que ce froissement vague, innommable et flottant de la neige qui tombe, plutôt sensation que bruit, entremêlement d’atomes légers qui semblaient emplir l’espace, couvrir le monde."
Les Soirées de Médan - Boule de Suif
1879
"Des pieds de chevaux frappaient la terre, amortis par le fumier des litières ; et une voix d’homme parlant aux bêtes et jurant s’entendait au fond du bâtiment. Un léger murmure de grelots annonça qu’on maniait les harnais ; ce murmure devint bientôt un frémissement clair et continu, rythmé par le mouvement de l’animal, s’arrêtant parfois, puis reprenant dans une brusque secousse qu’accompagnait le bruit mat d’un sabot ferré battant le sol.
La porte subitement se ferma. Tout bruit cessa. Les bourgeois gelés s’étaient tus ; ils demeuraient immobiles et roidis.
... et l’on n’entendait plus, dans le grand silence de la ville calme et ensevelie sous l’hiver, que ce froissement vague, innommable et flottant de la neige qui tombe, plutôt sensation que bruit, entremêlement d’atomes légers qui semblaient emplir l’espace, couvrir le monde."
Paul
Verlaine
Sagesse - La vie humble
1880
"N’entendre, n’écouter aux bruits des grandes villes
Que l’appel, ô mon Dieu, des cloches dans la tour,
Et faire un de ces bruits soi-même, cela pour
L’accomplissement vil de tâches puériles ;"
Sagesse - La vie humble
1880
"N’entendre, n’écouter aux bruits des grandes villes
Que l’appel, ô mon Dieu, des cloches dans la tour,
Et faire un de ces bruits soi-même, cela pour
L’accomplissement vil de tâches puériles ;"
Gustave
Flaubert
Bouvard et Pécuchet
1881 (Edition posthume)
"Des filets d’eau en tombaient sans discontinuer, pendant que la mer au loin, grondait. Elle semblait parfois suspendre son battement ; – et on n’entendait plus que le petit bruit des sources."
" Un roastbeef parut – et durant quelques minutes on n’entendit que le bruit des fourchettes et des mâchoires, avec le pas des servants sur le parquet et ces deux mots répétés : Madère ! Sauterne !"
Bouvard et Pécuchet
1881 (Edition posthume)
"Des filets d’eau en tombaient sans discontinuer, pendant que la mer au loin, grondait. Elle semblait parfois suspendre son battement ; – et on n’entendait plus que le petit bruit des sources."
" Un roastbeef parut – et durant quelques minutes on n’entendit que le bruit des fourchettes et des mâchoires, avec le pas des servants sur le parquet et ces deux mots répétés : Madère ! Sauterne !"
Guy
de Maupassant
La Maison Tellier
1881
"Ce silence illimité des champs, qui semble presque religieux, enveloppait le petit village, un silence tranquille, pénétrant et large jusqu’aux astres. Les filles, accoutumées aux soirées tumultueuses du logis public, se sentaient émues par ce muet repos de la campagne endormie."
La Maison Tellier
1881
"Ce silence illimité des champs, qui semble presque religieux, enveloppait le petit village, un silence tranquille, pénétrant et large jusqu’aux astres. Les filles, accoutumées aux soirées tumultueuses du logis public, se sentaient émues par ce muet repos de la campagne endormie."
Joris-Karl Huysmans
En ménage
1881
" Il y eut un instant de silence. Ils marchaient lentement, côte à côte, quand minuit sonna. Deux horloges entremêlaient leurs coups ; l’une, au loin, vibrait doucement, en retard d’une seconde sur l’autre ; la plus proche découpait, nettement, presque gaiement son heure.
La rue que les deux jeunes gens suivaient était déserte et leurs pas retentissaient avec un bruit clair sur le trottoir."
" Dans cette rue silencieuse, malgré sa navette ininterrompue de monde, dans cette chaussée où l’on entendait le roulement mou des fiacres sur l’asphalte, certains jours de la semaine, un homme se promenait, coiffé d’un melon de cuir noir, orné de ciseaux peints en blanc, une petite caisse retenue sur l’épaule par une bretelle, chantant sur un mode lugubre : v’là le tondeur, tond les chiens, coupe les chats et va-t-en ville ! – À d’autres moments, un « o vitrie » s’élevait prolongeant sa note stridulée ou bien un repasseur, roulant devant lui sa petite meule, remuait à chaque pas une sonnette, accompagnée, au loin, par l’aigre solo qu’un fontainier jouait sur une corne.
Le mardi, vers quatre heures, un bruit nouveau dominait les autres. Des voitures particulières emportant dans leurs caisses des flots de toilettes claires, s’arrêtaient devant un petit hôtel à un étage, contigu à la maison où logeait André et un vigoureux coup de timbre retentissait, annonçant les visites, suivi de près par le choc lourd des vantaux qu’on referme.
André commençait à classer les rumeurs diverses qui montaient sous sa terrasse. La vie singulière de la rue Cambacérès lui arrivait de moins en moins confuse..."
" Un petit bruit sec de pas retentit bientôt au loin à des profondeurs de cave, sur le dallage du vestibule, puis le bruit devenu presque aussitôt plus sourd monta dans la cage de l’escalier, s’approchant, accompagné d’un petit vibrement de rampe remuant sur ses barreaux et d’un frou-frou de linge empesé ratissant les marches."
En ménage
1881
" Il y eut un instant de silence. Ils marchaient lentement, côte à côte, quand minuit sonna. Deux horloges entremêlaient leurs coups ; l’une, au loin, vibrait doucement, en retard d’une seconde sur l’autre ; la plus proche découpait, nettement, presque gaiement son heure.
La rue que les deux jeunes gens suivaient était déserte et leurs pas retentissaient avec un bruit clair sur le trottoir."
" Dans cette rue silencieuse, malgré sa navette ininterrompue de monde, dans cette chaussée où l’on entendait le roulement mou des fiacres sur l’asphalte, certains jours de la semaine, un homme se promenait, coiffé d’un melon de cuir noir, orné de ciseaux peints en blanc, une petite caisse retenue sur l’épaule par une bretelle, chantant sur un mode lugubre : v’là le tondeur, tond les chiens, coupe les chats et va-t-en ville ! – À d’autres moments, un « o vitrie » s’élevait prolongeant sa note stridulée ou bien un repasseur, roulant devant lui sa petite meule, remuait à chaque pas une sonnette, accompagnée, au loin, par l’aigre solo qu’un fontainier jouait sur une corne.
Le mardi, vers quatre heures, un bruit nouveau dominait les autres. Des voitures particulières emportant dans leurs caisses des flots de toilettes claires, s’arrêtaient devant un petit hôtel à un étage, contigu à la maison où logeait André et un vigoureux coup de timbre retentissait, annonçant les visites, suivi de près par le choc lourd des vantaux qu’on referme.
André commençait à classer les rumeurs diverses qui montaient sous sa terrasse. La vie singulière de la rue Cambacérès lui arrivait de moins en moins confuse..."
" Un petit bruit sec de pas retentit bientôt au loin à des profondeurs de cave, sur le dallage du vestibule, puis le bruit devenu presque aussitôt plus sourd monta dans la cage de l’escalier, s’approchant, accompagné d’un petit vibrement de rampe remuant sur ses barreaux et d’un frou-frou de linge empesé ratissant les marches."
Guy
de Maupassant
En famille
1881
"La petite machine, attelée à son wagon, cornait pour écarter les obstacles, crachait sa vapeur, haletait comme une personne essoufflée qui court ; et ses pistons faisaient un bruit précipité de jambes de fer en mouvement."
"Mais là-bas Paris bruissait dans une buée rouge. C’était une sorte de roulement continu auquel paraissait répondre parfois au loin, dans la plaine, le sifflet d’un train accourant à toute vapeur, ou bien fuyant, à travers la province, vers l’Océan."
En famille
1881
"La petite machine, attelée à son wagon, cornait pour écarter les obstacles, crachait sa vapeur, haletait comme une personne essoufflée qui court ; et ses pistons faisaient un bruit précipité de jambes de fer en mouvement."
"Mais là-bas Paris bruissait dans une buée rouge. C’était une sorte de roulement continu auquel paraissait répondre parfois au loin, dans la plaine, le sifflet d’un train accourant à toute vapeur, ou bien fuyant, à travers la province, vers l’Océan."
Emile
Zola
Au Bonheur des Dames
1883
"... le rayon des soieries semblait dormir, au milieu d’un silence frissonnant de chapelle. Le pas d’un commis, des paroles chuchotées, un frôlement de jupe qui traversait, y mettaient seuls des bruits légers, étouffés dans la chaleur du calorifère. Pourtant, des voitures arrivaient : on entendait l’arrêt brusque des chevaux ; puis, des portières se refermaient violemment.
Au-dehors, montait un lointain brouhaha, des curieux qui se bousculaient en face des vitrines, des fiacres qui stationnaient sur la place Gaillon, toute l’approche d’une foule."
"Et il ne se trompait plus aux bruits qui lui arrivaient du dehors, roulements de fiacres, claquements de portières, brouhaha grandissant de foule. Il sentait, à ses pieds, la machine se mettre en branle, s’échauffer et revivre, depuis les caisses où l’or sonnait, depuis les tables où les garçons de magasin se hâtaient d’empaqueter les marchandises, jusqu’aux profondeurs du sous-sol, au service du départ, qui s’emplissait de paquets descendus, et dont le grondement souterrain faisait vibrer la maison."
"Maintenant, la trépidation intérieure étouffait les bruits du dehors ; on n’entendait plus ni le roulement des fiacres, ni le battement des portières ; il ne restait, au-delà du grand murmure de la vente, que le sentiment de Paris immense, d’une immensité qui toujours fournirait des acheteuses. Dans l’air immobile, où l’étouffement du calorifère attiédissait l’odeur des étoffes, le brouhaha augmentait, fait de tous les bruits, du piétinement continu, des mêmes phrases cent fois répétées autour des comptoirs, de l’or sonnant sur le cuivre des caisses assiégées par une bousculade de porte-monnaie, des paniers roulants dont les charges de paquets tombaient sans relâche dans les caves béantes."
"La moquette rouge étouffait le bruit des pas, la voix haute et lointaine du rez-de-chaussée se mourait, ce n’était plus que le murmure discret, la chaleur d’un salon, alourdie par toute une cohue de femmes."
"Le bruit était assourdissant, des rires, des appels, des chocs de vaisselle ; au vent des fenêtres, les bougies s’effaraient et coulaient ; tandis que des papillons de nuit battaient des ailes, dans l’air chauffé par l’odeur des viandes, et que traversaient de petits souffles glacés."
"... sans arrêt, on entendait le grincement des treuils montant les pierres de taille, le déchargement brusque des planchers de fer, la clameur de ce peuple d’ouvriers, accompagnée du bruit des pioches et des marteaux. Mais, par-dessus tout, ce qui assourdissait les gens, c’était la trépidation des machines ; tout marchait à la vapeur, des sifflements aigus déchiraient l’air..."
"C’étaient un cliquetis grandissant de fourchettes, des glouglous de bouteilles qu’on vidait, des chocs de verres reposés trop vivement, le bruit de meule de cinq cents mâchoires solides broyant avec énergie. Et les paroles, rares encore, s’étouffaient dans les bouches pleines."
Au Bonheur des Dames
1883
"... le rayon des soieries semblait dormir, au milieu d’un silence frissonnant de chapelle. Le pas d’un commis, des paroles chuchotées, un frôlement de jupe qui traversait, y mettaient seuls des bruits légers, étouffés dans la chaleur du calorifère. Pourtant, des voitures arrivaient : on entendait l’arrêt brusque des chevaux ; puis, des portières se refermaient violemment.
Au-dehors, montait un lointain brouhaha, des curieux qui se bousculaient en face des vitrines, des fiacres qui stationnaient sur la place Gaillon, toute l’approche d’une foule."
"Et il ne se trompait plus aux bruits qui lui arrivaient du dehors, roulements de fiacres, claquements de portières, brouhaha grandissant de foule. Il sentait, à ses pieds, la machine se mettre en branle, s’échauffer et revivre, depuis les caisses où l’or sonnait, depuis les tables où les garçons de magasin se hâtaient d’empaqueter les marchandises, jusqu’aux profondeurs du sous-sol, au service du départ, qui s’emplissait de paquets descendus, et dont le grondement souterrain faisait vibrer la maison."
"Maintenant, la trépidation intérieure étouffait les bruits du dehors ; on n’entendait plus ni le roulement des fiacres, ni le battement des portières ; il ne restait, au-delà du grand murmure de la vente, que le sentiment de Paris immense, d’une immensité qui toujours fournirait des acheteuses. Dans l’air immobile, où l’étouffement du calorifère attiédissait l’odeur des étoffes, le brouhaha augmentait, fait de tous les bruits, du piétinement continu, des mêmes phrases cent fois répétées autour des comptoirs, de l’or sonnant sur le cuivre des caisses assiégées par une bousculade de porte-monnaie, des paniers roulants dont les charges de paquets tombaient sans relâche dans les caves béantes."
"La moquette rouge étouffait le bruit des pas, la voix haute et lointaine du rez-de-chaussée se mourait, ce n’était plus que le murmure discret, la chaleur d’un salon, alourdie par toute une cohue de femmes."
"Le bruit était assourdissant, des rires, des appels, des chocs de vaisselle ; au vent des fenêtres, les bougies s’effaraient et coulaient ; tandis que des papillons de nuit battaient des ailes, dans l’air chauffé par l’odeur des viandes, et que traversaient de petits souffles glacés."
"... sans arrêt, on entendait le grincement des treuils montant les pierres de taille, le déchargement brusque des planchers de fer, la clameur de ce peuple d’ouvriers, accompagnée du bruit des pioches et des marteaux. Mais, par-dessus tout, ce qui assourdissait les gens, c’était la trépidation des machines ; tout marchait à la vapeur, des sifflements aigus déchiraient l’air..."
"C’étaient un cliquetis grandissant de fourchettes, des glouglous de bouteilles qu’on vidait, des chocs de verres reposés trop vivement, le bruit de meule de cinq cents mâchoires solides broyant avec énergie. Et les paroles, rares encore, s’étouffaient dans les bouches pleines."
Guy
de Maupassant
Une vie
1883
"On n’entendait plus aucun bruit que le murmure éloigné du flot contre le galet et une vague rumeur de la terre glissant encore sur les ondulations des vagues, mais confuse, presque insaisissable. Et puis, Jeanne se redressait et, dans un affolement de joie, poussait des cris aigus en battant l’eau de ses deux mains."
Une vie
1883
"On n’entendait plus aucun bruit que le murmure éloigné du flot contre le galet et une vague rumeur de la terre glissant encore sur les ondulations des vagues, mais confuse, presque insaisissable. Et puis, Jeanne se redressait et, dans un affolement de joie, poussait des cris aigus en battant l’eau de ses deux mains."
Robert
Louis Stevenson
Treasure Island
L’île au trésor - Traduction (1926) de Déodat Serval
1883
"Les charbons qui s’éboulaient dans le fourneau de la cuisine, et jusqu’au tic-tac de l’horloge, nous pénétraient de crainte. Le voisinage s’emplissait pour nous de bruits de pas imaginaires ; ..."
"Mais on n’entendait aucun bruit suspect : rien que le léger clapotis du ressac et le croassement des corbeaux dans le bois."
"Dans l’air silencieux et glacé je venais de percevoir un bruit qui fit cesser mon cœur de battre : c’était le tapotement du bâton de l’aveugle sur la route gelée. Le bruit se rapprochait. Nous retenions notre souffle. Un coup violent heurta la porte de l’auberge ; nous entendîmes qu’on tournait la poignée, et le verrou cliqueta sous les efforts du misérable. Puis il y eut un long intervalle de silence, dedans comme dehors. À la fin le tapotement reprit et, à notre joie indicible, s’affaiblit peu à peu dans le lointain et s’évanouit tout à fait."
"Au loin sur le marigot avait éclaté un brusque cri de colère, aussitôt suivi d’un second ; et puis vint un hurlement affreux et prolongé. Les rochers de la Longue-Vue le répercutèrent en échos multipliés ; toute la troupe des oiseaux de marais prit une fois de plus son essor et assombrit le ciel dans un bruit d’ailes tumultueux ; et ce cri d’agonie me résonnait toujours dans le crâne, alors que le silence régnait à nouveau depuis longtemps et que la rumeur des oiseaux redescendants et le tonnerre lointain du ressac troublaient seuls la touffeur de l’après-midi."
"On n’entendait que le bruit lointain du ressac s’élevant de toutes parts, joint au bourdonnement, dans la brousse, de myriades d’insectes. Pas un être humain, pas une voile en mer..."
Treasure Island
L’île au trésor - Traduction (1926) de Déodat Serval
1883
"Les charbons qui s’éboulaient dans le fourneau de la cuisine, et jusqu’au tic-tac de l’horloge, nous pénétraient de crainte. Le voisinage s’emplissait pour nous de bruits de pas imaginaires ; ..."
"Mais on n’entendait aucun bruit suspect : rien que le léger clapotis du ressac et le croassement des corbeaux dans le bois."
"Dans l’air silencieux et glacé je venais de percevoir un bruit qui fit cesser mon cœur de battre : c’était le tapotement du bâton de l’aveugle sur la route gelée. Le bruit se rapprochait. Nous retenions notre souffle. Un coup violent heurta la porte de l’auberge ; nous entendîmes qu’on tournait la poignée, et le verrou cliqueta sous les efforts du misérable. Puis il y eut un long intervalle de silence, dedans comme dehors. À la fin le tapotement reprit et, à notre joie indicible, s’affaiblit peu à peu dans le lointain et s’évanouit tout à fait."
"Au loin sur le marigot avait éclaté un brusque cri de colère, aussitôt suivi d’un second ; et puis vint un hurlement affreux et prolongé. Les rochers de la Longue-Vue le répercutèrent en échos multipliés ; toute la troupe des oiseaux de marais prit une fois de plus son essor et assombrit le ciel dans un bruit d’ailes tumultueux ; et ce cri d’agonie me résonnait toujours dans le crâne, alors que le silence régnait à nouveau depuis longtemps et que la rumeur des oiseaux redescendants et le tonnerre lointain du ressac troublaient seuls la touffeur de l’après-midi."
"On n’entendait que le bruit lointain du ressac s’élevant de toutes parts, joint au bourdonnement, dans la brousse, de myriades d’insectes. Pas un être humain, pas une voile en mer..."
Guy
de Maupassant
La confession
1883
"... et le silence des murs m’épouvante. Il est si profond et si triste ce silence de la chambre où l’on vit seul ! Ce n’est pas seulement un silence autour du corps, mais un silence autour de l’âme, et, quand un meuble craque ou tressaille, jusqu’au coeur, car aucun bruit n’est attendu dans ce morne logis."
La confession
1883
"... et le silence des murs m’épouvante. Il est si profond et si triste ce silence de la chambre où l’on vit seul ! Ce n’est pas seulement un silence autour du corps, mais un silence autour de l’âme, et, quand un meuble craque ou tressaille, jusqu’au coeur, car aucun bruit n’est attendu dans ce morne logis."
Guy
de Maupassant
Yvette
1884
" C’était l’heure fraîche qui précède le jour, l’heure du grand sommeil, du grand repos, du calme profond. Les bruits légers de la nuit eux-mêmes s’étaient tus. Les rossignols ne chantaient plus ; les grenouilles avaient fini leur vacarme ; seule, une bête inconnue, un oiseau peut-être, faisait quelque part une sorte de grincement de scie, faible, monotone, régulier comme un travail de mécanique."
"Puis, très loin, dans la campagne, elle écoutait les bruits dans la nuit, les aboiements interrompus d’un chien, le cri court des crapauds, le frémissement imperceptible des feuilles."
Yvette
1884
" C’était l’heure fraîche qui précède le jour, l’heure du grand sommeil, du grand repos, du calme profond. Les bruits légers de la nuit eux-mêmes s’étaient tus. Les rossignols ne chantaient plus ; les grenouilles avaient fini leur vacarme ; seule, une bête inconnue, un oiseau peut-être, faisait quelque part une sorte de grincement de scie, faible, monotone, régulier comme un travail de mécanique."
"Puis, très loin, dans la campagne, elle écoutait les bruits dans la nuit, les aboiements interrompus d’un chien, le cri court des crapauds, le frémissement imperceptible des feuilles."
Paul
Verlaine
Jadis et Naguère
1884
Allégorie
"L’alouette au matin, lasse, n’a pas chanté,
Pas un nuage, pas un souffle, rien qui plisse
Ou ride cet azur implacablement lisse
Où le silence bout dans l’immobilité."
Jadis et Naguère
1884
Allégorie
"L’alouette au matin, lasse, n’a pas chanté,
Pas un nuage, pas un souffle, rien qui plisse
Ou ride cet azur implacablement lisse
Où le silence bout dans l’immobilité."
Guy
de Maupassant
Promenade
1884
" Il entendait autour de lui, au-dessus de lui, partout, une rumeur confuse, immense, continue, faite de bruits innombrables et différents, une rumeur sourde, proche, lointaine, une vague et énorme palpitation de vie : le souffle de Paris, respirant comme un être colossal."
Promenade
1884
" Il entendait autour de lui, au-dessus de lui, partout, une rumeur confuse, immense, continue, faite de bruits innombrables et différents, une rumeur sourde, proche, lointaine, une vague et énorme palpitation de vie : le souffle de Paris, respirant comme un être colossal."
Joris-Karl Huysmans
A rebours
1884
" Du reste, chaque liqueur correspondait, selon lui, comme goût, au son d’un instrument. Le curaçao sec, par exemple, à la clarinette dont le chant est aigrelet et velouté ; le kummel au hautbois dont le timbre sonore nasille ; la menthe et l’anisette, à la flûte, tout à la fois sucrée et poivrée, piaulante et douce ; tandis que, pour compléter l’orchestre, le kirsch sonne furieusement de la trompette ; le gin et le whisky emportent le palais avec leurs stridents éclats de pistons et de trombones, l’eau-de-vie de marc fulmine avec les assourdissants vacarmes des tubas, pendant que roulent les coups de tonnerre de la cymbale et de la caisse frappés à tour de bras, dans la peau de la bouche, par les rakis de Chio et les mastics !
Il pensait aussi que l’assimilation pouvait s’étendre, que des quatuors d’instruments à cordes pouvaient fonctionner sous la voûte palatine, avec le violon représentant la vieille eau-de-vie, fumeuse et fine, aiguë et frêle ; avec l’alto simulé par le rhum plus robuste, plus ronflant, plus sourd ; avec le vespétro déchirant et prolongé, mélancolique et caressant comme un violoncelle ; avec la contrebasse, corsée, solide et noire comme un pur et vieux bitter. On pouvait même, si l’on voulait former un quintette, adjoindre un cinquième instrument, la harpe, qu’imitait par une vraisemblable analogie, la saveur vibrante, la note argentine, détachée et grêle du cumin sec.
La similitude se prolongeait encore : des relations de tons existaient dans la musique des liqueurs ; ainsi pour ne citer qu’une note, la bénédictine figure, pour ainsi dire, le ton mineur de ce ton majeur des alcools que les partitions commerciales désignent sous le signe de chartreuse verte.
Ces principes une fois admis, il était parvenu, grâce à d’érudites expériences, à se jouer sur la langue de silencieuses mélodies, de muettes marches funèbres à grand spectacle, à entendre, dans sa bouche, des solis de menthe, des duos de vespétro et de rhum."
" Actuellement, il voulut vagabonder dans un surprenant et variable paysage, et il débuta par une phrase, sonore, ample, ouvrant tout d’un coup une échappée de campagne immense."
A rebours
1884
" Du reste, chaque liqueur correspondait, selon lui, comme goût, au son d’un instrument. Le curaçao sec, par exemple, à la clarinette dont le chant est aigrelet et velouté ; le kummel au hautbois dont le timbre sonore nasille ; la menthe et l’anisette, à la flûte, tout à la fois sucrée et poivrée, piaulante et douce ; tandis que, pour compléter l’orchestre, le kirsch sonne furieusement de la trompette ; le gin et le whisky emportent le palais avec leurs stridents éclats de pistons et de trombones, l’eau-de-vie de marc fulmine avec les assourdissants vacarmes des tubas, pendant que roulent les coups de tonnerre de la cymbale et de la caisse frappés à tour de bras, dans la peau de la bouche, par les rakis de Chio et les mastics !
Il pensait aussi que l’assimilation pouvait s’étendre, que des quatuors d’instruments à cordes pouvaient fonctionner sous la voûte palatine, avec le violon représentant la vieille eau-de-vie, fumeuse et fine, aiguë et frêle ; avec l’alto simulé par le rhum plus robuste, plus ronflant, plus sourd ; avec le vespétro déchirant et prolongé, mélancolique et caressant comme un violoncelle ; avec la contrebasse, corsée, solide et noire comme un pur et vieux bitter. On pouvait même, si l’on voulait former un quintette, adjoindre un cinquième instrument, la harpe, qu’imitait par une vraisemblable analogie, la saveur vibrante, la note argentine, détachée et grêle du cumin sec.
La similitude se prolongeait encore : des relations de tons existaient dans la musique des liqueurs ; ainsi pour ne citer qu’une note, la bénédictine figure, pour ainsi dire, le ton mineur de ce ton majeur des alcools que les partitions commerciales désignent sous le signe de chartreuse verte.
Ces principes une fois admis, il était parvenu, grâce à d’érudites expériences, à se jouer sur la langue de silencieuses mélodies, de muettes marches funèbres à grand spectacle, à entendre, dans sa bouche, des solis de menthe, des duos de vespétro et de rhum."
" Actuellement, il voulut vagabonder dans un surprenant et variable paysage, et il débuta par une phrase, sonore, ample, ouvrant tout d’un coup une échappée de campagne immense."
Yuan-héou
Élégie allégorique
La poésie chinoise du XIVe au XIXe siècle - Traduction (1886) de Camille Imbault-Huart
1884
"Le busard est noir et ses ailes courtes sont solides comme le fer ;
Il n'a d'autre occupation que de battre tous les autres oiseaux ;
Parfois, il chante bien et ses ondulations coulent comme les sons du 'Houang :
Quand les oiseaux l'entendent, ils sont saisis de crainte.
Dans mon jardin où les bambous et les ou-t'oung entremêlent leurs branches,
Les oiseaux font résonner leurs gazouillements et se répondent l'un à l'autre.
Il y a là des siun-fang, des grives, des milans,
Les paroles du grand perroquet et les accents du coucou ressemblent aux sons de la pierre sonore.
Au matin, comme les pêcheurs, ces oiseaux appellent les gens et les font lever ;
Au soir, comme des guerriers, ils entonnent un chant de victoire.
Toutes les nuits, il y a des sons mélodieux qui parviennent jusqu'au bord de l'oreiller.
Durant tout le jour, ils reposent : quelle en est la cause ?
On voit deux busards dans un nid sis sur un ou-t'oung élevé ;
Les extrémités des branches étagées forment comme un vase (pour le contenir).
Tandis que la femelle couve les œufs, le mâle chante à plaisir :
Celui-ci fait lever de crainte les oiseaux des bois qui s'écartent au plus vite,
Mais il attire aussi le jeune garçon qui, armé d'un bâton, brise les œufs du nid.
Le plomb et les balles sifflent : le mâle et la femelle se dispersent,
Et s'enfuient tout droit, furieux contre l'importun :
Ils disparaissent dans la buée de l'horizon sans tarder un instant."
Élégie allégorique
La poésie chinoise du XIVe au XIXe siècle - Traduction (1886) de Camille Imbault-Huart
1884
"Le busard est noir et ses ailes courtes sont solides comme le fer ;
Il n'a d'autre occupation que de battre tous les autres oiseaux ;
Parfois, il chante bien et ses ondulations coulent comme les sons du 'Houang :
Quand les oiseaux l'entendent, ils sont saisis de crainte.
Dans mon jardin où les bambous et les ou-t'oung entremêlent leurs branches,
Les oiseaux font résonner leurs gazouillements et se répondent l'un à l'autre.
Il y a là des siun-fang, des grives, des milans,
Les paroles du grand perroquet et les accents du coucou ressemblent aux sons de la pierre sonore.
Au matin, comme les pêcheurs, ces oiseaux appellent les gens et les font lever ;
Au soir, comme des guerriers, ils entonnent un chant de victoire.
Toutes les nuits, il y a des sons mélodieux qui parviennent jusqu'au bord de l'oreiller.
Durant tout le jour, ils reposent : quelle en est la cause ?
On voit deux busards dans un nid sis sur un ou-t'oung élevé ;
Les extrémités des branches étagées forment comme un vase (pour le contenir).
Tandis que la femelle couve les œufs, le mâle chante à plaisir :
Celui-ci fait lever de crainte les oiseaux des bois qui s'écartent au plus vite,
Mais il attire aussi le jeune garçon qui, armé d'un bâton, brise les œufs du nid.
Le plomb et les balles sifflent : le mâle et la femelle se dispersent,
Et s'enfuient tout droit, furieux contre l'importun :
Ils disparaissent dans la buée de l'horizon sans tarder un instant."
Guy
de Maupassant
Les prisonniers
1884
" Aucun bruit dans la forêt que le frémissement léger de la neige tombant sur les arbres. Elle tombait depuis midi : une petite neige fine qui poudrait les branches d’une mousse glacée qui jetait sur les feuilles mortes des fourrés un léger toit d’argent, étendait par les chemins un immense tapis moelleux et blanc, et qui épaississait le silence illimité de cet océan d’arbres."
"On n’entendait rien autre chose que le ronflement léger du rouet et le crépitement du feu, et le murmure de l’eau qui s’échauffait.
Mais soudain un bruit étrange les fit tous tressaillir, quelque chose comme un souffle rauque poussé sous la porte, un souffle de bête, fort et ronflant."
Les prisonniers
1884
" Aucun bruit dans la forêt que le frémissement léger de la neige tombant sur les arbres. Elle tombait depuis midi : une petite neige fine qui poudrait les branches d’une mousse glacée qui jetait sur les feuilles mortes des fourrés un léger toit d’argent, étendait par les chemins un immense tapis moelleux et blanc, et qui épaississait le silence illimité de cet océan d’arbres."
"On n’entendait rien autre chose que le ronflement léger du rouet et le crépitement du feu, et le murmure de l’eau qui s’échauffait.
Mais soudain un bruit étrange les fit tous tressaillir, quelque chose comme un souffle rauque poussé sous la porte, un souffle de bête, fort et ronflant."
Mark
Twain
Adventures of Huckleberry Finn
Les Aventures de Huckleberry Finn - Traduction (1948) de Suzanne Nétillard - Extrait
1884
"Les étoiles brillaient, les feuilles bruissaient si lugubrement dans les bois ! Au loin, j’entendis un hibou hululer hou-hou, car quelqu’un venait de mourir ; puis un engoulevent et un chien se mirent à hurler, c’est que quelqu’un allait trépasser. Le vent essayait de me chuchoter je ne sais quoi, et j’en frissonnais de peur. Là-bas, dans le bois, je reconnus le bruit que font les fantômes quand ils veulent nous dire pourquoi ils ont l’âme en peine et ne peuvent nous le faire comprendre. Alors, ils ne trouvent plus le repos dans leur tombe, et, la nuit, ils errent en gémissant."
Adventures of Huckleberry Finn
Les Aventures de Huckleberry Finn - Traduction (1948) de Suzanne Nétillard - Extrait
1884
"Les étoiles brillaient, les feuilles bruissaient si lugubrement dans les bois ! Au loin, j’entendis un hibou hululer hou-hou, car quelqu’un venait de mourir ; puis un engoulevent et un chien se mirent à hurler, c’est que quelqu’un allait trépasser. Le vent essayait de me chuchoter je ne sais quoi, et j’en frissonnais de peur. Là-bas, dans le bois, je reconnus le bruit que font les fantômes quand ils veulent nous dire pourquoi ils ont l’âme en peine et ne peuvent nous le faire comprendre. Alors, ils ne trouvent plus le repos dans leur tombe, et, la nuit, ils errent en gémissant."
Guy
de Maupassant
Lettre trouvée sur un noyé
1884
"Les crapauds jetaient leur cri monotone et clair ; les grenouilles s’égosillaient dans les herbes des bords, et le glissement de l’eau qui coule faisait autour de nous une sorte de bruit confus, presque insaisissable, inquiétant, et nous donnait une vague sensation de peur mystérieuse."
Lettre trouvée sur un noyé
1884
"Les crapauds jetaient leur cri monotone et clair ; les grenouilles s’égosillaient dans les herbes des bords, et le glissement de l’eau qui coule faisait autour de nous une sorte de bruit confus, presque insaisissable, inquiétant, et nous donnait une vague sensation de peur mystérieuse."
Arthur
Rimbaud
Les Chercheuses de poux
1884
"Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés,
Et qu’interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.
Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux."
Les Chercheuses de poux
1884
"Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés,
Et qu’interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.
Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux."
Guy
de Maupassant
L’horrible
1884
" On n’entendait rien autre chose dans la lueur terne du crépuscule qu’un bruit confus, mou et cependant démesuré de troupeau marchant, un piétinement infini, mêlé d’un vague cliquetis de gamelles ou de sabres."
L’horrible
1884
" On n’entendait rien autre chose dans la lueur terne du crépuscule qu’un bruit confus, mou et cependant démesuré de troupeau marchant, un piétinement infini, mêlé d’un vague cliquetis de gamelles ou de sabres."
Emile
Zola
Germinal
1885
" Pas une parole n'était échangée. Ils tapaient tous, on n'entendait que ces coups irréguliers, voilés et comme lointains. Les bruits prenaient une sonorité rauque, sans un écho dans l'air mort.
...
Puis, tout retombait au noir, les rivelaines tapaient à grands coups sourds, il n'y avait plus que le halètement des poitrines, le grognement de gêne et de fatigue, sous la pesanteur de l'air et la pluie des sources."
Germinal
1885
" Pas une parole n'était échangée. Ils tapaient tous, on n'entendait que ces coups irréguliers, voilés et comme lointains. Les bruits prenaient une sonorité rauque, sans un écho dans l'air mort.
...
Puis, tout retombait au noir, les rivelaines tapaient à grands coups sourds, il n'y avait plus que le halètement des poitrines, le grognement de gêne et de fatigue, sous la pesanteur de l'air et la pluie des sources."
Guy
de Maupassant
Bel-Ami
1885
"Il entendait dans toute cette vaste maison une rumeur confuse, ce bruissement des grands restaurants fait du bruit des vaisselles et des argenteries heurtées, du bruit des pas rapides des garçons adouci par le tapis des corridors, du bruit des portes un moment ouvertes et qui laissent échapper le son des voix de tous ces étroits salons où sont enfermés des gens qui dînent."
"... et il entendait une rumeur confuse, immense, continue, faite de bruits innombrables et différents, une rumeur sourde, proche, lointaine, une vague et énorme palpitation de vie, le souffle de Paris respirant, dans cette nuit d’été, comme un colosse épuisé de fatigue."
Bel-Ami
1885
"Il entendait dans toute cette vaste maison une rumeur confuse, ce bruissement des grands restaurants fait du bruit des vaisselles et des argenteries heurtées, du bruit des pas rapides des garçons adouci par le tapis des corridors, du bruit des portes un moment ouvertes et qui laissent échapper le son des voix de tous ces étroits salons où sont enfermés des gens qui dînent."
"... et il entendait une rumeur confuse, immense, continue, faite de bruits innombrables et différents, une rumeur sourde, proche, lointaine, une vague et énorme palpitation de vie, le souffle de Paris respirant, dans cette nuit d’été, comme un colosse épuisé de fatigue."
Robert
Louis Stevenson
Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde
L’étrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde - Traduction (1926) de Théo Varlet
1886
"À dix heures, quand les boutiques se fermaient, la petite rue devenait très déserte et, en dépit du sourd grondement de Londres qui s’élevait de tout à l’entour, très silencieuse. Les plus petits sons portaient au loin : les bruits domestiques provenant des maisons s’entendaient nettement d’un côté à l’autre de la chaussée ; et le bruit de leur marche précédait de beaucoup les passants. Il y avait quelques minutes que M. Utterson était à son poste, lorsqu’il perçut un pas insolite et léger qui se rapprochait. Au cours de ses reconnaissances nocturnes, il s’était habitué depuis longtemps à l’effet bizarre que produit le pas d’un promeneur solitaire qui est encore à une grande distance, lorsqu’il devient tout à coup distinct parmi la vaste rumeur et les voix de la ville.
...
Les pas se rapprochaient rapidement, et ils redoublèrent tout à coup de sonorité lorsqu’ils débouchèrent dans la rue."
Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde
L’étrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde - Traduction (1926) de Théo Varlet
1886
"À dix heures, quand les boutiques se fermaient, la petite rue devenait très déserte et, en dépit du sourd grondement de Londres qui s’élevait de tout à l’entour, très silencieuse. Les plus petits sons portaient au loin : les bruits domestiques provenant des maisons s’entendaient nettement d’un côté à l’autre de la chaussée ; et le bruit de leur marche précédait de beaucoup les passants. Il y avait quelques minutes que M. Utterson était à son poste, lorsqu’il perçut un pas insolite et léger qui se rapprochait. Au cours de ses reconnaissances nocturnes, il s’était habitué depuis longtemps à l’effet bizarre que produit le pas d’un promeneur solitaire qui est encore à une grande distance, lorsqu’il devient tout à coup distinct parmi la vaste rumeur et les voix de la ville.
...
Les pas se rapprochaient rapidement, et ils redoublèrent tout à coup de sonorité lorsqu’ils débouchèrent dans la rue."
Guy
de Maupassant
Mont-Oriol
1887
"Le murmure des voix montait, tantôt léger, à peine perceptible, tantôt plus vif, une rumeur confuse de cris et de mouvements humains, mais émiettée dans l’air, évaporée déjà, une sorte de poussière de bruit."
Mont-Oriol
1887
"Le murmure des voix montait, tantôt léger, à peine perceptible, tantôt plus vif, une rumeur confuse de cris et de mouvements humains, mais émiettée dans l’air, évaporée déjà, une sorte de poussière de bruit."
Joris-Karl Huysmans
En rade
1887
" Partout, en haut des collines, en bas du val, des gens fauchaient et, le son portant loin, il entendait distinctement le bruit de soie, suivi du tintement métallique de la sape coupant le blé. La vie du paysage changeait selon les côtes."
"... plus bas le paysage était complètement désert, les paysans tapis, les bestiaux rentrés ; dans l’étendue de la plaine, en écoutant, l’on n’entendait, au loin, sur des coteaux, que l’imperceptible aboiement d’un chien."
" Ce silence inanimé, cet abandon qui lui avaient étreint le coeur, la nuit, n’existaient plus ; la vie terminée de ces lieux que dénonçaient des fenêtres sans rideaux ouvrant sur des corridors nus et des chambres vides semblait prête à renaître ; il allait certainement suffire d’aérer les pièces, de réveiller par des éclats de voix la sonorité endormie de ces chambres pour que le château revécût son existence arrêtée depuis des ans."
En rade
1887
" Partout, en haut des collines, en bas du val, des gens fauchaient et, le son portant loin, il entendait distinctement le bruit de soie, suivi du tintement métallique de la sape coupant le blé. La vie du paysage changeait selon les côtes."
"... plus bas le paysage était complètement désert, les paysans tapis, les bestiaux rentrés ; dans l’étendue de la plaine, en écoutant, l’on n’entendait, au loin, sur des coteaux, que l’imperceptible aboiement d’un chien."
" Ce silence inanimé, cet abandon qui lui avaient étreint le coeur, la nuit, n’existaient plus ; la vie terminée de ces lieux que dénonçaient des fenêtres sans rideaux ouvrant sur des corridors nus et des chambres vides semblait prête à renaître ; il allait certainement suffire d’aérer les pièces, de réveiller par des éclats de voix la sonorité endormie de ces chambres pour que le château revécût son existence arrêtée depuis des ans."
Guy
de Maupassant
Pierre et Jean
1887
"... il vit une barque de pêche qui rentrait, sans un bruit de voix, sans un bruit de flot, sans un bruit d’aviron, doucement poussée par sa haute voile brune tendue à la brise du large."
"Les heures sonnaient, l’une après l’autre, à la pendule de la salle à manger, dont le timbre avait un son profond et grave, comme si ce petit instrument d’horlogerie eût avalé une cloche de cathédrale. Elles montaient, dans l’escalier vide, traversaient les murs et les portes, allaient mourir au fond des chambres dans l’oreille inerte des dormeurs."
"Et le bruit confus, proche et lointain des voix égrenées dans l’air léger, les appels, les cris d’enfants qu’on baigne, les rires clairs des femmes faisaient une rumeur continue et douce, mêlée à la brise insensible et qu’on aspirait avec elle."
Pierre et Jean
1887
"... il vit une barque de pêche qui rentrait, sans un bruit de voix, sans un bruit de flot, sans un bruit d’aviron, doucement poussée par sa haute voile brune tendue à la brise du large."
"Les heures sonnaient, l’une après l’autre, à la pendule de la salle à manger, dont le timbre avait un son profond et grave, comme si ce petit instrument d’horlogerie eût avalé une cloche de cathédrale. Elles montaient, dans l’escalier vide, traversaient les murs et les portes, allaient mourir au fond des chambres dans l’oreille inerte des dormeurs."
"Et le bruit confus, proche et lointain des voix égrenées dans l’air léger, les appels, les cris d’enfants qu’on baigne, les rires clairs des femmes faisaient une rumeur continue et douce, mêlée à la brise insensible et qu’on aspirait avec elle."
Marcel
Proust
Pour la Revue Lilas - cité dans : Marcel Proust Une vie à s’écrire de Jérôme Picon
1888
" Tout le monde est couché dans le grand appartement silencieux... J’entrouvre la fenêtre pour revoir une dernière fois la douce face fauve, bien ronde de la lune amie. J’entends comme l’haleine très fraîche, froide, de toutes les choses qui dorment, l’arbre d’où suinte de la lumière bleue transfigurant au loin par une échappée de rues, comme un paysage polaire électriquement illuminé – des pavés bleus et pâles. Par-dessus s’étendent les infinis champs bleus où fleurissent de frêles étoiles... J’ai refermé la fenêtre."
Pour la Revue Lilas - cité dans : Marcel Proust Une vie à s’écrire de Jérôme Picon
1888
" Tout le monde est couché dans le grand appartement silencieux... J’entrouvre la fenêtre pour revoir une dernière fois la douce face fauve, bien ronde de la lune amie. J’entends comme l’haleine très fraîche, froide, de toutes les choses qui dorment, l’arbre d’où suinte de la lumière bleue transfigurant au loin par une échappée de rues, comme un paysage polaire électriquement illuminé – des pavés bleus et pâles. Par-dessus s’étendent les infinis champs bleus où fleurissent de frêles étoiles... J’ai refermé la fenêtre."
Paul
Verlaine
Parallèlement - Tantalized
1889
"L’aile où je suis donnant juste sur une gare,
J’entends de nuit (mes nuits sont blanches) la bagarre
Des machines qu’on chauffe et des trains ajustés,
Et vraiment c’est des bruits de nids répercutés
À des cieux de fonte et de verre et gras de houille.
Vous n’imaginez pas comme cela gazouille
Et comme l’on dirait des efforts d’oiselets
Vers des vols tout prochains à des cieux violets
Encore et que le point du jour éclaire à peine.
Ô ces wagons qui vont dévaler dans la plaine !"
Parallèlement - Tantalized
1889
"L’aile où je suis donnant juste sur une gare,
J’entends de nuit (mes nuits sont blanches) la bagarre
Des machines qu’on chauffe et des trains ajustés,
Et vraiment c’est des bruits de nids répercutés
À des cieux de fonte et de verre et gras de houille.
Vous n’imaginez pas comme cela gazouille
Et comme l’on dirait des efforts d’oiselets
Vers des vols tout prochains à des cieux violets
Encore et que le point du jour éclaire à peine.
Ô ces wagons qui vont dévaler dans la plaine !"
Guy
de Maupassant
La main gauche
Boitelle
1889
"... et les petits, tout petits oisillons sautillants, rouges, jaunes, bleus et bariolés, mêlant leurs cris au bruit du quai, apportent dans le fracas des navires déchargés, des passants et des voitures, une rumeur violente, aiguë, piaillarde, assourdissante, de forêt lointaine et surnaturelle."
La main gauche
Boitelle
1889
"... et les petits, tout petits oisillons sautillants, rouges, jaunes, bleus et bariolés, mêlant leurs cris au bruit du quai, apportent dans le fracas des navires déchargés, des passants et des voitures, une rumeur violente, aiguë, piaillarde, assourdissante, de forêt lointaine et surnaturelle."
Guy
de Maupassant
Fort comme la mort
1889
"... et aucun autre bruit ne troublait le lourd silence que les cris vifs et courts des hirondelles qui passaient sur le châssis ouvert, et la longue rumeur confuse de Paris à peine entendue par-dessus les toits."
"... on entendait dans cette paix nocturne un confus et continu murmure de vie, mille bruits frêles dont l’harmonie ressemblait d’abord à du silence.
Une caille, dans un pré voisin, jetait son double cri, et Julio, les oreilles dressées, s’en alla à pas furtifs vers les deux notes de flûte de l’oiseau."
Fort comme la mort
1889
"... et aucun autre bruit ne troublait le lourd silence que les cris vifs et courts des hirondelles qui passaient sur le châssis ouvert, et la longue rumeur confuse de Paris à peine entendue par-dessus les toits."
"... on entendait dans cette paix nocturne un confus et continu murmure de vie, mille bruits frêles dont l’harmonie ressemblait d’abord à du silence.
Une caille, dans un pré voisin, jetait son double cri, et Julio, les oreilles dressées, s’en alla à pas furtifs vers les deux notes de flûte de l’oiseau."
Emile
Zola
La Bête humaine
1890
"... du fond de ce lac d’ombre, des bruits arrivaient, des respirations géantes, haletantes de fièvre, des coups de sifflet pareils à des cris aigus de femmes qu’on violente, des trompes lointaines sonnant, lamentables, au milieu du grondement des rues voisines. Il y eut des ordres à voix haute..."
"Que de monde ! encore la foule, la foule sans fin, au milieu du roulement des wagons, du sifflement des machines, du tintement du télégraphe, de la sonnerie des cloches !"
"Dans les premiers temps de son mariage, ces bruits violents de la gare, coups de sifflet, chocs de plaques tournantes, roulements de foudre, ces trépidations brusques, pareilles à des tremblements de terre, qui la secouaient avec les meubles, l’avaient affolée. Puis, peu à peu, l’habitude était venue, la gare sonore et frissonnante entrait dans sa vie ; et, maintenant, elle s’y plaisait, son calme était fait de cette agitation et de ce vacarme."
La Bête humaine
1890
"... du fond de ce lac d’ombre, des bruits arrivaient, des respirations géantes, haletantes de fièvre, des coups de sifflet pareils à des cris aigus de femmes qu’on violente, des trompes lointaines sonnant, lamentables, au milieu du grondement des rues voisines. Il y eut des ordres à voix haute..."
"Que de monde ! encore la foule, la foule sans fin, au milieu du roulement des wagons, du sifflement des machines, du tintement du télégraphe, de la sonnerie des cloches !"
"Dans les premiers temps de son mariage, ces bruits violents de la gare, coups de sifflet, chocs de plaques tournantes, roulements de foudre, ces trépidations brusques, pareilles à des tremblements de terre, qui la secouaient avec les meubles, l’avaient affolée. Puis, peu à peu, l’habitude était venue, la gare sonore et frissonnante entrait dans sa vie ; et, maintenant, elle s’y plaisait, son calme était fait de cette agitation et de ce vacarme."
Knut
Hamsun
Sult
La faim - Traduction (1926) de Georges Sautreau
1890
" L'obscurité régnait autour de moi, tout était tranquille, tout. Mais dans les hauteurs bruissait le chant éternel de l'atmosphère, ce bourdonnement lointain, sans modulations, qui jamais ne se tait. Je prêtai si longtemps l'oreille à ce murmure sans fin, ce murmure morbide, qu'il commença à me troubler. C'étaient certainement les symphonies des mondes tournant dans l'espace au-dessus de moi, les étoiles qui entonnaient un hymne..."
Sult
La faim - Traduction (1926) de Georges Sautreau
1890
" L'obscurité régnait autour de moi, tout était tranquille, tout. Mais dans les hauteurs bruissait le chant éternel de l'atmosphère, ce bourdonnement lointain, sans modulations, qui jamais ne se tait. Je prêtai si longtemps l'oreille à ce murmure sans fin, ce murmure morbide, qu'il commença à me troubler. C'étaient certainement les symphonies des mondes tournant dans l'espace au-dessus de moi, les étoiles qui entonnaient un hymne..."
Guy
de Maupassant
Qui sait ?
1890
"Pendant ces premiers instants, je ne remarquai rien d’insolite autour de moi. J’avais dans les oreilles quelques ronflements ; mais cela m’arrive souvent. Il me semble parfois que j’entends passer des trains, que j’entends sonner des cloches, que j’entends marcher une foule.
Puis bientôt, ces ronflements devinrent plus distincts, plus précis, plus reconnaissables. Je m’étais trompé. Ce n’était pas le bourdonnement ordinaire de mes artères qui mettait dans mes oreilles ces rumeurs, mais un bruit très particulier, très confus cependant, qui venait, à n’en point douter, de l’intérieur de ma maison.
Je le distinguais à travers le mur, ce bruit continu, plutôt une agitation qu’un bruit, un remuement vague d’un tas de choses, comme si on eût secoué, déplacé, traîné doucement tous mes meubles.
...
J’attendis, debout, écoutant toujours le bruit qui grandissait, qui prenait, par moments, une intensité violente, qui semblait devenir un grondement d’impatience, de colère, d’émeute mystérieuse."
Qui sait ?
1890
"Pendant ces premiers instants, je ne remarquai rien d’insolite autour de moi. J’avais dans les oreilles quelques ronflements ; mais cela m’arrive souvent. Il me semble parfois que j’entends passer des trains, que j’entends sonner des cloches, que j’entends marcher une foule.
Puis bientôt, ces ronflements devinrent plus distincts, plus précis, plus reconnaissables. Je m’étais trompé. Ce n’était pas le bourdonnement ordinaire de mes artères qui mettait dans mes oreilles ces rumeurs, mais un bruit très particulier, très confus cependant, qui venait, à n’en point douter, de l’intérieur de ma maison.
Je le distinguais à travers le mur, ce bruit continu, plutôt une agitation qu’un bruit, un remuement vague d’un tas de choses, comme si on eût secoué, déplacé, traîné doucement tous mes meubles.
...
J’attendis, debout, écoutant toujours le bruit qui grandissait, qui prenait, par moments, une intensité violente, qui semblait devenir un grondement d’impatience, de colère, d’émeute mystérieuse."
Maurice Maeterlinck
Pelléas et Mélisande
1892
"Mélisande
Comme on est seul ici... on n'entend rien.
Pelléas
Il y a toujours un silence extraordinaire...
On entendrait dormir l'eau...
...
Pelléas
Est-ce le bruit de la grotte qui vous effraie ? C’est le bruit de la nuit ou le bruit du silence...
Entendez-vous la mer derrière nous ? – Elle ne semble pas heureuse cette nuit..."
Pelléas et Mélisande
1892
"Mélisande
Comme on est seul ici... on n'entend rien.
Pelléas
Il y a toujours un silence extraordinaire...
On entendrait dormir l'eau...
...
Pelléas
Est-ce le bruit de la grotte qui vous effraie ? C’est le bruit de la nuit ou le bruit du silence...
Entendez-vous la mer derrière nous ? – Elle ne semble pas heureuse cette nuit..."
Paul
Verlaine
Liturgies intimes - Agnus Dei
1892
"Son pas fait le bruit d'une averse sur la poussière."
Liturgies intimes - Agnus Dei
1892
"Son pas fait le bruit d'une averse sur la poussière."
Jules
Renard
Les Histoires Naturelles
1894
L’âne
" Subitement, le lac de silence où les choses baignent et dorment déjà, se rompt, bouleversé.
Quelle ménagère tire, à cette heure, par un treuil rouillé et criard, des pleins seaux d’eau de son puits ?
C’est l’âne qui remonte et jette toute sa voix dehors et brait, jusqu’à extinction, qu’il s’en fiche, qu’il s’en fiche."
Le pinson
" Au bout du toit de la grange, un pinson chante. Il répète, par intervalles égaux, sa note héréditaire. À force de le regarder, l’oeil trouble ne le distingue plus de la grange massive. Toute la vie de ces pierres, de ce foin, de ces poutres et de ces tuiles s’échappe par un bec d’oiseau.
Ou plutôt la grange elle-même siffle un petit air."
L’alouette
" Mais écoutez comme j’écoute.
Entendez-vous quelque part, là-haut, piler dans une coupe d’or des morceaux de cristal ?
Qui peut me dire où l’alouette chante ?
Si je regarde en l’air, le soleil brûle mes yeux.
Il me faut renoncer à la voir.
L’alouette vit au ciel, et c’est le seul oiseau du ciel qui chante jusqu’à nous"
Les perdrix
"La perdrix connaît la voix du laboureur, elle ne le redoute pas quand il crie ou qu’il jure.
Que la charrue grince, que le boeuf tousse et que l’âne se mette à braire, elle sait que ce n’est rien."
Fermeture de la chasse
"D’où partent ce bruit vague, ce bêlement, ce son de cloche, ce cri humain ?
Il faut rentrer. Par une route déjà effacée, je retourne au village. Lui seul connaît son nom."
Les Histoires Naturelles
1894
L’âne
" Subitement, le lac de silence où les choses baignent et dorment déjà, se rompt, bouleversé.
Quelle ménagère tire, à cette heure, par un treuil rouillé et criard, des pleins seaux d’eau de son puits ?
C’est l’âne qui remonte et jette toute sa voix dehors et brait, jusqu’à extinction, qu’il s’en fiche, qu’il s’en fiche."
Le pinson
" Au bout du toit de la grange, un pinson chante. Il répète, par intervalles égaux, sa note héréditaire. À force de le regarder, l’oeil trouble ne le distingue plus de la grange massive. Toute la vie de ces pierres, de ce foin, de ces poutres et de ces tuiles s’échappe par un bec d’oiseau.
Ou plutôt la grange elle-même siffle un petit air."
L’alouette
" Mais écoutez comme j’écoute.
Entendez-vous quelque part, là-haut, piler dans une coupe d’or des morceaux de cristal ?
Qui peut me dire où l’alouette chante ?
Si je regarde en l’air, le soleil brûle mes yeux.
Il me faut renoncer à la voir.
L’alouette vit au ciel, et c’est le seul oiseau du ciel qui chante jusqu’à nous"
Les perdrix
"La perdrix connaît la voix du laboureur, elle ne le redoute pas quand il crie ou qu’il jure.
Que la charrue grince, que le boeuf tousse et que l’âne se mette à braire, elle sait que ce n’est rien."
Fermeture de la chasse
"D’où partent ce bruit vague, ce bêlement, ce son de cloche, ce cri humain ?
Il faut rentrer. Par une route déjà effacée, je retourne au village. Lui seul connaît son nom."
Masaoka
Shiki (1867 .. 1902)
Fourmis sans ombre - Le livre du haïku - Maurice Coyaud
"Tous les cris des marchands ambulants
Se sont tus
Midi. Les cigales"
"La grosse cloche sonne
Dans la cour du temple, bruit des kakis murs
Tombant"
Fourmis sans ombre - Le livre du haïku - Maurice Coyaud
"Tous les cris des marchands ambulants
Se sont tus
Midi. Les cigales"
"La grosse cloche sonne
Dans la cour du temple, bruit des kakis murs
Tombant"
Stéphane Mallarmé
Conflit
1895
" Même le calme, obligatoire dans une région d'échos, comme on y trempe, je l'ai, particulièrement les soirs de dimanche, jusqu'au silence."
Conflit
1895
" Même le calme, obligatoire dans une région d'échos, comme on y trempe, je l'ai, particulièrement les soirs de dimanche, jusqu'au silence."
Marcel
Proust
Les Plaisirs et les Jours
1896
"Tout à coup il entendit un petit bruit argentin, imperceptible et profond comme un battement de cœur. C'était le son des cloches d'un village extrêmement éloigné, qui, par la grâce de l'air si limpide ce soir-là et de la brise propice, avait traversé bien des lieues de plaines et de rivières avant d'arriver jusqu'à lui pour être recueilli par son oreille fidèle. C'était une voix présente et bien ancienne ; maintenant il entendait son cœur battre avec leur vol harmonieux, suspendu au moment où elles semblent aspirer le son, et s'exhalant après longuement et faiblement avec elles. À toutes les époques de sa vie, dès qu'il entendait le son lointain des cloches, il se rappelait malgré lui leur douceur dans l'air du soir, quand, petit enfant encore, il rentrait au château, par les champs."
"Tout d'un coup, un bruit léger s'éveilla longuement comme une inquiétude, rapidement grandit, sembla rouler sur le bois. C'était le frisson des feuilles froissées par la brise. Une à une je les entendais déferler comme des vagues sur le vaste silence de la nuit tout entière. Puis ce bruit même décrût et s'éteignit."
Les Plaisirs et les Jours
1896
"Tout à coup il entendit un petit bruit argentin, imperceptible et profond comme un battement de cœur. C'était le son des cloches d'un village extrêmement éloigné, qui, par la grâce de l'air si limpide ce soir-là et de la brise propice, avait traversé bien des lieues de plaines et de rivières avant d'arriver jusqu'à lui pour être recueilli par son oreille fidèle. C'était une voix présente et bien ancienne ; maintenant il entendait son cœur battre avec leur vol harmonieux, suspendu au moment où elles semblent aspirer le son, et s'exhalant après longuement et faiblement avec elles. À toutes les époques de sa vie, dès qu'il entendait le son lointain des cloches, il se rappelait malgré lui leur douceur dans l'air du soir, quand, petit enfant encore, il rentrait au château, par les champs."
"Tout d'un coup, un bruit léger s'éveilla longuement comme une inquiétude, rapidement grandit, sembla rouler sur le bois. C'était le frisson des feuilles froissées par la brise. Une à une je les entendais déferler comme des vagues sur le vaste silence de la nuit tout entière. Puis ce bruit même décrût et s'éteignit."
Paul
Verlaine
Chair - Vers sans rimes
1896
"Le bruit de ton aiguille et celui de ma plume
Sont le silence d’or dont on parla d’argent.
Ah ! cessons de nous plaindre, insensés que nous fûmes
Et travaillons tranquillement au nez des gens !
Quant à souffrir, quant à mourir, c’est nos affaires
Ou plutôt celles des toc tocs et des tic tacs
De la pendule en garni dont la voix sévère
Voudrait persévérer à nous donner le trac"
Chair - Vers sans rimes
1896
"Le bruit de ton aiguille et celui de ma plume
Sont le silence d’or dont on parla d’argent.
Ah ! cessons de nous plaindre, insensés que nous fûmes
Et travaillons tranquillement au nez des gens !
Quant à souffrir, quant à mourir, c’est nos affaires
Ou plutôt celles des toc tocs et des tic tacs
De la pendule en garni dont la voix sévère
Voudrait persévérer à nous donner le trac"
Bram
Stoker
Dracula
Traduction (1963) de Lucienne Molitor
1897
" À l’abri sous les arbres et entouré du silence de la plaine environnante, je n’entendais rien d’autre que le vent siffler au-dessus de ma tête. L’obscurité qu’avait créée l’orage fut engloutie par l’obscurité définitive de la nuit... Puis la tempête parut s’éloigner : il n’y avait plus, par moments, que des rafales d’une violence extrême et, chaque fois, j’avais l’impression que ce cri mystérieux, presque surnaturel, du loup était répété par un écho multiple."
"Abrités de la sorte, nous entendions toutefois le vent siffler et gémir entre ces rochers, et les branches des arbres s’agiter violemment.
...
Le vent nous apportait encore des hurlements de chiens, encore qu’ils nous parvinssent de plus en plus faibles à mesure que nous nous éloignons. Mais, à entendre les loups, on eût dit, au contraire, qu’eux se rapprochaient sans cesse, qu’ils finiraient par nous entourer complètement."
" Peu avant dix heures, ce temps lourd devint réellement oppressant, et le silence si profond que l’on entendait très distinctement, dans le lointain, bêler un mouton ou aboyer un chien ; l’orchestre du port, qui jouait si joyeusement ses airs français, semblait seul troubler ce grand calme étendu sur toute la nature. Mais les douze coups de minuit avaient sonné depuis quelques instants à peine qu’un bruit singulier se fit entendre, comme venant du large et se rapprochant de plus en plus, en même temps qu’un roulement encore sourd grondait au-dessus des nuages"
Dracula
Traduction (1963) de Lucienne Molitor
1897
" À l’abri sous les arbres et entouré du silence de la plaine environnante, je n’entendais rien d’autre que le vent siffler au-dessus de ma tête. L’obscurité qu’avait créée l’orage fut engloutie par l’obscurité définitive de la nuit... Puis la tempête parut s’éloigner : il n’y avait plus, par moments, que des rafales d’une violence extrême et, chaque fois, j’avais l’impression que ce cri mystérieux, presque surnaturel, du loup était répété par un écho multiple."
"Abrités de la sorte, nous entendions toutefois le vent siffler et gémir entre ces rochers, et les branches des arbres s’agiter violemment.
...
Le vent nous apportait encore des hurlements de chiens, encore qu’ils nous parvinssent de plus en plus faibles à mesure que nous nous éloignons. Mais, à entendre les loups, on eût dit, au contraire, qu’eux se rapprochaient sans cesse, qu’ils finiraient par nous entourer complètement."
" Peu avant dix heures, ce temps lourd devint réellement oppressant, et le silence si profond que l’on entendait très distinctement, dans le lointain, bêler un mouton ou aboyer un chien ; l’orchestre du port, qui jouait si joyeusement ses airs français, semblait seul troubler ce grand calme étendu sur toute la nature. Mais les douze coups de minuit avaient sonné depuis quelques instants à peine qu’un bruit singulier se fit entendre, comme venant du large et se rapprochant de plus en plus, en même temps qu’un roulement encore sourd grondait au-dessus des nuages"
André
Gide
Les Nourritures terrestres
1897
"Mer informe et toujours agitée ; loin des hommes, tes flots se taisent ; rien ne s’oppose à leur fluidité ; mais nul ne peut entendre leur silence ; sur la plus frêle chaloupe, déjà se heurtent-ils, et leur bruit nous fait croire que la tempête est bruyante. Les grandes vagues avancent et se succèdent sans aucun bruit."
" Je te parlerai des fenêtres encore : à Naples, des causeries sur les balcons, des rêveries, le soir, près des robes claires des femmes ; les rideaux à moitié retombés nous isolaient de la société bruyante du bal. Il y eut des paroles échangées, d’une si désolante délicatesse qu’après on restait quelque temps sans parler ; puis montait du jardin l’intolérable parfum des fleurs d’orangers, et le chant des oiseaux des nuits d’été ; et puis ces oiseaux mêmes, par instants, se taisaient ; alors on entendait très faiblement le bruit des vagues."
Les Nourritures terrestres
1897
"Mer informe et toujours agitée ; loin des hommes, tes flots se taisent ; rien ne s’oppose à leur fluidité ; mais nul ne peut entendre leur silence ; sur la plus frêle chaloupe, déjà se heurtent-ils, et leur bruit nous fait croire que la tempête est bruyante. Les grandes vagues avancent et se succèdent sans aucun bruit."
" Je te parlerai des fenêtres encore : à Naples, des causeries sur les balcons, des rêveries, le soir, près des robes claires des femmes ; les rideaux à moitié retombés nous isolaient de la société bruyante du bal. Il y eut des paroles échangées, d’une si désolante délicatesse qu’après on restait quelque temps sans parler ; puis montait du jardin l’intolérable parfum des fleurs d’orangers, et le chant des oiseaux des nuits d’été ; et puis ces oiseaux mêmes, par instants, se taisaient ; alors on entendait très faiblement le bruit des vagues."
August
Strindberg
The Inferno - Traduction anglaise (1912) de Claud Field
Inferno
1897
" J’allume la bougie pour passer le temps en lectures. Il règne un silence sinistre, et j’entends battre mon coeur. Alors un petit bruit sec me secoue comme une étincelle électrique.
Qu’est-ce que c’est ?
Un bloc énorme de stéarine de bougie vient de tomber à terre. Rien que cela, mais c’était une menace de mort, chez nous."
Cité par Gaston Bachelard dans La Flamme d'une chandelle
The Inferno - Traduction anglaise (1912) de Claud Field
Inferno
1897
" J’allume la bougie pour passer le temps en lectures. Il règne un silence sinistre, et j’entends battre mon coeur. Alors un petit bruit sec me secoue comme une étincelle électrique.
Qu’est-ce que c’est ?
Un bloc énorme de stéarine de bougie vient de tomber à terre. Rien que cela, mais c’était une menace de mort, chez nous."
Cité par Gaston Bachelard dans La Flamme d'une chandelle
Jules
Verne
Le secret de Wilhelm Storitz (version d’origine)
1898
" La nuit se passa dans le roulement des wagons, dans leur trépidation sur les rails, au milieu de cette monotonie bruyante, qui finit par vous endormir même pendant les temps d’arrêt. Parfois, à intervalles irréguliers, retentirent à mes oreilles les noms d’Oos, de Bade, de Carlsruhe et quelques autres, jetés par la voix glapissante des conducteurs."
"... et on entendait le bruit des chaises déplacées, le frou-frou des robes, le piétinement de la foule tandis que les piécettes tombaient dans la bourse des jeunes filles."
"Le moindre bruit dans les chambres, un craquement du plancher, une persienne agitée par le vent, un gémissement de la girouette sur le toit, le bourdonnement d’un insecte aux oreilles, le sifflement de la brise par une porte ou une fenêtre mal fermée, tout paraissait suspect."
Le secret de Wilhelm Storitz (version d’origine)
1898
" La nuit se passa dans le roulement des wagons, dans leur trépidation sur les rails, au milieu de cette monotonie bruyante, qui finit par vous endormir même pendant les temps d’arrêt. Parfois, à intervalles irréguliers, retentirent à mes oreilles les noms d’Oos, de Bade, de Carlsruhe et quelques autres, jetés par la voix glapissante des conducteurs."
"... et on entendait le bruit des chaises déplacées, le frou-frou des robes, le piétinement de la foule tandis que les piécettes tombaient dans la bourse des jeunes filles."
"Le moindre bruit dans les chambres, un craquement du plancher, une persienne agitée par le vent, un gémissement de la girouette sur le toit, le bourdonnement d’un insecte aux oreilles, le sifflement de la brise par une porte ou une fenêtre mal fermée, tout paraissait suspect."
Louise
Michel
La Commune
1898
" On entendait incessamment sur le parc de Neuilly grêler les balles à travers les branches avec ce bruit des orages d’été que nous connaissons si bien. L’illusion était telle qu’on croyait sentir l’humidité tout en sachant que c’était la mitraille."
" Tous les trois ans dans les cyclones, les vents et la mer hurlent, rauquent, mugissent les bardits de la tempête ; il semble alors que la pensée s’arrête, et qu’on soit porté par les vents et les flots entre la nuit du ciel et la nuit de l’océan.
...
Le bruit formidable de l’eau qui se verse par torrents, les souffles énormes du vent et de la mer, tout cela se réunit en un chœur magnifique et terrible."
La Commune
1898
" On entendait incessamment sur le parc de Neuilly grêler les balles à travers les branches avec ce bruit des orages d’été que nous connaissons si bien. L’illusion était telle qu’on croyait sentir l’humidité tout en sachant que c’était la mitraille."
" Tous les trois ans dans les cyclones, les vents et la mer hurlent, rauquent, mugissent les bardits de la tempête ; il semble alors que la pensée s’arrête, et qu’on soit porté par les vents et les flots entre la nuit du ciel et la nuit de l’océan.
...
Le bruit formidable de l’eau qui se verse par torrents, les souffles énormes du vent et de la mer, tout cela se réunit en un chœur magnifique et terrible."
Octave
Mirbeau
Le Jardin des supplices
1899
"Et j’entendis les bruits de luttes, au fond de la cage, des poitrines haletantes et sifflantes, des souffles rauques, des chutes de corps, des piétinements de chair, des craquements d’os, des chocs mous de tuerie... des râles !... De temps en temps, au-dessus du volet, une face apparaissait, la proie aux dents, et disparaissait... Des abois encore... des râles toujours... et presque le silence... puis rien !..."
"Le sable de l’allée crie sous ses petits pieds, et j’écoute le bruit du sable qui est comme un cri de désir, et comme un baiser, et où je distingue, nettement rythmé, ce nom qui est partout, qui était au craquement des potences, au râle des agonisants, et qui emplit maintenant, de son obsession exquise et funèbre, tout le crépuscule :
— Clara !... Clara !... Clara !...
Pour le mieux entendre, le gecko s’est tu... Tout s’est tu..."
"Nous croisâmes des sampangs pareils au nôtre et d’où partaient, sous les baldaquins aux rideaux fermés, des chants, des bruits de baisers, des rires, des râles d’amour, qui se mêlaient au clapotis de l’eau et à des sonorités lointaines, comme étouffées, de tam-tams et de gongs..."
"... et j’entendis des cris, des râles, des danses, des sons de flûte, des résonances de métal et ce nom qui courait, haletait, de lèvres en lèvres, et secouait, comme un spasme, tout le bateau de fleurs :
— Clara !... Clara !... Clara !
La porte se referma et les bruits s’assourdirent, et les visages disparurent."
Le Jardin des supplices
1899
"Et j’entendis les bruits de luttes, au fond de la cage, des poitrines haletantes et sifflantes, des souffles rauques, des chutes de corps, des piétinements de chair, des craquements d’os, des chocs mous de tuerie... des râles !... De temps en temps, au-dessus du volet, une face apparaissait, la proie aux dents, et disparaissait... Des abois encore... des râles toujours... et presque le silence... puis rien !..."
"Le sable de l’allée crie sous ses petits pieds, et j’écoute le bruit du sable qui est comme un cri de désir, et comme un baiser, et où je distingue, nettement rythmé, ce nom qui est partout, qui était au craquement des potences, au râle des agonisants, et qui emplit maintenant, de son obsession exquise et funèbre, tout le crépuscule :
— Clara !... Clara !... Clara !...
Pour le mieux entendre, le gecko s’est tu... Tout s’est tu..."
"Nous croisâmes des sampangs pareils au nôtre et d’où partaient, sous les baldaquins aux rideaux fermés, des chants, des bruits de baisers, des rires, des râles d’amour, qui se mêlaient au clapotis de l’eau et à des sonorités lointaines, comme étouffées, de tam-tams et de gongs..."
"... et j’entendis des cris, des râles, des danses, des sons de flûte, des résonances de métal et ce nom qui courait, haletait, de lèvres en lèvres, et secouait, comme un spasme, tout le bateau de fleurs :
— Clara !... Clara !... Clara !
La porte se referma et les bruits s’assourdirent, et les visages disparurent."
Marcel
Proust
Jean Santeuil
1899
"La forêt, les cultures, le village sous le ciel doux et gris, comme la plume qui est sous le ventre des oiseaux, semblaient clore tout le pays, comme à l’abri de tous les bruits du monde, dans le silence des choses qui sont séparées des autres, qui forment un tout, le silence d’un jardin vide. Aussi les heures vous arrivaient une à une comme dans une chambre si grande qu’elle soit, où on entend tout ce qui y fait le plus léger bruit. Et les heures d’un village voisin arrivaient comme l’heure sonne dans la chambre à côté. Le criaillement d’un oiseau, qui seul dans ce temps si triste se hasardait à gazouiller, le froissement des feuilles de marronnier, quand par hasard un souffle d’air passait, le bruit d’un marteau dans le village de l’autre côté de la colline, les aboiements indistincts mais reconnaissables d’un chien qui chassait avec son maître dans le bois peut être à deux lieues, tout vous arrivait, rien n’était perdu. Comme dans une pièce d’eau où le moindre souffle éveille dans le calme de cette eau bornée de toutes parts des vibrations jusqu’à ce qu’elles aient gagné toute la surface, les faibles aboiements du chien qui chassait tout à l’autre bout de l’horizon, éveillaient les aboiements encore plus faibles à cette distance du chien de la ferme des Aigneaux, et le murmure des feuilles de marronnier se prolongeait du murmure plus faible des autres marronniers jusqu’à ceux plus éloignés qu’on écoutait des yeux, comme font les sourds, aux mouvements imperceptibles de leurs feuilles."
Jean Santeuil
1899
"La forêt, les cultures, le village sous le ciel doux et gris, comme la plume qui est sous le ventre des oiseaux, semblaient clore tout le pays, comme à l’abri de tous les bruits du monde, dans le silence des choses qui sont séparées des autres, qui forment un tout, le silence d’un jardin vide. Aussi les heures vous arrivaient une à une comme dans une chambre si grande qu’elle soit, où on entend tout ce qui y fait le plus léger bruit. Et les heures d’un village voisin arrivaient comme l’heure sonne dans la chambre à côté. Le criaillement d’un oiseau, qui seul dans ce temps si triste se hasardait à gazouiller, le froissement des feuilles de marronnier, quand par hasard un souffle d’air passait, le bruit d’un marteau dans le village de l’autre côté de la colline, les aboiements indistincts mais reconnaissables d’un chien qui chassait avec son maître dans le bois peut être à deux lieues, tout vous arrivait, rien n’était perdu. Comme dans une pièce d’eau où le moindre souffle éveille dans le calme de cette eau bornée de toutes parts des vibrations jusqu’à ce qu’elles aient gagné toute la surface, les faibles aboiements du chien qui chassait tout à l’autre bout de l’horizon, éveillaient les aboiements encore plus faibles à cette distance du chien de la ferme des Aigneaux, et le murmure des feuilles de marronnier se prolongeait du murmure plus faible des autres marronniers jusqu’à ceux plus éloignés qu’on écoutait des yeux, comme font les sourds, aux mouvements imperceptibles de leurs feuilles."
Arthur
Conan Doyle
The Adventure of Black Peter
Peter le Noir
1904
" Nous nous étendîmes sous les arbres, attendant en silence. Tout d’abord les derniers pas des passants attardés et les bruits des voix dans le village égayèrent notre veille ; peu à peu ces sons s’éteignirent et l’on n’entendit plus rien que, de temps en temps, les heures qui sonnaient à l’église lointaine et le grésillement d’une pluie fine qui tombait sur les arbres au-dessus de nos têtes.
La demie de deux heures se fit entendre ; c’était l’heure la plus sombre de la nuit avant l’aurore. Tout à coup nous sautâmes en entendant un cliquetis métallique près de la barrière. On était entré dans l’avenue ; un silence se fit..."
The Adventure of Black Peter
Peter le Noir
1904
" Nous nous étendîmes sous les arbres, attendant en silence. Tout d’abord les derniers pas des passants attardés et les bruits des voix dans le village égayèrent notre veille ; peu à peu ces sons s’éteignirent et l’on n’entendit plus rien que, de temps en temps, les heures qui sonnaient à l’église lointaine et le grésillement d’une pluie fine qui tombait sur les arbres au-dessus de nos têtes.
La demie de deux heures se fit entendre ; c’était l’heure la plus sombre de la nuit avant l’aurore. Tout à coup nous sautâmes en entendant un cliquetis métallique près de la barrière. On était entré dans l’avenue ; un silence se fit..."
Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz
Les sept solitudes
1906
sur le blog Arbrealettres
"Un son maigre et pluvieux sonne en fausset mes heures,
Coassement — croassement — requiem des portes
Aux grands châteaux venteux dont le regard fait peur
Tandis que le grand vent glapit des noms de mortes,
Ou bruit de vieille pluie aigre sur quelque route
Qui n’invite qu’afin que le Destin s’égare
Vers le clocher aveugle à girouette bizarre ?
Ecoute — plus rien — Seul, le grand silence écoute...
Tu peux partir, ou t’endormir, ou bien mourir
Dans le sang ou la boue, ou même encore, belle,
Mendier ton pain de vieille aux pays inconnus ;
Car nulle autre aujourd’hui ne veut m’être réelle
Que cette mort des demains et du souvenir,
Que cette cloche du moment aux lointains nus."
dans : Poètes d’Hier et d’Aujourd’hui de Gérard Walch
"Le roi don Luis voulut revoir
Le château des Douces Années.
Manteau de deuil et cheval noir.
Jamais heure au vide du soir
N’a si lugubrement sonné.
C’est pire que le bruit du vent
Dans les maisons abandonnées.
Ah c’est un son, un son vraiment
Qui vient de plus loin que le temps
C’est pire que le bruit des portes
Alors qu’on songe aux morts, aux mortes
Ce son félon me vient, m’arrive
De quels rêves, de quelles rives.
Il se couche sur ma raison
En lueurs fausses de poison.
Le long mendiant de la route
Est la chair de ce son sans doute
Rencontre de chemin d’exil.
Ô le sinistre qui s’arrête !
Je vois deux yeux presque sans tête,
Deux yeux sur deux jambes de fil.
De plus loin que les oubliés
De plus profond que les noyés.
Le cheval noir dresse l’oreille.
Le sang du roi voudrait crier,
L’odeur du silence est si vieille."
Les sept solitudes
1906
sur le blog Arbrealettres
"Un son maigre et pluvieux sonne en fausset mes heures,
Coassement — croassement — requiem des portes
Aux grands châteaux venteux dont le regard fait peur
Tandis que le grand vent glapit des noms de mortes,
Ou bruit de vieille pluie aigre sur quelque route
Qui n’invite qu’afin que le Destin s’égare
Vers le clocher aveugle à girouette bizarre ?
Ecoute — plus rien — Seul, le grand silence écoute...
Tu peux partir, ou t’endormir, ou bien mourir
Dans le sang ou la boue, ou même encore, belle,
Mendier ton pain de vieille aux pays inconnus ;
Car nulle autre aujourd’hui ne veut m’être réelle
Que cette mort des demains et du souvenir,
Que cette cloche du moment aux lointains nus."
dans : Poètes d’Hier et d’Aujourd’hui de Gérard Walch
"Le roi don Luis voulut revoir
Le château des Douces Années.
Manteau de deuil et cheval noir.
Jamais heure au vide du soir
N’a si lugubrement sonné.
C’est pire que le bruit du vent
Dans les maisons abandonnées.
Ah c’est un son, un son vraiment
Qui vient de plus loin que le temps
C’est pire que le bruit des portes
Alors qu’on songe aux morts, aux mortes
Ce son félon me vient, m’arrive
De quels rêves, de quelles rives.
Il se couche sur ma raison
En lueurs fausses de poison.
Le long mendiant de la route
Est la chair de ce son sans doute
Rencontre de chemin d’exil.
Ô le sinistre qui s’arrête !
Je vois deux yeux presque sans tête,
Deux yeux sur deux jambes de fil.
De plus loin que les oubliés
De plus profond que les noyés.
Le cheval noir dresse l’oreille.
Le sang du roi voudrait crier,
L’odeur du silence est si vieille."
Colette
L'Ingénue libertine
1909
" Le feu parle tout bas, la lampe à huile compte goutte à goutte les secondes, Maman soupire. Sur la toile cirée de sa broderie – un grand col pour Minne – l’aiguille, à chaque point, toque du bec. Dehors, les platanes du boulevard Berthier ruissellent de pluie, et les tramways du boulevard extérieur grincent musicalement sur leurs rails."
" Au pas léger de Minne, le plancher gémit. Si elle reste immobile, les fauteuils empire s’étirent, craquent, éclatent, le bois du lit leur répond. La maison desséchée et sonore pétille, comme travaillée d’un sourd incendie. Debout depuis deux siècles dans le soleil et le vent, sa charpente chaude gémit sans cesse, et on l’appelle, dans le pays, la Maison Sèche."
" Pourtant, Minne s’est endormie, bercée par des roulements sourds et doux... Un bref fracas l’éveille, suivi d’un coup de vent singulier, qui débute en brise chuchotante, s’enfle, assaille la maison qui craque tout entière... Puis, un grand calme mort."
" Minne entend les arbres gémir... Un vacarme creux couvre leur plainte ; le tonnerre sonne vide et faux, rejeté par les échos des petites montagnes... « Ce n’est pas le même tonnerre qu’à Paris, songe Minne, pliée en chien de fusil sur son lit découvert... J’entends la porte de la chambre de Maman... »"
"... un troupeau de moutons petits sabots secs criblant le sol, bêlements en gamme disloquée, odeur caséeuse et pacifique... Minne entend le souffle des chiens qui vont et viennent, frôle les rondes croupes laineuses. Ils passent comme la grêle, et Minne peut croire un instant qu’ils ont emporté avec eux tous les bruits de la nuit... Mais un train bout au loin, s’élance, rageur, crachant derrière lui une mitraille de charbons rouges..."
" Cette nuit sans ombre, qui éveille, au cœur récalcitrant de Minne, une sensibilité inconnue, résonne de tous les bruits du jour. Une musique lointaine monte par bouffées, et sur l’escarpement de la route, claquent des fouets, grincent des roues..."
"Dehors, les fouets claquent, les roues grincent comme à minuit, et sous la terrasse vibrent des mandolines italiennes. Mais la muraille du sommeil sépare Minne du monde vivant et, seul, le nasillement ailé de la musique s’insinue jusqu’à son rêve pour l’agacer d’un bourdonnement d’abeilles..."
L'Ingénue libertine
1909
" Le feu parle tout bas, la lampe à huile compte goutte à goutte les secondes, Maman soupire. Sur la toile cirée de sa broderie – un grand col pour Minne – l’aiguille, à chaque point, toque du bec. Dehors, les platanes du boulevard Berthier ruissellent de pluie, et les tramways du boulevard extérieur grincent musicalement sur leurs rails."
" Au pas léger de Minne, le plancher gémit. Si elle reste immobile, les fauteuils empire s’étirent, craquent, éclatent, le bois du lit leur répond. La maison desséchée et sonore pétille, comme travaillée d’un sourd incendie. Debout depuis deux siècles dans le soleil et le vent, sa charpente chaude gémit sans cesse, et on l’appelle, dans le pays, la Maison Sèche."
" Pourtant, Minne s’est endormie, bercée par des roulements sourds et doux... Un bref fracas l’éveille, suivi d’un coup de vent singulier, qui débute en brise chuchotante, s’enfle, assaille la maison qui craque tout entière... Puis, un grand calme mort."
" Minne entend les arbres gémir... Un vacarme creux couvre leur plainte ; le tonnerre sonne vide et faux, rejeté par les échos des petites montagnes... « Ce n’est pas le même tonnerre qu’à Paris, songe Minne, pliée en chien de fusil sur son lit découvert... J’entends la porte de la chambre de Maman... »"
"... un troupeau de moutons petits sabots secs criblant le sol, bêlements en gamme disloquée, odeur caséeuse et pacifique... Minne entend le souffle des chiens qui vont et viennent, frôle les rondes croupes laineuses. Ils passent comme la grêle, et Minne peut croire un instant qu’ils ont emporté avec eux tous les bruits de la nuit... Mais un train bout au loin, s’élance, rageur, crachant derrière lui une mitraille de charbons rouges..."
" Cette nuit sans ombre, qui éveille, au cœur récalcitrant de Minne, une sensibilité inconnue, résonne de tous les bruits du jour. Une musique lointaine monte par bouffées, et sur l’escarpement de la route, claquent des fouets, grincent des roues..."
"Dehors, les fouets claquent, les roues grincent comme à minuit, et sous la terrasse vibrent des mandolines italiennes. Mais la muraille du sommeil sépare Minne du monde vivant et, seul, le nasillement ailé de la musique s’insinue jusqu’à son rêve pour l’agacer d’un bourdonnement d’abeilles..."
Franz
Kafka
Tagebücher
Journal - Traduction de Marthe Robert
1910
"Je suis assis dans ma chambre, c’est-à-dire au quartier général du bruit de tout l’appartement. J’entends claquer toutes les portes, grâce à quoi seuls les pas des gens qui courent entre deux portes me sont épargnés, j’entends même le bruit du fourneau dont on ferme la porte dans la cuisine. Mon père enfonce les portes de ma chambre et passe, vêtu d’une robe de chambre qui traîne sur ses talons, on gratte les cendres du poêle dans la chambre d’à côté, Valli demande à tout hasard, criant à travers l’antichambre comme dans une rue de Paris, si le chapeau de mon père a été bien brossé, un chut ! qui se veut mon allié soulève les cris d’une voix en train de répondre. La porte de l’appartement est déclenchée et fait un bruit qui semble sortir d’une gorge enrhumée, puis elle s’ouvre un peu plus en produisant une note brève comme celle d’une voix de femme et se ferme sur une secousse sourde et virile qui est du plus brutal effet pour l’oreille. Mon père est parti, maintenant commence un bruit plus fin, plus dispersé, plus désespérant encore et dirigé par la voix des deux canaris."
Tagebücher
Journal - Traduction de Marthe Robert
1910
"Je suis assis dans ma chambre, c’est-à-dire au quartier général du bruit de tout l’appartement. J’entends claquer toutes les portes, grâce à quoi seuls les pas des gens qui courent entre deux portes me sont épargnés, j’entends même le bruit du fourneau dont on ferme la porte dans la cuisine. Mon père enfonce les portes de ma chambre et passe, vêtu d’une robe de chambre qui traîne sur ses talons, on gratte les cendres du poêle dans la chambre d’à côté, Valli demande à tout hasard, criant à travers l’antichambre comme dans une rue de Paris, si le chapeau de mon père a été bien brossé, un chut ! qui se veut mon allié soulève les cris d’une voix en train de répondre. La porte de l’appartement est déclenchée et fait un bruit qui semble sortir d’une gorge enrhumée, puis elle s’ouvre un peu plus en produisant une note brève comme celle d’une voix de femme et se ferme sur une secousse sourde et virile qui est du plus brutal effet pour l’oreille. Mon père est parti, maintenant commence un bruit plus fin, plus dispersé, plus désespérant encore et dirigé par la voix des deux canaris."
Natsume Sôseki
La Porte - Traduction (1927) de Raymond Martinie
1910
"Depuis la fin de l’après-midi, au dehors, le vent, qui soufflait avec vacarme, semblait être venu tout exprès de très loin pour assaillir la maison. De temps en temps, tout bruit cessait, et ces intervalles de silence produisaient une impression encore plus triste que lorsque le vent faisait rage. Sôsuke, les bras croisés, pensait qu’approchait doucement la saison où commencent à tinter les cloches qui annoncent les incendies."
"... en deux ou trois endroits différents cliquetaient les ciseaux au travail. Sôsuke venait d’assister, au-dehors, à cette animation fébrile de la rue qui évoque comme un effort fait par la foule des citadins pour franchir cette froide époque et entrer le plus tôt possible dans la saison printanière ; ce bruit que faisaient les ciseaux retentissait à ses oreilles, comme l’écho d’une impatiente agitation."
"Au milieu du bruit du vent, mélangé à celui que faisait la voiture, le cou contracté, il fixait toujours un même point. Lorsqu’il descendit, son attention fut attirée par le vrombissement du vent dans les fils télégraphiques qui étaient tendus au-dessus de sa tête ; ..."
La Porte - Traduction (1927) de Raymond Martinie
1910
"Depuis la fin de l’après-midi, au dehors, le vent, qui soufflait avec vacarme, semblait être venu tout exprès de très loin pour assaillir la maison. De temps en temps, tout bruit cessait, et ces intervalles de silence produisaient une impression encore plus triste que lorsque le vent faisait rage. Sôsuke, les bras croisés, pensait qu’approchait doucement la saison où commencent à tinter les cloches qui annoncent les incendies."
"... en deux ou trois endroits différents cliquetaient les ciseaux au travail. Sôsuke venait d’assister, au-dehors, à cette animation fébrile de la rue qui évoque comme un effort fait par la foule des citadins pour franchir cette froide époque et entrer le plus tôt possible dans la saison printanière ; ce bruit que faisaient les ciseaux retentissait à ses oreilles, comme l’écho d’une impatiente agitation."
"Au milieu du bruit du vent, mélangé à celui que faisait la voiture, le cou contracté, il fixait toujours un même point. Lorsqu’il descendit, son attention fut attirée par le vrombissement du vent dans les fils télégraphiques qui étaient tendus au-dessus de sa tête ; ..."
Rainer
Maria Rilke
Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge
Les Cahiers de Malte Laurids Brigge - Traduction (1926) de Maurice Betz
1910
" Ô nuit sans objets. Ô fenêtre sourde au dehors, ô portes closes avec soin ; pratiques venues d’anciens temps, transmises, vérifiées, jamais entièrement comprises. Ô silence dans la cage de l’escalier, silence dans les chambres voisines, silence là-haut, au plafond. Ô mère : ô toi unique, qui t’es mise devant tout ce silence, au temps que j’étais enfant. Qui le prends sur toi, qui dis : « Ne t’effraie pas, c’est moi ». Qui as le courage, en pleine nuit, d’être le silence pour ce qui a peur, pour ce qui périt de peur. Tu allumes une lumière et le bruit déjà c’est toi. Tu la soulèves et tu dis : « C’est moi, ne t’effraie pas ». Et tu la déposes, lentement, et il n’y a pas de doute : c’est toi, tu es la lumière autour des objets familiers et intimes qui sont là, sans arrière–sens, bons, simples, certains. Et lorsque quelque chose remue dans le mur ou fait un pas dans le plancher : tu souris seulement, tu souris, souris, transparente sur un fond clair, au visage angoissé qui te sonde comme si tu étais dans le secret de chaque son étouffé, d’accord avec lui et de concert."
Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge
Les Cahiers de Malte Laurids Brigge - Traduction (1926) de Maurice Betz
1910
" Ô nuit sans objets. Ô fenêtre sourde au dehors, ô portes closes avec soin ; pratiques venues d’anciens temps, transmises, vérifiées, jamais entièrement comprises. Ô silence dans la cage de l’escalier, silence dans les chambres voisines, silence là-haut, au plafond. Ô mère : ô toi unique, qui t’es mise devant tout ce silence, au temps que j’étais enfant. Qui le prends sur toi, qui dis : « Ne t’effraie pas, c’est moi ». Qui as le courage, en pleine nuit, d’être le silence pour ce qui a peur, pour ce qui périt de peur. Tu allumes une lumière et le bruit déjà c’est toi. Tu la soulèves et tu dis : « C’est moi, ne t’effraie pas ». Et tu la déposes, lentement, et il n’y a pas de doute : c’est toi, tu es la lumière autour des objets familiers et intimes qui sont là, sans arrière–sens, bons, simples, certains. Et lorsque quelque chose remue dans le mur ou fait un pas dans le plancher : tu souris seulement, tu souris, souris, transparente sur un fond clair, au visage angoissé qui te sonde comme si tu étais dans le secret de chaque son étouffé, d’accord avec lui et de concert."
Guillaume
Apollinaire
Alcools
1913
Le vent nocturne
"Oh ! les cimes des pins grincent en se heurtant
Et l’on entend aussi se lamenter l’autan
Et du fleuve prochain à grand’voix triomphales
Les elfes rire au vent ou corner aux rafales"
Alcools
1913
Le vent nocturne
"Oh ! les cimes des pins grincent en se heurtant
Et l’on entend aussi se lamenter l’autan
Et du fleuve prochain à grand’voix triomphales
Les elfes rire au vent ou corner aux rafales"
Gaston
Roupnel
Le vieux Garain
1913
" Ils étaient tous là, les jeunes gars du pays, avec des fifres, des violons, des trompes, des cors, des grelots et des tambours. Sous notre petite fenêtre, tout cela sonnait, tambourinait, couaillait et raclait. Puis la bande s'éloignait. On se croyait délivré ; mais elle revenait en sourdine. On l'entendait se ramener en petit bruit doucereux, pour éclater tout à coup contre les vitres en une vraie tempête, où se mêlaient et se broyaient tous les bruits possibles. Tous ces jeunes meuglaient les vaches, beuglaient les veaux, aboyaient les chiens, et braillaient l'âne, avec toutes les capacités et la réussite d'un vrai bétail."
Le vieux Garain
1913
" Ils étaient tous là, les jeunes gars du pays, avec des fifres, des violons, des trompes, des cors, des grelots et des tambours. Sous notre petite fenêtre, tout cela sonnait, tambourinait, couaillait et raclait. Puis la bande s'éloignait. On se croyait délivré ; mais elle revenait en sourdine. On l'entendait se ramener en petit bruit doucereux, pour éclater tout à coup contre les vitres en une vraie tempête, où se mêlaient et se broyaient tous les bruits possibles. Tous ces jeunes meuglaient les vaches, beuglaient les veaux, aboyaient les chiens, et braillaient l'âne, avec toutes les capacités et la réussite d'un vrai bétail."
Luigi
Russolo
L'Arte dei rumori
L’art des bruits. Manifeste futuriste. - Traduction (1913)
1913
" Traversons ensemble une grande capitale moderne, les oreilles plus attentives que les yeux, et nous varierons les plaisirs de notre sensibilité en distinguant les borborygmes et les râles des moteurs qui respirent avec une animalité indiscutable, la palpitation des soupapes, le va-et-vient des pistons, les cris stridents des scies mécaniques, les bonds sonores des tramways sur les rails, le claquement des fouets, le clapotement des drapeaux. Nous nous amuserons à orchestrer idéalement les portes à coulisses des magasins, le brouhaha des foules, les tintamarres différents des gares, des forges, des filatures, des imprimeries, des usines électriques et des chemins de fer souterrains."
L'Arte dei rumori
L’art des bruits. Manifeste futuriste. - Traduction (1913)
1913
" Traversons ensemble une grande capitale moderne, les oreilles plus attentives que les yeux, et nous varierons les plaisirs de notre sensibilité en distinguant les borborygmes et les râles des moteurs qui respirent avec une animalité indiscutable, la palpitation des soupapes, le va-et-vient des pistons, les cris stridents des scies mécaniques, les bonds sonores des tramways sur les rails, le claquement des fouets, le clapotement des drapeaux. Nous nous amuserons à orchestrer idéalement les portes à coulisses des magasins, le brouhaha des foules, les tintamarres différents des gares, des forges, des filatures, des imprimeries, des usines électriques et des chemins de fer souterrains."
Valery
Larbaud
Les Poésies de A.O. Barnabooth
1913
Thalassa
"Bruits du navire : voix dans un corridor,
Craquements des boiseries, grincements des lampes oscillantes,
Rythme des machineries, leur odeur fade par bouffées,
Cris mangés de vent, qui brouillent la musique
D’une mandoline égrenant : ‘Sobre las olas del mar...’
Et le bruit coutumier qui finit par être silence.
Oh! sur le pont, là-haut, le vent long et féroce, le vent pirate
Sifflant dans les cordages, et faisant claquer comme un fouet
Le drapeau de bandes et d’étoiles aux trois couleurs…"
cité par Daniel Lefèvre
"Prête-moi ton grand bruit, ta grande allure si douce,
Ton glissement nocturne à travers l’Europe illuminée,
Ô train de luxe ! et l’angoissante musique
Qui bruit le long de tes couloirs de cuir doré,
Tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd,
Dorment les millionnaires.
Je parcours en chantonnant tes couloirs
Et je suis ta course vers Vienne et Budapesth,
Mêlant ma voix à tes cent mille voix,
Ô Harmonika-Zug !
...
Prêtez-moi, ô Orient-Express, Sud-Brenner-Bahn, prêtez-moi
Vos miraculeux bruits sourds et
Vos vibrantes voix de chanterelle ;
Prêtez-moi la respiration légère et facile
Des locomotives hautes et minces, aux mouvements
Si aisés, les locomotives des rapides,
Précédant sans effort quatre wagons jaunes à lettres d’or
Dans les solitudes montagnardes de la Serbie,
Et, plus loin, à travers la Bulgarie pleine de roses…
Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement
Entrent dans mes poèmes..."
cité dans : Sur les rails De Victor Hugo à Jacques Roubaud de Anne Reverseau
Les Poésies de A.O. Barnabooth
1913
Thalassa
"Bruits du navire : voix dans un corridor,
Craquements des boiseries, grincements des lampes oscillantes,
Rythme des machineries, leur odeur fade par bouffées,
Cris mangés de vent, qui brouillent la musique
D’une mandoline égrenant : ‘Sobre las olas del mar...’
Et le bruit coutumier qui finit par être silence.
Oh! sur le pont, là-haut, le vent long et féroce, le vent pirate
Sifflant dans les cordages, et faisant claquer comme un fouet
Le drapeau de bandes et d’étoiles aux trois couleurs…"
cité par Daniel Lefèvre
"Prête-moi ton grand bruit, ta grande allure si douce,
Ton glissement nocturne à travers l’Europe illuminée,
Ô train de luxe ! et l’angoissante musique
Qui bruit le long de tes couloirs de cuir doré,
Tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd,
Dorment les millionnaires.
Je parcours en chantonnant tes couloirs
Et je suis ta course vers Vienne et Budapesth,
Mêlant ma voix à tes cent mille voix,
Ô Harmonika-Zug !
...
Prêtez-moi, ô Orient-Express, Sud-Brenner-Bahn, prêtez-moi
Vos miraculeux bruits sourds et
Vos vibrantes voix de chanterelle ;
Prêtez-moi la respiration légère et facile
Des locomotives hautes et minces, aux mouvements
Si aisés, les locomotives des rapides,
Précédant sans effort quatre wagons jaunes à lettres d’or
Dans les solitudes montagnardes de la Serbie,
Et, plus loin, à travers la Bulgarie pleine de roses…
Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement
Entrent dans mes poèmes..."
cité dans : Sur les rails De Victor Hugo à Jacques Roubaud de Anne Reverseau
Blaise
Cendrars
La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France
1913
"Rien n'y fait, j'entends les cloches sonores
Le gros bourdon de Notre-Dame
La cloche aigrelette du Louvre qui sonna la Barthélémy
Les carillons rouillés de Bruges-La-Morte
Les sonneries électriques de la bibliothèque de New-York
Les campanes de Venise
Et les cloches de Moscou, l'horloge de la Porte-Rouge qui me comptait les heures quand j'étais dans un bureau
Et mes souvenirs
Le train tonne sur les plaques tournantes
Le train roule
Un gramophone grasseye une marche tzigane
Et le monde comme l'horloge du quartier juif de Prague, tourne éperdument à rebours."
La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France
1913
"Rien n'y fait, j'entends les cloches sonores
Le gros bourdon de Notre-Dame
La cloche aigrelette du Louvre qui sonna la Barthélémy
Les carillons rouillés de Bruges-La-Morte
Les sonneries électriques de la bibliothèque de New-York
Les campanes de Venise
Et les cloches de Moscou, l'horloge de la Porte-Rouge qui me comptait les heures quand j'étais dans un bureau
Et mes souvenirs
Le train tonne sur les plaques tournantes
Le train roule
Un gramophone grasseye une marche tzigane
Et le monde comme l'horloge du quartier juif de Prague, tourne éperdument à rebours."
Colette
Les Heures longues
1914 .. 1917
"Une surprenante rumeur mêle, dans cette rue villageoise, le pas des chevaux, le halètement des automobiles de ravitaillement, les cris d'hirondelle de cent enfants heureux, et la basse profonde du canon, qui ne nous a pas quittés depuis ce matin, qui nous suit, assidu comme le bruit du vent ou le ressac de la mer."
"... à la place Saint-Marc, où j'entends la présence d'une foule de fantômes. Ne connaîtrais-je pas, privée soudain de la vue, la même angoisse ? Car tous les bruits du jour résonnent ici : pas alertes, voix de femmes et d'enfants, tintements de cuillères et de verrerie, mieux : le son d'un bon orchestre, tout proche, qui joue, — sans rancune, — une valse viennoise..."
Les Heures longues
1914 .. 1917
"Une surprenante rumeur mêle, dans cette rue villageoise, le pas des chevaux, le halètement des automobiles de ravitaillement, les cris d'hirondelle de cent enfants heureux, et la basse profonde du canon, qui ne nous a pas quittés depuis ce matin, qui nous suit, assidu comme le bruit du vent ou le ressac de la mer."
"... à la place Saint-Marc, où j'entends la présence d'une foule de fantômes. Ne connaîtrais-je pas, privée soudain de la vue, la même angoisse ? Car tous les bruits du jour résonnent ici : pas alertes, voix de femmes et d'enfants, tintements de cuillères et de verrerie, mieux : le son d'un bon orchestre, tout proche, qui joue, — sans rancune, — une valse viennoise..."
Marcel
Proust
À la recherche du temps perdu
Du côté de chez Swann
1913
" Un petit coup au carreau, comme si quelque chose l'avait heurté, suivi d'une ample chute légère comme de grains de sable qu'on eût laissés tomber d'une fenêtre au-dessus, puis la chute s'étendant, se réglant, adoptant un rythme, devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle : c'était la pluie."
"Avant de repartir nous restions longtemps à manger des fruits, du pain et du chocolat, sur l'herbe où parvenaient jusqu'à nous, horizontaux, affaiblis, mais denses et métalliques encore, des sons de la cloche de Saint-Hilaire qui ne s'étaient pas mélangés à l'air qu'ils traversaient depuis si longtemps, et côtelés par la palpitation successive de toutes leurs lignes sonores, vibraient en rasant les fleurs, à nos pieds."
Le Côté de Guermantes
1920
"... une campagne étendue où, par les beaux jours, flotte si souvent dans le lointain une sorte de buée sonore intermittente qui — comme un rideau de peupliers par ses sinuosités dessine le cours d’une rivière qu’on ne voit pas — révèle les changements de place d’un régiment à la manœuvre, que l’atmosphère même des rues, des avenues et des places, a fini par contracter une sorte de perpétuelle vibratilité musicale et guerrière, et que le bruit le plus grossier de chariot ou de tramway s’y prolonge en vagues appels de clairon, ressassés indéfiniment aux oreilles hallucinées par le silence."
"J’entendais le tic tac de la montre de Saint-Loup, laquelle ne devait pas être bien loin de moi. Ce tic tac changeait de place à tout moment, car je ne voyais pas la montre ; il me semblait venir de derrière moi, de devant, d’à droite, d’à gauche, parfois s’éteindre comme s’il était très loin. Tout d’un coup je découvris la montre sur la table. Alors j’entendis le tic tac en un lieu fixe d’où il ne bougea plus. Je croyais l’entendre à cet endroit-là ; je ne l’y entendais pas, je l’y voyais, les sons n’ont pas de lieu. Du moins les rattachons-nous à des mouvements et par là ont-ils l’utilité de nous prévenir de ceux-ci, de paraître les rendre nécessaires et naturels. Certes il arrive quelquefois qu’un malade auquel on a hermétiquement bouché les oreilles n’entende plus le bruit d’un feu pareil à celui qui rabâchait en ce moment dans la cheminée de Saint-Loup, tout en travaillant à faire des tisons et des cendres qu’il laissait ensuite tomber dans sa corbeille, n’entende pas non plus le passage des tramways dont la musique prenait son vol, à intervalles réguliers, sur la grand’place de Doncières. Alors que le malade lise, et les pages se tourneront silencieusement comme si elles étaient feuilletées par un dieu. La lourde rumeur d’un bain qu’on prépare s’atténue, s’allège et s’éloigne comme un gazouillement céleste. Le recul du bruit, son amincissement, lui ôtent toute puissance agressive à notre égard ; affolés tout à l’heure par des coups de marteau qui semblaient ébranler le plafond sur notre tête, nous nous plaisons maintenant à les recueillir, légers, caressants, lointains comme un murmure de feuillages jouant sur la route avec le zéphir. On fait des réussites avec des cartes qu’on n’entend pas, si bien qu’on croit ne pas les avoir remuées, qu’elles bougent d’elles-mêmes et, allant au-devant de notre désir de jouer avec elles, se sont mises à jouer avec nous. Et à ce propos on peut se demander si pour l’Amour (ajoutons même à l’Amour l’amour de la vie, l’amour de la gloire, puisqu’il y a, paraît-il, des gens qui connaissent ces deux derniers sentiments) on ne devrait pas agir comme ceux qui, contre le bruit, au lieu d’implorer qu’il cesse, se bouchent les oreilles ; et, à leur imitation, reporter notre attention, notre défensive, en nous-même, leur donner comme objet à réduire, non pas l’être extérieur que nous aimons, mais notre capacité de souffrir par lui.
Pour revenir au son, qu’on épaississe encore les boules qui ferment le conduit auditif, elles obligent au pianissimo la jeune fille qui jouait au-dessus de notre tête un air turbulent ; qu’on enduise une de ces boules d’une matière grasse, aussitôt son despotisme est obéi par toute la maison, ses lois mêmes s’étendent au dehors. Le pianissimo ne suffit plus, la boule fait instantanément fermer le clavier et la leçon de musique est brusquement finie ; le monsieur qui marchait sur notre tête cesse d’un seul coup sa ronde ; la circulation des voitures et des tramways est interrompue comme si on attendait un Chef d’État. Et cette atténuation des sons trouble même quelquefois le sommeil au lieu de le protéger. Hier encore les bruits incessants, en nous décrivant d’une façon continue les mouvements dans la rue et dans la maison, finissaient par nous endormir comme un livre ennuyeux ; aujourd’hui, à la surface de silence étendue sur notre sommeil, un heurt plus fort que les autres arrive à se faire entendre, léger comme un soupir, sans lien avec aucun autre son, mystérieux ; et la demande d’explication qu’il exhale suffit à nous éveiller. Que l’on retire pour un instant au malade les cotons superposés à son tympan, et soudain la lumière, le plein soleil du son se montre de nouveau, aveuglant, renaît dans l’univers ; à toute vitesse rentre le peuple des bruits exilés ; on assiste, comme si elles étaient psalmodiées par des anges musiciens, à la résurrection des voix. Les rues vides sont remplies pour un instant par les ailes rapides et successives des tramways chanteurs. Dans la chambre elle-même, le malade vient de créer, non pas, comme Prométhée, le feu, mais le bruit du feu. Et en augmentant, en relâchant les tampons d’ouate, c’est comme si on faisait jouer alternativement l’une et l’autre des deux pédales qu’on a ajoutées à la sonorité du monde extérieur."
Sodome et Gomorrhe
1921
"... j'entendis tout à coup, mécanique et sublime, comme dans Tristan l'écharpe agitée ou le chalumeau du pâtre, le bruit de toupie du téléphone."
La Prisonnière
1923 (Edition posthume)
"... je savais déjà le temps qu'il faisait. Les premiers bruits de la rue me l'avaient appris, selon qu'ils me parvenaient amortis et déviés par l'humidité ou vibrants comme des flèches dans l'aire résonnante et vide d'un matin spacieux, glacial et pur ; dès le roulement du premier tramway, j'avais entendu s'il était morfondu dans la pluie ou en partance pour l'azur. Et peut-être ces bruits avaient-ils été devancés eux-mêmes par quelque émanation plus rapide et plus pénétrante qui, glissée au travers de mon sommeil, y répandait une tristesse annonciatrice de la neige, ou y faisait entonner, à certain petit personnage intermittent, de si nombreux cantiques à la gloire du soleil que ceux-ci finissaient par amener pour moi, qui encore endormi commençais à sourire et dont les paupières closes se préparaient à être éblouies, un étourdissant réveil en musique."
"Certains beaux jours, il faisait si froid, on était en si large communication avec la rue qu'il semblait qu'on eût disjoint les murs de la maison, et chaque fois que passait le tramway, son timbre résonnait comme eût fait un couteau d'argent frappant une maison de verre."
" J'écoutais cette murmurante émanation mystérieuse, douce comme un zéphir marin, féerique comme ce clair de lune, qu'était son sommeil.
... son sommeil, au bord duquel je rêvais, avec une fraîche volupté dont je ne me fusse jamais lassé et que j'eusse pu goûter indéfiniment, c'était pour moi tout un paysage. Son sommeil mettait à mes côtés quelque chose d'aussi calme, d'aussi sensuellement délicieux que ces nuits de pleine lune dans la baie de Balbec devenue douce comme un lac, où les branches bougent à peine, où, étendu sur le sable, l'on écouterait sans fin se briser le reflux."
"Il y avait des jours où le bruit d'une cloche qui sonnait l'heure portait sur la sphère de sa sonorité une plaque si fraîche, si puissamment étalée de mouillé ou de lumière, que c'était comme une traduction pour aveugles, ou si l'on veut, comme une traduction musicale du charme de la pluie, ou du charme du soleil. Si bien qu'à ce moment-là, les yeux fermés, dans mon lit, je me disais que tout peut se transposer et qu'un univers seulement audible pourrait être aussi varié que l'autre."
"... j'allai me mettre un instant à la fenêtre. Il y eut d'abord un silence, où le sifflet du marchand de tripes et la corne du tramway firent résonner l'air à des octaves différentes, comme un accordeur de piano aveugle. Puis peu à peu devinrent distincts les motifs entre-croisés auxquels de nouveaux s'ajoutaient. Il y avait aussi un autre sifflet, appel d'un marchand dont je n'ai jamais su ce qu'il vendait, sifflet qui, lui, était exactement pareil à celui d'un tramway, et comme il n'était pas emporté par la vitesse on croyait à un seul tramway, non doué de mouvement, ou en panne, immobilisé, criant à petits intervalles, comme un animal qui meurt. Et il me semblait que, si jamais je devais quitter ce quartier aristocratique – à moins que ce ne fût pour un tout à fait populaire – les rues et boulevards du centre (où la fruiterie, la poissonnerie, etc... stabilisées dans de grandes maisons d'alimentation, rendraient inutiles les cris des marchands, qui n'eussent pas, du reste, réussi à se faire entendre) me sembleraient bien mornes, bien inhabitables, dépouillés, décantés de toutes ces litanies des petits métiers et des ambulantes mangeailles, privés de l'orchestre qui venait me charmer dès le matin.
...
Le ronflement d'un violon était dû parfois au passage d'une automobile, parfois à ce que je n'avais pas mis assez d'eau dans ma bouillotte électrique. Au milieu de la symphonie détonnait un « air » démodé : remplaçant la vendeuse de bonbons qui accompagnait d'habitude son air avec une crécelle, le marchand de jouets, au mirliton duquel était attaché un pantin qu'il faisait mouvoir en tous sens, promenait d'autres pantins et, sans souci de la déclamation rituelle de Grégoire le Grand, de la déclamation réformée de Palestrina et de la déclamation lyrique des modernes, entonnait à pleine voix, partisan attardé de la pure mélodie : « Allons les papas, allons les mamans, contentez vos petits enfants ; c'est moi qui les fais, c'est moi qui les vends, et c'est moi qui boulotte l'argent. Tra la la la. Tra la la lalaire, tra la la la la la la. Allons les petits ! » De petits Italiens, coiffés d'un béret, n'essayaient pas de lutter avec cet aria vivace, et c'est sans rien dire qu'ils offraient de petites statuettes. Cependant qu'un petit fifre réduisait le marchand de jouets à s'éloigner et à chanter plus confusément, quoique presto : « Allons les papas, allons les mamans. » Le petit fifre était-il un de ces dragons que j'entendais le matin à Doncières ? Non, car ce qui suivait c'étaient ces mots : « Voilà le réparateur de faïence et de porcelaine. Je répare le verre, le marbre, le cristal, l'os, l'ivoire et objets d'antiquité. Voilà le réparateur. »"
"Soudain j’éprouvai de nouveau la nostalgie de ma liberté perdue en entendant un bruit que je ne reconnus pas d’abord et que ma grand’mère eût, lui aussi, tant aimé. C’était comme le bourdonnement d’une guêpe « Tiens, me dit Albertine, il y a un aéroplane, il est très haut, très haut. » Je regardais tout autour de moi, mais je ne voyais, sans aucune tache noire, que la pâleur intacte du bleu sans mélange. J’entendais pourtant toujours le bourdonnement des ailes qui tout d’un coup entrèrent dans le champ de ma vision. Là-haut, de minuscules ailes brunes et brillantes fronçaient le bleu uni du ciel inaltérable. J’avais pu enfin attacher le bourdonnement à sa cause, à ce petit insecte qui trépidait là-haut, sans doute à bien deux mille mètres de hauteur ; je le voyais bruire."
Le Temps retrouvé
1927 (Edition posthume)
"C’était l’époque où il y avait continuellement des raids de gothas ; l’air grésillait perpétuellement d’une vibration vigilante et sonore d’aéroplanes français. Mais parfois retentissait la sirène comme un appel déchirant de Walkyrie – seule musique allemande qu’on eût entendue depuis la guerre – jusqu’à l’heure où les pompiers annonçaient que l’alerte était finie tandis qu’à côté d’eux la berloque, comme un invisible gamin, commentait à intervalles réguliers la bonne nouvelle et jetait en l’air son cri de joie."
À la recherche du temps perdu (Texte intégral en une seule page)
À la recherche du temps perdu
Du côté de chez Swann
1913
" Un petit coup au carreau, comme si quelque chose l'avait heurté, suivi d'une ample chute légère comme de grains de sable qu'on eût laissés tomber d'une fenêtre au-dessus, puis la chute s'étendant, se réglant, adoptant un rythme, devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle : c'était la pluie."
"Avant de repartir nous restions longtemps à manger des fruits, du pain et du chocolat, sur l'herbe où parvenaient jusqu'à nous, horizontaux, affaiblis, mais denses et métalliques encore, des sons de la cloche de Saint-Hilaire qui ne s'étaient pas mélangés à l'air qu'ils traversaient depuis si longtemps, et côtelés par la palpitation successive de toutes leurs lignes sonores, vibraient en rasant les fleurs, à nos pieds."
Le Côté de Guermantes
1920
"... une campagne étendue où, par les beaux jours, flotte si souvent dans le lointain une sorte de buée sonore intermittente qui — comme un rideau de peupliers par ses sinuosités dessine le cours d’une rivière qu’on ne voit pas — révèle les changements de place d’un régiment à la manœuvre, que l’atmosphère même des rues, des avenues et des places, a fini par contracter une sorte de perpétuelle vibratilité musicale et guerrière, et que le bruit le plus grossier de chariot ou de tramway s’y prolonge en vagues appels de clairon, ressassés indéfiniment aux oreilles hallucinées par le silence."
"J’entendais le tic tac de la montre de Saint-Loup, laquelle ne devait pas être bien loin de moi. Ce tic tac changeait de place à tout moment, car je ne voyais pas la montre ; il me semblait venir de derrière moi, de devant, d’à droite, d’à gauche, parfois s’éteindre comme s’il était très loin. Tout d’un coup je découvris la montre sur la table. Alors j’entendis le tic tac en un lieu fixe d’où il ne bougea plus. Je croyais l’entendre à cet endroit-là ; je ne l’y entendais pas, je l’y voyais, les sons n’ont pas de lieu. Du moins les rattachons-nous à des mouvements et par là ont-ils l’utilité de nous prévenir de ceux-ci, de paraître les rendre nécessaires et naturels. Certes il arrive quelquefois qu’un malade auquel on a hermétiquement bouché les oreilles n’entende plus le bruit d’un feu pareil à celui qui rabâchait en ce moment dans la cheminée de Saint-Loup, tout en travaillant à faire des tisons et des cendres qu’il laissait ensuite tomber dans sa corbeille, n’entende pas non plus le passage des tramways dont la musique prenait son vol, à intervalles réguliers, sur la grand’place de Doncières. Alors que le malade lise, et les pages se tourneront silencieusement comme si elles étaient feuilletées par un dieu. La lourde rumeur d’un bain qu’on prépare s’atténue, s’allège et s’éloigne comme un gazouillement céleste. Le recul du bruit, son amincissement, lui ôtent toute puissance agressive à notre égard ; affolés tout à l’heure par des coups de marteau qui semblaient ébranler le plafond sur notre tête, nous nous plaisons maintenant à les recueillir, légers, caressants, lointains comme un murmure de feuillages jouant sur la route avec le zéphir. On fait des réussites avec des cartes qu’on n’entend pas, si bien qu’on croit ne pas les avoir remuées, qu’elles bougent d’elles-mêmes et, allant au-devant de notre désir de jouer avec elles, se sont mises à jouer avec nous. Et à ce propos on peut se demander si pour l’Amour (ajoutons même à l’Amour l’amour de la vie, l’amour de la gloire, puisqu’il y a, paraît-il, des gens qui connaissent ces deux derniers sentiments) on ne devrait pas agir comme ceux qui, contre le bruit, au lieu d’implorer qu’il cesse, se bouchent les oreilles ; et, à leur imitation, reporter notre attention, notre défensive, en nous-même, leur donner comme objet à réduire, non pas l’être extérieur que nous aimons, mais notre capacité de souffrir par lui.
Pour revenir au son, qu’on épaississe encore les boules qui ferment le conduit auditif, elles obligent au pianissimo la jeune fille qui jouait au-dessus de notre tête un air turbulent ; qu’on enduise une de ces boules d’une matière grasse, aussitôt son despotisme est obéi par toute la maison, ses lois mêmes s’étendent au dehors. Le pianissimo ne suffit plus, la boule fait instantanément fermer le clavier et la leçon de musique est brusquement finie ; le monsieur qui marchait sur notre tête cesse d’un seul coup sa ronde ; la circulation des voitures et des tramways est interrompue comme si on attendait un Chef d’État. Et cette atténuation des sons trouble même quelquefois le sommeil au lieu de le protéger. Hier encore les bruits incessants, en nous décrivant d’une façon continue les mouvements dans la rue et dans la maison, finissaient par nous endormir comme un livre ennuyeux ; aujourd’hui, à la surface de silence étendue sur notre sommeil, un heurt plus fort que les autres arrive à se faire entendre, léger comme un soupir, sans lien avec aucun autre son, mystérieux ; et la demande d’explication qu’il exhale suffit à nous éveiller. Que l’on retire pour un instant au malade les cotons superposés à son tympan, et soudain la lumière, le plein soleil du son se montre de nouveau, aveuglant, renaît dans l’univers ; à toute vitesse rentre le peuple des bruits exilés ; on assiste, comme si elles étaient psalmodiées par des anges musiciens, à la résurrection des voix. Les rues vides sont remplies pour un instant par les ailes rapides et successives des tramways chanteurs. Dans la chambre elle-même, le malade vient de créer, non pas, comme Prométhée, le feu, mais le bruit du feu. Et en augmentant, en relâchant les tampons d’ouate, c’est comme si on faisait jouer alternativement l’une et l’autre des deux pédales qu’on a ajoutées à la sonorité du monde extérieur."
Sodome et Gomorrhe
1921
"... j'entendis tout à coup, mécanique et sublime, comme dans Tristan l'écharpe agitée ou le chalumeau du pâtre, le bruit de toupie du téléphone."
La Prisonnière
1923 (Edition posthume)
"... je savais déjà le temps qu'il faisait. Les premiers bruits de la rue me l'avaient appris, selon qu'ils me parvenaient amortis et déviés par l'humidité ou vibrants comme des flèches dans l'aire résonnante et vide d'un matin spacieux, glacial et pur ; dès le roulement du premier tramway, j'avais entendu s'il était morfondu dans la pluie ou en partance pour l'azur. Et peut-être ces bruits avaient-ils été devancés eux-mêmes par quelque émanation plus rapide et plus pénétrante qui, glissée au travers de mon sommeil, y répandait une tristesse annonciatrice de la neige, ou y faisait entonner, à certain petit personnage intermittent, de si nombreux cantiques à la gloire du soleil que ceux-ci finissaient par amener pour moi, qui encore endormi commençais à sourire et dont les paupières closes se préparaient à être éblouies, un étourdissant réveil en musique."
"Certains beaux jours, il faisait si froid, on était en si large communication avec la rue qu'il semblait qu'on eût disjoint les murs de la maison, et chaque fois que passait le tramway, son timbre résonnait comme eût fait un couteau d'argent frappant une maison de verre."
" J'écoutais cette murmurante émanation mystérieuse, douce comme un zéphir marin, féerique comme ce clair de lune, qu'était son sommeil.
... son sommeil, au bord duquel je rêvais, avec une fraîche volupté dont je ne me fusse jamais lassé et que j'eusse pu goûter indéfiniment, c'était pour moi tout un paysage. Son sommeil mettait à mes côtés quelque chose d'aussi calme, d'aussi sensuellement délicieux que ces nuits de pleine lune dans la baie de Balbec devenue douce comme un lac, où les branches bougent à peine, où, étendu sur le sable, l'on écouterait sans fin se briser le reflux."
"Il y avait des jours où le bruit d'une cloche qui sonnait l'heure portait sur la sphère de sa sonorité une plaque si fraîche, si puissamment étalée de mouillé ou de lumière, que c'était comme une traduction pour aveugles, ou si l'on veut, comme une traduction musicale du charme de la pluie, ou du charme du soleil. Si bien qu'à ce moment-là, les yeux fermés, dans mon lit, je me disais que tout peut se transposer et qu'un univers seulement audible pourrait être aussi varié que l'autre."
"... j'allai me mettre un instant à la fenêtre. Il y eut d'abord un silence, où le sifflet du marchand de tripes et la corne du tramway firent résonner l'air à des octaves différentes, comme un accordeur de piano aveugle. Puis peu à peu devinrent distincts les motifs entre-croisés auxquels de nouveaux s'ajoutaient. Il y avait aussi un autre sifflet, appel d'un marchand dont je n'ai jamais su ce qu'il vendait, sifflet qui, lui, était exactement pareil à celui d'un tramway, et comme il n'était pas emporté par la vitesse on croyait à un seul tramway, non doué de mouvement, ou en panne, immobilisé, criant à petits intervalles, comme un animal qui meurt. Et il me semblait que, si jamais je devais quitter ce quartier aristocratique – à moins que ce ne fût pour un tout à fait populaire – les rues et boulevards du centre (où la fruiterie, la poissonnerie, etc... stabilisées dans de grandes maisons d'alimentation, rendraient inutiles les cris des marchands, qui n'eussent pas, du reste, réussi à se faire entendre) me sembleraient bien mornes, bien inhabitables, dépouillés, décantés de toutes ces litanies des petits métiers et des ambulantes mangeailles, privés de l'orchestre qui venait me charmer dès le matin.
...
Le ronflement d'un violon était dû parfois au passage d'une automobile, parfois à ce que je n'avais pas mis assez d'eau dans ma bouillotte électrique. Au milieu de la symphonie détonnait un « air » démodé : remplaçant la vendeuse de bonbons qui accompagnait d'habitude son air avec une crécelle, le marchand de jouets, au mirliton duquel était attaché un pantin qu'il faisait mouvoir en tous sens, promenait d'autres pantins et, sans souci de la déclamation rituelle de Grégoire le Grand, de la déclamation réformée de Palestrina et de la déclamation lyrique des modernes, entonnait à pleine voix, partisan attardé de la pure mélodie : « Allons les papas, allons les mamans, contentez vos petits enfants ; c'est moi qui les fais, c'est moi qui les vends, et c'est moi qui boulotte l'argent. Tra la la la. Tra la la lalaire, tra la la la la la la. Allons les petits ! » De petits Italiens, coiffés d'un béret, n'essayaient pas de lutter avec cet aria vivace, et c'est sans rien dire qu'ils offraient de petites statuettes. Cependant qu'un petit fifre réduisait le marchand de jouets à s'éloigner et à chanter plus confusément, quoique presto : « Allons les papas, allons les mamans. » Le petit fifre était-il un de ces dragons que j'entendais le matin à Doncières ? Non, car ce qui suivait c'étaient ces mots : « Voilà le réparateur de faïence et de porcelaine. Je répare le verre, le marbre, le cristal, l'os, l'ivoire et objets d'antiquité. Voilà le réparateur. »"
"Soudain j’éprouvai de nouveau la nostalgie de ma liberté perdue en entendant un bruit que je ne reconnus pas d’abord et que ma grand’mère eût, lui aussi, tant aimé. C’était comme le bourdonnement d’une guêpe « Tiens, me dit Albertine, il y a un aéroplane, il est très haut, très haut. » Je regardais tout autour de moi, mais je ne voyais, sans aucune tache noire, que la pâleur intacte du bleu sans mélange. J’entendais pourtant toujours le bourdonnement des ailes qui tout d’un coup entrèrent dans le champ de ma vision. Là-haut, de minuscules ailes brunes et brillantes fronçaient le bleu uni du ciel inaltérable. J’avais pu enfin attacher le bourdonnement à sa cause, à ce petit insecte qui trépidait là-haut, sans doute à bien deux mille mètres de hauteur ; je le voyais bruire."
Le Temps retrouvé
1927 (Edition posthume)
"C’était l’époque où il y avait continuellement des raids de gothas ; l’air grésillait perpétuellement d’une vibration vigilante et sonore d’aéroplanes français. Mais parfois retentissait la sirène comme un appel déchirant de Walkyrie – seule musique allemande qu’on eût entendue depuis la guerre – jusqu’à l’heure où les pompiers annonçaient que l’alerte était finie tandis qu’à côté d’eux la berloque, comme un invisible gamin, commentait à intervalles réguliers la bonne nouvelle et jetait en l’air son cri de joie."
À la recherche du temps perdu (Texte intégral en une seule page)
Alfred
Döblin
Die drei Sprünge des Wang-lun, Chinesischer Roman
Les trois bonds de Wang Lun : roman chinois - Traduction (1932) de Eric Pierre Isler
1915
"Je vais fermer ma fenêtre.
Les rues ont pris des voix bizarres ces dernières années. On a tendu un gril sous les pierres. À chaque poteau pendillent de gros éclats de verre, des plaques de fer qui grondent, des tubes qui mâchent l’écho. Le bois, l’air comprimé, des bouches formidables, des roulements incessants emplissent l’atmosphère d’un bruit sourd, discordant, saccadé.
...
Je ne blâme pas ces vibrations déconcertantes. Mais je ne m’y retrouve pas. Je ne sais pas à qui sont ces voix. Quelle est donc cette âme qui a besoin d’une voûte de résonance aussi écrasante ?"
cité dans : 1913 : cent ans après - Enchantements et désenchantements de Colette Camelin et Marie-Paule Berranger
Die drei Sprünge des Wang-lun, Chinesischer Roman
Les trois bonds de Wang Lun : roman chinois - Traduction (1932) de Eric Pierre Isler
1915
"Je vais fermer ma fenêtre.
Les rues ont pris des voix bizarres ces dernières années. On a tendu un gril sous les pierres. À chaque poteau pendillent de gros éclats de verre, des plaques de fer qui grondent, des tubes qui mâchent l’écho. Le bois, l’air comprimé, des bouches formidables, des roulements incessants emplissent l’atmosphère d’un bruit sourd, discordant, saccadé.
...
Je ne blâme pas ces vibrations déconcertantes. Mais je ne m’y retrouve pas. Je ne sais pas à qui sont ces voix. Quelle est donc cette âme qui a besoin d’une voûte de résonance aussi écrasante ?"
cité dans : 1913 : cent ans après - Enchantements et désenchantements de Colette Camelin et Marie-Paule Berranger
Guillaume Apollinaire
Le Poète assassiné
1916
Le Roi-Lune
"Mais les rumeurs lointaines qui provenaient du triste royaume des ermitages me sollicitaient trop pour que je ne me laissasse point aller au charme qui m’arrivait de la terre des vêtements blancs et, écoutant attentivement les murmures de l’aube, il me sembla entendre le bruit des lavandières battant perpétuellement les linges et les costumes virginaux et les chocs incessants des bâtons remplaçant le fer à repasser, comme si c’était l’aube blanche elle-même qu’on lavait et qu’on repassait."
Le Poète assassiné
1916
Le Roi-Lune
"Mais les rumeurs lointaines qui provenaient du triste royaume des ermitages me sollicitaient trop pour que je ne me laissasse point aller au charme qui m’arrivait de la terre des vêtements blancs et, écoutant attentivement les murmures de l’aube, il me sembla entendre le bruit des lavandières battant perpétuellement les linges et les costumes virginaux et les chocs incessants des bâtons remplaçant le fer à repasser, comme si c’était l’aube blanche elle-même qu’on lavait et qu’on repassait."
Gaston
Leroux
Rouletabille chez Krupp
1917
" Au moment où le train entre en gare, le bruit de la ville devient de plus en plus assourdissant ; au sifflet des locomotives et au tocsin des tramways se sont joints tout à coup des hurlements de sirène, et puis les coups de canon lointains venus du polygone.
Comme base à ce prodigieux vacarme, le bruit puissant et continu, le halètement formidable des usines, la respiration monstrueuse de l’hydre aux cinq cents gueules de flammes !..."
" Dans les ténèbres silencieuses de l’entrepont, que perce l’unique et très précise lueur d’un falot, un craquement subit s’est fait entendre.
Et comme si le bruit, dans cette nuit muette, s’était étonné lui-même, il s’est arrêté aussitôt... et puis il recommença d’être... mais cette fois, hésitant, incertain et si peureux de ses échos qu’il finit par expirer tout doucement, à bout de forces...
Enfin, tout à coup, il y eut dans la nuit, le sursaut brutal et rageur d’un éclatement."
Rouletabille chez Krupp
1917
" Au moment où le train entre en gare, le bruit de la ville devient de plus en plus assourdissant ; au sifflet des locomotives et au tocsin des tramways se sont joints tout à coup des hurlements de sirène, et puis les coups de canon lointains venus du polygone.
Comme base à ce prodigieux vacarme, le bruit puissant et continu, le halètement formidable des usines, la respiration monstrueuse de l’hydre aux cinq cents gueules de flammes !..."
" Dans les ténèbres silencieuses de l’entrepont, que perce l’unique et très précise lueur d’un falot, un craquement subit s’est fait entendre.
Et comme si le bruit, dans cette nuit muette, s’était étonné lui-même, il s’est arrêté aussitôt... et puis il recommença d’être... mais cette fois, hésitant, incertain et si peureux de ses échos qu’il finit par expirer tout doucement, à bout de forces...
Enfin, tout à coup, il y eut dans la nuit, le sursaut brutal et rageur d’un éclatement."
René
Maran
Batouala
1921
"Et perdus en cet enthousiasme végétal, les oiseaux conjuguaient leurs cris disparates, tandis que, faiblement, noirs dans le haut azur, des charognards gémissaient, en planant.
Derrière la Pombo ou derrière la Bamba, quelqu’un chantait
— Ehé... yaba... ho !
On devait travailler, quelque part, là-bas, toute chanson rythmant un effort.
La chanson monotone décomposait la quiétude ambiante. Lorsqu’elle cessait, on n’entendait plus que le crépitement de la brousse séchée par le soleil ou l’éclatement des siliques des tamariniers ; on ne percevait plus que tous ces bruits menus dont est fait le silence. Puis la chanson reprenait plus indistincte, là-bas..."
" Des bruits de pilon, on ne sait où, écrasent du manioc, du mil ou du maïs. Le ronronnement des tam-tams anime des « yangbas », on ne sait où. De distance en distance, des foyers s’allument. On devine les cases, aux fumées. Suivant l’espèce, des crapauds flûtent, meuglent, glapissent ou cliquettent. Djouma, le petit chien roux, aboie, aboie. Quelle est cette stupeur ? D’où provient cette angoisse ?"
"Et pendant un long moment, on n’entendit plus que le zonzonnement des abeilles.
Elles avaient d’ailleurs déjà disparu depuis longtemps, qu’on les croyait encore présentes, tant le frisselis de la brise entre les feuilles donnait l’illusion de leur vol vrombissant.
Il ne faisait ni frais ni lourd.
Les « bokoudoubas » et les « golokotos » roucoulaient. Des villages perdus sur les collines, des vallons abritant d’autres villages provenaient et des chansons monotones, et le bruit des pilons écrasant le manioc sec, ..."
"Rien n’échappait à ses oreilles : ni le ronflement de Bissi’ngalé ; ni le sibilement des lézards margouillats nichés sous le chaume grouillant de termites ; ni le zonzon des moustiques en quête de chair fraîche et de sang chaud ; ni la douce chanson d’eau, tantôt proche, tantôt lointaine, de la sinueuse Ouahmbélé, polissant et repolissant les galets de son lit ou pourléchant ses rives fourrées de brousse ; ni le murmure que le vent, truchement de l’infini, susurre aux herbes lourdes de rosée ou chuchote en cachette aux arbres, qui jasent du matin au soir en s’éventant de leurs feuilles ; ni le coassement des crapauds, ni le crissement des cigales ; ni le cri des rapaces nocturnes épiant les ténèbres ; ni cette grande rumeur odorante et opiniâtre, frémissante et mystérieuse, cette immense rumeur unanime, qui semble sourdre, la nuit, des vivantes profondeurs de la terre, et qui est peut-être l’indicatif d’appel des végétaux en voie de germination, à moins qu’elle ne soit celui qu’emploient les morts immémoriaux pour se faire entendre de la brousse, qui les a nourris quelques jours et qu’ils nourrissent maintenant pour l’éternité.
Youmba distinguait à merveille les uns des autres les bruits qu’elle recevait en bloc. Elle les enregistrait, en quelque sorte, assignant à chacun sa place exacte et sa signification précise."
Batouala
1921
"Et perdus en cet enthousiasme végétal, les oiseaux conjuguaient leurs cris disparates, tandis que, faiblement, noirs dans le haut azur, des charognards gémissaient, en planant.
Derrière la Pombo ou derrière la Bamba, quelqu’un chantait
— Ehé... yaba... ho !
On devait travailler, quelque part, là-bas, toute chanson rythmant un effort.
La chanson monotone décomposait la quiétude ambiante. Lorsqu’elle cessait, on n’entendait plus que le crépitement de la brousse séchée par le soleil ou l’éclatement des siliques des tamariniers ; on ne percevait plus que tous ces bruits menus dont est fait le silence. Puis la chanson reprenait plus indistincte, là-bas..."
" Des bruits de pilon, on ne sait où, écrasent du manioc, du mil ou du maïs. Le ronronnement des tam-tams anime des « yangbas », on ne sait où. De distance en distance, des foyers s’allument. On devine les cases, aux fumées. Suivant l’espèce, des crapauds flûtent, meuglent, glapissent ou cliquettent. Djouma, le petit chien roux, aboie, aboie. Quelle est cette stupeur ? D’où provient cette angoisse ?"
"Et pendant un long moment, on n’entendit plus que le zonzonnement des abeilles.
Elles avaient d’ailleurs déjà disparu depuis longtemps, qu’on les croyait encore présentes, tant le frisselis de la brise entre les feuilles donnait l’illusion de leur vol vrombissant.
Il ne faisait ni frais ni lourd.
Les « bokoudoubas » et les « golokotos » roucoulaient. Des villages perdus sur les collines, des vallons abritant d’autres villages provenaient et des chansons monotones, et le bruit des pilons écrasant le manioc sec, ..."
"Rien n’échappait à ses oreilles : ni le ronflement de Bissi’ngalé ; ni le sibilement des lézards margouillats nichés sous le chaume grouillant de termites ; ni le zonzon des moustiques en quête de chair fraîche et de sang chaud ; ni la douce chanson d’eau, tantôt proche, tantôt lointaine, de la sinueuse Ouahmbélé, polissant et repolissant les galets de son lit ou pourléchant ses rives fourrées de brousse ; ni le murmure que le vent, truchement de l’infini, susurre aux herbes lourdes de rosée ou chuchote en cachette aux arbres, qui jasent du matin au soir en s’éventant de leurs feuilles ; ni le coassement des crapauds, ni le crissement des cigales ; ni le cri des rapaces nocturnes épiant les ténèbres ; ni cette grande rumeur odorante et opiniâtre, frémissante et mystérieuse, cette immense rumeur unanime, qui semble sourdre, la nuit, des vivantes profondeurs de la terre, et qui est peut-être l’indicatif d’appel des végétaux en voie de germination, à moins qu’elle ne soit celui qu’emploient les morts immémoriaux pour se faire entendre de la brousse, qui les a nourris quelques jours et qu’ils nourrissent maintenant pour l’éternité.
Youmba distinguait à merveille les uns des autres les bruits qu’elle recevait en bloc. Elle les enregistrait, en quelque sorte, assignant à chacun sa place exacte et sa signification précise."
Franz
Kafka
Das Schloss
Le château - Traduction (1938) de Alexandre Vialatte
1922
"... on entendait des voix, des coups de marteau, des coups de sonnette. Mais on n’avait pas l’impression d’une gaieté particulière. Les voix étaient assourdies, c’est à peine si de loin on pouvait comprendre un mot ; il ne semblait d’ailleurs pas qu’on eût affaire à des conversations ; il s’agissait sans doute simplement de quelqu’un qui dictait ou lisait quelque chose ; c’était précisément dans les chambres d’où venaient des bruits de verres et d’assiettes que l’on n’entendait pas un mot et les bruits de marteau faisaient songer à K. qu’on lui avait raconté que bien des fonctionnaires, pour se distraire de leur constante tension d’esprit, s’occupaient parfois de menuiserie, de serrurerie, etc."
Das Schloss
Le château - Traduction (1938) de Alexandre Vialatte
1922
"... on entendait des voix, des coups de marteau, des coups de sonnette. Mais on n’avait pas l’impression d’une gaieté particulière. Les voix étaient assourdies, c’est à peine si de loin on pouvait comprendre un mot ; il ne semblait d’ailleurs pas qu’on eût affaire à des conversations ; il s’agissait sans doute simplement de quelqu’un qui dictait ou lisait quelque chose ; c’était précisément dans les chambres d’où venaient des bruits de verres et d’assiettes que l’on n’entendait pas un mot et les bruits de marteau faisaient songer à K. qu’on lui avait raconté que bien des fonctionnaires, pour se distraire de leur constante tension d’esprit, s’occupaient parfois de menuiserie, de serrurerie, etc."
James
Joyce
Ulysses
1922
Ulysses
1922
| Ulysse - Traduction (1929) d’Auguste Morel, Valery
Larbaud, Stuart Gilbert et l’auteur : "... De lourds canons-revolvers tonnent. Pandémonium. Les troupes se déploient. Galop des sabots. Artillerie. Commandements rauques. Les cloches retentissent. Les parieurs braillent. Les ivrognes vocifèrent. Les putains ululent. Les sirènes huent. Clameurs des braves. Hurlements des mourants. Des piques heurtent des cuirasses." "La mer, le vent, les feuillages, le tonnerre, les eaux, les vaches qui beuglent, le marché aux bestiaux, les coqs, les poules qui ne font pas coquerico, les serpents qui szszszent. Il y a de la musique partout. La porte de Ruttledge qui crie ii. Non, c’est du bruit. C’est le menuet de Don Juan qu’il joue maintenant." |
Ulysse - Traduction (2004) de Bernard Hoepffner : "... Lourdes détonations des mitrailleuses Gatling. Pandémonium. Troupes se déploient. Galop des sabots. Artillerie. Ordres rauques. Cloches sonnent. Partisans crient. Ivrognes beuglent. Putains glapissent. Cornes-brume mugissent. Cris de bravoure. Hurlements des mourants. Piques et cuirasses s'entrechoquent." Ulysse - Traduction (2004) de Sylvie Doizelet : "Mer, vent, feuillages, tonnerre, eaux, vaches qui meuglent, marché aux bestiaux, coqs, poules ne chantent pas, serpents sssifflent. Il y a de la musique partout. La porte de Ruttledge : elle crie iiii. Non, ça c’est du bruit. C’est le menuet de Don Giovanni qu’il joue à présent." |
Renée
Dunan
La Culotte en jersey de soie
1923
"Tout était d’un silence massif, au dehors. De temps à autre, seul, le train passant dans la campagne faisait résonner l’atmosphère et agrémentait son roulement métallique de sifflements enroués et sinistres."
La Culotte en jersey de soie
1923
"Tout était d’un silence massif, au dehors. De temps à autre, seul, le train passant dans la campagne faisait résonner l’atmosphère et agrémentait son roulement métallique de sifflements enroués et sinistres."
Ashin'an
Setsujin (1872 .. 1958)
Fourmis sans ombre - Le livre du haïku, Maurice Coyaud
"Bruit de la grêle
Bruit du télégraphe
Paysage nocturne à la fenêtre"
Fourmis sans ombre - Le livre du haïku, Maurice Coyaud
"Bruit de la grêle
Bruit du télégraphe
Paysage nocturne à la fenêtre"
Kyoshi
Takahama (1874 .. 1959)
Fourmis sans ombre - Le livre du haïku, Maurice Coyaud
"Premier coup de tonnerre
Les cailles en cage font
Coucou !"
Fourmis sans ombre - Le livre du haïku, Maurice Coyaud
"Premier coup de tonnerre
Les cailles en cage font
Coucou !"
Fernando
Pessoa
Livro do Desassossego
Le Livre de l'intranquillité - Traduction (1988) de Françoise Laye
1913 .. 1935
19
"Je m’aperçois brusquement que le bruit est beaucoup plus fort, que beaucoup plus de monde existe. Les pas des piétons, plus nombreux, sont moins pressés.
... Les laitiers entrechoquent, comme des clefs creuses et absurdes, les bidons inégaux de leur métier ambulant."
42
"Les coups de marteau à la porte du menuisier résonnent avec une étrangeté proche. Ils résonnent, largement espacés, chacun d’eux éveillant un écho sans utilité. Le bruit des charrettes semble celui d’un jour chargé d’orage. Les voix sortent de l’air, et non des gosiers. Au loin, le fleuve se traîne fatigué."
43
"Je ne rêve pas dans un intervalle précis, mais je perçois, attentif, et comme m’éveillant d’un sommeil où je n’aurais pas dormi, les premières rumeurs de la vie de la ville, qui montent, comme une inondation, de l’endroit vague, tout en bas, où se trouvent des rues menant Dieu sait où. Ce sont des sons allègres, filtrés par la tristesse de la pluie qui tombe, ou qui, peut-être, est déjà tombée — car je ne l’entends pas pour l’instant...
Ce sont des bruits allègres et dispersés et ils me font mal, au fond du coeur, comme s’ils m’appelaient pour un examen ou une exécution.
... La rumeur du jour humain augmente soudain, comme le bruit d’une sonnerie. Au fond de la maison claque doucement la serrure de la première porte qu’on ouvre sur l’univers. J’entends des pantoufles dans un couloir absurde, qui mène à mon coeur.
... Je suis réveillé. Le bruit de la pluie s’estompe là-haut, dans l’extérieur indéfini."
53
"Je peux à tout le moins me sentir triste, et être conscient du fait que cette tristesse vient d’avoir croisé le bruit soudain (vu avec l’ouïe) du tram qui passe, le brouhaha de voix des jeunes gens, la rumeur oubliée de la ville bien vivante."
Livro do Desassossego
Le Livre de l'intranquillité - Traduction (1988) de Françoise Laye
1913 .. 1935
19
"Je m’aperçois brusquement que le bruit est beaucoup plus fort, que beaucoup plus de monde existe. Les pas des piétons, plus nombreux, sont moins pressés.
... Les laitiers entrechoquent, comme des clefs creuses et absurdes, les bidons inégaux de leur métier ambulant."
42
"Les coups de marteau à la porte du menuisier résonnent avec une étrangeté proche. Ils résonnent, largement espacés, chacun d’eux éveillant un écho sans utilité. Le bruit des charrettes semble celui d’un jour chargé d’orage. Les voix sortent de l’air, et non des gosiers. Au loin, le fleuve se traîne fatigué."
43
"Je ne rêve pas dans un intervalle précis, mais je perçois, attentif, et comme m’éveillant d’un sommeil où je n’aurais pas dormi, les premières rumeurs de la vie de la ville, qui montent, comme une inondation, de l’endroit vague, tout en bas, où se trouvent des rues menant Dieu sait où. Ce sont des sons allègres, filtrés par la tristesse de la pluie qui tombe, ou qui, peut-être, est déjà tombée — car je ne l’entends pas pour l’instant...
Ce sont des bruits allègres et dispersés et ils me font mal, au fond du coeur, comme s’ils m’appelaient pour un examen ou une exécution.
... La rumeur du jour humain augmente soudain, comme le bruit d’une sonnerie. Au fond de la maison claque doucement la serrure de la première porte qu’on ouvre sur l’univers. J’entends des pantoufles dans un couloir absurde, qui mène à mon coeur.
... Je suis réveillé. Le bruit de la pluie s’estompe là-haut, dans l’extérieur indéfini."
53
"Je peux à tout le moins me sentir triste, et être conscient du fait que cette tristesse vient d’avoir croisé le bruit soudain (vu avec l’ouïe) du tram qui passe, le brouhaha de voix des jeunes gens, la rumeur oubliée de la ville bien vivante."
Vladimir
Nabokov
L'Orage - Traduction de Maurice et Yvonne Couturier
1924
"Sous ma fenêtre, il y avait une cour profonde...
De cette cour de temps en temps des voix montaient : les aboiements mélancoliques de chiffonniers ou des ramasseurs de bouteilles vides ; parfois, le gémissement d'un violon infirme ; une fois, une très grosse femme blonde, au milieu de la cour, chanta une si belle chanson qu'à toutes les fenêtres des bonnes se penchèrent en inclinant leurs cous nus. Puis, quand elle eut fini, il y eut un moment de silence extraordinaire ; on n'entendait que ma logeuse, une veuve un peu négligée, qui sanglotait et se mouchait dans le couloir."
L'Orage - Traduction de Maurice et Yvonne Couturier
1924
"Sous ma fenêtre, il y avait une cour profonde...
De cette cour de temps en temps des voix montaient : les aboiements mélancoliques de chiffonniers ou des ramasseurs de bouteilles vides ; parfois, le gémissement d'un violon infirme ; une fois, une très grosse femme blonde, au milieu de la cour, chanta une si belle chanson qu'à toutes les fenêtres des bonnes se penchèrent en inclinant leurs cous nus. Puis, quand elle eut fini, il y eut un moment de silence extraordinaire ; on n'entendait que ma logeuse, une veuve un peu négligée, qui sanglotait et se mouchait dans le couloir."
Rainer
Maria Rilke
Les quatrains valaisans
1924
"Pays qui chante en travaillant,
pays heureux qui travaille ;
pendant que les eaux continuent leur chant,
la vigne fait maille pour maille.
Pays qui se tait, car le chant des eaux
n'est qu'un excès de silence,
de ce silence entre les mots
qui, en rythmes, avancent."
Les quatrains valaisans
1924
"Pays qui chante en travaillant,
pays heureux qui travaille ;
pendant que les eaux continuent leur chant,
la vigne fait maille pour maille.
Pays qui se tait, car le chant des eaux
n'est qu'un excès de silence,
de ce silence entre les mots
qui, en rythmes, avancent."
Irène Némirovsky
Le Malentendu
1926
"... en même temps qu’il percevait ce bourdonnement léger des beaux jours d’été à la campagne, mêlé aux cris des joueurs de tennis dans les jardins voisins, et ce bruit particulier, gai – des coups de sonnette, des pas, des voix étrangères – qui, seul, suffit à révéler l’hôtel, une grande habitation pleine de désoeuvrés."
"Sans bruit, elle alla s’asseoir sur une chaise basse, entre la fenêtre et le feu. Quel silence !... Dans l’appartement vide, les moindres bruits s’entendaient, un craquement de meubles, le pas feutré du domestique dans la salle à manger ; en bas, la lourde porte cochère retomba avec un son sourd de cloche... Dehors, dans cette avenue d’Iéna que le dimanche faisait aussi paisible qu’une rue de province, une auto passa... puis, de nouveau, ce fut un silence écrasant, mort, la paix particulière des dimanches de Paris dans les quartiers riches."
Le Malentendu
1926
"... en même temps qu’il percevait ce bourdonnement léger des beaux jours d’été à la campagne, mêlé aux cris des joueurs de tennis dans les jardins voisins, et ce bruit particulier, gai – des coups de sonnette, des pas, des voix étrangères – qui, seul, suffit à révéler l’hôtel, une grande habitation pleine de désoeuvrés."
"Sans bruit, elle alla s’asseoir sur une chaise basse, entre la fenêtre et le feu. Quel silence !... Dans l’appartement vide, les moindres bruits s’entendaient, un craquement de meubles, le pas feutré du domestique dans la salle à manger ; en bas, la lourde porte cochère retomba avec un son sourd de cloche... Dehors, dans cette avenue d’Iéna que le dimanche faisait aussi paisible qu’une rue de province, une auto passa... puis, de nouveau, ce fut un silence écrasant, mort, la paix particulière des dimanches de Paris dans les quartiers riches."
Jean
Giraudoux
Bella
1926
"Que de futures morts n’épargne pas la mort d’un collégien ! Voilà ce que disaient tous ces tués que je connaissais. Ils me disaient aussi, car beaucoup étaient fils de fonctionnaires, qu’ils auraient aimé revoir Rodez, Le Puy, que le Maroc est si beau, son air si pur, et celui qui n’avait jamais eu le temps ou l’occasion de lire la Chartreuse de Parme me demandait de me recueillir et de la lui résumer, autant que possible, en un mot... Pas de phrases avec les morts. Un mot, un mot crié de toute ma force, de tout mon être, dans un paysage sonore, voilà tout ce qu’ils réclamaient, tout ce qu’ils pouvaient entendre !"
"C’était l’heure où monte de la terre ce relent qui enivre depuis Ausone les écrivains régionalistes, où le paysage avoue à ses enfants poètes sa raison, — ténacité ou faiblesse, dissimulation ou loyauté, — où il exprime sa plus originale vertu par les instruments et les aveux les plus simples, une cornemuse, le son des sabots sur la route, un meuglement. Mais ni l’angélus, ni l’accordéon, ni le cri du hibou berrichon, ni toutes ces églises romanes qui prenaient encore le soleil quand les maisons n’étaient déjà plus éclairées, ne donnaient à ma famille d’émotion, de langueur, et ne les attendrissaient sur le sort des anciens Bituriges. Ce n’était là pour eux qu’un balbutiement de province, un zézaiement, alors qu’ils comprenaient la langue la plus perfectionnée de la terre entière. Ils écoutaient cette rumeur comme un dialecte pittoresque, dont on sourit, parce qu’il couvre les grands mots de terminaisons trop sensibles."
Bella
1926
"Que de futures morts n’épargne pas la mort d’un collégien ! Voilà ce que disaient tous ces tués que je connaissais. Ils me disaient aussi, car beaucoup étaient fils de fonctionnaires, qu’ils auraient aimé revoir Rodez, Le Puy, que le Maroc est si beau, son air si pur, et celui qui n’avait jamais eu le temps ou l’occasion de lire la Chartreuse de Parme me demandait de me recueillir et de la lui résumer, autant que possible, en un mot... Pas de phrases avec les morts. Un mot, un mot crié de toute ma force, de tout mon être, dans un paysage sonore, voilà tout ce qu’ils réclamaient, tout ce qu’ils pouvaient entendre !"
A ma
connaissance c'est dans ce texte où apparait pour la première fois en
langue française l'expression "paysage sonore".
"C’était l’heure où monte de la terre ce relent qui enivre depuis Ausone les écrivains régionalistes, où le paysage avoue à ses enfants poètes sa raison, — ténacité ou faiblesse, dissimulation ou loyauté, — où il exprime sa plus originale vertu par les instruments et les aveux les plus simples, une cornemuse, le son des sabots sur la route, un meuglement. Mais ni l’angélus, ni l’accordéon, ni le cri du hibou berrichon, ni toutes ces églises romanes qui prenaient encore le soleil quand les maisons n’étaient déjà plus éclairées, ne donnaient à ma famille d’émotion, de langueur, et ne les attendrissaient sur le sort des anciens Bituriges. Ce n’était là pour eux qu’un balbutiement de province, un zézaiement, alors qu’ils comprenaient la langue la plus perfectionnée de la terre entière. Ils écoutaient cette rumeur comme un dialecte pittoresque, dont on sourit, parce qu’il couvre les grands mots de terminaisons trop sensibles."
William
Faulkner
The Sound and the Fury
Le Bruit et la Fureur - Traduction (1949) de Maurice Edgar Coindreau
1929
"Le bruit des abeilles diminua, soutenu encore, comme si, au lieu de s’abîmer dans le silence, le silence ne faisait qu’augmenter entre nous comme de l’eau qui monte."
"... et la petite scie des grillons qui s’éteignait dans l’herbe m’accompagnait d’îlots de silence mouvants..."
The Sound and the Fury
Le Bruit et la Fureur - Traduction (1949) de Maurice Edgar Coindreau
1929
"Le bruit des abeilles diminua, soutenu encore, comme si, au lieu de s’abîmer dans le silence, le silence ne faisait qu’augmenter entre nous comme de l’eau qui monte."
"... et la petite scie des grillons qui s’éteignait dans l’herbe m’accompagnait d’îlots de silence mouvants..."
Marguerite Yourcenar
Alexis ou le Traité du Vain combat
1929
"Le silence ne compense pas seulement pour l'impuissance des paroles humaines, il compense aussi, pour les musiciens médiocres, la pauvreté des accords. Il m'a toujours semblé que la musique ne devrait être que du silence, et le mystère du silence, qui chercherait à s'exprimer. Voyez, par exemple, une fontaine. L'eau muette emplit les conduits, en déborde, et la perle qui en tombe est sonore. Il m'a toujours semblé que la musique ne devrait être que le trop-plein d'un grand silence."
Alexis ou le Traité du Vain combat
1929
"Le silence ne compense pas seulement pour l'impuissance des paroles humaines, il compense aussi, pour les musiciens médiocres, la pauvreté des accords. Il m'a toujours semblé que la musique ne devrait être que du silence, et le mystère du silence, qui chercherait à s'exprimer. Voyez, par exemple, une fontaine. L'eau muette emplit les conduits, en déborde, et la perle qui en tombe est sonore. Il m'a toujours semblé que la musique ne devrait être que le trop-plein d'un grand silence."
Rainer
Maria Rilke
Lettres à un jeune poète - Traduction de Claude Mouchard et Hans Hartje
1929
"... et je me suis représenté combien vous devez être silencieux dans votre fort solitaire entre les montagnes vides sur lesquelles se jettent ces grands vents du Sud comme s'ils voulaient les dévorer par gros morceaux.
Il doit être immense, le silence où de pareils bruits et mouvements trouvent leur espace, et si l'on pense qu'à tout cela la présence de la mer au loin vient encore s'ajouter, et fait en même temps résonner, dans cette harmonie préhistorique, le son peut-être le plus intérieur, alors on ne peut que vous souhaiter de laisser, avec confiance et patience, la grandiose solitude travailler sur vous, ..."
Lettres à un jeune poète - Traduction de Claude Mouchard et Hans Hartje
1929
"... et je me suis représenté combien vous devez être silencieux dans votre fort solitaire entre les montagnes vides sur lesquelles se jettent ces grands vents du Sud comme s'ils voulaient les dévorer par gros morceaux.
Il doit être immense, le silence où de pareils bruits et mouvements trouvent leur espace, et si l'on pense qu'à tout cela la présence de la mer au loin vient encore s'ajouter, et fait en même temps résonner, dans cette harmonie préhistorique, le son peut-être le plus intérieur, alors on ne peut que vous souhaiter de laisser, avec confiance et patience, la grandiose solitude travailler sur vous, ..."
Ernest
Hemingway
A Farewell to Arms
L'Adieu aux armes - Traduction (1931) de Maurice-Edgar Coindreau
1929
"Il se produisit alors une espèce de toussotement, un bruit semblable à une locomotive qui démarre, puis une explosion qui de nouveau fit trembler la terre.
...
Au milieu du bruit je distinguai de nouveau un toussotement, puis le tchu, tchu, tchu, puis un éclair comme lorsque la porte d’un haut fourneau s’ouvre brusquement, un grondement, blanc d’abord, rouge ensuite, accompagné d’un violent courant d’air. J’essayai de respirer, mais j’avais le souffle coupé et je me sentis sortir tout entier de moi-même, emporté loin, bien loin par le vent."
A Farewell to Arms
L'Adieu aux armes - Traduction (1931) de Maurice-Edgar Coindreau
1929
"Il se produisit alors une espèce de toussotement, un bruit semblable à une locomotive qui démarre, puis une explosion qui de nouveau fit trembler la terre.
...
Au milieu du bruit je distinguai de nouveau un toussotement, puis le tchu, tchu, tchu, puis un éclair comme lorsque la porte d’un haut fourneau s’ouvre brusquement, un grondement, blanc d’abord, rouge ensuite, accompagné d’un violent courant d’air. J’essayai de respirer, mais j’avais le souffle coupé et je me sentis sortir tout entier de moi-même, emporté loin, bien loin par le vent."
Georges
Simenon
Le Charretier de la Providence
1930
"Il avait eu un sommeil agité, tout plein de piétinements de chevaux, d'appels confus, de pas dans l'escalier, de verres heurtés, en bas."
Le Charretier de la Providence
1930
"Il avait eu un sommeil agité, tout plein de piétinements de chevaux, d'appels confus, de pas dans l'escalier, de verres heurtés, en bas."
Georges
Simenon
Le Pendu de Saint-Pholien
1930
"... ce matin-là, l'air était vibrant, le devenait davantage à mesure que le soleil montait dans le ciel. Et il y avait une cacophonie savoureuse, des cris en patois wallon, la sonnerie aigre des tramways jaune et rouge, le quadruple jet d'une fontaine monumentale surmontée du perron liégeois qui tentait de dominer la rumeur du marché proche."
Le Pendu de Saint-Pholien
1930
"... ce matin-là, l'air était vibrant, le devenait davantage à mesure que le soleil montait dans le ciel. Et il y avait une cacophonie savoureuse, des cris en patois wallon, la sonnerie aigre des tramways jaune et rouge, le quadruple jet d'une fontaine monumentale surmontée du perron liégeois qui tentait de dominer la rumeur du marché proche."
Georges
Simenon
Monsieur Gallet, décédé
1931
"Dehors, dans la verdure, s'élevait un murmure confus, intensément vivant, fait de chants d'oiseaux, du bruissement du feuillage, du bourdonnement des mouches et du caquet lointain de poules sur la route, le tout scandé par les coups espacés du marteau sur l'enclume de la forge."
Monsieur Gallet, décédé
1931
"Dehors, dans la verdure, s'élevait un murmure confus, intensément vivant, fait de chants d'oiseaux, du bruissement du feuillage, du bourdonnement des mouches et du caquet lointain de poules sur la route, le tout scandé par les coups espacés du marteau sur l'enclume de la forge."
Irène Némirovsky
Les Mouches d’automne
1931
"Elle ne parvenait pas à s’endormir, elle écoutait, malgré elle, les craquements des meubles, le bruit de la pendule dans la salle à manger, comme un soupir humain qui précédait le son de l’heure battant dans le silence, et, au-dessus, au-dessous d’elle, les gramophones, tous en marche, ce soir de réveillon. Des gens montaient l’escalier, le descendaient, traversaient la cour, sortaient. On entendait crier à chaque instant : « Cordon, s’il vous plaît ! » et le sourd écho de la porte cochère ouverte et refermée et des pas qui s’éloignaient dans la rue vide. Des taxis passaient rapidement. Une voix enrouée appelait le concierge dans la cour."
Les Mouches d’automne
1931
"Elle ne parvenait pas à s’endormir, elle écoutait, malgré elle, les craquements des meubles, le bruit de la pendule dans la salle à manger, comme un soupir humain qui précédait le son de l’heure battant dans le silence, et, au-dessus, au-dessous d’elle, les gramophones, tous en marche, ce soir de réveillon. Des gens montaient l’escalier, le descendaient, traversaient la cour, sortaient. On entendait crier à chaque instant : « Cordon, s’il vous plaît ! » et le sourd écho de la porte cochère ouverte et refermée et des pas qui s’éloignaient dans la rue vide. Des taxis passaient rapidement. Une voix enrouée appelait le concierge dans la cour."
Georges
Simenon
Le Chien jaune
1931
"On entendait l'horloge de la vieille ville sonner les heures et les demies. Les piétinements et les conciliabules cessèrent sur le trottoir, et il n'y eut plus que la plainte monotone du vent, la pluie qui battait les vitres."
Le Chien jaune
1931
"On entendait l'horloge de la vieille ville sonner les heures et les demies. Les piétinements et les conciliabules cessèrent sur le trottoir, et il n'y eut plus que la plainte monotone du vent, la pluie qui battait les vitres."
Georges
Simenon
Le Fou de Bergerac
1932
"... du rythme de la vie qui, sur la grand-place, partant de la porte ouverte par une ménagère, du bruit des roues d'une charrette, d'un volet brusquement écarté, allait en s'amplifiant jusqu'à midi."
Le Fou de Bergerac
1932
"... du rythme de la vie qui, sur la grand-place, partant de la porte ouverte par une ménagère, du bruit des roues d'une charrette, d'un volet brusquement écarté, allait en s'amplifiant jusqu'à midi."
William
Faulkner
Light in August
Lumière d'août - Traduction (1935) de Maurice-Edgar Coindreau
1932
"Au bout d'un moment, elle a commencé à entendre la charrette. Elle l'a entendue pendant quelque temps, puis la charrette a paru à mi-côte.
Faute d'huile, le bois et le métal, rongés par les intempéries, grincent et brimballent, aigus et secs, lentement, terriblement ; série de détonations sèches, indolentes, portant à six cents mètres dans le chaud silence, tranquille et balsamique, de cette après-midi d'août."
Light in August
Lumière d'août - Traduction (1935) de Maurice-Edgar Coindreau
1932
"Au bout d'un moment, elle a commencé à entendre la charrette. Elle l'a entendue pendant quelque temps, puis la charrette a paru à mi-côte.
Faute d'huile, le bois et le métal, rongés par les intempéries, grincent et brimballent, aigus et secs, lentement, terriblement ; série de détonations sèches, indolentes, portant à six cents mètres dans le chaud silence, tranquille et balsamique, de cette après-midi d'août."
Georges
Simenon
L'Écluse numéro 1
1933
"Et sur le trottoir ce fut un bain de chaleur, de clarté, de bruit, de poussière colorée et de mouvement, le tramway 13 s'arrêta et repartit aussitôt. Le timbre du bistrot de droite résonna tandis que les cailloux dégringolaient dans le moulin du concasseur et qu'un petit remorqueur à triangle bleu sifflait tout ce qu'il pouvait, rageur, devant la porte de l'écluse qu'on lui fermait au nez."
L'Écluse numéro 1
1933
"Et sur le trottoir ce fut un bain de chaleur, de clarté, de bruit, de poussière colorée et de mouvement, le tramway 13 s'arrêta et repartit aussitôt. Le timbre du bistrot de droite résonna tandis que les cailloux dégringolaient dans le moulin du concasseur et qu'un petit remorqueur à triangle bleu sifflait tout ce qu'il pouvait, rageur, devant la porte de l'écluse qu'on lui fermait au nez."
Louis-Ferdinand Céline
Guerre
1934
"C’est la première fois dans cette mélasse pleine d’obus qui passaient en sifflant que j’ai dormi, dans tout le bruit qu’on a voulu, sans tout à fait perdre conscience, c’est-à-dire dans l’horreur en somme. Sauf pendant les heures où on m’a opéré, je n’ai plus jamais perdu tout à fait conscience. J’ai toujours dormi ainsi dans le bruit atroce depuis décembre 14. J’ai attrapé la guerre dans ma tête. Elle est enfermée dans ma tête.”
Guerre
1934
"C’est la première fois dans cette mélasse pleine d’obus qui passaient en sifflant que j’ai dormi, dans tout le bruit qu’on a voulu, sans tout à fait perdre conscience, c’est-à-dire dans l’horreur en somme. Sauf pendant les heures où on m’a opéré, je n’ai plus jamais perdu tout à fait conscience. J’ai toujours dormi ainsi dans le bruit atroce depuis décembre 14. J’ai attrapé la guerre dans ma tête. Elle est enfermée dans ma tête.”
Albert
Camus
Noces - Le vent à Djémila
1937
"... il y régnait un grand silence lourd et sans fêlure – quelque chose comme l’équilibre d’une balance. Des cris d’oiseaux, le son feutré de la flûte à trois trous, un piétinement de chèvres, des rumeurs venues du ciel, autant de bruits qui faisaient le silence et la désolation de ces lieux. De loin en loin, un claquement sec, un cri aigu, marquaient l’envol d’un oiseau tapi entre des pierres."
Noces - Le vent à Djémila
1937
"... il y régnait un grand silence lourd et sans fêlure – quelque chose comme l’équilibre d’une balance. Des cris d’oiseaux, le son feutré de la flûte à trois trous, un piétinement de chèvres, des rumeurs venues du ciel, autant de bruits qui faisaient le silence et la désolation de ces lieux. De loin en loin, un claquement sec, un cri aigu, marquaient l’envol d’un oiseau tapi entre des pierres."
Henri
Bosco
L'Âne Culotte
cité dans : Airs de flûte, sons de cloche (Henri Bosco) de Bruno Tritsmans
1937
"Les grenouilles, qui sont des bêtes sociables, répondaient à la clarinette, et Sylvius était content de ce concert lacustre dont le chant animal se prolongeait parfois, par une ou deux grenouilles sentimentales, jusqu'au fond de la nuit, paisiblement."
"Pur soupir de roseau magique, à peine distinct du silence, et doux comme un appel de crapaud à la lune..."
L'Âne Culotte
cité dans : Airs de flûte, sons de cloche (Henri Bosco) de Bruno Tritsmans
1937
"Les grenouilles, qui sont des bêtes sociables, répondaient à la clarinette, et Sylvius était content de ce concert lacustre dont le chant animal se prolongeait parfois, par une ou deux grenouilles sentimentales, jusqu'au fond de la nuit, paisiblement."
"Pur soupir de roseau magique, à peine distinct du silence, et doux comme un appel de crapaud à la lune..."
Karen
Blixen
La ferme africaine - Traduction (2005) d'Alain Gnaedig
1937
"Quand le souffle passait en sifflant au-dessus de ma tête, c'était le vent dans les grands arbres de la forêt, et non la pluie. Quand il rasait le sol, c'était le vent dans les buissons et les hautes herbes, mais ce n'était pas la pluie. Quand il bruissait et chuintait à hauteur d'homme, c'était le vent dans les champs de maïs. Il possédait si bien les sonorités de la pluie que l'on se faisait abuser sans cesse, cependant, on l'écoutait avec un plaisir certain, comme si un spectacle tant attendu apparaissait enfin sur la scène. Et ce n'était toujours pas la pluie. Mais lorsque la terre répondait à l'unisson d'un rugissement profond, luxuriant et croissant, lorsque le monde entier chantait autour de moi dans toutes les directions, au-dessus et au-dessous de moi, alors c'était bien la pluie. C'était comme de retrouver la mer après en avoir été longtemps privé, comme l'étreinte d'un amant."
La ferme africaine - Traduction (2005) d'Alain Gnaedig
1937
"Quand le souffle passait en sifflant au-dessus de ma tête, c'était le vent dans les grands arbres de la forêt, et non la pluie. Quand il rasait le sol, c'était le vent dans les buissons et les hautes herbes, mais ce n'était pas la pluie. Quand il bruissait et chuintait à hauteur d'homme, c'était le vent dans les champs de maïs. Il possédait si bien les sonorités de la pluie que l'on se faisait abuser sans cesse, cependant, on l'écoutait avec un plaisir certain, comme si un spectacle tant attendu apparaissait enfin sur la scène. Et ce n'était toujours pas la pluie. Mais lorsque la terre répondait à l'unisson d'un rugissement profond, luxuriant et croissant, lorsque le monde entier chantait autour de moi dans toutes les directions, au-dessus et au-dessous de moi, alors c'était bien la pluie. C'était comme de retrouver la mer après en avoir été longtemps privé, comme l'étreinte d'un amant."
Raymond
Queneau
Chêne et Chien
1937
"Le voisin de droite éteint sa TSF,
le voisin de gauche arrête son phono,
la voisine d’en haut cesse de glapir,
la voisine d’en bas ferme son piano.
Les gens ne tirent plus sur la chasse d’eau,
l’ascenseur ne chahute plus dans sa cage,
les camions ne tonnent plus sur le pavé,
dans la rue se tait le klaxon des autos.
Sur le fleuve la sirène, et dans les gares
la locomotive, et partout la machine,
et la rumeur de la ville se dissout.
Le vent même ne fait plus bruire les arbres.
Personne ne crie personne ne parle et rien ne chante,
ni souffle, ni murmure, ni fracas,
mais quelque part il y a tant de bruit,
tant de hurlements, tant de bavardages, et qu’on n’entend pas."
Chêne et Chien
1937
"Le voisin de droite éteint sa TSF,
le voisin de gauche arrête son phono,
la voisine d’en haut cesse de glapir,
la voisine d’en bas ferme son piano.
Les gens ne tirent plus sur la chasse d’eau,
l’ascenseur ne chahute plus dans sa cage,
les camions ne tonnent plus sur le pavé,
dans la rue se tait le klaxon des autos.
Sur le fleuve la sirène, et dans les gares
la locomotive, et partout la machine,
et la rumeur de la ville se dissout.
Le vent même ne fait plus bruire les arbres.
Personne ne crie personne ne parle et rien ne chante,
ni souffle, ni murmure, ni fracas,
mais quelque part il y a tant de bruit,
tant de hurlements, tant de bavardages, et qu’on n’entend pas."
Albert
Camus
Carnets I
1939
"Et alors, une fois assis, au milieu de l'extraordinaire silence qui m'accueillait soudain, je me suis senti délivré.
...
Tout se taisait. Le wagon vibrait doucement. Et si j'entendais derrière les vitres les froissements de la nuit pluvieuse, je l'entendais encore comme un silence."
Carnets I
1939
"Et alors, une fois assis, au milieu de l'extraordinaire silence qui m'accueillait soudain, je me suis senti délivré.
...
Tout se taisait. Le wagon vibrait doucement. Et si j'entendais derrière les vitres les froissements de la nuit pluvieuse, je l'entendais encore comme un silence."
Mikhaïl Boulgakov (Михаил Афанасьевич Булгаков)
Мастер и Маргарита
Le Maître et Marguerite - Traduction (1968) de Claude Ligny
1940
"Caïphe se tut, et le procurateur perçut de nouveau comme le bruit d’une marée qui venait battre les murs mêmes des jardins d’Hérode le Grand. Ce bruit montait d’en bas, vers les pieds, puis jusqu’au visage du procurateur. Et dans son dos, là-bas, derrière les ailes du palais, on entendait des appels de trompette inquiets, le lourd crissement de centaines de pieds, le cliquetis du fer."
"... Pilate, sans rien voir, eut les oreilles heurtées par une vague sonore : « Ha-a-a... » Elle commença faiblement, née quelque part au loin, du côté de l’hippodrome, puis s’enfla, devint pareille à un grondement de tonnerre, se maintint quelques secondes dans toute sa puissance, puis décrut. « Ils m’ont vu. », pensa le procurateur. La vague n’était pas encore retombée complètement qu’elle s’enfla de nouveau, sembla hésiter, puis s’éleva plus haut encore que la première fois. Et cette seconde vague, comme les vagues de la mer se frangent d’écume, se frangea de sifflements, et de cris de femmes bien distincts dans le fracas général. « On les a amenés sur l’estrade, pensa Pilate, et les cris viennent de ce que la foule, en se portant en avant, a piétiné quelques femmes. »"
"De dehors montait un grondement continu : c’était le public qui s’écoulait à flots du théâtre. L’oreille, devenue extraordinairement fine, de Rimski perçut tout à coup distinctement la stridulation d’un sifflet de milicien. Par lui-même, ce son n’augure généralement rien de bon. Mais lorsqu’il se répéta, lorsqu’un autre, plus long et plus impérieux, s’y joignit, et lorsque enfin à tout ce bruit vinrent se mêler, parfaitement reconnaissables, de gros rires et même une sorte de hululement, le directeur financier comprit tout de suite qu’il se passait quelque chose dans la rue – quelque chose de scandaleux et d’abominable."
"Marguerite comprit alors d’où venait ce bruit de bal. Le fracas des cuivres croulait sur elle, et le ruissellement des violons l’inondait comme une pluie de sang. Un orchestre de cent cinquante musiciens jouait une polonaise."
"On pouvait maintenant distinguer le bruissement de la pluie, les bruits de l’eau qui courait dans les chéneaux et dévalait en cascades les marches du grand escalier que le procurateur avait descendu quelques heures plus tôt pour aller annoncer la sentence sur la place. Enfin, on perçut le clapotis d’une fontaine, jusqu’alors complètement étouffé. Le ciel s’éclaircit. Dans l’océan gris qui courait vers l’est s’ouvrirent des fenêtres bleues. À ce moment, à travers le crépitement affaibli et intermittent de la pluie, le procurateur saisit de lointains appels de trompettes, mêlés au piétinement assourdi de centaines de sabots de chevaux."
Мастер и Маргарита
Le Maître et Marguerite - Traduction (1968) de Claude Ligny
1940
"Caïphe se tut, et le procurateur perçut de nouveau comme le bruit d’une marée qui venait battre les murs mêmes des jardins d’Hérode le Grand. Ce bruit montait d’en bas, vers les pieds, puis jusqu’au visage du procurateur. Et dans son dos, là-bas, derrière les ailes du palais, on entendait des appels de trompette inquiets, le lourd crissement de centaines de pieds, le cliquetis du fer."
"... Pilate, sans rien voir, eut les oreilles heurtées par une vague sonore : « Ha-a-a... » Elle commença faiblement, née quelque part au loin, du côté de l’hippodrome, puis s’enfla, devint pareille à un grondement de tonnerre, se maintint quelques secondes dans toute sa puissance, puis décrut. « Ils m’ont vu. », pensa le procurateur. La vague n’était pas encore retombée complètement qu’elle s’enfla de nouveau, sembla hésiter, puis s’éleva plus haut encore que la première fois. Et cette seconde vague, comme les vagues de la mer se frangent d’écume, se frangea de sifflements, et de cris de femmes bien distincts dans le fracas général. « On les a amenés sur l’estrade, pensa Pilate, et les cris viennent de ce que la foule, en se portant en avant, a piétiné quelques femmes. »"
"De dehors montait un grondement continu : c’était le public qui s’écoulait à flots du théâtre. L’oreille, devenue extraordinairement fine, de Rimski perçut tout à coup distinctement la stridulation d’un sifflet de milicien. Par lui-même, ce son n’augure généralement rien de bon. Mais lorsqu’il se répéta, lorsqu’un autre, plus long et plus impérieux, s’y joignit, et lorsque enfin à tout ce bruit vinrent se mêler, parfaitement reconnaissables, de gros rires et même une sorte de hululement, le directeur financier comprit tout de suite qu’il se passait quelque chose dans la rue – quelque chose de scandaleux et d’abominable."
"Marguerite comprit alors d’où venait ce bruit de bal. Le fracas des cuivres croulait sur elle, et le ruissellement des violons l’inondait comme une pluie de sang. Un orchestre de cent cinquante musiciens jouait une polonaise."
"On pouvait maintenant distinguer le bruissement de la pluie, les bruits de l’eau qui courait dans les chéneaux et dévalait en cascades les marches du grand escalier que le procurateur avait descendu quelques heures plus tôt pour aller annoncer la sentence sur la place. Enfin, on perçut le clapotis d’une fontaine, jusqu’alors complètement étouffé. Le ciel s’éclaircit. Dans l’océan gris qui courait vers l’est s’ouvrirent des fenêtres bleues. À ce moment, à travers le crépitement affaibli et intermittent de la pluie, le procurateur saisit de lointains appels de trompettes, mêlés au piétinement assourdi de centaines de sabots de chevaux."
Arthur
Koestler
Darkness at Noon
Le Zéro et l’Infini - Traduction (1945) de Jérôme Jenatton
1940
" Le long du couloir, un roulement caverneux et grave se rapprochait. Ce n’était ni un tapotement ni un martèlement : les hommes enfermés dans les cellules 380 à 402, formant la chaîne acoustique et debout derrière leurs portes comme une garde d’honneur dans les ténèbres, imitaient à s’y méprendre le roulement étouffé et solennel des tambours, apporté d’assez loin par le vent. Roubachof, les yeux collés au judas, fit chorus en frappant des deux mains en cadence sur la porte de ciment. Il fut surpris d’entendre cette vague de sons voilés se continuer à sa droite par le No 406 et au-delà ; Rip Van Winlde devait avoir compris, après tout ; lui aussi tambourinait. Au même instant, Roubachof entendit à sa gauche, encore à quelque distance des limites de son champ visuel, des portes de fer qui roulaient sur leurs glissières. À sa gauche, le roulement de tambour se fit un peu plus fort ; Roubachof comprit que la porte de fer qui séparait les prisonniers au secret des cellules ordinaires venait de s’ouvrir. Les clefs s’entrechoquèrent, et maintenant la porte de fer était refermée ; il entendit des pas qui s’approchaient, accompagnés de bruit de glissade sur le carreau. Le roulement à sa gauche s’enfla comme une vague en un crescendo soutenu mais voilé. Le champ visuel de Roubachof, limité par les cellules No 401 et 407, restait vide. Les bruits d’objet qu’on traîne et qui glisse sur le carrelage se rapprochaient rapidement, et à présent il discernait aussi des gémissements et des pleurnichements, on aurait dit ceux d’un enfant. Les pas allaient plus vite, le roulement se fit un peu moins fort à gauche, à sa droite il s’enfla.
Roubachof tambourinait. Il avait perdu tout sentiment du temps et de l’espace, il n’entendait que le battement caverneux du tam-tam dans la jungle ; on aurait dit des singes debout derrière les barreaux de leurs cages, se frappant la poitrine et tambourinant ; il collait l’oeil au judas, se soulevant et retombant en cadence sur ses orteils tout en roulant du tambour."
Darkness at Noon
Le Zéro et l’Infini - Traduction (1945) de Jérôme Jenatton
1940
" Le long du couloir, un roulement caverneux et grave se rapprochait. Ce n’était ni un tapotement ni un martèlement : les hommes enfermés dans les cellules 380 à 402, formant la chaîne acoustique et debout derrière leurs portes comme une garde d’honneur dans les ténèbres, imitaient à s’y méprendre le roulement étouffé et solennel des tambours, apporté d’assez loin par le vent. Roubachof, les yeux collés au judas, fit chorus en frappant des deux mains en cadence sur la porte de ciment. Il fut surpris d’entendre cette vague de sons voilés se continuer à sa droite par le No 406 et au-delà ; Rip Van Winlde devait avoir compris, après tout ; lui aussi tambourinait. Au même instant, Roubachof entendit à sa gauche, encore à quelque distance des limites de son champ visuel, des portes de fer qui roulaient sur leurs glissières. À sa gauche, le roulement de tambour se fit un peu plus fort ; Roubachof comprit que la porte de fer qui séparait les prisonniers au secret des cellules ordinaires venait de s’ouvrir. Les clefs s’entrechoquèrent, et maintenant la porte de fer était refermée ; il entendit des pas qui s’approchaient, accompagnés de bruit de glissade sur le carreau. Le roulement à sa gauche s’enfla comme une vague en un crescendo soutenu mais voilé. Le champ visuel de Roubachof, limité par les cellules No 401 et 407, restait vide. Les bruits d’objet qu’on traîne et qui glisse sur le carrelage se rapprochaient rapidement, et à présent il discernait aussi des gémissements et des pleurnichements, on aurait dit ceux d’un enfant. Les pas allaient plus vite, le roulement se fit un peu moins fort à gauche, à sa droite il s’enfla.
Roubachof tambourinait. Il avait perdu tout sentiment du temps et de l’espace, il n’entendait que le battement caverneux du tam-tam dans la jungle ; on aurait dit des singes debout derrière les barreaux de leurs cages, se frappant la poitrine et tambourinant ; il collait l’oeil au judas, se soulevant et retombant en cadence sur ses orteils tout en roulant du tambour."
Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein (Эйзенштейн, Сергей Михайлович)
Œuvres Tome 4 - La Non-Indifférente Nature 2 - Traduction (1978) de Luda et Jean Schnitzer
vers 1940
" Le plus souvent le rôle « sonore » était dévolu au paysage. Car le paysage est l’élément le plus libre du film, le moins chargé de tâches narratives et le plus docile lorsqu’il s’agit de transmettre les émotions, les sentiments, les états d’âme. En un mot tout ce qui, dans sa figuration fluide, floue, confusément saisissable, ne peut être pleinement restitué que par la seule musique."
“Ce qui se situe le plus près de la musique, c’est le paysage.”
"J’ai recours au paysage chinois pour une autre raison encore : ce qui m’intéresse, ce n’est pas seulement le côté émotionnel du paysage, mais en premier lieu sa musicalité, c’est-à-dire cette variété de la “non-indifférente nature” où l’effet émotionnel est obtenu non seulement par le choix des éléments représentés, mais surtout et avant tout par l’élaboration musicale et la composition de ce qui est représenté."
" Et voici un autre type de paysage où le thème serpente en une succession d’introductions simultanées de composantes — « éléments » de nature et de sonorité différentes. Là, les eaux du fleuve sont le thème du paysage ; là, ce sont les nuages et le fleuve ensemble ; là, c’est la chaîne de montagne ; là encore, c’est la combinaison de montagnes, eaux, brumes, etc.
Il n’est pas inintéressant de remarquer ici que lorsque la peinture se donne pour tâche non seulement l’interprétation musicale-émotionnelle d’un fragment de la nature observée, mais entend résoudre un problème strictement musical, l’on se trouve aussitôt et immanquablement en présence d’une composition de type « partition »."
Œuvres Tome 4 - La Non-Indifférente Nature 2 - Traduction (1978) de Luda et Jean Schnitzer
vers 1940
" Le plus souvent le rôle « sonore » était dévolu au paysage. Car le paysage est l’élément le plus libre du film, le moins chargé de tâches narratives et le plus docile lorsqu’il s’agit de transmettre les émotions, les sentiments, les états d’âme. En un mot tout ce qui, dans sa figuration fluide, floue, confusément saisissable, ne peut être pleinement restitué que par la seule musique."
“Ce qui se situe le plus près de la musique, c’est le paysage.”
"J’ai recours au paysage chinois pour une autre raison encore : ce qui m’intéresse, ce n’est pas seulement le côté émotionnel du paysage, mais en premier lieu sa musicalité, c’est-à-dire cette variété de la “non-indifférente nature” où l’effet émotionnel est obtenu non seulement par le choix des éléments représentés, mais surtout et avant tout par l’élaboration musicale et la composition de ce qui est représenté."
" Et voici un autre type de paysage où le thème serpente en une succession d’introductions simultanées de composantes — « éléments » de nature et de sonorité différentes. Là, les eaux du fleuve sont le thème du paysage ; là, ce sont les nuages et le fleuve ensemble ; là, c’est la chaîne de montagne ; là encore, c’est la combinaison de montagnes, eaux, brumes, etc.
Il n’est pas inintéressant de remarquer ici que lorsque la peinture se donne pour tâche non seulement l’interprétation musicale-émotionnelle d’un fragment de la nature observée, mais entend résoudre un problème strictement musical, l’on se trouve aussitôt et immanquablement en présence d’une composition de type « partition »."
Georges
Simenon
Les caves du Majestic
1942
"Un claquement de portière. C'était toujours le premier bruit de la journée. Le moteur qui continuait à tourner, dehors. ... Puis le taxi s'éloignait. Des pas. La clef dans la serrure et le déclic d'un commutateur électrique.
Une allumette craquait dans la cuisine et le réchaud à gaz, en s'allumant, laissait fuser un « pfffttt »."
Les caves du Majestic
1942
"Un claquement de portière. C'était toujours le premier bruit de la journée. Le moteur qui continuait à tourner, dehors. ... Puis le taxi s'éloignait. Des pas. La clef dans la serrure et le déclic d'un commutateur électrique.
Une allumette craquait dans la cuisine et le réchaud à gaz, en s'allumant, laissait fuser un « pfffttt »."
Albert
Camus
Carnets II
1942
"Bourdonnement sans chaleur des guêpes, le vent dans les feuilles, un coq entêté à chanter derrière les collines, des aboiements creux, de loin en loin un croassement de corneille."
Carnets II
1942
"Bourdonnement sans chaleur des guêpes, le vent dans les feuilles, un coq entêté à chanter derrière les collines, des aboiements creux, de loin en loin un croassement de corneille."
Marguerite
Duras
Les impudents
1943
" Maud ouvrit la fenêtre et la rumeur de la vallée emplit la chambre. Le soleil se couchait. Il laissait à sa suite de gros nuages qui s'aggloméraient et se précipitaient comme aveuglés vers un gouffre de clarté. Le « septième » où ils logeaient semblait être à une hauteur vertigineuse. On y découvrait un paysage sonore et profond qui se prolongeait jusqu'à la traînée sombre des collines de Sèvres. Entre cet horizon lointain, bourré d'usines, de faubourgs et l'appartement ouvert en plein ciel, l'air chargé d'une fine brume ressemblait, glauque et dense, à de l'eau.
Maud resta un moment à la fenêtre, les bras étendus sur la rampe du balcon, la tête penchée dans une attitude semblable à celle d'un enfant oisif. Mais son visage était pâle et meurtri par l'ennui.
Lorsqu'elle se retourna vers la chambre et qu'elle ferma la fenêtre le bruissement de la vallée cessa brusquement comme si elle avait fermé les vannes d'une rivière
Les impudents
1943
" Maud ouvrit la fenêtre et la rumeur de la vallée emplit la chambre. Le soleil se couchait. Il laissait à sa suite de gros nuages qui s'aggloméraient et se précipitaient comme aveuglés vers un gouffre de clarté. Le « septième » où ils logeaient semblait être à une hauteur vertigineuse. On y découvrait un paysage sonore et profond qui se prolongeait jusqu'à la traînée sombre des collines de Sèvres. Entre cet horizon lointain, bourré d'usines, de faubourgs et l'appartement ouvert en plein ciel, l'air chargé d'une fine brume ressemblait, glauque et dense, à de l'eau.
Maud resta un moment à la fenêtre, les bras étendus sur la rampe du balcon, la tête penchée dans une attitude semblable à celle d'un enfant oisif. Mais son visage était pâle et meurtri par l'ennui.
Lorsqu'elle se retourna vers la chambre et qu'elle ferma la fenêtre le bruissement de la vallée cessa brusquement comme si elle avait fermé les vannes d'une rivière
Ce texte est l'un
des premiers en langue française qui contient l'expression "paysage
sonore".
(cf Roberto Barbanti - Écoute du paysage et esthétique écosophique)
(cf Roberto Barbanti - Écoute du paysage et esthétique écosophique)
Gaston
Bachelard
L’Air et les Songes
1943
"... en quel sens doit-on dire qu'un son devient aérien ? C'est quand il est à l'extrémité du silence, planant dans un ciel lointain — doux et grand. Le paradoxe joue du petit au grand. C'est l'infiniment petit du son, la pause de l'harmonie des fleurs qui ébranle l'infiniment grand de l'univers parlant."
"Le vent s’excite et se décourage. Il crie et il se plaint. Il passe de la violence à la détresse. Le caractère même des souffles heurtés et inutiles peut donner une image d’une mélancolie anxieuse..."
L’Air et les Songes
1943
"... en quel sens doit-on dire qu'un son devient aérien ? C'est quand il est à l'extrémité du silence, planant dans un ciel lointain — doux et grand. Le paradoxe joue du petit au grand. C'est l'infiniment petit du son, la pause de l'harmonie des fleurs qui ébranle l'infiniment grand de l'univers parlant."
"Le vent s’excite et se décourage. Il crie et il se plaint. Il passe de la violence à la détresse. Le caractère même des souffles heurtés et inutiles peut donner une image d’une mélancolie anxieuse..."
Louis
Aragon
Aurélien
1944
"Dans le silence que ramena ce départ entre les deux hommes, on entendit mieux, plus précisément, le tumulte du lieu, ce fond de bruits si propice à l'isolement, avec le double chahut des conversations du bar, et l'orchestre qui jouait un tango à côté, bruit des danseurs, clameurs de gaité, et la voix de Lulli qui dans l'entrée criait par moments : « Ollé ! Ollé ! » avec un geste approprié, histoire d'encourager l'atmosphère espagnole."
Aurélien
1944
"Dans le silence que ramena ce départ entre les deux hommes, on entendit mieux, plus précisément, le tumulte du lieu, ce fond de bruits si propice à l'isolement, avec le double chahut des conversations du bar, et l'orchestre qui jouait un tango à côté, bruit des danseurs, clameurs de gaité, et la voix de Lulli qui dans l'entrée criait par moments : « Ollé ! Ollé ! » avec un geste approprié, histoire d'encourager l'atmosphère espagnole."
Marguerite
Duras
La Vie tranquille
1944
"Son chien a jappé et les bêtes sont parties dans un bruit doux et mou de froissement de prairies."
"Mes pas ne faisaient aucun bruit, rien n’entendait que j’étais là, je ne dérangeais rien. Au bas des ravines coassaient les grenouilles vivantes, instruites des choses d’août, des choses de mort."
"Nous ne disions rien et le seul bruit de nos pas défonçait le silence du matin."
"Derrière leurs rires inégaux on entend le bruit bleu et râpeux de la mer."
"Ce sont des oiseaux de mer. Leurs cris sont plaintifs et lisses. La nuit, quand je ne dors pas, je crois les entendre, mais c’est le vent que j’entends. Il arrive tout d’une pièce de la haute mer et il se fend contre les choses fermes de la terre. C’est une même chose que le bruit du vent et les cris des oiseaux pour l’oreille qui écoute la nuit."
"Le soir est extrêmement silencieux. Partout, tout autour de la chambre, le vent, la rumeur de la mer, des pas dans le couloir, des aboiements de chiens, en bas. Dans la chambre, un silence très épais et au milieu mon cœur qui bat. Il me reste mon cœur qui bat toujours, toujours. Près de la mer, en plein jour, c’est autre chose. On est dans la main de la mer. On est ce plaisir de la respirer. Dans un ordre qui ne sent pas, on est ce rien de désordre qui sent. Une chose à constater la mer. On goûte alors comme une gourmande le bruit de son cœur qui bat. Alors qu’il pourrait ne pas... "
La Vie tranquille
1944
"Son chien a jappé et les bêtes sont parties dans un bruit doux et mou de froissement de prairies."
"Mes pas ne faisaient aucun bruit, rien n’entendait que j’étais là, je ne dérangeais rien. Au bas des ravines coassaient les grenouilles vivantes, instruites des choses d’août, des choses de mort."
"Nous ne disions rien et le seul bruit de nos pas défonçait le silence du matin."
"Derrière leurs rires inégaux on entend le bruit bleu et râpeux de la mer."
"Ce sont des oiseaux de mer. Leurs cris sont plaintifs et lisses. La nuit, quand je ne dors pas, je crois les entendre, mais c’est le vent que j’entends. Il arrive tout d’une pièce de la haute mer et il se fend contre les choses fermes de la terre. C’est une même chose que le bruit du vent et les cris des oiseaux pour l’oreille qui écoute la nuit."
"Le soir est extrêmement silencieux. Partout, tout autour de la chambre, le vent, la rumeur de la mer, des pas dans le couloir, des aboiements de chiens, en bas. Dans la chambre, un silence très épais et au milieu mon cœur qui bat. Il me reste mon cœur qui bat toujours, toujours. Près de la mer, en plein jour, c’est autre chose. On est dans la main de la mer. On est ce plaisir de la respirer. Dans un ordre qui ne sent pas, on est ce rien de désordre qui sent. Une chose à constater la mer. On goûte alors comme une gourmande le bruit de son cœur qui bat. Alors qu’il pourrait ne pas... "
Pierre
Seghers
Le domaine public
1945
"Une maison où je vais seul en appelant
Un nom que le silence et les murs me renvoient
Une étrange maison qui se tient dans ma voix
Et qu'habite le vent.
Je l'invente, mes mains dessinent un nuage
Un bateau de grand ciel au-dessus des forêts
Une brume qui se dissipe et disparaît
Comme au jeu des images."
Le domaine public
1945
"Une maison où je vais seul en appelant
Un nom que le silence et les murs me renvoient
Une étrange maison qui se tient dans ma voix
Et qu'habite le vent.
Je l'invente, mes mains dessinent un nuage
Un bateau de grand ciel au-dessus des forêts
Une brume qui se dissipe et disparaît
Comme au jeu des images."
Georges
Simenon
Maigret se fâche
1945
"La fenêtre grande ouverte laissait depuis longtemps pénétrer les bruits du dehors, le caquet des poules qui grattaient le fumier dans une cour, la chaîne d'un chien, les appels insistants des remorqueurs et ceux, plus sourds, des péniches à moteur."
Maigret se fâche
1945
"La fenêtre grande ouverte laissait depuis longtemps pénétrer les bruits du dehors, le caquet des poules qui grattaient le fumier dans une cour, la chaîne d'un chien, les appels insistants des remorqueurs et ceux, plus sourds, des péniches à moteur."
René
Char
Sur les hauteurs
1947
"Abois d'un chien à la chaîne. ... Un arbre isolé. Passade des brises. Dans l'arbre un oiseau rêve, pépie. Une fenêtre reste éclairée. On tire un rideau rouge à l'intérieur. L'expressif monde nocturne : grillons, chouettes, crapauds ; un renard glapit. Rien parfois : le silence, par miracle."
Sur les hauteurs
1947
"Abois d'un chien à la chaîne. ... Un arbre isolé. Passade des brises. Dans l'arbre un oiseau rêve, pépie. Une fenêtre reste éclairée. On tire un rideau rouge à l'intérieur. L'expressif monde nocturne : grillons, chouettes, crapauds ; un renard glapit. Rien parfois : le silence, par miracle."
Henri
Bosco
Malicroix
1948
"Mais à travers le silence, je percevais un murmure monotone. Sans doute y avait-il quelque sourd mouvement des eaux derrière le rideau des arbres. Caché par le feuillage, le long des bois, devait passer quelque fleuve furtif dans un lit immense. Le lourd déplacement de ses masses liquides imperceptiblement faisait frémir les rives invisibles."
"Tout se taisait autour de moi. Rien ne suggère comme le silence le sentiment des espaces illimités. J'entrai dans ces espaces. Les bruits colorent l'étendue et lui donnent une sorte de corps sonore. Leur absence la laisse toute pure et c'est la sensation du vaste, du profond, de l'illimité qui nous saisit dans le silence. Elle m'envahit, et je fus, pendant quelques minutes, confondu à cette grandeur de la paix nocturne.
Elle s'imposait comme un être.
La paix avait un corps. Pris dans la nuit, fait avec la nuit. Un corps réel, un corps immobile."
Malicroix
1948
"Mais à travers le silence, je percevais un murmure monotone. Sans doute y avait-il quelque sourd mouvement des eaux derrière le rideau des arbres. Caché par le feuillage, le long des bois, devait passer quelque fleuve furtif dans un lit immense. Le lourd déplacement de ses masses liquides imperceptiblement faisait frémir les rives invisibles."
"Tout se taisait autour de moi. Rien ne suggère comme le silence le sentiment des espaces illimités. J'entrai dans ces espaces. Les bruits colorent l'étendue et lui donnent une sorte de corps sonore. Leur absence la laisse toute pure et c'est la sensation du vaste, du profond, de l'illimité qui nous saisit dans le silence. Elle m'envahit, et je fus, pendant quelques minutes, confondu à cette grandeur de la paix nocturne.
Elle s'imposait comme un être.
La paix avait un corps. Pris dans la nuit, fait avec la nuit. Un corps réel, un corps immobile."
Nathalie
Sarraute
Portrait d'un Inconnu
1948
"On entend le claquement de la porte du bureau, puis le bruit de la clé dans la serrure. Il a fermé sa porte à clé.
Il se fait un grand silence dans l'entrée. Un grand silence et un grand froid. On entend seulement le frôlement furtif du chiffon que la concierge, pour se donner une contenance, promène le long du mur tandis qu'elle redescend une marche ou deux prudemment. Et, venant de la cuisine, le bruit aigu, arrogant, des assiettes que la bonne glisse l'une sur l'autre, la tête légèrement penchée vers la porte entrouverte. Des bruits dans ce silence, angoissants, menaçants comme le son distant d'un tamtam."
Portrait d'un Inconnu
1948
"On entend le claquement de la porte du bureau, puis le bruit de la clé dans la serrure. Il a fermé sa porte à clé.
Il se fait un grand silence dans l'entrée. Un grand silence et un grand froid. On entend seulement le frôlement furtif du chiffon que la concierge, pour se donner une contenance, promène le long du mur tandis qu'elle redescend une marche ou deux prudemment. Et, venant de la cuisine, le bruit aigu, arrogant, des assiettes que la bonne glisse l'une sur l'autre, la tête légèrement penchée vers la porte entrouverte. Des bruits dans ce silence, angoissants, menaçants comme le son distant d'un tamtam."
Yasunari
Kawabata
Le grondement de la montagne - Traduction (1969) de Sylvie Regnault-Gatier et Hisashi Suematsu
1949
"... mais déjà les insectes chantaient. On entendait aussi les gouttes de rosée tomber des fruits sur les feuilles.
Soudain le grondement de la montagne parvint jusqu'à Shingo.
...
Certaines nuits, au fond de la vallée de Kamakura, on perçoit la rumeur des vagues ; Shingo se demanda s’il n’entendait pas la mer, mais non, c’était bien le grondement de la montagne.
Il ressemble, ce grondement, à celui du vent lointain, mais c’est un bruit d’une force profonde, un rugissement surgi du cœur de la terre. Comme il semblait à Shingo qu’il ne résonnait peut-être que dans sa tête et pouvait provenir d’un bourdonnement d’oreilles, il secoua le chef.
Le bruit cessa.
Alors, Shingo fut effrayé.
Il frissonna comme si l’heure de sa mort lui avait été révélée.
Ce bruit du vent, ou ce bruit de la mer, ou ce bourdonnement d’oreilles, Shingo crut y avoir réfléchi de sang-froid. Mais peut-être n’avait-il pas retenti ?
Mais pourtant il a vraiment retenti, ce grondement de la montagne, comme si quelque démon l’avait fait résonner au passage."
Le grondement de la montagne - Traduction (1969) de Sylvie Regnault-Gatier et Hisashi Suematsu
1949
"... mais déjà les insectes chantaient. On entendait aussi les gouttes de rosée tomber des fruits sur les feuilles.
Soudain le grondement de la montagne parvint jusqu'à Shingo.
...
Certaines nuits, au fond de la vallée de Kamakura, on perçoit la rumeur des vagues ; Shingo se demanda s’il n’entendait pas la mer, mais non, c’était bien le grondement de la montagne.
Il ressemble, ce grondement, à celui du vent lointain, mais c’est un bruit d’une force profonde, un rugissement surgi du cœur de la terre. Comme il semblait à Shingo qu’il ne résonnait peut-être que dans sa tête et pouvait provenir d’un bourdonnement d’oreilles, il secoua le chef.
Le bruit cessa.
Alors, Shingo fut effrayé.
Il frissonna comme si l’heure de sa mort lui avait été révélée.
Ce bruit du vent, ou ce bruit de la mer, ou ce bourdonnement d’oreilles, Shingo crut y avoir réfléchi de sang-froid. Mais peut-être n’avait-il pas retenti ?
Mais pourtant il a vraiment retenti, ce grondement de la montagne, comme si quelque démon l’avait fait résonner au passage."
Jean
Giono
Le Hussard sur le toit - extrait
1951
"Sur les talus brûlés jusqu'à l'os quelques chardons blancs cliquetaient au passage comme si la terre métallique frémissait à la ronde sous les sabots du cheval. Il n'y avait que ce petit bruit de vertèbre, très craquant malgré le bruit du pas assourdi par la poussière et un silence si total que la présence des grands arbres muets devenait presque irréelle."
Le Hussard sur le toit - extrait
1951
"Sur les talus brûlés jusqu'à l'os quelques chardons blancs cliquetaient au passage comme si la terre métallique frémissait à la ronde sous les sabots du cheval. Il n'y avait que ce petit bruit de vertèbre, très craquant malgré le bruit du pas assourdi par la poussière et un silence si total que la présence des grands arbres muets devenait presque irréelle."
Henri
Michaux
Face aux verrous
L'espace aux ombres
1952
"Certaines (ombres) surtout se bandant une dernière fois, font un effort désespéré pour « être dans leur seule unité ». Mal leur en prend. J'en rencontrai une.
Détruite par châtiment, elle n'était plus qu'un bruit, mais énorme.
Un monde immense l'entendait encore, mais elle n'était plus, devenue seulement, et uniquement un bruit, qui allait rouler encore des siècles et destiné à s'éteindre complètement, comme si elle n'avait jamais été."
Face aux verrous
L'espace aux ombres
1952
"Certaines (ombres) surtout se bandant une dernière fois, font un effort désespéré pour « être dans leur seule unité ». Mal leur en prend. J'en rencontrai une.
Détruite par châtiment, elle n'était plus qu'un bruit, mais énorme.
Un monde immense l'entendait encore, mais elle n'était plus, devenue seulement, et uniquement un bruit, qui allait rouler encore des siècles et destiné à s'éteindre complètement, comme si elle n'avait jamais été."
Francis
Ponge
La rage de l'expression
1952
"À quelle heure – très matinale – le grand coup de gong a-t-il été donné ?
Dont toute l’atmosphère vibre encore (sans déjà qu’aucun son ne se fasse plus entendre) et vibrera toute la journée ?
Le soleil trône - sur lequel il est impossible de maintenir le regard - et ses tambourinaires l'entourent, les bras levés au-dessus de leurs têtes.
...
Quelle autorité, quel poing irrésistible s’est abattu sur la tôle nocturne pour éveiller les vibrations du jour, qui durera jusqu’à ce qu’elles se rassoupissent ?
...
Un coup de poing irrésistible a été donné sur la tôle de la nuit, jusqu’à ce qu’elle vibre au blanc. De très bonne heure ce matin. Et les vibrations vont s’amplifiant jusqu’à midi."
La rage de l'expression
1952
"À quelle heure – très matinale – le grand coup de gong a-t-il été donné ?
Dont toute l’atmosphère vibre encore (sans déjà qu’aucun son ne se fasse plus entendre) et vibrera toute la journée ?
Le soleil trône - sur lequel il est impossible de maintenir le regard - et ses tambourinaires l'entourent, les bras levés au-dessus de leurs têtes.
...
Quelle autorité, quel poing irrésistible s’est abattu sur la tôle nocturne pour éveiller les vibrations du jour, qui durera jusqu’à ce qu’elles se rassoupissent ?
...
Un coup de poing irrésistible a été donné sur la tôle de la nuit, jusqu’à ce qu’elle vibre au blanc. De très bonne heure ce matin. Et les vibrations vont s’amplifiant jusqu’à midi."
Samuel
Beckett
En attendant Godot
1952
"Vladimir. - Nous avons des excuses.
Estragon. - C'est pour ne pas entendre.
Vladimir. - Nous avons nos raisons.
Estragon. - Toutes les voix mortes.
Vladimir. - Ça fait un bruit d'ailes.
Estragon. - De feuilles.
Vladimir. - De sable.
Estragon. - De feuilles.
Estragon. - Chacune à part soi.
Estragon. - Elles murmurent.
Vladimir. - Elles bruissent.
Estragon. - Elles murmurent.
Estragon. - Elles parlent de leur vie.
Vladimir. - Il ne leur suffit pas d'avoir vécu.
Estragon. - Il faut qu'elles en parlent.
Vladimir. - Il ne leur suffit pas d'être mortes.
Estragon. - Ce n'est pas assez.
Estragon. - De feuilles.
Vladimir. - De cendres.
Estragon. - De feuilles.
Estragon. - Je cherche.
Estragon. - Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
Vladimir. - On attend Godot."
En attendant Godot
1952
"Vladimir. - Nous avons des excuses.
Estragon. - C'est pour ne pas entendre.
Vladimir. - Nous avons nos raisons.
Estragon. - Toutes les voix mortes.
Vladimir. - Ça fait un bruit d'ailes.
Estragon. - De feuilles.
Vladimir. - De sable.
Estragon. - De feuilles.
Silence.
Vladimir. - Elles parlent toutes en même temps.Estragon. - Chacune à part soi.
Silence.
Vladimir. - Plutôt elles chuchotent.Estragon. - Elles murmurent.
Vladimir. - Elles bruissent.
Estragon. - Elles murmurent.
Silence.
Vladimir. - Que disent-elles ?Estragon. - Elles parlent de leur vie.
Vladimir. - Il ne leur suffit pas d'avoir vécu.
Estragon. - Il faut qu'elles en parlent.
Vladimir. - Il ne leur suffit pas d'être mortes.
Estragon. - Ce n'est pas assez.
Silence.
Vladimir. - Ça fait comme un bruit de plumes.Estragon. - De feuilles.
Vladimir. - De cendres.
Estragon. - De feuilles.
Long silence.
Vladimir. - Dis quelque chose !Estragon. - Je cherche.
Long silence.
Vladimir (angoissé) - Dis n'importe quoi !Estragon. - Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
Vladimir. - On attend Godot."
Georges
Brassens
Il suffit de passer le pont
1953
"Courons après les sons de cloches !
Ding ding dong ! les matines sonnent
En l'honneur de notre bonheur,
Ding ding dong ! faut l'dire à personne :
J'ai graissé la patte au sonneur."
Il suffit de passer le pont
1953
"Courons après les sons de cloches !
Ding ding dong ! les matines sonnent
En l'honneur de notre bonheur,
Ding ding dong ! faut l'dire à personne :
J'ai graissé la patte au sonneur."
Marguerite
Duras
Les Petits Chevaux de Tarquinia
1953
"On entendait seulement la sourde poussée de la mer contre les falaises et l’énorme bruissement des abeilles sur les arbouses."
"... rien ne passait que du bruit et de la poussière. Et, entre-temps, seul le bourdonnement des frelons autour des fleurs dérangeait l’air épais, sirupeux, du matin."
Les Petits Chevaux de Tarquinia
1953
"On entendait seulement la sourde poussée de la mer contre les falaises et l’énorme bruissement des abeilles sur les arbouses."
"... rien ne passait que du bruit et de la poussière. Et, entre-temps, seul le bourdonnement des frelons autour des fleurs dérangeait l’air épais, sirupeux, du matin."
Rafaël
Alberti
Baladas y canciones del Paraná - Balada del silencio temeroso
Ballades et Chansons du Parana - Traduction (1998) de Claude Couffon
1953
Ballade du silence craintif
"Ici, quand le vent meurt,
les mots défaillent.
Et le moulin ne parle plus.
Et les arbres ne parlent plus.
Et les chevaux ne parlent plus.
Et les brebis ne parlent plus.
Se tait le fleuve.
Se tait le ciel.
Se tait l’oiseau.
Et se tait le perroquet vert.
Et, là-haut, se tait le soleil.
Se tait la grive.
Se tait le caïman.
Se tait l’iguane.
Et se tait le serpent.
Et, en bas, se tait l’ombre.
Se tait tout le marais.
Se tait tout le vallon.
Et se tait même la colombe
qui au grand jamais ne se tait.
Et l’homme, toujours silencieux,
de peur, se met à parler."
Baladas y canciones del Paraná - Balada del silencio temeroso
Ballades et Chansons du Parana - Traduction (1998) de Claude Couffon
1953
Ballade du silence craintif
"Ici, quand le vent meurt,
les mots défaillent.
Et le moulin ne parle plus.
Et les arbres ne parlent plus.
Et les chevaux ne parlent plus.
Et les brebis ne parlent plus.
Se tait le fleuve.
Se tait le ciel.
Se tait l’oiseau.
Et se tait le perroquet vert.
Et, là-haut, se tait le soleil.
Se tait la grive.
Se tait le caïman.
Se tait l’iguane.
Et se tait le serpent.
Et, en bas, se tait l’ombre.
Se tait tout le marais.
Se tait tout le vallon.
Et se tait même la colombe
qui au grand jamais ne se tait.
Et l’homme, toujours silencieux,
de peur, se met à parler."
Alain Robbe-Grillet
Les Gommes - Extrait
1953
" On entend, au rez-de-chaussée, la porte de l’immeuble qui se referme.
Le pêne claque en reprenant sa place dans la gâche ; en même temps le battant de la porte vient frapper lourdement contre le chambranle et toute la masse de bois se met à vibrer bruyamment, entraînant des résonances inattendues jusque dans les montants et dans les panneaux de côté. Mais, sitôt né, ce tumulte soudain s’apaise ; dans le calme de la rue se distingue alors un léger sifflement – comme un jet de vapeur, mince et continu – qui provient sans doute des ateliers d’en face, mais si bien fondu dans l’air qu’aucune source précise ne pourrait, en toute rigueur, lui être attribuée – à tel point, même, qu’on se demande en fin de compte s’il ne s’agirait pas plutôt d’un simple bourdonnement d’oreille."
"... il suggère différents bruits qui ont pu frapper l’oreille de la jeune femme, à son insu : un coup de revolver, des pas précipités sur le gravier, une porte qui claque, un moteur d’automobile..."
Les Gommes - Extrait
1953
" On entend, au rez-de-chaussée, la porte de l’immeuble qui se referme.
Le pêne claque en reprenant sa place dans la gâche ; en même temps le battant de la porte vient frapper lourdement contre le chambranle et toute la masse de bois se met à vibrer bruyamment, entraînant des résonances inattendues jusque dans les montants et dans les panneaux de côté. Mais, sitôt né, ce tumulte soudain s’apaise ; dans le calme de la rue se distingue alors un léger sifflement – comme un jet de vapeur, mince et continu – qui provient sans doute des ateliers d’en face, mais si bien fondu dans l’air qu’aucune source précise ne pourrait, en toute rigueur, lui être attribuée – à tel point, même, qu’on se demande en fin de compte s’il ne s’agirait pas plutôt d’un simple bourdonnement d’oreille."
"... il suggère différents bruits qui ont pu frapper l’oreille de la jeune femme, à son insu : un coup de revolver, des pas précipités sur le gravier, une porte qui claque, un moteur d’automobile..."
Aldous
Huxley
The Desert
Le désert - Traduction (1954) de Jules Castier
1954
" Et pourtant, malgré tout, le silence persiste. Car ce silence du désert est tel, que les sons fortuits, et même le bruit systématique de la civilisation, ne peuvent l’abolir. Ils coexistent avec lui, – à titre de petites incohérences à angle droit par rapport à une signification énorme, de veines de quelque chose d’analogue à de l’obscurité dans une transparence persistante. De la terre irriguée montent les bruits sombres et brutaux du bétail meuglant, et là-haut les pluviers laissent traîner leurs filets de stridence qui vont s’évanouissant. Soudain, l’on tressaille : voilà qu’éclate, derrière le buisson d’armoises, un hurlement de coyotes – Trio pour Strige et Deux Âmes Damnées. Sur le tronc des peupliers, sur les parois en bois des granges et des maisons, les piverts font entendre des crépitements pareils à ceux d’une perforeuse pneumatique. S’avançant péniblement parmi les cactus et les buissons de créosote, on entend, semblables à quelque minuscule mouvement d’horlogerie ronronnant, les soliloques d’invisibles roitelets, les appels, au crépuscule, des engoulevents et même, de temps à autre, la voix d’homo sapiens – six de l’espèce, dans une Chevrolet parquée, écoutant le compte rendu, donné par la radio, d’un combat de boxe, ou bien par couples, se câlinant à l’accompagnement délicieux de Bing Crosby. Mais la lumière pardonne, les distances oublient, et ce grand cristal de silence, dont la base est large comme l’Europe et dont la hauteur est pratiquement infinie, peut coexister avec des choses d’un ordre d’incohérence bien plus élevé que du sentiment en boîtes ou du sport par personne interposée. Des avions à réaction, par exemple – le silence est tellement massif qu’il est capable d’absorber même des avions à réaction. Le fracas hurlant s’enfle jusqu’à son maximum intolérable, puis s’efface, s’enfle à nouveau tandis qu’un autre de ces monstres déchire l’air, diminue encore une fois, et disparaît. Mais, même au fort de cet outrage sonore, l’esprit peut encore garder conscience de ce qui l’entoure, de ce qui l’a précédé et lui survivra."
The Desert
Le désert - Traduction (1954) de Jules Castier
1954
" Et pourtant, malgré tout, le silence persiste. Car ce silence du désert est tel, que les sons fortuits, et même le bruit systématique de la civilisation, ne peuvent l’abolir. Ils coexistent avec lui, – à titre de petites incohérences à angle droit par rapport à une signification énorme, de veines de quelque chose d’analogue à de l’obscurité dans une transparence persistante. De la terre irriguée montent les bruits sombres et brutaux du bétail meuglant, et là-haut les pluviers laissent traîner leurs filets de stridence qui vont s’évanouissant. Soudain, l’on tressaille : voilà qu’éclate, derrière le buisson d’armoises, un hurlement de coyotes – Trio pour Strige et Deux Âmes Damnées. Sur le tronc des peupliers, sur les parois en bois des granges et des maisons, les piverts font entendre des crépitements pareils à ceux d’une perforeuse pneumatique. S’avançant péniblement parmi les cactus et les buissons de créosote, on entend, semblables à quelque minuscule mouvement d’horlogerie ronronnant, les soliloques d’invisibles roitelets, les appels, au crépuscule, des engoulevents et même, de temps à autre, la voix d’homo sapiens – six de l’espèce, dans une Chevrolet parquée, écoutant le compte rendu, donné par la radio, d’un combat de boxe, ou bien par couples, se câlinant à l’accompagnement délicieux de Bing Crosby. Mais la lumière pardonne, les distances oublient, et ce grand cristal de silence, dont la base est large comme l’Europe et dont la hauteur est pratiquement infinie, peut coexister avec des choses d’un ordre d’incohérence bien plus élevé que du sentiment en boîtes ou du sport par personne interposée. Des avions à réaction, par exemple – le silence est tellement massif qu’il est capable d’absorber même des avions à réaction. Le fracas hurlant s’enfle jusqu’à son maximum intolérable, puis s’efface, s’enfle à nouveau tandis qu’un autre de ces monstres déchire l’air, diminue encore une fois, et disparaît. Mais, même au fort de cet outrage sonore, l’esprit peut encore garder conscience de ce qui l’entoure, de ce qui l’a précédé et lui survivra."
Albert
Camus
L’Été
1954
"Et maintenant éveillé, je reconnaissais un à un les bruits imperceptibles dont était fait le silence : la basse continue des oiseaux, les soupirs légers et brefs de la mer au pied des rochers, la vibration des arbres, le chant aveugle des colonnes, les froissements des absinthes, les lézards furtifs. J’entendais cela, j’écoutais aussi les flots heureux qui montaient en moi"
"À midi, sous un soleil assourdissant, la mer se soulève à peine, exténuée. Quand elle retombe sur elle-même, elle fait siffler le silence. Une heure de cuisson et l'eau pâle, grande plaque de tôle portée au blanc, grésille. Elle grésille, elle fume, brûle enfin."
L’Été
1954
"Et maintenant éveillé, je reconnaissais un à un les bruits imperceptibles dont était fait le silence : la basse continue des oiseaux, les soupirs légers et brefs de la mer au pied des rochers, la vibration des arbres, le chant aveugle des colonnes, les froissements des absinthes, les lézards furtifs. J’entendais cela, j’écoutais aussi les flots heureux qui montaient en moi"
"À midi, sous un soleil assourdissant, la mer se soulève à peine, exténuée. Quand elle retombe sur elle-même, elle fait siffler le silence. Une heure de cuisson et l'eau pâle, grande plaque de tôle portée au blanc, grésille. Elle grésille, elle fume, brûle enfin."
Léo
Malet
Le Soleil Naît derrière le Louvre
1954
"J’entendais à la fois le clapotis de l’eau battant le flanc du yacht et la maçonnerie du quai, et les klaxons des autos mêlés à la rumeur de la ville."
"Deux étages plus bas, un crieur de journaux passa, rauquant sa camelote : “ Crépuscule, dernière... La der du Crépu... » Il s’éloigna ou il entra se gargariser au tabac qui fait le coin. De nouveau, le silence, seulement troublé par le tic-tac de la pendule et ma pipe qui gargouillait. J’entrepris de la nettoyer. Soudain, au carrefour, deux autos manquèrent de s’emboutir. Des freins grincèrent, m’arrachant les dents. Des éclats de voix courroucées parvinrent jusqu’à moi, à travers les volets et les vitres clos.
Je ricanai :
— De tout repos !
La rue des Petits-Champs redevint calme comme un cimetière.
Le téléphone sonna."
Le Soleil Naît derrière le Louvre
1954
"J’entendais à la fois le clapotis de l’eau battant le flanc du yacht et la maçonnerie du quai, et les klaxons des autos mêlés à la rumeur de la ville."
"Deux étages plus bas, un crieur de journaux passa, rauquant sa camelote : “ Crépuscule, dernière... La der du Crépu... » Il s’éloigna ou il entra se gargariser au tabac qui fait le coin. De nouveau, le silence, seulement troublé par le tic-tac de la pendule et ma pipe qui gargouillait. J’entrepris de la nettoyer. Soudain, au carrefour, deux autos manquèrent de s’emboutir. Des freins grincèrent, m’arrachant les dents. Des éclats de voix courroucées parvinrent jusqu’à moi, à travers les volets et les vitres clos.
Je ricanai :
— De tout repos !
La rue des Petits-Champs redevint calme comme un cimetière.
Le téléphone sonna."
Hervé
Bazin
L'huile sur le feu
1954
"Nous connaissons tous ici le sens de ce bruit de fond très différent des crépitantes fureurs des débuts d’incendie. De toute part monte cette rumeur puissante, continue, qui tient du ronflement d’hélice, du grondement de la marée et qui est typique des grands sinistres parvenus à ce qui est en quelque sorte leur âge mûr et campés sur une sérieuse réserve de combustible."
"Le silence est d’une qualité rare, il refuse le bruit, et nos pas n’y peuvent rien : ils se brisent contre lui, ils ne l’entament pas, ils ne parviennent qu’à l’accentuer, à fournir une preuve de sa force et de sa profondeur."
"Nature de tous les bruits, de tous les cris qui ont besoin de l’ombre pour être ce qu’ils sont, depuis la frissonnante confidence de la rainette jusqu’au cri terrifiant de la proie éventrée par un rapace nocturne : à noter."
L'huile sur le feu
1954
"Nous connaissons tous ici le sens de ce bruit de fond très différent des crépitantes fureurs des débuts d’incendie. De toute part monte cette rumeur puissante, continue, qui tient du ronflement d’hélice, du grondement de la marée et qui est typique des grands sinistres parvenus à ce qui est en quelque sorte leur âge mûr et campés sur une sérieuse réserve de combustible."
"Le silence est d’une qualité rare, il refuse le bruit, et nos pas n’y peuvent rien : ils se brisent contre lui, ils ne l’entament pas, ils ne parviennent qu’à l’accentuer, à fournir une preuve de sa force et de sa profondeur."
"Nature de tous les bruits, de tous les cris qui ont besoin de l’ombre pour être ce qu’ils sont, depuis la frissonnante confidence de la rainette jusqu’au cri terrifiant de la proie éventrée par un rapace nocturne : à noter."
Léo
Malet
Des kilomètres de linceuls
1955
"Si les rues environnantes bourdonnaient de bruits de moteurs et du cliquetis des machines à imprimer, on l’oubliait, dans l’escalier vétusté que nous gravîmes jusqu’au second. Je sonnai à la porte de l’appartement de Clo. Ce n’était pas une sonnette électrique. C’était une cloche que l’on actionnait à l’aide d’un cordon assez usé, terminé par un gland rouge. Le tintement brisa le silence, mourut lentement, mais personne ne répondit."
Des kilomètres de linceuls
1955
"Si les rues environnantes bourdonnaient de bruits de moteurs et du cliquetis des machines à imprimer, on l’oubliait, dans l’escalier vétusté que nous gravîmes jusqu’au second. Je sonnai à la porte de l’appartement de Clo. Ce n’était pas une sonnette électrique. C’était une cloche que l’on actionnait à l’aide d’un cordon assez usé, terminé par un gland rouge. Le tintement brisa le silence, mourut lentement, mais personne ne répondit."
Léo
Malet
Fièvre au Marais
1955
"J’entendis une porte se fermer dans le lointain, et ce fut le silence. Un silence peuplé de mille bruits : le vent qui geignait, la pluie qui crépitait, la pendule qui tictaquait, avec, parfois, d’étranges vibrations, et mes oreilles qui bourdonnaient. "
"Deux ou trois fois, il me sembla entendre la corne caractéristique des cars de police-secours, mais c’étaient des bruits que j’avais dans la tête. J’avais beaucoup de bruits dans la tête. Et le Préfet de Police avait interdit l’usage des klaxons. À un moment, pourtant, je ne fus pas le seul à distinguer, naissant dans le lointain, et grossissant à mesure qu’il s’approchait, le son d’une trompe sur deux tons. Les pompiers. Les pompiers avaient le droit de se servir de l’avertisseur."
"À part ce bruit de respiration équivoque, aucun autre ne se percevait. Le calme absolu enveloppait le quartier. Les fantômes eux-mêmes se tenaient tranquilles, refusant de remuer leurs chaînes de peur qu’on les prît pour des bimbelotiers en train de proposer l’article."
Fièvre au Marais
1955
"J’entendis une porte se fermer dans le lointain, et ce fut le silence. Un silence peuplé de mille bruits : le vent qui geignait, la pluie qui crépitait, la pendule qui tictaquait, avec, parfois, d’étranges vibrations, et mes oreilles qui bourdonnaient. "
"Deux ou trois fois, il me sembla entendre la corne caractéristique des cars de police-secours, mais c’étaient des bruits que j’avais dans la tête. J’avais beaucoup de bruits dans la tête. Et le Préfet de Police avait interdit l’usage des klaxons. À un moment, pourtant, je ne fus pas le seul à distinguer, naissant dans le lointain, et grossissant à mesure qu’il s’approchait, le son d’une trompe sur deux tons. Les pompiers. Les pompiers avaient le droit de se servir de l’avertisseur."
"À part ce bruit de respiration équivoque, aucun autre ne se percevait. Le calme absolu enveloppait le quartier. Les fantômes eux-mêmes se tenaient tranquilles, refusant de remuer leurs chaînes de peur qu’on les prît pour des bimbelotiers en train de proposer l’article."
Léo
Malet
La nuit de Saint-Germain-des-Prés
1955
"Dans le silence brusquement tombé, une fourchette heurta une assiette. Un glouglou de bouteille m’apprit que quelqu’un se versait a boire avec nervosité. Avec un bruit doux de rôdeur, les dés roulèrent sur le feutre du petit tapis vert. Il n’y en eut que pour le poste de radio qui marchait en sourdine et le ronronnement soyeux du ventilateur."
"J’entendis le bruit que fit le combiné lorsqu’il le reposa sur son burlingue. Des sons vagues, indistincts, suivirent. Le gardien se débattait maintenant avec le téléphone intérieur. À mon oreille libre parvenait le boucan de la cave, jazz et conversations mêlées."
"Calme et paisible, avec sa boutique de reliure d’art d’où ne provenaient que des bruits feutrés. Calme, paisible et douce, en dépit de ses murailles rébarbatives derrière lesquelles on avait peine à croire que des gens vivaient. Le silence, rompu brusquement par des gargouillis de radio qui cessèrent aussi vite qu’ils étaient nés. Le silence, la douceur et le calme."
La nuit de Saint-Germain-des-Prés
1955
"Dans le silence brusquement tombé, une fourchette heurta une assiette. Un glouglou de bouteille m’apprit que quelqu’un se versait a boire avec nervosité. Avec un bruit doux de rôdeur, les dés roulèrent sur le feutre du petit tapis vert. Il n’y en eut que pour le poste de radio qui marchait en sourdine et le ronronnement soyeux du ventilateur."
"J’entendis le bruit que fit le combiné lorsqu’il le reposa sur son burlingue. Des sons vagues, indistincts, suivirent. Le gardien se débattait maintenant avec le téléphone intérieur. À mon oreille libre parvenait le boucan de la cave, jazz et conversations mêlées."
"Calme et paisible, avec sa boutique de reliure d’art d’où ne provenaient que des bruits feutrés. Calme, paisible et douce, en dépit de ses murailles rébarbatives derrière lesquelles on avait peine à croire que des gens vivaient. Le silence, rompu brusquement par des gargouillis de radio qui cessèrent aussi vite qu’ils étaient nés. Le silence, la douceur et le calme."
Léo
Malet
Les Rats de Montsouris
1955
"Se frayant péniblement un chemin à travers l’épaisse atmosphère cotonneuse, le roulement d’un train de Montparnasse, cahotant à l’aiguillage sur la voie proche, me parvint.
Aucun autre bruit ne troublait la gluante paix nocturne. Le vacarme du train s’estompa dans la distance, ne fut plus bientôt qu’un murmure et mourut sur un bref et lointain coup de sifflet."
"Le silence était la spécialité de la maison. Les bruits extérieurs nous parvenaient assourdis : cris de gosses s’ébattant dans le terrain vague et la virile chanson du travail sur la voie ferrée. Pour la frime, je frappai aux deux portes qui donnaient sur le palier. Rien. Aucun écho."
Les Rats de Montsouris
1955
"Se frayant péniblement un chemin à travers l’épaisse atmosphère cotonneuse, le roulement d’un train de Montparnasse, cahotant à l’aiguillage sur la voie proche, me parvint.
Aucun autre bruit ne troublait la gluante paix nocturne. Le vacarme du train s’estompa dans la distance, ne fut plus bientôt qu’un murmure et mourut sur un bref et lointain coup de sifflet."
"Le silence était la spécialité de la maison. Les bruits extérieurs nous parvenaient assourdis : cris de gosses s’ébattant dans le terrain vague et la virile chanson du travail sur la voie ferrée. Pour la frime, je frappai aux deux portes qui donnaient sur le palier. Rien. Aucun écho."
Vladimir Nabokov
Lolita
Lolita - Traduction (2001) de Maurice Couturier
1955
"Lorsque je m’approchai de l’abîme accueillant, je commençai à percevoir une mélodieuse harmonie de sons montant telle une vapeur d’une petite ville minière qui s’étalait à mes pieds dans un repli de la vallée. ... Mais il y avait surtout cette incessante vibration vaporeuse de sons superposés, plus éclatante encore que toutes ces couleurs qui menaient douce fête – car il est des couleurs et des ombres qui semblent se plaire en bonne compagnie –, à la fois plus éclatante et plus douce à l’oreille que ces couleurs ne l’étaient à l’œil, et elle montait jusqu’à la lèvre de granit où j’étais en train d’essuyer ma bouche dégoutante. ... Lecteur ! Ce que j’entendais là, c’était la mélodie que faisaient des enfants en train de jouer, rien d’autre, et l’air était si limpide qu’à l’intérieur de cette vapeur de voix entremêlées, majestueuse et infime, lointaine et magnifiquement proche, candide et divinement énigmatique – on entendait de temps à autre, comme libéré à dessein, l’éclat presqu’articulé d’un rire enjoué, le claquement d’une batte, ou encore le cliquetis d’un petit chariot d’enfant, mais tout cela était trop éloigné pour que l’œil pût distinguer quelque mouvement que ce fût dans la délicate eau-forte des rues."
Lolita
Lolita - Traduction (2001) de Maurice Couturier
1955
"Lorsque je m’approchai de l’abîme accueillant, je commençai à percevoir une mélodieuse harmonie de sons montant telle une vapeur d’une petite ville minière qui s’étalait à mes pieds dans un repli de la vallée. ... Mais il y avait surtout cette incessante vibration vaporeuse de sons superposés, plus éclatante encore que toutes ces couleurs qui menaient douce fête – car il est des couleurs et des ombres qui semblent se plaire en bonne compagnie –, à la fois plus éclatante et plus douce à l’oreille que ces couleurs ne l’étaient à l’œil, et elle montait jusqu’à la lèvre de granit où j’étais en train d’essuyer ma bouche dégoutante. ... Lecteur ! Ce que j’entendais là, c’était la mélodie que faisaient des enfants en train de jouer, rien d’autre, et l’air était si limpide qu’à l’intérieur de cette vapeur de voix entremêlées, majestueuse et infime, lointaine et magnifiquement proche, candide et divinement énigmatique – on entendait de temps à autre, comme libéré à dessein, l’éclat presqu’articulé d’un rire enjoué, le claquement d’une batte, ou encore le cliquetis d’un petit chariot d’enfant, mais tout cela était trop éloigné pour que l’œil pût distinguer quelque mouvement que ce fût dans la délicate eau-forte des rues."
Léo
Malet
M'as-tu vu en cadavre
1956
"Et puis, j’entendis des cloches... toutes sortes de cloches... de jeunes cloches et des moins jeunes... de pauvres vieilles cloches... de très vieilles pauvres cloches.
Maintenant, une averse drue avait succédé au crachin. Ce que, dans mon coma comac, je prenais encore pour le carillon Westminster du tabassé-maison, n’était que le bruit de l’eau du ciel tambourinant sur le couvercle d’une poubelle, le toit de la voiture et mon visage. "
"Sous mon poids, les marches déclives ne rendaient pas le même son que lors de ma première visite clandestine et nocturne. Et ce n’était pas parce qu’il y avait davantage de bruit ambiant. Le silence enveloppait toujours la maison, qui paraissait inhabitée."
M'as-tu vu en cadavre
1956
"Et puis, j’entendis des cloches... toutes sortes de cloches... de jeunes cloches et des moins jeunes... de pauvres vieilles cloches... de très vieilles pauvres cloches.
Maintenant, une averse drue avait succédé au crachin. Ce que, dans mon coma comac, je prenais encore pour le carillon Westminster du tabassé-maison, n’était que le bruit de l’eau du ciel tambourinant sur le couvercle d’une poubelle, le toit de la voiture et mon visage. "
"Sous mon poids, les marches déclives ne rendaient pas le même son que lors de ma première visite clandestine et nocturne. Et ce n’était pas parce qu’il y avait davantage de bruit ambiant. Le silence enveloppait toujours la maison, qui paraissait inhabitée."
Léo
Malet
Pas de bavards à la Muette
1956
"Par la fenêtre ouverte, de rares bruits me parvenaient. Quelques mesures musicales, sortant d’un appareil de radio et apportées par la brise, glissaient jusqu’à moi sans me faire grand mal. Les autos qui circulaient passaient en un froissement rapide. À intervalles irréguliers, un grincement métallique s’élevait du chantier de construction déserté : l’immense bras de la grue que le vent devait pousser."
"Je fis quelque pas dans le silence paisible de ce coin de Paris, rendu à ce moment à ses origines campagnardes, attentif au moindre bruit, au plus ténu mouvement et, soudain, un crissement prolongé de freins fit éclater ce silence en mille échos.
...
L’automobiliste et l’imprudent piéton échangèrent des invectives sonores. Le silence, c’était le silence. Compact et tout, quand il était de service. Mais si on le rompait, les responsables de cette rupture en voulaient pour leur fric."
"À une heure, je ne dormais toujours pas et aucun bruit ne m’était parvenu du couloir. Aucun bruit ne parvenait de nulle part. Intérieur et extérieur étaient le domaine du silence. Pour me faire mentir – comme si j’avais besoin de ça –, une quelconque horloge du voisinage égrena le quart d’une heure. "
Pas de bavards à la Muette
1956
"Par la fenêtre ouverte, de rares bruits me parvenaient. Quelques mesures musicales, sortant d’un appareil de radio et apportées par la brise, glissaient jusqu’à moi sans me faire grand mal. Les autos qui circulaient passaient en un froissement rapide. À intervalles irréguliers, un grincement métallique s’élevait du chantier de construction déserté : l’immense bras de la grue que le vent devait pousser."
"Je fis quelque pas dans le silence paisible de ce coin de Paris, rendu à ce moment à ses origines campagnardes, attentif au moindre bruit, au plus ténu mouvement et, soudain, un crissement prolongé de freins fit éclater ce silence en mille échos.
...
L’automobiliste et l’imprudent piéton échangèrent des invectives sonores. Le silence, c’était le silence. Compact et tout, quand il était de service. Mais si on le rompait, les responsables de cette rupture en voulaient pour leur fric."
"À une heure, je ne dormais toujours pas et aucun bruit ne m’était parvenu du couloir. Aucun bruit ne parvenait de nulle part. Intérieur et extérieur étaient le domaine du silence. Pour me faire mentir – comme si j’avais besoin de ça –, une quelconque horloge du voisinage égrena le quart d’une heure. "
Léo
Malet
Brouillard au pont de Tolbiac
1956
"Du comptoir, nous parvenaient les bruits habituels : brouhaha des conversations, verrerie heurtée et barouf d’un billard électrique malmené par un gars qui ne jouait pas pour perdre et dont l’éventualité du tilt ne ralentissait pas la fougue. Un juke-box fut mis en marche et la voix de Georges Brassens, chantant Gare au gorille, domina le tumulte."
Brouillard au pont de Tolbiac
1956
"Du comptoir, nous parvenaient les bruits habituels : brouhaha des conversations, verrerie heurtée et barouf d’un billard électrique malmené par un gars qui ne jouait pas pour perdre et dont l’éventualité du tilt ne ralentissait pas la fougue. Un juke-box fut mis en marche et la voix de Georges Brassens, chantant Gare au gorille, domina le tumulte."
Albert
Camus
L’Exil et le Royaume
1957
La Femme adultère
"L’air illuminé semblait vibrer autour d’eux... comme si leur passage faisait naître sur le cristal de la lumière une onde sonore qui allait s’élargissant. ... il sembla à Janine que le ciel entier retentissait d’une seule note éclatante et brève dont les échos peu à peu remplirent l’espace au-dessus d’elle, puis se turent subitement pour la laisser silencieuse devant l’étendue sans limites."
"Aucun souffle, aucun bruit, sinon, parfois, le crépitement étouffé des pierres que le froid réduisait en sable, ne venait troubler la solitude et le silence qui entouraient Janine"
La Pierre qui pousse
"Aussitôt, un grand silence frais tomba sur la piste et sur la forêt. On entendit alors le bruit des eaux"
"Mais de l'autre rive montèrent des bruits de chaînes, et des clapotis étouffés. ... le câble se tendit. Un grincement sourd commença de le parcourir, en même temps que s’élevait du fleuve un bruit, à la fois vaste et faible, d’eaux labourées. Le grincement s’égalisa, le bruit d’eaux s’élargit encore, puis se précisa, en même temps que la lanterne grossissait"
L’Exil et le Royaume
1957
La Femme adultère
"L’air illuminé semblait vibrer autour d’eux... comme si leur passage faisait naître sur le cristal de la lumière une onde sonore qui allait s’élargissant. ... il sembla à Janine que le ciel entier retentissait d’une seule note éclatante et brève dont les échos peu à peu remplirent l’espace au-dessus d’elle, puis se turent subitement pour la laisser silencieuse devant l’étendue sans limites."
"Aucun souffle, aucun bruit, sinon, parfois, le crépitement étouffé des pierres que le froid réduisait en sable, ne venait troubler la solitude et le silence qui entouraient Janine"
La Pierre qui pousse
"Aussitôt, un grand silence frais tomba sur la piste et sur la forêt. On entendit alors le bruit des eaux"
"Mais de l'autre rive montèrent des bruits de chaînes, et des clapotis étouffés. ... le câble se tendit. Un grincement sourd commença de le parcourir, en même temps que s’élevait du fleuve un bruit, à la fois vaste et faible, d’eaux labourées. Le grincement s’égalisa, le bruit d’eaux s’élargit encore, puis se précisa, en même temps que la lanterne grossissait"
Léo
Malet
Casse-pipe à la Nation
1957
"Des petits pavillons, servant de burlingues aux négociants, parviennent des sonneries de téléphone, de plus rares cliquetis de machines à écrire. Des bruits plus spécifiquement vinicoles – tels que martèlement de cercles de barriques, par exemple – sortent d’ateliers de tonnellerie."
"J’attends. Avec, pour compagnons, les mille bruits constituant le silence nocturne, le ronron berceur de la pluie, parfois l’aboi lointain d’un chien, plus près de moi les craquements des vieux meubles, j’attends."
Casse-pipe à la Nation
1957
"Des petits pavillons, servant de burlingues aux négociants, parviennent des sonneries de téléphone, de plus rares cliquetis de machines à écrire. Des bruits plus spécifiquement vinicoles – tels que martèlement de cercles de barriques, par exemple – sortent d’ateliers de tonnellerie."
"J’attends. Avec, pour compagnons, les mille bruits constituant le silence nocturne, le ronron berceur de la pluie, parfois l’aboi lointain d’un chien, plus près de moi les craquements des vieux meubles, j’attends."
Henri
Bosco
Barboche
1957
"Le village en effet se sonnait ses huit heures et le faisait pour le plaisir, posément. Il les détachait donc l’une de l’autre avec le souci d’en jouir bien à son aise, et, de l’une à l’autre, vous donnait le temps de vous demander : « Est-ce la dernière ? » Car, plus ce clocher donnait d’heures, plus il ralentissait son débit, et ainsi on croyait toujours qu’il avait fini de sonner. Mais, comme saisi de remords, il ajoutait encore au dernier battement de sa cloche de bronze un battement inattendu, d’un son si beau que vous désiriez qu’il en vînt un autre... Même aux douze coups de minuit, on faisait malgré soi ce voeu déraisonnable..."
Barboche
1957
"Le village en effet se sonnait ses huit heures et le faisait pour le plaisir, posément. Il les détachait donc l’une de l’autre avec le souci d’en jouir bien à son aise, et, de l’une à l’autre, vous donnait le temps de vous demander : « Est-ce la dernière ? » Car, plus ce clocher donnait d’heures, plus il ralentissait son débit, et ainsi on croyait toujours qu’il avait fini de sonner. Mais, comme saisi de remords, il ajoutait encore au dernier battement de sa cloche de bronze un battement inattendu, d’un son si beau que vous désiriez qu’il en vînt un autre... Même aux douze coups de minuit, on faisait malgré soi ce voeu déraisonnable..."
Léo
Malet
Micmac moche au Boul'Mich
1957
"De la place de la Contrescarpe, montaient des bruits apaisants, des bruits produits par des citoyens heureux, inconscients de leur bonheur, des citoyens à qui il n’arrivait pas de ces choses. Un crieur de journaux passa, annonçant la dernière du Crépuscule... Une auto klaxonna, en dépit des ordonnances de police... Un autobus démarra."
"Un cycliste isolé passa, dans un bruit soyeux de pneu. Travailleurs nocturnes... Et encore des camions, descendant avec fracas le Boul’Mich’, libre de tout trafic. Le camion aux lourdes roues... Baudelaire. Le vin de l’assassin. Une martyre. Lentement, lentement, quelques flocons de neige dansèrent devant mes yeux. L’un d’eux échoua dans le fourneau de ma pipe et fondit dans un grésillement bref."
Micmac moche au Boul'Mich
1957
"De la place de la Contrescarpe, montaient des bruits apaisants, des bruits produits par des citoyens heureux, inconscients de leur bonheur, des citoyens à qui il n’arrivait pas de ces choses. Un crieur de journaux passa, annonçant la dernière du Crépuscule... Une auto klaxonna, en dépit des ordonnances de police... Un autobus démarra."
"Un cycliste isolé passa, dans un bruit soyeux de pneu. Travailleurs nocturnes... Et encore des camions, descendant avec fracas le Boul’Mich’, libre de tout trafic. Le camion aux lourdes roues... Baudelaire. Le vin de l’assassin. Une martyre. Lentement, lentement, quelques flocons de neige dansèrent devant mes yeux. L’un d’eux échoua dans le fourneau de ma pipe et fondit dans un grésillement bref."
Gaston
Bachelard
La poétique de l'espace
1957
"Quand l'insomnie, mal des philosophes, s'accroît de l'énervement dû aux bruits de la ville, quand, place Maubert, tard dans la nuit, les automobiles ronflent, que le roulement des camions me fait maudire ma destinée de citadin, je trouve un apaisement à vivre les métaphores de l'océan. On sait bien que la ville est une mer bruyante, on a dit bien des fois que Paris fait entendre, au centre de la nuit, le murmure incessant du flot et des marées. De ces poncifs, je fais alors une image sincère, une image qui est mienne, aussi mienne que si je l'inventais moi-même, suivant ma douce manie de croire être toujours le sujet de ce que je pense. Si le roulement des voitures devient plus douloureux, je m'ingénie à y retrouver la voix du tonnerre, d'un tonnerre qui me parle, qui me gronde. Et j'ai pitié de moi-même. Te voilà donc, pauvre philosophe, à nouveau dans la tempête, dans les tempêtes de la vie ! Je fais de la rêverie abstraite-concrète. Mon divan est une barque perdue sur les flots ; ce sifflement subit, c'est le vent dans les voiles. L'air en furie klaxonne de toute part. Et je me parle pour me réconforter : vois, ton esquif reste solide, tu es en sûreté dans ton bateau de pierre. Dors malgré la tempête. Dors dans la tempête. Dors dans ton courage, heureux d'être un homme assailli par les flots.
Et je m'endors, bercé par les bruits de Paris.
"C'est plutôt le silence qui vient obliger le poète à l'écouter. Le songe est alors plus intime. On ne sait plus où est le silence : dans le vaste monde ou dans l'immense passé ? Le silence vient de plus loin qu'un vent qui s'apaise, qu'une pluie qui s'adoucit. Dans un autre poème, Milosz ne dit-il pas en un vers inoubliable :
« L'odeur du silence est si vieille... »
Ah ! de quels silences dans la vie vieillissante ne faut-il pas se souvenir !"
"En disant que la Forêt profonde s'appelle aussi « La Terre Tranquille, à cause de (son) silence prodigieux, caillé en trente lieues de verdure », Gueguen nous appelle à une tranquillité « transcendante », à un silence « transcendant ». Car la forêt bruit, car la tranquillité « caillée » tremble, frissonne, s'anime de mille vies. Mais ces bruits et ces mouvements ne dérangent pas le silence et la tranquillité de la forêt. Quand on vit la page de Gueguen, on sent que le poète a apaisé toute anxiété. La paix de la forêt est pour lui une paix de l'âme. La forêt est un état d'âme."
La poétique de l'espace
1957
"Quand l'insomnie, mal des philosophes, s'accroît de l'énervement dû aux bruits de la ville, quand, place Maubert, tard dans la nuit, les automobiles ronflent, que le roulement des camions me fait maudire ma destinée de citadin, je trouve un apaisement à vivre les métaphores de l'océan. On sait bien que la ville est une mer bruyante, on a dit bien des fois que Paris fait entendre, au centre de la nuit, le murmure incessant du flot et des marées. De ces poncifs, je fais alors une image sincère, une image qui est mienne, aussi mienne que si je l'inventais moi-même, suivant ma douce manie de croire être toujours le sujet de ce que je pense. Si le roulement des voitures devient plus douloureux, je m'ingénie à y retrouver la voix du tonnerre, d'un tonnerre qui me parle, qui me gronde. Et j'ai pitié de moi-même. Te voilà donc, pauvre philosophe, à nouveau dans la tempête, dans les tempêtes de la vie ! Je fais de la rêverie abstraite-concrète. Mon divan est une barque perdue sur les flots ; ce sifflement subit, c'est le vent dans les voiles. L'air en furie klaxonne de toute part. Et je me parle pour me réconforter : vois, ton esquif reste solide, tu es en sûreté dans ton bateau de pierre. Dors malgré la tempête. Dors dans la tempête. Dors dans ton courage, heureux d'être un homme assailli par les flots.
Et je m'endors, bercé par les bruits de Paris.
J'avais écrit cette page quand je lus
dans l'ouvrage de Balzac, Petites misères de la vie conjugale : «Quand
votre maison tremble dans ses membres et s'agite sur sa quille, vous
vous croyez comme un marin bercé par le zéphyr. »"
"C'est plutôt le silence qui vient obliger le poète à l'écouter. Le songe est alors plus intime. On ne sait plus où est le silence : dans le vaste monde ou dans l'immense passé ? Le silence vient de plus loin qu'un vent qui s'apaise, qu'une pluie qui s'adoucit. Dans un autre poème, Milosz ne dit-il pas en un vers inoubliable :
« L'odeur du silence est si vieille... »
Ah ! de quels silences dans la vie vieillissante ne faut-il pas se souvenir !"
"En disant que la Forêt profonde s'appelle aussi « La Terre Tranquille, à cause de (son) silence prodigieux, caillé en trente lieues de verdure », Gueguen nous appelle à une tranquillité « transcendante », à un silence « transcendant ». Car la forêt bruit, car la tranquillité « caillée » tremble, frissonne, s'anime de mille vies. Mais ces bruits et ces mouvements ne dérangent pas le silence et la tranquillité de la forêt. Quand on vit la page de Gueguen, on sent que le poète a apaisé toute anxiété. La paix de la forêt est pour lui une paix de l'âme. La forêt est un état d'âme."
Léo
Malet
Les eaux troubles de Javel
1957
"Quelque part dans le secteur, une radio nasillarde, diffusant un morceau de clavecin, essayait bien de créer un peu d’animation, mais le cœur n’y était pas. Les bruits extérieurs me parvenaient lointains et étouffés, comme s’ils se fussent produits à des kilomètres. Ce n’était pourtant pas le cas. L’avenue Émile Zola était à une portée de chique. Et c’était la rumeur des autos y circulant que j’entendais confusément, ainsi que le grondement sourd du train de la ligne Versailles-Invalides, passant dans la tranchée, entre le quai de Javel et la Seine, qui, elle, coulait doucement sous le pont Mirabeau, avec un tas d’autres choses, si l’on en croit le poète."
Les eaux troubles de Javel
1957
"Quelque part dans le secteur, une radio nasillarde, diffusant un morceau de clavecin, essayait bien de créer un peu d’animation, mais le cœur n’y était pas. Les bruits extérieurs me parvenaient lointains et étouffés, comme s’ils se fussent produits à des kilomètres. Ce n’était pourtant pas le cas. L’avenue Émile Zola était à une portée de chique. Et c’était la rumeur des autos y circulant que j’entendais confusément, ainsi que le grondement sourd du train de la ligne Versailles-Invalides, passant dans la tranchée, entre le quai de Javel et la Seine, qui, elle, coulait doucement sous le pont Mirabeau, avec un tas d’autres choses, si l’on en croit le poète."
Alain Robbe-Grillet
La Jalousie - extrait
1957
"Elle semble écouter le bruit, qui monte de toutes parts, des milliers de criquets peuplant le bas-fond. Mais c’est un bruit continu, sans variations, étourdissant, où il n’y a rien à entendre."
"Personne ne parle plus. Le bruit des criquets a cessé. On n'entend, çà et là, que le cri menu de quelque carnassier nocturne, le vrombissement subit d'un scarabée, le choc d'une petite tasse en porcelaine que l'on repose sur la table basse."
"... peut-être A... guette-t-elle encore le bruit d'une voiture descendant la pente depuis la grand-route. Mais par les fenêtres de la salle à manger, dont l'une au moins est à demi ouverte, n'arrive aucun ronronnement de moteur, ni autre bruit, à cette heure de la journée où tout travail s'est interrompu et où les bêtes se taisent, dans la chaleur."
La Jalousie - extrait
1957
"Elle semble écouter le bruit, qui monte de toutes parts, des milliers de criquets peuplant le bas-fond. Mais c’est un bruit continu, sans variations, étourdissant, où il n’y a rien à entendre."
"Personne ne parle plus. Le bruit des criquets a cessé. On n'entend, çà et là, que le cri menu de quelque carnassier nocturne, le vrombissement subit d'un scarabée, le choc d'une petite tasse en porcelaine que l'on repose sur la table basse."
"... peut-être A... guette-t-elle encore le bruit d'une voiture descendant la pente depuis la grand-route. Mais par les fenêtres de la salle à manger, dont l'une au moins est à demi ouverte, n'arrive aucun ronronnement de moteur, ni autre bruit, à cette heure de la journée où tout travail s'est interrompu et où les bêtes se taisent, dans la chaleur."
Léo
Malet
Du rébecca rue des Rosiers
1958
"Comme la Seine, au-dessous de moi, et aussi silencieusement, l’eau ne clapote pas. Elle coule inlassablement et sans bruit, en dépit de sa crue. De temps à autre, un remous se produit et une barque tire sur sa chaîne d’amarre qui grince. Des autos passent sur le pont Marie."
"Mais ici tout est silence, calme et profond sommeil. Pourquoi le troubler ? Il me semble que si je n’étais pas seul, je ne pourrais parler qu’à voix basse. Nul bruit, sauf le chantonnement d’une gouttière, le martèlement monotone de l’averse sur la carrosserie de la voiture – car, maintenant, il pleut vraiment –, la bagarre sourde, avec son repas, du rat qui est revenu le terminer. Et même le camion lourdement chargé, qui roule à vive allure sur les quais, communiquant un tremblement aux pavés, on dirait qu’il passe loin, très très loin. Plus loin encore que l’ivrogne dont la chanson hoquetée, rythmée par ses zigzags, me parvient comme à travers deux épaisseurs de ouate des profondeurs hostiles de la nuit."
Du rébecca rue des Rosiers
1958
"Comme la Seine, au-dessous de moi, et aussi silencieusement, l’eau ne clapote pas. Elle coule inlassablement et sans bruit, en dépit de sa crue. De temps à autre, un remous se produit et une barque tire sur sa chaîne d’amarre qui grince. Des autos passent sur le pont Marie."
"Mais ici tout est silence, calme et profond sommeil. Pourquoi le troubler ? Il me semble que si je n’étais pas seul, je ne pourrais parler qu’à voix basse. Nul bruit, sauf le chantonnement d’une gouttière, le martèlement monotone de l’averse sur la carrosserie de la voiture – car, maintenant, il pleut vraiment –, la bagarre sourde, avec son repas, du rat qui est revenu le terminer. Et même le camion lourdement chargé, qui roule à vive allure sur les quais, communiquant un tremblement aux pavés, on dirait qu’il passe loin, très très loin. Plus loin encore que l’ivrogne dont la chanson hoquetée, rythmée par ses zigzags, me parvient comme à travers deux épaisseurs de ouate des profondeurs hostiles de la nuit."
Simone
de Beauvoir
Mémoires d’une jeune fille rangée
1958
"... l’eau de la fontaine coulait en glougloutant sur une pierre verdâtre ; parfois, une vache frappait de son sabot la porte de l’étable : je devinais l’odeur de la paille et du foin. Monotone, têtue comme un coeur qui bat, une sauterelle stridulait ; contre le silence infini, sous l’infini du ciel, il semblait que la terre fît écho à cette voix en moi qui sans répit chuchotait : je suis là ; mon coeur oscillait de sa chaleur vivante au feu glacé des étoiles."
Mémoires d’une jeune fille rangée
1958
"... l’eau de la fontaine coulait en glougloutant sur une pierre verdâtre ; parfois, une vache frappait de son sabot la porte de l’étable : je devinais l’odeur de la paille et du foin. Monotone, têtue comme un coeur qui bat, une sauterelle stridulait ; contre le silence infini, sous l’infini du ciel, il semblait que la terre fît écho à cette voix en moi qui sans répit chuchotait : je suis là ; mon coeur oscillait de sa chaleur vivante au feu glacé des étoiles."
Marguerite
Duras
Moderato cantabile
1958
"... , le bruit de la mer entra par la fenêtre ouverte. Et avec lui, celui, atténué de la ville au cœur de l’après-midi de ce printemps."
"Le bruit sourd de la foule s’amplifiait toujours, il devenait maintenant si puissant, même à cette hauteur-là de l’immeuble, que la musique en était débordée"
"La sirène retentit, énorme, qui s’entendit allègrement de tous les coins de la ville et même de plus loin, des faubourgs, de certaines communes environnantes, portée par le vent de la mer. Le couchant se vautra, plus fauve encore sur les murs de la salle. Comme souvent au crépuscule, le ciel s’immobilisa, relativement, dans un calme gonflement de nuages, le soleil ne fut plus recouvert et brilla librement de ses derniers feux. La sirène, ce soir-là, fut interminable. Mais elle cessa cependant, comme les autres soirs."
Moderato cantabile
1958
"... , le bruit de la mer entra par la fenêtre ouverte. Et avec lui, celui, atténué de la ville au cœur de l’après-midi de ce printemps."
"Le bruit sourd de la foule s’amplifiait toujours, il devenait maintenant si puissant, même à cette hauteur-là de l’immeuble, que la musique en était débordée"
"La sirène retentit, énorme, qui s’entendit allègrement de tous les coins de la ville et même de plus loin, des faubourgs, de certaines communes environnantes, portée par le vent de la mer. Le couchant se vautra, plus fauve encore sur les murs de la salle. Comme souvent au crépuscule, le ciel s’immobilisa, relativement, dans un calme gonflement de nuages, le soleil ne fut plus recouvert et brilla librement de ses derniers feux. La sirène, ce soir-là, fut interminable. Mais elle cessa cependant, comme les autres soirs."
Raymond
Queneau
Zazie dans le métro
1959
"Là-dessus, elles demeurèrent silencieuses, penseuses, rêveuses. Le temps coulait pas vite entre elles deux. Elles entendaient au loin, dans les rues, les pneus se dégonfler lentement dans la nuit. Par la fenêtre entrouverte, elles voyaient la lune scintiller sur le gril d’une antenne de tévé en ne faisant que très peu de bruit."
Zazie dans le métro
1959
"Là-dessus, elles demeurèrent silencieuses, penseuses, rêveuses. Le temps coulait pas vite entre elles deux. Elles entendaient au loin, dans les rues, les pneus se dégonfler lentement dans la nuit. Par la fenêtre entrouverte, elles voyaient la lune scintiller sur le gril d’une antenne de tévé en ne faisant que très peu de bruit."
Georges
Brassens
L'orage
1960
"Par un soir de novembre, à cheval sur les toits,
Un vrai tonnerr' de Brest, avec des cris d'putois,
Allumait ses feux d'artifice."
L'orage
1960
"Par un soir de novembre, à cheval sur les toits,
Un vrai tonnerr' de Brest, avec des cris d'putois,
Allumait ses feux d'artifice."
Claude
Simon
La Route des Flandres
1960
"... et tout ce qu'il percevait maintenant c'était le bruit, le martèlement monotone et multiple des sabots sur la route se répercutant, se multipliant (des centaines, des milliers de sabots à présent) au point (comme le crépitement de la pluie) de s'effacer, se détruire lui-même, engendrant par sa continuité, son uniformité, comme une sorte de silence au deuxième degré, quelque chose de monumental : le cheminement même du temps, c'est-à-dire invisible immatériel sans commencement ni fin ni repère, et au sein duquel il avait la sensation de se tenir, glacé, raide sur son cheval lui aussi invisible dans le noir, ..."
La Route des Flandres
1960
"... et tout ce qu'il percevait maintenant c'était le bruit, le martèlement monotone et multiple des sabots sur la route se répercutant, se multipliant (des centaines, des milliers de sabots à présent) au point (comme le crépitement de la pluie) de s'effacer, se détruire lui-même, engendrant par sa continuité, son uniformité, comme une sorte de silence au deuxième degré, quelque chose de monumental : le cheminement même du temps, c'est-à-dire invisible immatériel sans commencement ni fin ni repère, et au sein duquel il avait la sensation de se tenir, glacé, raide sur son cheval lui aussi invisible dans le noir, ..."
Francis
Ponge
Méthodes - Réponse à une enquête radiophonique sur la diction poétique
1961
"Vous savez que ce qui me porte ou me pousse, m’oblige à écrire, c’est l’émotion que procure le mutisme des choses qui nous entourent. Peut-être s’agit-il d’une sorte de pitié, de sollicitude, enfin j’ai le sentiment d’instances muettes de la part des choses, qui solliciteraient de nous qu’enfin l’on s’occupe d’elles et les parle...
Ne pourrait-on pas dire, poussant les choses un peu plus loin (ce n’est pas très loin encore) que les hommes eux-mêmes pour la plupart nous semblent privés de parole, sont aussi muets que les carpes ou les cailloux. Nous jugeons qu’ils ne disent rien, qu’ils ne disent que riens, quand ils parlent — qu’ils n’expriment rien de leur nature muette."
Méthodes - Réponse à une enquête radiophonique sur la diction poétique
1961
"Vous savez que ce qui me porte ou me pousse, m’oblige à écrire, c’est l’émotion que procure le mutisme des choses qui nous entourent. Peut-être s’agit-il d’une sorte de pitié, de sollicitude, enfin j’ai le sentiment d’instances muettes de la part des choses, qui solliciteraient de nous qu’enfin l’on s’occupe d’elles et les parle...
Ne pourrait-on pas dire, poussant les choses un peu plus loin (ce n’est pas très loin encore) que les hommes eux-mêmes pour la plupart nous semblent privés de parole, sont aussi muets que les carpes ou les cailloux. Nous jugeons qu’ils ne disent rien, qu’ils ne disent que riens, quand ils parlent — qu’ils n’expriment rien de leur nature muette."
Iannis
Xenakis
Musiques formelles
1961
"... des événements naturels tels que les chocs de la grêle ou de la pluie sur des surfaces dures ou encore le chant des cigales dans un champ en plein été. Ces événements sonores globaux sont faits de milliers de sons isolés, dont la multitude crée un événement sonore nouveau sur un plan d'ensemble.
... Tout le monde a observé les phénomènes sonores d'une grande foule politisée de dizaines ou de centaines de milliers de personnes. Le fleuve humain scande un mot d'ordre en rythme unanime. Puis un autre mot d'ordre est lancé en tête de la manifestation, et se propage à la queue en remplaçant le premier. Une onde de transition part ainsi de la tête à la queue. La clameur emplit la ville, la force inhibitrice de la voix et du rythme est culminante. C'est un événement hautement puissant et beau dans sa férocité. Puis le choc des manifestants et de l'ennemi se produit. Le rythme parfait du dernier mot d'ordre se rompt en un amas énorme de cris chaotiques qui, lui aussi, se propage à la queue. Imaginons de plus des crépitements de dizaines de mitrailleuses et les sifflements des balles qui ajoutent leur ponctuation à ce désordre total. Puis, rapidement, la foule est dispersée et, à l'enfer sonore et visuel, succède un calme détonant, plein de désespoir, de mort et de poussière. Les lois statistiques de ces événements vidés de leur contenu politique ou moral, sont celles des cigales ou de la pluie. Ce sont des lois du passage de l'ordre parfait au désordre total d'une manière continue ou explosive. Ce sont des lois stochastiques."
Musiques formelles
1961
"... des événements naturels tels que les chocs de la grêle ou de la pluie sur des surfaces dures ou encore le chant des cigales dans un champ en plein été. Ces événements sonores globaux sont faits de milliers de sons isolés, dont la multitude crée un événement sonore nouveau sur un plan d'ensemble.
... Tout le monde a observé les phénomènes sonores d'une grande foule politisée de dizaines ou de centaines de milliers de personnes. Le fleuve humain scande un mot d'ordre en rythme unanime. Puis un autre mot d'ordre est lancé en tête de la manifestation, et se propage à la queue en remplaçant le premier. Une onde de transition part ainsi de la tête à la queue. La clameur emplit la ville, la force inhibitrice de la voix et du rythme est culminante. C'est un événement hautement puissant et beau dans sa férocité. Puis le choc des manifestants et de l'ennemi se produit. Le rythme parfait du dernier mot d'ordre se rompt en un amas énorme de cris chaotiques qui, lui aussi, se propage à la queue. Imaginons de plus des crépitements de dizaines de mitrailleuses et les sifflements des balles qui ajoutent leur ponctuation à ce désordre total. Puis, rapidement, la foule est dispersée et, à l'enfer sonore et visuel, succède un calme détonant, plein de désespoir, de mort et de poussière. Les lois statistiques de ces événements vidés de leur contenu politique ou moral, sont celles des cigales ou de la pluie. Ce sont des lois du passage de l'ordre parfait au désordre total d'une manière continue ou explosive. Ce sont des lois stochastiques."
Claude Lévi-Strauss
La Pensée sauvage
1962
"Les Iban ou Dayak de la mer, du sud de Bornéo, tirent des présages en interprétant le chant et le vol de plusieurs espèces d'oiseaux. Le chant précipité du geai crêté (Platylophus galericulatus Cuvier) évoque, disent-ils, le craquement des braises et il augure donc favorablement du succès de l'écobuage ; le cri d'alarme d'un trogon (Harpactes diardi Temminck), comparé aux râles d'un animal égorgé, présage une bonne chasse, tandis que le cri d'alarme de Sasia abnormis Temminck est censé détacher comme en les raclant les mauvais esprits qui hantent les cultures, parce qu'il ressemble au raclement d'un couteau. Un autre trogon (Harpactes duvauceli Temminck) présage par son « rire » le succès des expéditions commerciales, et par son camail rouge brillant, il évoque le prestige qui s'attache aux guerres victorieuses et aux voyages lointains."
La Pensée sauvage
1962
"Les Iban ou Dayak de la mer, du sud de Bornéo, tirent des présages en interprétant le chant et le vol de plusieurs espèces d'oiseaux. Le chant précipité du geai crêté (Platylophus galericulatus Cuvier) évoque, disent-ils, le craquement des braises et il augure donc favorablement du succès de l'écobuage ; le cri d'alarme d'un trogon (Harpactes diardi Temminck), comparé aux râles d'un animal égorgé, présage une bonne chasse, tandis que le cri d'alarme de Sasia abnormis Temminck est censé détacher comme en les raclant les mauvais esprits qui hantent les cultures, parce qu'il ressemble au raclement d'un couteau. Un autre trogon (Harpactes duvauceli Temminck) présage par son « rire » le succès des expéditions commerciales, et par son camail rouge brillant, il évoque le prestige qui s'attache aux guerres victorieuses et aux voyages lointains."
Samuel
Beckett
Oh ! les beaux jours
1963
"Quelquefois j’entends des bruits. (Expressions d’écoute. Voix normale) Mais pas souvent. (Un temps.) Je les bénis, je bénis les bruits, ils m’aident à... tirer ma journée. (Sourire.) Le vieux style ! (Fin du sourire.) Oui ce sont de beaux jours, les jours où il y a des bruits. (Un temps.) Où j’entends des bruits. (Un temps.) Je pensais autrefois... (un temps)... je dis, je pensais autrefois qu’ils étaient dans ma tête. (Sourire.) Mais non. (Sourire plus large.) Non, non. (Fin du sourire.) Ça, c’était la logique. (Un temps.) La raison. (Un temps.) Je n’ai pas perdu la raison. (Un temps.) Pas encore. (Un temps.) Pas toute. (Un temps.) Il m’en reste. (Un temps.) Des bruits. (Un temps.) Comme des petits... effritements, des petits... éboulements."
Oh ! les beaux jours
1963
"Quelquefois j’entends des bruits. (Expressions d’écoute. Voix normale) Mais pas souvent. (Un temps.) Je les bénis, je bénis les bruits, ils m’aident à... tirer ma journée. (Sourire.) Le vieux style ! (Fin du sourire.) Oui ce sont de beaux jours, les jours où il y a des bruits. (Un temps.) Où j’entends des bruits. (Un temps.) Je pensais autrefois... (un temps)... je dis, je pensais autrefois qu’ils étaient dans ma tête. (Sourire.) Mais non. (Sourire plus large.) Non, non. (Fin du sourire.) Ça, c’était la logique. (Un temps.) La raison. (Un temps.) Je n’ai pas perdu la raison. (Un temps.) Pas encore. (Un temps.) Pas toute. (Un temps.) Il m’en reste. (Un temps.) Des bruits. (Un temps.) Comme des petits... effritements, des petits... éboulements."
Georges
Simenon
Maigret se défend
1964
"L'arrêt d'une voiture. Un léger crissement de freins. Des pas sur le trottoir puis une sonnerie lointaine, étouffée. La petite porte qui se refermait dans la grande. Des pas sur les pavés inégaux de la cour, la porte vitrée qui s'ouvrait à son tour, l'escalier..."
Maigret se défend
1964
"L'arrêt d'une voiture. Un léger crissement de freins. Des pas sur le trottoir puis une sonnerie lointaine, étouffée. La petite porte qui se refermait dans la grande. Des pas sur les pavés inégaux de la cour, la porte vitrée qui s'ouvrait à son tour, l'escalier..."
Roald
Dahl
Charlie and the Chocolate Factory
Charlie et la Chocolaterie - Traduction (1967) de Elisabeth Gaspar - Extrait
1964
"Il y eut un déclic et le tourniquet s’arrêta. Alors on entendit une sorte de bruit de succion, et, très rapidement, tout le mélange bleu et mousseux de la grande cuve fut aspiré jusque dans le ventre de la machine. Après un bref silence, il y eut quelques grondements bizarres. Puis ce fut encore le silence. Et soudain, la machine poussa une plainte monstrueuse et au même instant..."
Charlie and the Chocolate Factory
Charlie et la Chocolaterie - Traduction (1967) de Elisabeth Gaspar - Extrait
1964
"Il y eut un déclic et le tourniquet s’arrêta. Alors on entendit une sorte de bruit de succion, et, très rapidement, tout le mélange bleu et mousseux de la grande cuve fut aspiré jusque dans le ventre de la machine. Après un bref silence, il y eut quelques grondements bizarres. Puis ce fut encore le silence. Et soudain, la machine poussa une plainte monstrueuse et au même instant..."
Georges
Perec
Les choses
1965
"Les rues, désertes et longues, larges, sonores, résonnaient sous leurs pas synchrones. De rares taxis passaient lentement, presque sans bruit."
Les choses
1965
"Les rues, désertes et longues, larges, sonores, résonnaient sous leurs pas synchrones. De rares taxis passaient lentement, presque sans bruit."
Raymond
Queneau
Les fleurs bleues
1965
"Cette rude tension disposait au silence, ce qui permit à tout un chacun d’entendre Bélusine et Pigranelle chanter des chansons de toile, des chevaux hennir, des chiens aboyer, des céhéresses piétiner et Phélise bêler."
"Il n’entend plus le pas du passant qui passe, ni le passage sur le boulevard de milliers et de milliers de houatures. Le vicomte de Péchiney parle à voix basse au duc d’Auge."
"Ils avancent en silence.
Dans le silence obscur, ils avancent.
Dans l’obscurité silencieuse, ils continuent d’avancer.
Sans cadence, ils avancent, la corde se balance et la lanterne aussi, c’est toujours le silence.
Ce n’est pas tout à fait le silence, car il y a le bruit des pas, ce n’est pas tout à fait l’obscurité, car il y a cette petite lumière au bout du bras du conducteur.
Ils avancent en silence."
"Pendant des minutes d’affilée, on n’entend plus que les houatures noctambules chape-chuter sur le boulevard.
Puis il y a des clameurs, des cris, des jurements peut-être."
Les fleurs bleues
1965
"Cette rude tension disposait au silence, ce qui permit à tout un chacun d’entendre Bélusine et Pigranelle chanter des chansons de toile, des chevaux hennir, des chiens aboyer, des céhéresses piétiner et Phélise bêler."
"Il n’entend plus le pas du passant qui passe, ni le passage sur le boulevard de milliers et de milliers de houatures. Le vicomte de Péchiney parle à voix basse au duc d’Auge."
"Ils avancent en silence.
Dans le silence obscur, ils avancent.
Dans l’obscurité silencieuse, ils continuent d’avancer.
Sans cadence, ils avancent, la corde se balance et la lanterne aussi, c’est toujours le silence.
Ce n’est pas tout à fait le silence, car il y a le bruit des pas, ce n’est pas tout à fait l’obscurité, car il y a cette petite lumière au bout du bras du conducteur.
Ils avancent en silence."
"Pendant des minutes d’affilée, on n’entend plus que les houatures noctambules chape-chuter sur le boulevard.
Puis il y a des clameurs, des cris, des jurements peut-être."
Pierre
Schaeffer
Traité des objets musicaux
1966
" A proprement parler, je ne cesse jamais d'ouïr. Je vis dans un monde qui ne cesse pas d'être là pour moi, et ce monde est sonore aussi bien que tactile et visuel. Je me déplace dans une " ambiance " comme dans un paysage. Le silence le plus profond est encore un fond sonore comme un autre, sur lequel se détachent alors, avec une solennité inhabituelle, le bruit de mon souffle et celui de mon coeur. Quelle serait pour nous l'étrangeté d'un monde subitement privé de cette dimension, nous pouvons l'entrevoir à la faveur d'un incident technique, lorsque la bande sonore d'un film est brutalement interrompue, ou dans certains rêves. On se souvient de celui de Baudelaire, et de ses " mouvantes merveilles " sur lesquelles " planait - terrible nouveauté - tout pour l'oeil, rien pour l'oreille - un silence d'éternité ". Comme si la rumeur continuelle qui imprègne jusqu'à notre sommeil se confondait avec le sentiment de notre propre durée."
Traité des objets musicaux
1966
" A proprement parler, je ne cesse jamais d'ouïr. Je vis dans un monde qui ne cesse pas d'être là pour moi, et ce monde est sonore aussi bien que tactile et visuel. Je me déplace dans une " ambiance " comme dans un paysage. Le silence le plus profond est encore un fond sonore comme un autre, sur lequel se détachent alors, avec une solennité inhabituelle, le bruit de mon souffle et celui de mon coeur. Quelle serait pour nous l'étrangeté d'un monde subitement privé de cette dimension, nous pouvons l'entrevoir à la faveur d'un incident technique, lorsque la bande sonore d'un film est brutalement interrompue, ou dans certains rêves. On se souvient de celui de Baudelaire, et de ses " mouvantes merveilles " sur lesquelles " planait - terrible nouveauté - tout pour l'oeil, rien pour l'oreille - un silence d'éternité ". Comme si la rumeur continuelle qui imprègne jusqu'à notre sommeil se confondait avec le sentiment de notre propre durée."
Georges
Perec
Un homme qui dort
1967
"Quelqu'un va et vient dans la chambre voisine, tousse, traîne les pieds, déplace des meubles, ouvre des tiroirs. Une goutte d'eau perle continuellement au robinet du poste d'eau sur le palier. Les bruits de la rue Saint-Honoré montent de tout en bas."
"Ton réveil sonne, tu ne bouges absolument pas, tu restes dans ton lit, tu refermes les yeux. D'autres réveils se mettent à sonner dans des chambres voisines. Tu entends des bruits d'eau, des portes qui se ferment, des pas qui se précipitent dans les escaliers. La rue Saint-Honoré commence à s'emplir de bruits de voitures, crissement des pneus, passage des vitesses, brefs appels d'avertisseurs. Des volets claquent, les marchands relèvent leurs rideaux de fer."
"Tu écoutes les bruits de la rue, la goutte d'eau au robinet du palier, les bruits de ton voisin, ses raclements de gorge, les tiroirs qu'il ouvre et ferme, ses quintes de toux, le sifflement de sa bouilloire."
"Tu n'allumes pas la lumière et tu restes immobile, assis à la petite table près de la fenêtre, le livre entre les mains, ne lisant plus, écoutant à peine les bruits de la maison, le craquement des poutres, des planchers, ton père qui tousse, les cercles de fonte mis en place sur la cuisinière à bois, le bruit de la pluie sur les gouttières de zinc, le très lointain passage d'une automobile sur la route, le coup de klaxon du car de sept heures au tournant près de la colline."
"... les bruits toujours présents qui te relient seuls au monde : la goutte d'eau qui perle au robinet du poste d'eau sur le palier, les bruits de ton voisin, ses raclements de gorge, les tiroirs qu'il ouvre et ferme, ses quintes de toux, le sifflement de sa bouilloire, les bruits de la rue Saint-Honoré, le murmure incessant de la ville. De très loin, la sirène d'une voiture de pompiers semble venir sur toi, s'éloigner, revenir. Au croisement de la rue Saint-Honoré et de la rue des Pyramides, l'alternance réglée des coups de frein, des arrêts, des reprises, des accélérations, rythme le temps presque aussi sûrement que la goutte inlassable, que le clocher de Saint-Roch."
"... la goutte d'eau ne tombe pas chaque seconde. Il est dix heures, ou peut-être onze, car comment être sûr que tu as bien entendu, il est tard, il est tôt, le jour naît, la nuit tombe, les bruits ne cessent jamais tout à fait, le temps ne s'arrête jamais totalement, même s'il n'est plus qu'imperceptible : minuscule brèche dans le mur du silence, murmure ralenti, oublié, du goutte à goutte, presque confondu avec les battements de ton coeur."
"Peut-être est-il comme toi, qui guettes sa toux, ses sifflements, ses bruits de tiroir, peut-être le bruit de la tasse que tu reposes sur l'étagère le froissement des journaux que tu prends et reprends, le glissement des cartes que tu mets en place sur ta banquette étroite, tes bruits d'eau, ton souffle, sont-ils pour lui, avec la goutte d'eau, le clocher, les bruits de la rue, de la ville, l'épais tissu du temps qui s'écoule, de la vie qui demeure."
Un homme qui dort
1967
"Quelqu'un va et vient dans la chambre voisine, tousse, traîne les pieds, déplace des meubles, ouvre des tiroirs. Une goutte d'eau perle continuellement au robinet du poste d'eau sur le palier. Les bruits de la rue Saint-Honoré montent de tout en bas."
"Ton réveil sonne, tu ne bouges absolument pas, tu restes dans ton lit, tu refermes les yeux. D'autres réveils se mettent à sonner dans des chambres voisines. Tu entends des bruits d'eau, des portes qui se ferment, des pas qui se précipitent dans les escaliers. La rue Saint-Honoré commence à s'emplir de bruits de voitures, crissement des pneus, passage des vitesses, brefs appels d'avertisseurs. Des volets claquent, les marchands relèvent leurs rideaux de fer."
"Tu écoutes les bruits de la rue, la goutte d'eau au robinet du palier, les bruits de ton voisin, ses raclements de gorge, les tiroirs qu'il ouvre et ferme, ses quintes de toux, le sifflement de sa bouilloire."
"Tu n'allumes pas la lumière et tu restes immobile, assis à la petite table près de la fenêtre, le livre entre les mains, ne lisant plus, écoutant à peine les bruits de la maison, le craquement des poutres, des planchers, ton père qui tousse, les cercles de fonte mis en place sur la cuisinière à bois, le bruit de la pluie sur les gouttières de zinc, le très lointain passage d'une automobile sur la route, le coup de klaxon du car de sept heures au tournant près de la colline."
"... les bruits toujours présents qui te relient seuls au monde : la goutte d'eau qui perle au robinet du poste d'eau sur le palier, les bruits de ton voisin, ses raclements de gorge, les tiroirs qu'il ouvre et ferme, ses quintes de toux, le sifflement de sa bouilloire, les bruits de la rue Saint-Honoré, le murmure incessant de la ville. De très loin, la sirène d'une voiture de pompiers semble venir sur toi, s'éloigner, revenir. Au croisement de la rue Saint-Honoré et de la rue des Pyramides, l'alternance réglée des coups de frein, des arrêts, des reprises, des accélérations, rythme le temps presque aussi sûrement que la goutte inlassable, que le clocher de Saint-Roch."
"... la goutte d'eau ne tombe pas chaque seconde. Il est dix heures, ou peut-être onze, car comment être sûr que tu as bien entendu, il est tard, il est tôt, le jour naît, la nuit tombe, les bruits ne cessent jamais tout à fait, le temps ne s'arrête jamais totalement, même s'il n'est plus qu'imperceptible : minuscule brèche dans le mur du silence, murmure ralenti, oublié, du goutte à goutte, presque confondu avec les battements de ton coeur."
"Peut-être est-il comme toi, qui guettes sa toux, ses sifflements, ses bruits de tiroir, peut-être le bruit de la tasse que tu reposes sur l'étagère le froissement des journaux que tu prends et reprends, le glissement des cartes que tu mets en place sur ta banquette étroite, tes bruits d'eau, ton souffle, sont-ils pour lui, avec la goutte d'eau, le clocher, les bruits de la rue, de la ville, l'épais tissu du temps qui s'écoule, de la vie qui demeure."
Georges
Chaulet
Fantômette et la Dent du Diable
1967
"On entendit le son aigrelet d'une trompette, puis le ronflement d'un moteur électrique et quelques grincements. Avec douceur, la cabine quitta la gare et s'éleva obliquement."
"Des pas assourdis, mais nettement perceptibles, parvenaient à son oreille, indiquant une présence humaine. Fantômette écouta attentivement.
... Un craquement se produisit dans l'escalier menant au second étage, là où les moniteurs s'étaient installés. Un instant de calme, puis une autre série de craquements, une porte qui claque, des bruits de voix atténués par l'épaisseur du plafond. Après une sorte de choc, comme en produirait un meuble que l'on renverse, d'autres claquements encore, des exclamations et des cris.
« Bon sang! Que se passe-t-il là-haut? Il faut que j'aille voir ça de plus près! »
Fantômette sauta hors de son lit, traversa le dortoir sur la pointe des pieds, ouvrit la porte. Les bruits lui parvinrent plus distinctement. Selon toute apparence, on se battait à l'étage supérieur."
Fantômette et la Dent du Diable
1967
"On entendit le son aigrelet d'une trompette, puis le ronflement d'un moteur électrique et quelques grincements. Avec douceur, la cabine quitta la gare et s'éleva obliquement."
"Des pas assourdis, mais nettement perceptibles, parvenaient à son oreille, indiquant une présence humaine. Fantômette écouta attentivement.
... Un craquement se produisit dans l'escalier menant au second étage, là où les moniteurs s'étaient installés. Un instant de calme, puis une autre série de craquements, une porte qui claque, des bruits de voix atténués par l'épaisseur du plafond. Après une sorte de choc, comme en produirait un meuble que l'on renverse, d'autres claquements encore, des exclamations et des cris.
« Bon sang! Que se passe-t-il là-haut? Il faut que j'aille voir ça de plus près! »
Fantômette sauta hors de son lit, traversa le dortoir sur la pointe des pieds, ouvrit la porte. Les bruits lui parvinrent plus distinctement. Selon toute apparence, on se battait à l'étage supérieur."
Philip
K. Dick
Do Androids Dream of Electric Sheep ?
Blade Runner (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?) - Traduction (1976) de Serge Quadrupanni
1968
"Silence. Les murs, le plancher, les boiseries suintaient de silence ; de quoi le broyer comme une gigantesque meule. Le silence suintait du parquet à travers la vieille moquette grise en lambeaux. Il suintait des appareils cassés ou à demi cassés qui équipaient la cuisine, des appareils qui n’avaient jamais fonctionné depuis l’emménagement d’Isidore. Du grand lampadaire inutile de la salle de séjour, des coulées de silence s’étalaient par nappes entières à la rencontre d’autres coulées vides descendues du plafond constellé de chiures de mouches. Le silence s’arrangeait, en fait, pour jaillir de partout comme s’il avait voulu supplanter toutes choses. Ainsi ne se lançait-il pas seulement à l’assaut des oreilles d’Isidore, mais encore de ses yeux. Debout devant son récepteur de télé inerte, il eut soudain le sentiment que le silence était visible et aussi, mais à sa manière, vivant. Vivant ! Ce n’était pas la première fois, loin de là, qu’il ressentait cette austère approche. Le silence entrait alors par effraction, avec violence, sans aucune subtilité, incapable, à l’évidence, de la moindre patience. Le silence du monde ne pouvait plus retenir sa soif de tout engloutir. Plus maintenant. Maintenant qu’il avait presque partie gagnée."
Do Androids Dream of Electric Sheep ?
Blade Runner (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?) - Traduction (1976) de Serge Quadrupanni
1968
"Silence. Les murs, le plancher, les boiseries suintaient de silence ; de quoi le broyer comme une gigantesque meule. Le silence suintait du parquet à travers la vieille moquette grise en lambeaux. Il suintait des appareils cassés ou à demi cassés qui équipaient la cuisine, des appareils qui n’avaient jamais fonctionné depuis l’emménagement d’Isidore. Du grand lampadaire inutile de la salle de séjour, des coulées de silence s’étalaient par nappes entières à la rencontre d’autres coulées vides descendues du plafond constellé de chiures de mouches. Le silence s’arrangeait, en fait, pour jaillir de partout comme s’il avait voulu supplanter toutes choses. Ainsi ne se lançait-il pas seulement à l’assaut des oreilles d’Isidore, mais encore de ses yeux. Debout devant son récepteur de télé inerte, il eut soudain le sentiment que le silence était visible et aussi, mais à sa manière, vivant. Vivant ! Ce n’était pas la première fois, loin de là, qu’il ressentait cette austère approche. Le silence entrait alors par effraction, avec violence, sans aucune subtilité, incapable, à l’évidence, de la moindre patience. Le silence du monde ne pouvait plus retenir sa soif de tout engloutir. Plus maintenant. Maintenant qu’il avait presque partie gagnée."
Georges
Perec
La disparition
1969
"Un bruit indistinct montait du faubourg. Un carillon, plus lourd qu'un glas, plus sourd qu'un tocsin, plus profond qu'un bourdon, non loin, sonna trois coups. Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait."
La disparition
1969
"Un bruit indistinct montait du faubourg. Un carillon, plus lourd qu'un glas, plus sourd qu'un tocsin, plus profond qu'un bourdon, non loin, sonna trois coups. Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait."
Georges
Perec
Lieux
11. Contrescarpe, réel 1 - Juin 1969
56. Choiseul, réel 3 - Avril 1971
84. Franklin, réel 4 - Juin 1972
Lieux
11. Contrescarpe, réel 1 - Juin 1969
"Le patron des « Cinq Billards » est à
sa porte et grommelle je ne sais quoi sans doute en rapport avec le
bruit sur le terre-plein.
Passe, dans un grand bruit, un camion portant publicité pour Alkali saucisses de tortue.
Je descends la rue Mouffetard. Le « Club Félix » est ouvert (il fonctionne encore veux-je dire) ; s’en échappent quelques bribes de musique. Trois types me précèdent d’assez loin. Après le passage d’une voiture, brusque calme. J’entends un chat qui miaule ; au 64 un bébé qui pleure. Nulle lumière aux deux fenêtres des Martens (le contraire m’aurait étonné). Musique filtrant du « Mouffe-Club »."
Passe, dans un grand bruit, un camion portant publicité pour Alkali saucisses de tortue.
Je descends la rue Mouffetard. Le « Club Félix » est ouvert (il fonctionne encore veux-je dire) ; s’en échappent quelques bribes de musique. Trois types me précèdent d’assez loin. Après le passage d’une voiture, brusque calme. J’entends un chat qui miaule ; au 64 un bébé qui pleure. Nulle lumière aux deux fenêtres des Martens (le contraire m’aurait étonné). Musique filtrant du « Mouffe-Club »."
56. Choiseul, réel 3 - Avril 1971
"Grand silence
Il n’y a pas plus de dix personnes dans le passage
Bruit du ressemeleur tapant sur son enclume"
Il n’y a pas plus de dix personnes dans le passage
Bruit du ressemeleur tapant sur son enclume"
84. Franklin, réel 4 - Juin 1972
"Bruits :
crissement de pneus
les voitures
sifflets
klaxons rares
fermeture des portes d’autobus (bruits pneumatiques d’air comprimé) – peut-être freinage ?
faibles cris de pigeons (genre de crouic)
voix (allemand ?)"
crissement de pneus
les voitures
sifflets
klaxons rares
fermeture des portes d’autobus (bruits pneumatiques d’air comprimé) – peut-être freinage ?
faibles cris de pigeons (genre de crouic)
voix (allemand ?)"
Italo
Calvino
Le città invisibili
Les villes invisibles - Traduction (1974) de Jean Thibaudeau
1972
"Le vent porte parfois une musique de grosses caisses et de trompettes, le crépitement des pétards dans l’illumination d’une fête ; parfois le crépitement de la mitraille, l’explosion d’une poudrière dans le ciel jaune des incendies allumés par la guerre civile."
Le città invisibili
Les villes invisibles - Traduction (1974) de Jean Thibaudeau
1972
"Le vent porte parfois une musique de grosses caisses et de trompettes, le crépitement des pétards dans l’illumination d’une fête ; parfois le crépitement de la mitraille, l’explosion d’une poudrière dans le ciel jaune des incendies allumés par la guerre civile."
Henri
Michaux
Emergences-Résurgences
1972
"Tout à coup, formidable coup de gong, le coup de gong de la couleur, de quantité de couleurs, fortes, fortes, qui me tapaient dessus, pressées, perçantes, dissonantes comme des bruits. Martyrisantes."
Emergences-Résurgences
1972
"Tout à coup, formidable coup de gong, le coup de gong de la couleur, de quantité de couleurs, fortes, fortes, qui me tapaient dessus, pressées, perçantes, dissonantes comme des bruits. Martyrisantes."
Roland
Barthes
L'obvie et l'obtus Essais critiques III
1976
"... l’espace ménager, celui de la maison, de l’appartement (équivalent approximatif du territoire animal) est un espace de bruits familiers, reconnus, dont l’ensemble forme une sorte de symphonie domestique : claquement différencié des portes, éclats de voix, bruits de cuisine, de tuyaux, rumeurs extérieures..."
L'obvie et l'obtus Essais critiques III
1976
"... l’espace ménager, celui de la maison, de l’appartement (équivalent approximatif du territoire animal) est un espace de bruits familiers, reconnus, dont l’ensemble forme une sorte de symphonie domestique : claquement différencié des portes, éclats de voix, bruits de cuisine, de tuyaux, rumeurs extérieures..."
Patrick
Modiano
Rue des Boutiques Obscures
1978
"Je crois qu’on entend encore dans les entrées d’immeubles l’écho des pas de ceux qui avaient l’habitude de les traverser et qui, depuis, ont disparu. Quelque chose continue de vibrer après leur passage, des ondes de plus en plus faibles, mais que l’on capte si l'on est attentif. Au fond, je n’avais peut-être jamais été ce Pedro McEvoy, je n’étais rien, mais des ondes me traversaient, tantôt lointaines, tantôt plus fortes et tous ces échos épars qui flottaient dans l’air se cristallisaient et c’était moi."
Rue des Boutiques Obscures
1978
"Je crois qu’on entend encore dans les entrées d’immeubles l’écho des pas de ceux qui avaient l’habitude de les traverser et qui, depuis, ont disparu. Quelque chose continue de vibrer après leur passage, des ondes de plus en plus faibles, mais que l’on capte si l'on est attentif. Au fond, je n’avais peut-être jamais été ce Pedro McEvoy, je n’étais rien, mais des ondes me traversaient, tantôt lointaines, tantôt plus fortes et tous ces échos épars qui flottaient dans l’air se cristallisaient et c’était moi."
Nathalie
Sarraute
Enfance
1983
"... je me laisse imprégner par cette lumière dorée, ces roucoulements, ces pépiements, ces tintements des clochettes sur la tête des ânons, des chèvres, ces sonneries des cerceaux munis d’un manche que poussent devant eux les petits qui ne savent pas se servir d’un bâton..."
"... de là nous pouvions mieux entendre les bruits dans l’escalier, la porte cochère qui se referme, les pas qui montent... ils s’arrêtent sur le palier... la clef tâtonne dans la serrure, elle va tourner... Il faut que je m’arrache à la joie d’écouter, ..."
Enfance
1983
"... je me laisse imprégner par cette lumière dorée, ces roucoulements, ces pépiements, ces tintements des clochettes sur la tête des ânons, des chèvres, ces sonneries des cerceaux munis d’un manche que poussent devant eux les petits qui ne savent pas se servir d’un bâton..."
"... de là nous pouvions mieux entendre les bruits dans l’escalier, la porte cochère qui se referme, les pas qui montent... ils s’arrêtent sur le palier... la clef tâtonne dans la serrure, elle va tourner... Il faut que je m’arrache à la joie d’écouter, ..."
Jean
Echenoz
Lac
1989
"À travers les fenêtres fermées, le bruit de la ville lui parvenait comme la sourdine d’un monstrueux piano répétitif, la main gauche de l’artiste assurant, par accords continus, le bourdonnement grave des rumeurs pendant que la droite improvisait sur les motifs cliquetants et véloces, aigus et précis, fournis par les coups de parechoc ou de klaxon dans la rue de Rome, les bris de glace de la miroiterie."
Lac
1989
"À travers les fenêtres fermées, le bruit de la ville lui parvenait comme la sourdine d’un monstrueux piano répétitif, la main gauche de l’artiste assurant, par accords continus, le bourdonnement grave des rumeurs pendant que la droite improvisait sur les motifs cliquetants et véloces, aigus et précis, fournis par les coups de parechoc ou de klaxon dans la rue de Rome, les bris de glace de la miroiterie."
Lucien
Bodard
Les dix mille marches
1991
"Une nuit noire est tombée, ouatant les rares lumières. La ville a disparu et Pomme Bleue somnole bercée par un long chuintement qu’interrompent parfois d’étranges bruits de succion, glissement éperdu des roues sur la chaussée trempée, pieds du tireur de pousse-pousse claquant dans les flaques."
Les dix mille marches
1991
"Une nuit noire est tombée, ouatant les rares lumières. La ville a disparu et Pomme Bleue somnole bercée par un long chuintement qu’interrompent parfois d’étranges bruits de succion, glissement éperdu des roues sur la chaussée trempée, pieds du tireur de pousse-pousse claquant dans les flaques."
Marguerite
Duras
L’Amant de la Chine du Nord
1991
"Dans le premier livre elle avait dit que le bruit de la ville était si proche qu’on entendait son frottement contre les persiennes comme si des gens traversaient la chambre... On pourrait dire là aussi qu’on reste dans l’ouvert de la chambre aux bruits du dehors qui cognent aux volets, aux murs, au frottement des gens contre les persiennes. Ceux des rires. Des courses et des cris d’enfants. Des appels des marchands de glaces, de pastèque, de thé."
L’Amant de la Chine du Nord
1991
"Dans le premier livre elle avait dit que le bruit de la ville était si proche qu’on entendait son frottement contre les persiennes comme si des gens traversaient la chambre... On pourrait dire là aussi qu’on reste dans l’ouvert de la chambre aux bruits du dehors qui cognent aux volets, aux murs, au frottement des gens contre les persiennes. Ceux des rires. Des courses et des cris d’enfants. Des appels des marchands de glaces, de pastèque, de thé."
Alain
Corbin
Les Cloches de la terre - extrait
1994
"Le 14 juillet 1790, jour de la fête de la Fédération, les cloches en volée ont, simultanément et sur l’ensemble du territoire, solennisé la liesse collective avec une puissance, une densité et une insistance sans doute à jamais disparues."
"Accorder le monopole de l’annonce, de l’injonction de rassemblement, de la scansion des rythmes temporels, de l’expression de la liesse et de la solennité des messages sonores au pouvoir civil résulte du désir d’émanciper la vie municipale de l’emprise sensuelle et des injonctions sonores du pouvoir ecclésiastique."
Les Cloches de la terre - extrait
1994
"Le 14 juillet 1790, jour de la fête de la Fédération, les cloches en volée ont, simultanément et sur l’ensemble du territoire, solennisé la liesse collective avec une puissance, une densité et une insistance sans doute à jamais disparues."
"Accorder le monopole de l’annonce, de l’injonction de rassemblement, de la scansion des rythmes temporels, de l’expression de la liesse et de la solennité des messages sonores au pouvoir civil résulte du désir d’émanciper la vie municipale de l’emprise sensuelle et des injonctions sonores du pouvoir ecclésiastique."
Jean
Echenoz
Les Grandes Blondes
1995
"Après avoir happé tous les animalcules possibles dans la journée, les crapauds digéraient à présent, chantant paisiblement en chœur. Pour exécuter leur petit concert, ils se répartissaient en trois sections, les uns reproduisant des piailleries de volatiles, les autres une sirène de police et les troisièmes un émetteur de morse. Chœur frénétique, simultané, sans un instant de répit, le morse et la police à l’octave, le souffle grave du générateur tenant en même temps lieu de basse continue et de diapason. Par-dessus les chorales batraciennes, depuis les branches d’un arbre à pluie, quelque soliste ailé projetait parfois un bref énoncé mélodique en contrepoint, quelques riffs en tierce."
Les Grandes Blondes
1995
"Après avoir happé tous les animalcules possibles dans la journée, les crapauds digéraient à présent, chantant paisiblement en chœur. Pour exécuter leur petit concert, ils se répartissaient en trois sections, les uns reproduisant des piailleries de volatiles, les autres une sirène de police et les troisièmes un émetteur de morse. Chœur frénétique, simultané, sans un instant de répit, le morse et la police à l’octave, le souffle grave du générateur tenant en même temps lieu de basse continue et de diapason. Par-dessus les chorales batraciennes, depuis les branches d’un arbre à pluie, quelque soliste ailé projetait parfois un bref énoncé mélodique en contrepoint, quelques riffs en tierce."
Pascal
Quignard
La Haine de la musique
1996
"S’absenter de l’environ n’est pas possible pour l’ouïe. Il n’y a pas de paysage sonore parce que le paysage suppose l’écart devant le visible. Il n’y a pas d’écart devant le sonore."
La Haine de la musique
1996
"S’absenter de l’environ n’est pas possible pour l’ouïe. Il n’y a pas de paysage sonore parce que le paysage suppose l’écart devant le visible. Il n’y a pas d’écart devant le sonore."
Olga
Tokarczuk
Dom dzienny, dom nocny
Maison de jour, maison de nuit - Traduction de Maryla Laurent
1998
"C'était un silence velouté, protecteur comme du polystyrène, agréable au toucher et sec. Il était en soie."
"Du silence apparent émergèrent lentement les respirations des dormeurs, d'abord des frôlements, des bruissements qui emplissaient mes oreilles jusqu'a ce que je ne soit plus toute entière qu'une oreille, réceptacle de chair, pavillon desséché, trompe d'Eustache humide, collée aux parois.
... Les paupières s'agitaient, inquiètes, elles claquaient comme des morceaux de viande jetés sur un sol froid ; le coeur des dormeurs résonnait d'un son qui était plus lourd que l'air et filait aussitôt sous terre. Les lits grinçaient au rythme du sommeil."
Dom dzienny, dom nocny
Maison de jour, maison de nuit - Traduction de Maryla Laurent
1998
"C'était un silence velouté, protecteur comme du polystyrène, agréable au toucher et sec. Il était en soie."
"Du silence apparent émergèrent lentement les respirations des dormeurs, d'abord des frôlements, des bruissements qui emplissaient mes oreilles jusqu'a ce que je ne soit plus toute entière qu'une oreille, réceptacle de chair, pavillon desséché, trompe d'Eustache humide, collée aux parois.
... Les paupières s'agitaient, inquiètes, elles claquaient comme des morceaux de viande jetés sur un sol froid ; le coeur des dormeurs résonnait d'un son qui était plus lourd que l'air et filait aussitôt sous terre. Les lits grinçaient au rythme du sommeil."
Cornelia
Funke
Herr der Diebe
Le Prince des voleurs - Traduction (2003) de Marie-Claude Auger-Gougeat
2000
"Lorsque le moteur se tut, le silence les enveloppa si soudainement que Prosper eut le sentiment qu'un animal invisible les observait dans le noir. Il entendait l'eau de la lagune clapoter contre la coque du bateau, la respiration de Mosca près de lui et, au loin, des voix qui résonnaient sur l'eau."
Herr der Diebe
Le Prince des voleurs - Traduction (2003) de Marie-Claude Auger-Gougeat
2000
"Lorsque le moteur se tut, le silence les enveloppa si soudainement que Prosper eut le sentiment qu'un animal invisible les observait dans le noir. Il entendait l'eau de la lagune clapoter contre la coque du bateau, la respiration de Mosca près de lui et, au loin, des voix qui résonnaient sur l'eau."
Antoine
Volodine
Dondog
2002
"Dans les profondeurs de la bâtisse, on entendait les moteurs des pompes qui tiraient, vers les réservoirs du toit, l'eau venue des puits. C'était une vibration régulière. Là-dessus se greffaient la criaillerie d'un feuilleton télévisé, et les musiques et les voix de quelques radios."
Dondog
2002
"Dans les profondeurs de la bâtisse, on entendait les moteurs des pompes qui tiraient, vers les réservoirs du toit, l'eau venue des puits. C'était une vibration régulière. Là-dessus se greffaient la criaillerie d'un feuilleton télévisé, et les musiques et les voix de quelques radios."
Michel
Butor
Seize lustres - Paysages planétaires - cité dans : Le bar à poèmes
1990 .. 2006
(ETATS ZUNI)
Vrombissement des avions
le tumulte des machines
les cantiques dans les rues
les sirènes policières
les coups de feu dans la nuit
le grésillement des tubes
jaillissement des geysers
contrebasse et batterie
Entre l’avion et le métro le prédicateur rassemble ses ouailles. Vite. Entre le métro et les voitures les chœurs se font signe. Plus vite. Entre les voitures et le métro les couleurs se tressent. Encore plus vite. Entre le métro et l’avion la portière claque. Urgence.
Les maisons de terre douce
les sirènes policières
maïs de toutes couleurs
le grésillement des tubes
dans le solstice d’hiver
contrebasse et batterie
martèlement des tambours
le tumulte des machines
Un incendie éclate sur l’aéroport. Angoisse. Les tambours transmettent l’alarme jusqu’aux grandes plaines, jusqu’aux rochers monumentaux dans le désert. Confusion. Les tambours battent le rappel des esprits. Soupirs.
(MONGOLIE TROPICALE)
Sur les replis du terrain
le velours des hautes herbes
dans le glissement du vent
le rugissement du tigre
le galop des grandes hordes
le crépitement du feu
le démontage des yourtes
départ au petit matin
Les grands tétras pérorent comme des robots mal huilés dans les steppes de l’Asie centrale.
Seize lustres - Paysages planétaires - cité dans : Le bar à poèmes
1990 .. 2006
(ETATS ZUNI)
Vrombissement des avions
le tumulte des machines
les cantiques dans les rues
les sirènes policières
les coups de feu dans la nuit
le grésillement des tubes
jaillissement des geysers
contrebasse et batterie
Entre l’avion et le métro le prédicateur rassemble ses ouailles. Vite. Entre le métro et les voitures les chœurs se font signe. Plus vite. Entre les voitures et le métro les couleurs se tressent. Encore plus vite. Entre le métro et l’avion la portière claque. Urgence.
Les maisons de terre douce
les sirènes policières
maïs de toutes couleurs
le grésillement des tubes
dans le solstice d’hiver
contrebasse et batterie
martèlement des tambours
le tumulte des machines
Un incendie éclate sur l’aéroport. Angoisse. Les tambours transmettent l’alarme jusqu’aux grandes plaines, jusqu’aux rochers monumentaux dans le désert. Confusion. Les tambours battent le rappel des esprits. Soupirs.
(MONGOLIE TROPICALE)
Sur les replis du terrain
le velours des hautes herbes
dans le glissement du vent
le rugissement du tigre
le galop des grandes hordes
le crépitement du feu
le démontage des yourtes
départ au petit matin
Les grands tétras pérorent comme des robots mal huilés dans les steppes de l’Asie centrale.
Olga
Tokarczuk
Bieguni
Les Pérégrins - Traduction de Grazyna Ehrard
2007
"Seuls me parviennent encore de faibles éclats de voix, l'écho de pas trainants et des rires qui fusent au loin.
... le tumulte qui accompagne le déclin du jour s'apaise, se condense et forme une peau épaisse, pareille à celle du lait chaud en train de tiédir.
... Tous les sons se sont recroquevillés, ils ont frileusement rentrés leurs cornes d'escargot ; le bruyant orchestre du monde s'en est allé et a disparu quelque part dans le parc."
"... tout a commencé à murmurer autour d'eux, à chuchoter, à susurrer. En glissant la main sous la mousse, sous les pierres volcaniques, ils ont découverts que la terre était chaude. Leurs paumes percevaient des vibrations délicates, un mouvement lointain, un souffle.. Pas de doute, la terre était vivante."
Bieguni
Les Pérégrins - Traduction de Grazyna Ehrard
2007
"Seuls me parviennent encore de faibles éclats de voix, l'écho de pas trainants et des rires qui fusent au loin.
... le tumulte qui accompagne le déclin du jour s'apaise, se condense et forme une peau épaisse, pareille à celle du lait chaud en train de tiédir.
... Tous les sons se sont recroquevillés, ils ont frileusement rentrés leurs cornes d'escargot ; le bruyant orchestre du monde s'en est allé et a disparu quelque part dans le parc."
"... tout a commencé à murmurer autour d'eux, à chuchoter, à susurrer. En glissant la main sous la mousse, sous les pierres volcaniques, ils ont découverts que la terre était chaude. Leurs paumes percevaient des vibrations délicates, un mouvement lointain, un souffle.. Pas de doute, la terre était vivante."
J.
M. G. Le Clézio
Celui qui n’avait jamais vu la mer
2008
"À mesure qu’il s’approchait, le bruit des vagues grandissait, emplissait tout comme un sifflement de vapeur.
C’était un bruit très doux et très lent, puis violent et inquiétant comme les trains sur les ponts de fer, ou bien qui fuyait en arrière comme l’eau des fleuves."
"Il s’assit sur un rocher plat, devant un lac d’eau de mer. Il écouta le bruit de la lumière qui bondissait sur les roches, tous les craquements secs, les claquements, les chuintements, et, près de ses oreilles, le murmure aigu pareil au chant des abeilles."
Celui qui n’avait jamais vu la mer
2008
"À mesure qu’il s’approchait, le bruit des vagues grandissait, emplissait tout comme un sifflement de vapeur.
C’était un bruit très doux et très lent, puis violent et inquiétant comme les trains sur les ponts de fer, ou bien qui fuyait en arrière comme l’eau des fleuves."
"Il s’assit sur un rocher plat, devant un lac d’eau de mer. Il écouta le bruit de la lumière qui bondissait sur les roches, tous les craquements secs, les claquements, les chuintements, et, près de ses oreilles, le murmure aigu pareil au chant des abeilles."
Jean-Bernard
Pouy
Calibre 16mm
2013
"Et pourtant, je ne pouvais pas vraiment préciser ce qui me manquait, par rapport à Paris. Le bruit, peut-être, ce fond sonore qui nous emplit depuis toujours et que l'on entend plus, comme si c'était le fracas permanent que faisait notre cerveau. Ici, dans la campagne montargoise, il y avait un silence si épais qu'il m'empêchait de dormir. J'entendais tout, même le blaireau qui, en pleine nuit, pétait dans la forêt."
Calibre 16mm
2013
"Et pourtant, je ne pouvais pas vraiment préciser ce qui me manquait, par rapport à Paris. Le bruit, peut-être, ce fond sonore qui nous emplit depuis toujours et que l'on entend plus, comme si c'était le fracas permanent que faisait notre cerveau. Ici, dans la campagne montargoise, il y avait un silence si épais qu'il m'empêchait de dormir. J'entendais tout, même le blaireau qui, en pleine nuit, pétait dans la forêt."
Pascal
Quignard
Dans ce jardin qu'on aimait - Extrait
2017
"Un pasteur américain, en 1860, a noté les sons que les gouttes de la pluie faisaient retentir sur l’herbe et les petits sentiers de graviers du jardin de la cure.
Il transcrit des mois durant, des saisons durant, des années durant, tous les chants des oiseaux qui viennent y nicher, se percher dans les branches, se dissimuler sous les feuilles des arbres.
Il s’appelait Simeon Pease Cheney.
...
Le révérend a écrit dans un de ses plus beaux sermons :
Dans ce jardin qu'on aimait - Extrait
2017
"Un pasteur américain, en 1860, a noté les sons que les gouttes de la pluie faisaient retentir sur l’herbe et les petits sentiers de graviers du jardin de la cure.
Il transcrit des mois durant, des saisons durant, des années durant, tous les chants des oiseaux qui viennent y nicher, se percher dans les branches, se dissimuler sous les feuilles des arbres.
Il s’appelait Simeon Pease Cheney.
...
Le révérend a écrit dans un de ses plus beaux sermons :
« Dieu dit dans Matthieu XIII, 9 :
Audiat ! Qu’il entende !
Celui qui a des oreilles, qu’il entende !
Il n’y a pas que les oiseaux qui chantent !
Le seau, où la pluie s’égoutte, qui pleure sous la gouttière de zinc, près de la marche en pierre de la cuisine, est un psaume !
L’arpège en houle, tourbillonnant, du porte-manteau couvert de pèlerines et de chapeaux, l’hiver, quand on laisse un instant la porte d’entrée ouverte dans le corridor de la cure, lui aussi constitue un Te Deum ! »
Je vais vous jouer le morceau de musique que fait le vent quand il
s’engouffre dans le portemanteau du corridor de la cure..."Celui qui a des oreilles, qu’il entende !
Il n’y a pas que les oiseaux qui chantent !
Le seau, où la pluie s’égoutte, qui pleure sous la gouttière de zinc, près de la marche en pierre de la cuisine, est un psaume !
L’arpège en houle, tourbillonnant, du porte-manteau couvert de pèlerines et de chapeaux, l’hiver, quand on laisse un instant la porte d’entrée ouverte dans le corridor de la cure, lui aussi constitue un Te Deum ! »
Hervé
Le Tellier
Toutes les familles heureuses
2017
"Qu’aimerai-je, moi, entendre à l’ultime moment de ma vie ? À y réfléchir, peut-être pas une musique. La voix d’un ami, de mon fils, d’une femme aimée. Je ne sais pas. Je tendrai probablement l’oreille, pour un dernier son au contraire inattendu, un son fait de hasard et d’incongru, un son qui appartiendrait encore à la vie, le rire d’une infirmière dans la salle de garde, un coup de klaxon impatient dans la rue, ou le simple claquement de talons sur le carrelage. Peut-être y a-t-il encore un peu de bruit avant que les dernières cellules ne s’éteignent à jamais. Je prendrai ce qu’il y aura."
Toutes les familles heureuses
2017
"Qu’aimerai-je, moi, entendre à l’ultime moment de ma vie ? À y réfléchir, peut-être pas une musique. La voix d’un ami, de mon fils, d’une femme aimée. Je ne sais pas. Je tendrai probablement l’oreille, pour un dernier son au contraire inattendu, un son fait de hasard et d’incongru, un son qui appartiendrait encore à la vie, le rire d’une infirmière dans la salle de garde, un coup de klaxon impatient dans la rue, ou le simple claquement de talons sur le carrelage. Peut-être y a-t-il encore un peu de bruit avant que les dernières cellules ne s’éteignent à jamais. Je prendrai ce qu’il y aura."
Daniel
Pennac
Mon assassin
2024
"... on retombe dans le silence.
Puis, le contrôleur annonce Paris gare de l'Est. On arrive à destination.
Ça freine, ça chuinte, ça crisse, ça siffle, ça s’immobilise dans un dernier éternuement."
Mon assassin
2024
"... on retombe dans le silence.
Puis, le contrôleur annonce Paris gare de l'Est. On arrive à destination.
Ça freine, ça chuinte, ça crisse, ça siffle, ça s’immobilise dans un dernier éternuement."
page mise à jour 30 3 2026